HISTOIRE DE Saint-Denis-sur-Richelieu. (CANADA) (FRENCH)

HISTOIRE DE Saint-Denis-sur-Richelieu. (CANADA)

PAR

curà H’CEEamsville,

au diocèse 3e Saini-Kvacinîlie (CanaSa),

ancien vicaire à Saint’Denis.

OUVRAGE ILLUSTRE DE NOMBREUSES GRAVURES.

SAINT-HYACINTHE (CANADA).

IMPRIMERIE DU ” COURRIER DE SAINT-HYACINTHE

1905.

EnicgistiÃ, confoimÃment à l’Acte du Parlement du Canada, par
l’abbà J.-B.-A. Allaire, en l’annÃe mil neuf cent six, au
bureau du Ministre de l’Agriculture, à Ottawa.

: • ^ INTRODUCTION

Alemento dierum aiiiùjiioruni,,
cogita generationes singulas ; inter-
r-oga patrem tuum, et annuntiabit
‘” tibi : vtajores tuos et dicent tibi.

Souviens-toi des anciens jours,
pense à chacune des gÃnÃrations ;
interroge ton père, et il te les racon-
tera ; inter7-oge tes ancêtres, et ils
te les diront,

(Dent., XXXII, ;>.

C’est avec joie que les vrais Canadiens accueille-
ront les excellentes pages qui vont suivre.

Nous venons de prendre connaissance du travail
de M. l’abbà Allaire sur l’historique paroisse de St-
Deuis-sur-Richelieu. Il nous est difficile de l’ap*
prÃcier à sa valeur dans cette prÃface ; l’Ãloge que
nous pourrions en faire serait au-dessous du mÃrite de
l’ouvrage, et nous Ãprouvons du scrupule à prÃvenir,
les jugements des connaisseurs. C’est d’ailleurs plus
qu’une page de commentaires qu’il faut pour
embrasser l’ensemble de cette Å“uvre, pour formuler
une critique convenable.

En voici les raisons :

Le modeste prêtre qui s’est dÃvouà à cette entre-
prise y a travaillà consciencieusement pendant plu-
sieurs annÃes ; à force de labeurs, de recherches, de
dÃpenses parfois lourdes, de dÃmarches fatigantes, il
a tirà de l’ombre et de l’oubli avec une sûretà digne
du meilleur Ãloge l’histoire instructive et intÃressante
de cette antique paroisse.

Il y a plus encore.

VI HISTOIRE DE

M. l’abbà Allairea accompli une Å“uvre qui serait,
en dÃpit des efforts les plus Ãuergiques, impossible
aujourd’Lui

Toute la pÃriode capitale de cette histoire, les
troubles de 1837-38, qui a Ãtà reconstruite d’après la
version soi ern eu sèment contrôlÃe des tÃmoins et des
participants à l’action, ne saurait être refaite vu que les
survivants sont à peu près tous descendus dans la
tombe. A peine sabsîste-t-iî trois ou quatre tÃmoins
dont la mÃmoire n’a pu rÃsister à l’injure du temps.

On ne saurait donc venir au secours de la vÃritÃ
plus à propos que ne l’a fait l’ancien vicaire de
St-Denis.

On a dit souvent de l’Histoire qu’elle est une
conspiration contre la vÃritÃ.

Axiome mensonger ici, car l’auteur s’est appliquÃ
à n’Ãcrire que sur la foi de documents authentiques
et de rapports rigoureusement corroborÃs. Quelles
Ãtudes abondantes et variÃes l’auteur n’a-t-il pas entre-
prises pour arriver à imprimer à son livre le cachet de
l’exactitude absolue !

Aucun travail aussi sÃrieux n’a Ãtà encore accom-
pli sur la rencontre des troupes et des patriotes Ã
St-Denis, en 1837. De même, la chronique est restÃe
muette sur plusieurs ÃvÃnements considÃrables antÃ-
rieurs à cette passe-d’armes. Cet ouvrage mettra au
jour plus d’un fait nouveau.

Pour donner une idÃe de l’intÃrêt du livre, indi-
quons les principaux sujets traitÃs. Ah ovo initiam :
le point de dÃpart est fixà à la date de la dÃcouverte de
la rivière des Iroquois par Champlain ; suivent l’Ãpoque
de fondation de la paroisse en 1740, la guerre de
Cession, les escarmouches durant l’invasion amÃri-
caine, l’histoire des seigneurs, au cours de laquelle on
admirera la noble figure de M. de ContrecÅ“ur, l’une

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU VII

des gloires du Canada-français, celle des curÃs, dont
trois vicaires-gÃnÃraux : MM. les abbÃs Cherrier,
BÃdard et. Deniers. Le rôle de ces personnages Ãtait
alors de premier ordre, et l’Ãvêque du temps ne faisait
rien sans consulter M Cheriier. M. BÃdard a joui
Ãgalement d’un prestige incontestà ; M. Demers a
refusà la mitre placÃe i)lus tard sur la tetc de
Merr I. Bourijet. L’histoire des cent familles fonda-
trices de cette paroisse et de celles du voisinuge
N y est aussi Ãcrite ; celle des Ãtablissements religieux,
Ãducationnels et charitables occupe une place à part ;
non moins captivante celle du mouvement commer-
cial antÃrieur à 1837. Et les portraits des grands lut-
teurs tels que les Bourdages, les Cherrier,, les Nelson,
les Papineau, etc., ne valent-ils pas à eux seuls tout
un livre ?

L’attrait du rÃcit est rehaussà davantage [tar
d’excelleiites gravures dues au talent artistique du
Docteur J.-B. Richard, descendant lui-même de ces
familles de pionniers canadiens. Ce dernier a recons-
tituà plusieurs vues d’Ãdifices et des plans de ce terri-
toire.

Ce sont tous ces nobles souvenirs qu’immorrali-
sera l’ceuvrc de M. l’abbà Allaire. Elle mÃritera
d’être cla&frÃe parmi les ouvrages les plus autorisÃs.

Mieux que personne il connut son sujet et se
trouva en mesure d’}- travailler. Douà d’une rare
mÃmoire, d’une Ãnergie à toute Ãpreuve, aidà par de
prÃcieux collaborateurs, fixà plusieurs annÃes sur les
lieux mêmes, il a su tout mettre à contribution pour
parfaire son travail.

Lorsque La Bruyère publia ses “• Caractères “, il
commença la dÃdicace de son livre par ces lignes :
” Je rends au public ce qu’il m’a prêtà ; j’ai empruntÃ
“â–  de lui la matière de cet ouvrage ; il est juste que.

VIII HISTOIRE DE SAINT-DENIS

” l’ayant achevà avec toute l’attention pour la vÃritÃ
” dont je suis capable, et qu’il mÃrite de moi, je lui
” en fasse la restitution “.

A plus d’un titre ces mots trouvent ici leur appli-
cation. M. l’abbà Allaire, par le soin donnà à son
” Histoire “, rend à St-Denis et aux tÃmoms qui l’ont
inspirà leurs dÃclarations sous une forme originale et
piquante.

Son zèle de bon Canadien sera secondÃ, nous en
avons le ferme espoir, par la gratitude efficacement
manifestÃe de ses compatriotes.

J.-B. BOUSQUET.

HISTOIRK DE

Saint – Denis – sur – Richelieu

CHAPITRE PREMIER

DÃcouverte et conquête de la vallÃe du Richelieu.

Concession de la Seigneurie de Saint-Denis.

Sa description. 1603-1694.

Lorsque Champlain, en 1G03, dÃcouvrit le Riche-
lieu et une partie de sa vallÃe (1), Saint-Denis n’Ãtait
qu’un point perdu de l’immense forêt.

Dans la profondeur des bois, il y avait abondance
de gibier gros et petit. Nombreux Ãtaient les che-
vreuils et leurs congÃnères les orignaux, les cerfs et
les caribous. Les castors habitaient des bourgs floris-
sants sur tous les ruisseaux, en particulier sur
l’Amyot. Les ours y avaient leurs coudÃes franches,
et les loups une eau que ne troublait pas encore l’in-
nocent agneau. Puis les perdrix, les tourtes (2) et les
canards sauvages, ainsi que les lièvres et les loutres,
comptaient d’autant plus d’individus de leurs espèces
qu’ils occupent moins de place.

Les AbÃnaquis Ãtaient les propriÃtaires de ce
beau pays de chasse, tandis que les Iroquois Ãtaient
chez eux de l’autre côtà de la rivière (3).

(i). — Dionne, Samuel Champlain, I, 64 ; Champlain ne remonta
alors le Richelieu que jusque devant Saint-Charles environ.

(2). — Les tourtes Ãtaient si nombreuses à Saint-Denis vers

1830
qu’elles couvraient même des demi-arpents de leurs nuÃes. On en

Ãtait
rÃduit à garder les champs contre elles pour les empêcher de

tout
dÃtruire.

(3). — Roy, IIistoi?e de la seigneurie de Lotizon, I, 2.

HISTOIRE DE

Ces deux ]>euples avaient jusque-là vÃcu eu bons
voisins. Leurs domaines Ãtant bien dÃlimiiÃs par la
nature, ils se contentaient de les parcourir tranquille-
ment, l’arc au bras, pour y trouver leur nourriture.
Mais la paix ne tarda pas à être rompue après l’arri-
vÃe des EuropÃens.

Depuis dÃjà longtemps la guerre existait en per-
manence entre les Hurons et les Algonquins d’une
part et les Iroquois de l’autre. Lorsque les Français
firent leurs premières explorations dans le pays, ils
furent invitÃs à s’y mêler. Les Algonquins surtout
les en pressaient. Eitouser leur cause, après tout,
puisque l’on ne pouvait rester neutre, semblait com-
porter plus d’avantages que d’inconvÃnients ; l’on se
rangea de leur côtÃ.

En consÃquence, dès 1609, Champlain et quelques
compagnons se joignent à une soixantaine de ces
aborigènes et remontent la rivière au chant cadencÃ
des nouveaux alliÃs.

Rendus au lac George, ils se battent ; la victoire
couronne leurs efforts (1). Plût à Dieu que ce fût
tout ! Mais les reprÃsentants du roi de France avaient
Ãtà ce jour-là jeter une Ãtincelle en ces lointains para-
ges. Tombant au milieu d’une nation courageuse,
assez forte en nombre pour être la terreur de tout le
nord-est amÃricain, elle produisit un terrible embrase-
ment. L’ennemi avait reculÃ, en effet, mais ce n’Ãtait
en quelque sorte que pour lui permettre de mieux
s’Ãlancer. De son indignation naquit en lui une haine
implacable du nom français, et cette première rencon-
tre marqua en rÃalità le commencement d’une seconde
guerre de cent uns, presque sans trêve et, dans tous
les cas, aussi dÃsastreuse en proportion que celle de

Dioiine, Samuel Champlain, I, 249 et 250.

SAINT-DEXIS SUR-KICIIELIEU

l’ancien nioiule. Les Hollandais et les Anglais firent
bientôt cause commune avec les vaincus, et les AbÃna-
quis, pour rendre la conflagration plus gÃnÃrale, se
rÃunirent au parti embrassà par les sujets de Louis
XIV.

Les bords de la riviëre Hicbelieu n’ont pas Ãtà le
thÃâtre de batailles, mais le cours d’eau est devenu
dès lors le chemin naturel des vindicatifs indigènes,
qui habitaient entre les lacs Ont;uio et Champlain.
Cette voie Ãtait à eux, ils la hantaient presqr.e conti-
nuellement et l’on n’en regardait même l’embouchure
que de loin et avec tremblement, (‘e n’est qu’en 1666
qu’on la leur a enlevÃe eu les refoulant enfin avec
vigueur jusque sur leurs montagnes de l’Ãtat de New-
York (1).

L’expÃdition du Marquis de Trac}^, en faisant
exÃcuter cette retraite, provoqua une ère nouvelle
pour la rÃgion richeloise (2), FermÃe aux Français,
quoique leur appartenant, celle-ci leur fut alors
ouverte.

Cet agrandissement territorial offrait certaine-
ment à la colonisation un de ses champs les jiîus
enviables. Les exubÃrantes essences forestières, (^ui
le protÃgeaient de leur Ãpaisse crinière, disaient assez
haut la fertilità de son sol. Aussi a-t-il produit au
centuple, quand il a Ãtà dÃfrichà et mis en culture.

Le merisier côtoyait le chêne et le hêtre. Le
frêne, le cerisier et le senellicr croissaient à l’alvi du
panache de l’orme. Partout on trouvait en grand
nombre les liards, les Ãrables et les plaines. Les bois

(I). — Gosselin, Vie de Mgr de Laval, I. 496 à 5:)0.

(2). — Richelois, ou richeloise au fÃminin, signifie ” de

Richelieu,
du Richelieu “, il peut vouloir dire aussi ” habitant de la

vallÃe, de la
place de Richelieu “. Ce mot, fiuoique rare, a Ãtà jiarfois usitÃ

ailleurs
avant de l’être ici.

HISTOIRE DE

mous, tels que le pin, le sapin, l’Ãpinette, le tilleul et
la pruche, avaient aussi leurs rÃserves. Puis il y
avait le cèdre, le bouleau, le saule et le gothique peu-
plier.

C’est donc avec raison que le nom de Richelieu a
primà ses concurrents pour dÃsigner le cours d’eau
principal d’une si splendide vallÃe (1). Rivière des
Iroquois, de Chambly ou de Sorel n’eût pas eu autant
de sens. Le premier rappelait de sombres annÃes ;
et les deux autres ne conservaient que le souvenir
d’officiers assez obscurs, tandis que le survivant nous
remet en mÃmoire une des plus brillantes gloires fran-
çaises, dont nous parlent nos origines. Puis ce n’est
pas si mal d’appeler Riche Lieu un coin de terre qui le
mÃrite si bien.

Saint-Denis a d’abord Ãtà enclavÃe dans la vaste
seigneurie de la Citière, qui renfermait dans ses limi-
tes tout le diocèse de Saint-IIyacinthe et beaucoup
plus encore. Elle avait Ãtà concÃdÃe par Champlain
à M. de Lauzon, le 15 janvier 1635. On avait taillÃ
grand dans un pays qui s’y prêtait si bien, sans songer
que l’on entravait le progrès en confiant trop à l’ini-
tiative d’un seul. La couronne a corrigà l’erreur vers
1670 en reprenant ses terres restÃes presque toutes
incultes et en concÃdant à nouveau (2).

(I). — Dans les divers actes notariÃs et autres que nous avons

pu
consulter, on voit figurer de temps en temps les noms de rivière

des
Iroquois, de Sorel ou de Chainbly, mais celui de Richelieu y

apparaît
le plus frÃquemment.

(2). — Hoy, Histoire de la seigneurie de Lauzon, I, 41 à 4S ;

134.
Jodoin et Vincent, Histoire de Longueuil, 630 et 631 ; la

seigneurie de
la Citière comprenait même l’île de MontrÃal. Evidemment,

comme
dit Suite :

Monsieur de Lauzon,

Un charmant garçon.

Prenait du gajlon

Et le prenait long.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU

Des ruines de ce domaine ont surgi plus de vingt-
cinq seigneuries et plus tard des cantons en nombre
encore plus considÃrable.

Saint-Denis en a Ãtà tirÃe par Frontenac, le 20
septembre 1694 (1).

AppuyÃe sur le Richelieu, cette concession avait
pour voisines, en face, celle de Contrecœur et, sur le
flanc nord, celle de Saint-Ours. En arrière, il y aura
plus tard Saint-Hyacinthe et au sud Saint-Charles.

De deux lieues de front sur deux Ãgalement de
profondeur, elle prÃsente la figure d’un losange peu
prononcÃ. Cinq rangÃes de terres (appelÃes ordinai-
rement concessions) la divisent en cinq zones parallè-
les à la rivière avec autant de chemins dans le même
sens. Deux routes transversales (2) achèvent de
composer tout le rÃseau des voies de circulation dans
ses limites. Quant au village, c’est au milieu de la
borne marquÃe par le Richelieu qu’il est placÃ. Ce
site est aussi agrÃable que peu central.

Au point de vue de la fertilitÃ, la mieux partagÃe
des cinq sections dyonisiennes (3) est sans contredit
la deuxième, qui se trouve être la vallÃe de l’Amyot ;
puis viennent par ordre de richesse, la troisième, la
quatrième, la première et enfin la cinquième qui est
l’ombre au tableau pour faire ressortir davantage la
beautà du reste.

(I), — Extrait des Registres d’Intendances, Pièces et

doctinienls,
page 412.

(2). — Celle du nord s’appelle Yamaska, parce que c’est le che-
min ordinaire des gens de Saint-Denis à la rivière Yamaska ou

Saint-
Hyacinthe ; l’autre est nommÃe route Goddu, en souvenir du major

Goddu
sur le terrain de qui elle a Ãtà prise à partir du Bord-de

l’eau. Ce M.
Goddu est ensuite allà mourir à Saint-CÃsaire-de-Rouville.

(3). — Dyonisien vient du mot latin ” Dyonisius “, Denis en

fran-
çais. Dyonisien signifie donc ” de Saint-Denis ou habitant de

Saint-
Denis “, selon les circonstances.

HISTOIRE DE SAINT-DENIS

Le bas du Bord-de-l’eau et la partie correspon-
dante du deuxième rang s’appelaient au commence-
ment la côte de Plaisance (1) : c’Ãtait poÃtique ; plus
tard ce nom est restà exclusivement au premier rang,
et l’autre est devenu La Chêniëre. Aujourd’hui ces
noms sont disparus. Quant à l’extrÃmità septentrio-
nale du quatrième rang, elle est encore dÃsignÃe par
l’appellation assez peu harmonieuse de Cascariuette.
Mais cette appellation est aussi ancienne que dure Ã
l’oreille. Elle rappelle qu’en cet endroit on a jadis
dÃtachà de la seigneurie un petit fief ÃphÃmère (2),
grand de 18 par 50 arpents pour nous ne savons quel
hÃritier.

Relativement à MontrÃal, Sorel et Saint-Hyacin-
the, Saint-Denis est à peu près au centre du triangle
que dÃcrivent ces trois villes.

(I). — Voir divers actes de concessions à des censitaires.
(2). — Bouchette, Description topographique de la province du

Bas-
Canada, 217.

CHAPITRE II

Premiers seigneurs de Saint-Denis. M. de Gannes.
M. de Noray. M. de Contrecœur. 1694-1775.

L’heureux mortel pour qui a Ãtà taillÃe la sei-
gneurie de Saint-Denis est Louis de Gannes, sieur de
Falaize. C’Ãtait un gentilhomme français, beaucoup
plus riche en titres de noblesse qu’en ressources pÃcu-
niaires. Il Ãtait nà à Buxeuil, en Poitou, l’an 1666
(1), et Ãtait arrivà au Canada vers l’âge de vingt ans
eu qualità d’enseigne dans les troupes de sa MajesiÃ.
Peu après être dÃbarquà sur les rives du Saint-Lau-
rent, il avait Ãtà promu au grade de lieutenant (2).

Malgrà son dÃfaut de fortune qu’il compensait
d’ailleurs par bien d’autres avantages, il put sans
peine avoir ses entrÃes libres chez Barbe Denis, veuve
du premier seigneur de ContrecÅ“ur et retirÃe à QuÃ-
bec avec ses deux enfanta, un fils et une fille. Cette
femme Ãtait de quatorze ans plus vieille que lui, mais
une si grande diffÃrence d’âge ne les empêcha pas
de s’Ãprendre comme deux jeunes amants et de se
marier le 10 novembre 1691 (3).

Le nouveau couple alla ensuite rouvrir les portes
fermÃes de l’ancien manoir de ContrecÅ“ur. Malheu-
reusement, trois ans plus tard, la seigneuresse y mou-
rait dÃjà , après avoir donnà naissance à une seconde
fille.

Un peu avant sa mort, elle avait vu son mari

(i) — Tanguay, Dictionnaire GÃnÃalogique, I, 165.

(2) — En 1687. — Daniel, Nos gloires nationales, II, 282.

(3) — Tanguay, Ibid..

HISTOIRE DE

procÃder à des dÃmarches pour s’assurer la conces-
sion de Saint-Denis. L’ayant obtenu sur ces entre-
faites, il l’a appelÃe de ce nom en souvenir de sa com-
pagne disparue.

Ainsi le nom de Saint-Denis se rattache à la gloire
d’une des plus remarquables familles de notre pays,
en même temps qu’il indique pour patron de la loca-
lità le premier apôtre de la mère-patrie (1). Le père
de Barbe n’Ãtait jadis venu de France qu’en vue de
contribuer à la conversion des sauvages. A cette
fin il s’est prodiguà sur les champs de bataille de
l’Acadie et dÃvouà avec ardeur à la prospÃrità de la
colonie de QuÃbec (2). Parmi ses fils, M. de Vitrà a
Ãtà membre du conseil souverain de la ITouvelle-
France ; M. M. de la Konde et de Bonaventure ont,
comme leur père, conquis leur large part de lauriers
dans les guerres acadiennes (3). Barbe elle-même
avait le gouverneur de Lauzou pour parrain.

M. de Gannes n’a pas tardà à quitter ContrecÅ“ur
après le dÃcès de son Ãpouse. Il s’est remarià l’annÃe
suivante avec Louise Le Gardeur de Tilly et, comme
il Ãtait militaire avant d’être colonisateur, il ne s’est
plus occupà de ses seigneuries que pour s’en dÃfaire.
Il vendait celle de Saint-Denis le 21 mars 1713 (4), et
sa fille, sa co-propriÃtaire, abandonnait Ãgalement sa
part, juste un mois après (5).

(1) — De 17 13 à 1743, la seigneurie a failli perdre son nom

de
Saint-Denis pour prendre dÃfinitivement celui de ses nouveaux

posses-
seurs : Noray, NorÃ, Dumesnil ou Dumesny. C’est ce que l’on cons-
tate par les divers actes de concessions aux censitaires. L’acte

de nomi-
nation du premier missionnaire, M. Gosselin, dit : “in dominio

Dumini”.

(2) — Suite, Histoire des Canadiens-Français, III, 56 ; IV, 56

et 68.

(3) — Daniel, N’as gloires nat., I, 328 et 329.

(4) — Par-devant notaire Borbel, à QuÃbec.

(5) — Par-devant notaire AdhÃmar, à MontrÃal.

\ ‘- \j:4^

CIIAMl’J.AIX SUR I.K RICIIKLIKU (l’aii-e 2).

SAINT-DENIS-SUR-RICIIELIEU

C’est dans les guerres d’Acadie (1) que M. de
Garnies, comme ses beaux-frères, a passà le reste de sa
vie (2). Sa fille, après avoir puisà son instruction Ã
MontrÃal, est entrÃe chez les Ursulines des Trois-
Rivîères, où elle a Ãtà connue sous le nom de Mère
Louise de Sainte-Marie (3).

La seigneurie de Saint-Denis, restÃe dans le même
Ãtat qu’au jour de sa concession, a Ãtà transfÃrÃe des
mains de ses premiers dÃtenteurs à celles de Jacques
Le Picart, sieur de Noraj et de Dumesnil, qui l’acheta
pour un prix nominal.

Le nouvel acquÃreur Ãtait encore un militaire.
Nà à Nora}’, au diocèse de Ba3’eux, en France, l’an
1603, il Ãtait venu au Canada dans les cadres de l’ar-
mÃe vers 16S5. Il a Ãtà ensuite successivement ensei-
gne, major et lieutenant. Un mariage, dans l’inter-
valle, acheva d’asseoir la fortune de cet autre noble.

C’est le 16 fÃvrier 1692 qu’il Ãpousa RenÃe
Chorel-Dorvilliers dans l’humble chapelle de Cham-
plain. Ce jour-là il Ãtait admis dans une famille aussi
chrÃtienne que riche. Trois filles en sortirent pour
devenir religieuses à QuÃbec. Quant à celle qui res-

(1) — – En 1702, il Ãtait lieutenant en Acadie dans la

comiingnie de
Chacornade. pïndant que son frère François Ãtait capitaine

dans la com-
pagnie de Falaize. Daniel, A’os gloires nalionaks, II, 346.

(2) — L€s Ursulines des Trois- Rivières, I, 240 à 244,

rajipoitent,
«l’après d?s documents officiels, que M. de Gannes Ãtait ” un

officier de
mÃrite, très ai<lent et très attachà au seivice militaire “.

Nous savons
<ie plus qu’à la fin de ses jours on a proposà au roi de lui

accorder la
croix de Saint-Louis.

(3) — Ursulines des Trcis- Rivières^ I, 240 et 241. — La

jeune
Louise n’avait. que de 7 à 8 ans lors de l’Ãtablissement des

Franciscains
dits RÃcollets à MontrÃal. Un dimanche, à la suite d’un sermon

où l’on
invitait les fidèles à venir dÃposer leur obole pour aider Ã

la construction
<lu nouveau monastère, elle montra son bon cœur en vendant sa

pou])Ãe
à l’une de ses compagnes pour aller ensuite fort sÃrieusement en

offrir les
5 ou 6 sous aux religieux.

10 HISTOIRE DE

tait dans le monde, elle avait Ãgalement reçu une
excellente Ãducation à la capitale. Le matin de ses
noces, son père la gratifia en plus de la jolie dot de
près de sept cents piastres (1).

Après quelques annÃes ÃcoulÃes à Cliamplain, M.
de ]S”oraj alla s’Ãtablir dÃfinitivement à MontrÃal.
C’est là qu’il mourut, le 26 octobre 17] 3, laissant
quatre enfants : Louis, Hector, RenÃe et Philippe,
respectivement âgÃs de dix-huit, seize, quinze et treize
ans (2). JS”ayant eu que le temps de former des pro-
jets piour la seigneurie qu’il venait d’acquÃrir, il
lÃguait à son Ãpouse et aux orphelins le soin de les
mettre à exÃcution.

La famille, après le dÃcès de son chef, est partie
pour QuÃbec. Les fils ont pu y terminer leurs Ãtudes
sous la direction des dÃvouÃs prêtres du sÃminaire, et
la fille, après avoir bÃnÃficià de l’enseignement des
Ursulines, s’est faite religieuse dans la même commu-
nautà que ses maîtresses.

La mère est dÃcÃdÃe à son tour moins de quatre
ans après son mari, le premier mai 1717.

Alors s’engageait rÃellement la lutte pour la vie
chez ceux que la Providence se plaisait à tant Ãprou-
ver. Par bonheur l’aînà avait dÃjà ses vingt-un ans ;
il put bientôt agir tant en son propre nom qu’en celui
de ses frères et de sa sœur.

C’est le 17 juin 1720 qu’on commence à voir leur
action dans le domaine dyonisien. A cette date, ils
y accordent leur première concession. Ensuite ils con-
tinuent à s’occuper de leur patrimoine, mais en souf-
frant de la lenteur dont sont frappÃs tous les progrès
dans la colonie entière.

(1) — Autrefois et aujourd’ hui à Sainte- Anne de la Pâade,

37 et 38.

(2) — Tanguay, Dictionnaire gÃn..

SAINT-DBNIS-SUR-RICHELIEU H

Ils font arpenter dn terrain et ouvrir des chemins
an fur et à mesure que se prÃsentent les censitaires.
Ainsi agit-on durant les seize annÃes subsÃquentes.
Tout le travail a Ãtà limità cependant à une partie du
Bord-de-l’eau. En tout, il n’y eut que quinze familles
d’installÃes (1).

Malgrà les obstacles qui se dressaient devant leur
bonne volontÃ, le rÃsultat Ãtait tout de même encou-
rageant. NÃanmoins il ne le fat pas suffisamment
pour les jeunes seigneurs, qui remirent le domaine
en vente.

(Test le petit-fils de Barbe Denis, Pierre-Claude
PÃcaudy de ContrecÅ“ur, qui l’acheta, le 12 septembre
1736, pour le joindre à son hÃritage de ContrecÅ“ur,
dont cette augmentation Ãtait en rÃalità la continua-
tion par delà le Richelieu.

Le nouvel acquÃreur n’Ãtait alors que dans sa
trentième annÃe, Ãtant nà au manoir de ContrecÅ“ur,
le 28 octobre 1705, de François-Antoine PÃcaudy de
ContrecÅ“ur et de Jeanne de Saint-Ours. C’est le
gouverneur de MontrÃal, Claude de Hamezay, qui l’a
portà sur les fonts baptismaux.

Après avoir terminà ses Ãtudes au sÃminaire de
QuÃbec, il a pris du service dans les troupes du roi en
Canada. Son activitÃ, autant que sa bravoure, le
poussait irrÃsistiblement vers la carrière où s’Ãtait
illustrà son aïeul (2). Enseigne à vingt-quatre ans,
il devenait lieutenant treize ans plus tard et capitaine
à quarante ans. C’est en cette dernière qualità qu’il
a Ãtà envoyà dans rOhio en 1749 pour signifier aux
Anglais d’avoir à Ãvacuer le territoire français sur
lequel ils persistaient à em[tiÃter. La mission ayant

(1) — Le nombre des concesMons fut de 25.

(2) — Daniel, A’os g/oircs iiat., II, 39 et 40.

12 HISTOIRE DE

bien rÃussi, on lui demanda de la rÃpÃter en 1754.
Cette fois, il dut affronter une rÃsistance mieux orga-
nisÃe. S’Ãtant emparÃ, dès sou arrivÃe, d’un fort
que les ennemis avaient l’audace d’Ãlever sur le terrain
convoitÃ, il l’acheva sous le nom de fort Duquesne et
en forma le centre de ses opÃrations ; c’est aujourd’hui
la ville de Pittsburg (1). Le printemps suivant, après
avoir vaincu successivement par ses gÃnÃraux les
deux armÃes de Washington (2) et de Braddock, il
revenait avec la satisfaction d’avoir gardà encore
intacte la contrÃe qu’il Ãtait chargà de dÃfendre.

En 1756, il passa l’Ãtà sur les bords du lac Cham-
plain comme garde avancÃe (3). Enfin, lors de la
bataille dÃcisive des plaines d’Abraham, il Ãtait dans
la mêlÃe sous les murs de QuÃbec. Mais ce fut le
dernier combat auquel il prit part (4).

Pendant ses campagnes, rien dans ses terres
n’avait souffert de son absence. Avant de partir il
pourvoyait à tout. Rarement même il laissait s’Ãcou-
ler une annÃe sans aller sur les lieux se rendre compte
en personne. Après cela, il pouvait de loin donner
des ordres avec autant de prÃcision qu’on l’eût pu sou-
haiter.

Marià avec Madeleine Boucher de Laperrière, le
10 janvier 1729 (5), il n’a jamais eu son domicile
ailleurs que dans la paroisse natale de sa femme, Ã
Boucherville, ou à MontrÃal (6). C’est surtout de ces

(1) — Casgrain, JÏIoiitcalm et Lcvis, I, 534 à 529.

(2) — “Après la dÃfaite de Washington fut signÃe, dit l’abbÃ
Daniel, la capitulation qui dut singulièrement humilier le futur

chef de
l’IndÃpendance amÃricaine “. Nos gloires nat., I, 241.

(3) — Casgrain, Montcalm et LÃvis, I, 87 et 88 ; 144 et 145.

(4) — Suite, Histoire des Canadiens- Français, VII, 127.

(5) — Tanguay, Dict. gcn., VI, 272.

(6) — A MontrÃal, M. de ContrecÅ“ur demeura tantôt rue Saint-
Jacques et tantôt rue Saint-Paul.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEF 13

endroits qu’il a dirigà les progrès de sa seigneurie
de Saint-Denis.

Aussi excellent catholique et sincère patriote
qu’homme entendu dans les aflaires, il a imprimà à la
prospÃrità de la jeune colonie un Ãlan que l’on pou-
vait difficilement espÃrer. Rien ne semble avoir ÃtÃ
nÃgligà pour atteindre le but dÃsirÃ.

D’abord il s’est empressà de faire les dÃmarches
qui pouvaient assurer à ses censitaires une desserte
religieuse. Coloniser sans cela, c’Ãtait exposer les
braves pionniers à un refroidissement dans la foi et
rendre en même temps moins efficaces ses effi^rts pour
le peuplement qu’il poursuivait. Grâce à sa gÃnÃro-
sitÃ, il est parvenu à ses fins peut-être plus tôt qu’il
ne le pensait.

En toutes occasions favorables (et pour lui elles
Ãtaient nombreuses), il parlait à qui voulait l’entendre
des belles terres de Saint-Denis. Il les connaissait et
il ne croyait pas pouvoir trop les vanter. Puis, le
branle donnÃ, il aplanissait de son mieux les difficul-
tÃs qui pouvaient empêcher d’y parvenir.

Quand il a vu les Acadiens, bannis, venir cher-
cher asile sur les rives du Saint-Laurent, il s’est
empressà d’eu attirer un certain nombre dans ses
domaines. C’est ainsi que Saint-Antoine et Saint-
Denis ont eu leurs petits contingents de ces victimes
de la cruautà anglaise.

De plus, comme les lois françaises enlevaient aux
habitants la libertà de s’Ãtablir sur des propriÃtÃs
n’ayant pas quarante-cinq arpents carrÃs, à moins que
ce ne fût dans une ville ou un bourg lÃgalement

14 HISTOIRE DE

constituà (1), il fit confÃrer ce dernier privilège aux
environs de l’Ãglise en 1758. De la sorte il facilitait
dans la località l’installation de diverses industries,
dont on n’aurait pas pu jouir autrement.

Enfin il a fait arpenter la seigneurie jusqu’au
quatrième rang inclusivement, il a ouvert presque
partout d’assez bons chemins et, pendant les trente-
neuf ans de son règne, les quinze familles du com-
mencement ont atteint le chifi’re de cent-soixante.

On peut alors lui dÃcerner en toute justice le
titre de vÃritable fondateur de Saint-Denis.

Ayant perdu son Ãpouse peu après la conquête, il
s’est remariÃ, en 1768, avec Marguerite Puigibaut,
veuve d’Etienne Rocbert de la Morandière (2). C’est
elle qui, le 13 dÃcembre 1775, a fermà les yeux au
regrettà seigneur, alors chevalier de l’ordre de Saint-
Louis depuis 1756, et conseiller lÃgislatif depuis quel-
ques mois.

(1) — Edits et ordonnances, I, 586. Voici partie du texte des

lois
en question, elles sont du 28 avril 1745 :

” Article I. — Fait sa Majestà dÃfense à tous ses sujets de la
Nouvelle-France, qui ont des terres à cens, de bâtir dorÃnavant

ou faire
bâtir aucune maison et Ãtable en pierre ou en bois sur les

terres ou por-
tions, à moins qu’elles ne soient d’un arpent et demi de front

sur trente
à quarante de profondeur, à peine” d’amende ; granges permises.

” Art, II. — …Permet sa Majestà aux habitants des environs
des., .villes de faire tels Ãtablissements et dans telle Ãtendue

de terrain
qu’ils jugeront à propos.. . “.

” Art. III. — Les dispositions portÃes au prÃcÃdent article

auront
lieu pour les bourgs et les villages dÃjà Ãtablis, ou qui le

seront par la
suite, et suivant qu’il sera estimà nÃcessaire par le gouverneur

gÃnÃral
et l’intendant de la colonie, à l’effet de quoi ils

dÃtermineront les limites
des dits bourgs et villages, au-delà desquels il ne sera permis

aux habi-
tants de faire d’autres Ãtablissements sur leurs terres en

censive, que
conformÃment à ce qui a Ãtà rÃglà au premier article de la

prÃsente
ordonnance “.

(2) — Tanguay, Dut. gc’n., VI, 272.

SAINT-DBNIS-SUR-RICHELIEU 15

Il fut inhumà à MontrÃal (1), où il est dÃcÃdà ;
mais à Saint-Denis on lui devait un service funèbre
quand même et la reconnaissance le lui fit cÃlÃbrer
avec toute la pomp’e possible, au milieu d’un concours
gÃnÃral de ses anciens censitaires dyonisiens.

La fabrique de la paroisse a longtemps conservÃ
sa croix de Saint-Louis, qu’il avait portÃe avec tant de
dignità et qu’il avait eu la dÃlicate attention de lui
lÃguer par son testament.

De ses quatre enfants, ses deux fils l’ayant prÃcÃdÃ
dans la tombe, l’un à l’âge de vingt-cinq ans (2) et
l’autre à celui de vingt-neuf, (3) ce furent ses deux
filles et leurs maris qui lui succÃdèrent.

2É^

(1) — Il fut inhumà le surlendemain de sa mort dans la chapelle
Saint-Aniable de l’ancienne Ãglise Notre-Dame de MontrÃal.

Registres
des baptêmes, mariages et sÃpultures de N^.-D. de MontrÃal.

(2) — LÃvis Ãcrit à Bigot au sujet de M. de ContrecÅ“ur encore

au
lac Chaniplain : ” M. de ContrecÅ“ur est dans la plus grande

affliction
de la mort de son fils aînÃ, qui a eu le malheur de se tuer par

un coup
de fusil qui a parti, et sur lequel il Ãtait appuyÃ…. L’Ãtat du

père est
très touchant. Je l’ai Ãtà voir hier ; je lui ai proposà d’aller

passer
quelques jours à MontrÃal ; il m’a dit qu’il n’irait que quand

il croirait
qu’il n’y aurait plus rien à craindre dans cette partie “. —

Casgrain,
Montcalm et LÃvis, I, 146.

(3) — Il pÃrit en 1761 dans le naufrage de l’ ” .\uguste “. —
Daniel, Nos gloires iiat., I, 160.

CHAPITRE III

Vue gÃnÃrale de Saint-Denis en 1740. Ses pion-
niers : Saint-Germain, Dudevoir, Larue,
Bousquet, Joabert, Maheux,
Lacroix, ChaussÃ, Dragon, Messier, Poulin,
Charpentier, Laporte, Jette, Ledoux,
Laperle, Dubreuil. 1740.

• En 1740, annÃe de l’Ãrection de Saint-Denis en
mission religieuse, vingt-deux familles Ãtaient Ãche-
lonnÃes en vingt maisons le long du Richelieu ; c’Ãtait
toute la petite colonie. Sur l’emplacement actuel du
village vivaient, avec leurs femmes et leurs enfants,
Joubert, Saint-Germain, Dudevoir, Poulin et Jette.
En remontant la rivière on trouvait Dubreuil, lea
quatre frères Bousquet, Lacroix, Charpentier, Ledoux
et Laperle. Dans la partie infÃrieure de la seigneu-
rie, c’Ãtaient les deux Maheux ensemble, les deux
Dragon ensemble Ãgalement, Larue, ChaussÃ, Messier
et Laporte.

Dans chacune des maisons, restÃes pour la plu-
part des cabanes de chantier, rÃgnait sans doute
encore la gêne.

La voie publique elle-même, qui les rÃunissait
toutes, n’Ãtait en rÃalità qu’un sentier tortueux cou-
rant sur le bord de la côte. A peine un petit dÃsert
avait-il ça et là reculà un peu la forêt autour des
demeures. C’est là que le rare passant pouvait voir
au travail des champs la famille entière de chacun des

18 HISTOIRE DE

colons. Aussi les moissons n’ont pas tardà à venir
rÃcompenser un si courageux labeur.

Quelquefois se faisait bien entendre à la lisière
du bois le cri de la bête fauve, mais aussi l’on avait
autour de soi tout l’orchestre des oiseaux les plus
variÃs. Malgrà ses craintes et ses privations, cette
bonne vie champêtre des temps primitifs ne manquait
pas de charmes. Ce n’est certainement pas quand le
progrès a tout organisà que l’on peut trouver pareille
poÃsie.

Au milieu de cette population, pas encore de
prêtre, de mÃdecin, de notaire, ni de marchand, et, en
fait d’hommes de mÃtier, seul le cordonnier Jette.
Toutefois l’isolement Ãtait loin d’être aussi grand
qu’on pourrait le supposer. Ne vivait-on pas à deux
lieues seulement de Contrecœur et de Saint-Ours ?
Et à l’une et à l’autre località on trouvait ce qui man-
quait à Saint-Denis.

Moins le père Dragon, venu de France, tous les
premiers colons dyonisiens Ãtaient des Canadiens habi-
tuÃs aux privations. Ils Ãtaient originaires : un de
Sainte-Anne-de-BeauprÃ, deux de Beauport, deux de
Charlesbourg, un de Sainte-An ne-de-la-PÃrade, quatre
de ContrecÅ“ur, un de Repentigny, six de “Varennes,
un de la Rivière-des- Prairies, un de Boucherville et
deux de MontrÃal. Outre que ce petit groupe ne
formait en quelque sorte qu’un cercle d’amis, plusieurs
d’entre eux Ãtaient dÃjà consanguins ou alliÃs. Bien-
tôt ils le seront presque tous.

Quoique Joubert ait Ãtà le premier à obtenir sa
concession sur ce coin bÃni des rives du Richelieu, il
s’est laissà devancer pour s’y Ãtablir. Il avait eu son
contrat comme propriÃtaire en 1720 des MM. de
Noray ; mais, peu fortunÃ, il ne venait pour ainsi
dire dÃfricher que quand il ne trouvait pas d’^ouvrage

SAINT-DENIS-SÏJR-RICHELIEU 19

sur les fermes des autres, Saint-Germain, Dudevoir
et Larue ont Ãtà plus expÃditifs ; en 1730, ils Ãtaient
dÃjà prêts et, cette même annÃe, ils arrivaient de
ContrecÅ“ur, MontrÃal et La PÃrade avec Ãpouse et
enfants. A eux l’honneur d’avoir Ãtà vÃritablement
l’avant-garde de la future population de Saint-Denis.

Après eux sont venus : J.-B. Bousquet, en 1732 ;
Joubert, P. Bousquet et Maheux, en 1733 ; Lacroix,
en 1734 ; ChaussÃ, les deux Dragon et Messier, en
1735 ; Cl. Bousquet et Poulin, en 1736 ; Chs. Bous-
quet, Charpentier et Laporte, en 1737 ; Jette, Ledoux
et Laperle, en 1738 ; Dubreuil, en 1739. En plus, au
printemps de cette dernière annÃe, se mariait l’aînÃ
des fils de Maheux, formant la vingt-deuxième famille
de Saint-Denis.

François Saint-Germain (1), ou plutôt François
Gazaille-dit-Saiut-Germain, l’un des trois premiers
pionniers dÃfinitivement fixÃs dans la seigneurie, Ãtait
marià avec Catherine Brunet et fils d’un Français
Ãtabli à ContrecÅ“ur. C’est le 27 octobre 1721 que,
probablement sur le conseil de son père, il s’Ãtait fait
tailler sa concession de Saint-Denis. SituÃe deux
arpents plus bas que la route Yamaska, elle avait 5
par 30 arpents. L’endroit où il fixa sa rÃsidence est
exactement celui choisi en 1837 pour la rÃsistance
armÃe des patriotes.

(i) — Il ne compte plus de descendant dans la ))aroisse en

F905,
quoique sa famille ait Ãtà nombreuse autrefois ; elle y a eu deux

mar-
ijuilliers, un notaire et un patriote ardent tuà au combat de

1837.
Longtemps aussi elle a dirigà dans la località une asscc

importante
manufacture de chapeaux. Le dernier survivant, Henri, a Ãtà tuÃ
jeudi, le 17 août 1905, dans un accident de voiture. Il venait

d’acheter
un hôtel à Sorel.

20 HISTOIRE DE

Philippe Dndevoir (1), venu de MontrÃal et uni
à Marguerite Dnbreail, avait eu sa concession du
seigneur en 1725. De 3 par 32 arpents, cette terre
Ãtait à dix arpents plus haut que celle de Saint-
Germain.

Etienne Laroe (2), petit-tils d’un notaire royal
Ãmigrà de Saint-Maclou (France) à La PÃrade, vers
1661, avait de son côtà donnà sa prÃfÃrence à une
propriÃtà ‘de 3 par 30 arpents, situÃe deux milles plus
bas que le village actuel. C’Ãtait plus loin du centre,
mais plus proche de Saint-Ours, où il prit sa femme
Jeanne Deguire, le 5 fÃvrier 1727.

Jean-Baptiste Bousquet et ses trois frères, Pierre,
Claude et Charles, avaient vu le jour et grandi près
du petit cap de Varennes. Leur aïeul, un ancien
maître-armurier de France, s’y Ãtait fait colon quelque
cinquante ans auparavant. C’est de là que Pierre
Bousquet ou Bousquette — comme il arrivait d’Ãcrire
indiffÃremment alors — et Anne Laperle avaient vu
partir leurs fils tour à tour pour Saint-Denis. Les
courageux enfants Ãtaient maintenant groupÃs avec
avantage dans la partie supÃrieure du Bord-de-l’eau.
L’aînÃ, Jean-Baptiste, possÃdait 6 par 30 arpents Ã
l’endroit où se trouve aujourd’hui Victor Bousquet,
son descendant de la cinquième gÃnÃration ; les autres
vivaient dans les environs. Claude a quittà l’endroit
plus tard pour retourner à Varennes et Pierre pour

(i) — Son Ãpouse est dÃcÃdÃe le 26 avril 1769, à l’âge de 61

ans.
En 1777, son fils Claude Ãtait marguillier. C’est le petit-fils

de ce der-
nier, Joseph Dudevoir, qui fut tuà avec Saint-Germain au coniliat

de
1837. Famille aujourd’hui disparue de Saint-Denis.

(2) — Sa descendance comprend aujourd’hui cinq familles dans la
località : celles de Jean-Baptiste, d’Adolphe, de Misaël, de

ClÃophas et
d’Orner. Elle a fourni à l’Eglise un prêtre et quelques

religieuses, et
au chœur de chant un maître-chantre. Trois de ses membres ont

ÃtÃ
marguilliers : Thomas, Adolphe et ClÃophas.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 21

s’enfoncer dans les terres jusqu’au troisième rang.
C’est à ce dernier, ainsi qu’à Jean-Baptiste, que doivent
remonter tous les Bous(juet actuels de Saint-Denis
pour retracer leur origine (1). Le marchand, Wilfrid
Bousquet (2), et le rÃdacteur du ” Courrier de Saint-
Hyacinthe “, Jean-Baptiste Bousquet (3), appartien-
nent à la postÃrità de Jean-Baptiste, à qui, dès 1740,
on faisait l’insigne honneur d’être le premier marguil-
lier de sa paroisse d’adoption. Charles eut Ãgalement
la confiance de ses co-paroissiens, si bien que, à sa
mort, le curà a cru devoir inscrire dans l’acte de sÃpul-
ture une mentian spÃciale du grand nombre des assis-
tants à ses funÃrailles.

(1) — Les Bousquet fournissent aujourd’hui vingt-trois familles

Ã
Saint-Denis ; elles Ãtaient quinze au recensement de l8oi. Leur

‘nom-
bre n’est dÃpassà que par les Archambault. Dix-huit d’entre eux

ont
Ãtà marguilliers ; pour cela ils sont les premiers. Ils ont

fourni aussi
quelques religieuses, dont l’une, la sÅ“ur du marchand ^ViIfri(l,

a ÃtÃ
supÃrieure de l’hôpital de Saint-Denis.

(2) — Voici la chaîne gÃnÃalogique qui relie M. Wilfrid à son
ancêtre Jean-Baptiste ; il faut remarquer que ce dernier s’est

mariÃ
deux fois, i. — avec Marguerite l’rovost, 2. — avec Madeleine

Guyon :

I. — Jean-Iiapliste lui-même, marià à V’arennes avec

Madeleine
Guyon, en 1738 ;

IL — Julien, marià à Saint-Antoine avec Josephte Aichamliault.
en 1766 ;

IIL — François, marià à Saint-Denis avec Geneviève

Dandcnault,
en 1792 ;

IV. — Joseph, marià à Saint-Denis avec Madeleine Dauplaise,
en 1825 ;

V. — François, marià à Saint-Denis avec Hermine Kicher, en

1850 ;

VI. — Wilfrid, marchand, marià à Saint-Denis avec Hticuline
Gaudette, en 1876.

(3) — Voici sa lignÃe gÃnÃalogique depuis l’ancêtre Jean-

Baptiste,
de Saint-Denis :

I. — Jean-Baptiste lui-même, marià à Kcpenligny avec

Marguerite
Provost, en 1726 ;

IL — Charles, marià à Varennes avec Marguerite Bruileur, en

‘756 ;

22 HISTOIRE DE

Pierre Joubert, que nous avons dÃjà nommÃ
comme ayant eu les prÃmices dans la seigneurie, Ãtait
originaire de Charlesbourg et petit-fils de Français.
On lui avait fait sa part magnifique. Peut-être
l’avait-il fallu ainsi pour dÃterminer un commence-
ment. Dans tous les cas, de 8 par 60 arpents sa terre
couvrait entièrement l’angle sud, que forme la route
Yamaska avec le Richelieu. Les Ãdifices religieux et
la majeure partie du village, qui s’y Ãlèvent aujour-
d’hui, disent assez son heureuse situation. Quant Ã
Joubert, il s’y Ãtait installà à la place Lacorabe. C’est
là que grandit sa famille et qu’il est mort en 1762 Ã
l’âge de soixante-un ans, laissant la rÃputation d’un
fort brave paroissien (1). Il Ãtait marià avec Agathe
Jarry, de MontrÃal.

Pierre Maheux, avant d’Ãlire domicile à Saint-
Denis, avait Ãtà cultivateur à Beauport, où s’Ãtait
jadis Ãtabli son aïeul en arrivant du Perche. Plus
favorisà que la plupart de ses compagnons, il possÃ-
dait une assez bonne instruction primaire. C’esl a
qui lui a permis d’exercer le premier à Saint-Denis les
importantes fonctions de capitaine de milice. En
cette qualitÃ, il Ãtait non seulement à la tête de l’orga-
nisation militaire ; mais il avait aussi la charge de
voir à la publication des ordonnances du gouverneur

III. — Toussaint, marià à Saint-Denis avec Marie Phaneuf, le 4
fÃvrier 17S8 ;

IV. — Amable, marià à Saint-Denis avec Marguerite Saint-Onge,
le 18 août 181 7 ;

V. — Isidore, forgeron, Ãtabli à Saint-AimÃ-sur-Yamai-ka,

marià Ã
Saint-Denis, le 13 fÃvrier 1855, ‘^^^^ Rose Kemler-Laflamme,

fille du
bedeau de cette località et sœur du curà de Farnliam ;

VI. — Jean-Baptiste Bousquet, rÃdacteur du “Courrier”, qui
prend une ai large part dans la publication de la prÃsente

monographie.

(I) — 11 n’a plus de descendant à Saint-Denis.

SAINT-DENIS-SUR-RICIIKLIEU

ainsi qu’à leur exÃcution ; il Ãtait le juge-nà de toutes
les causes secondaires, voyer autant qu’il le fallait
pour surveiller le bon entretien des chemins, et enfin
policier avec obligation de conduire les dÃlinquants Ã
la prison de MontrÃal s’il y avait lieu à dÃtention (1).
De la sorte Pierre Malieux a certainement rendu à ses
cocensitaires de prÃcieux services, dont ils lui tinrent
constamment compte. Marià avec Geneviève Martin,
il avait encore auprès de lui, en 1740, son fils Pierre,
qui venait d’Ãpouser Antoinette Guèvremont à Sorel le
20 avril 1789. C’est en 1777 que le vieux capitaine
de milice est dÃcÃdÃ, à l’âge de quatre-vingt-quatre
ans. Juste et gÃnÃreux autant envers Dieu qu’îi
l’Ãgard des hommes, il laissa une mÃmoire bÃnie (2).

Louis Lacroix-dit-Bourgault Ãtait la seconde
recrue de ContrecÅ“ur. Il est mort en 1772, à l’âge
de quatre-vingt-cinq ans (3).

Nicolas Chaussà (4), originaire de Repentigny et
marià avec Geneviève Laporte, rÃsidait sur la pointe
septentrionale de la seigneurie, à l’extrÃmità de la
côte de Plaisance. Là , il cultivait un petit domaine
de pas moins de 10 par 40 arpents, qui lui avait ÃtÃ
gÃnÃreusement concÃdà en 1729. Cette terre renfer-
mait dans ses limites toute l’île Courteraanche, qui

(i) — Triulelle, Paioissc Je Charksbourg, 177. — Suite,

Histoire
des Canadiens- Français, VI, 44. — Koy, Histoire de la

seigneurie de
Lauzon, I, 180. — Turcotte, Le Canada sons l^ Union, I, 215. â

€” Suite,
dans le Bulletin des recherches historiques, de LÃvis, III, 122

et 123.

(2) — £111767, il donnait gÃnÃreusement $50 environ pour la

con-
fection d’une balustrade dans l’Ãglise neuve. Son fils Charles

fut Ãgale-
ment capitaine de milice en 1743 et plus tard marguillier ainsi

que son
frère Pierre. La famille, encore asst^z nombreuse en 1801, est

aujour-
d’hui disparue de Saint-Denis.

(3) — Sa descendance, qui comprenait quatre familles au

recense-
ment de iSoi, a toute quittà Saint-Denis depuis cette Ãpoque.

(4) — Sa famille ne lui a pas survÃcu à Saint-Denis.

24 HISTOIRE DE

toutefois ne mÃrite ce nom qu’aux hautes eaux da
Richelieu.

Louis Quay-dit-Dragon, Français et sergent vÃtÃ-
ran de la compagnie de Marigny, Ãtait en 1740 un
vieillard de soixante-quinze ans, le doyen d’âge de la
localitÃ. Il ne se livrait plus à la culture de la terre
sur les rives du Richelieu ; il n’avait fait qu’y suivre son
fils en qualità de rentier. Venu de France vers 1694,
il avait longtemps guerroyà pour la dÃfense de sa
patrie adoptive, puis il avait pris une terre à Contre-
cÅ“ur, d’où il est passà à Saint-Denis. Il Ãtait mariÃ
avec Catherine Giard et est mort en 1750. Son dona-
taire François (1) a Ãtà adjoint à Maheux comme
capitaine de milice dès 1737 et a Ãtà un des premiers
marguilliers de sa naissante paroisse.

François Messier-dit-Saint-François (2), Ãpoux de
Josephte Guy on et beau- frère de Pierre Bousquet,
appartenait de son côtà à une famille de vieille
noblesse. Son aïeul, venu de France à MontrÃal vers
1657, Ãtait Michel Messier, sieur de Saint-Michel,
seigneur d’une partie de Varennes et oncle de l’illustre
d’Iberville. Deux fois, il a Ãtà pris par les Iroquois
dans l’accomplissement de missions aussi dangereuses
qu’honorables (3). Elevà sur le patrimoine de l’ancê-
tre, le petit-fils n’en avait pas Ãtà moins obligà de

(i) — Il avait trois fils dans la paroisse au recensement de

1801,
Louis, Hypolite et François ; Louis est l’aïeul d’Isidore, le

rebouteur
qui comme tel a joui pendant longtemps d’une certaine cÃlÃbritÃ

dans
tout son district. Après lui, sept de sa famille ont ÃtÃ

marguilliers.
Quelques filles sont devenues religieuses. Aujourd’hui sa

descendance
est reprÃsentÃe à Saint-Denis par ClÃophas, AmÃdÃe, PhilÃas, 2

Joseph,
MÃdÃric, Raphaël, Isidore, Elie, Orner, Louis et François.

(2) — Il ne lui reste plus dans la paroisse qu’un reprÃsentant

du
nom de Michel.

(-J) — R. P. Alexis, Histoire de la province ecclÃsiastique

<fOtlaii<a,

I. 55 à 58.

(\'(ilr page li).

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 25

venir à Saint-Denis demander aux labeurs du colon
son pain de chaque jour, comme le plus humble de
ses compatriotes.

Louis Poulin, sans titres de noblesse, mais d’autre
part plus riche en espèces sonnantes, n’eut pas autant
que Messierà compter avec les misères inhÃrentes aux
dÃbuts. Comme, avant son dÃpart de Sainte-An ne-
de-BeauprÃ, il avait pu toucher une partie de son
hÃritage, il s’en Ãtait achetà les 2 par 60 arpents sud
de la terre de Joubert. Une bonne maison avec
dÃpendances et d’assez spacieux dÃfrichements lui
avaient Ãtà acquis du même coup sur cette propriÃtÃ.
En 1742, il en est parti nÃanmoins pour Saint-Antoine,
où on lui oiFrait une terre encore meilleure en Ãchange
de la sienne (1).

Toussaint Charpentier (2), marià avec Louise
Jette et âgà de 33 ans, Ãtait venu de la Rivière-des-
Prairies à Saint-Denis, à la suite de son frère Fran-
çois. Celui-ci, après deux ans de sÃjour dans la loca-
litÃ, en Ãtait parti pour s’Ãtablir de prÃfÃrence à la
Pointe-du-Lac.

Jean-Baptiste Laporte (3), petit-fils du Français
Jacques de la Porte-dit-Saint-Georges et non encore
propriÃtaire, dÃfrichait et faisait valoir la terre qui
avait Ãtà concÃdÃe à son oncle Jacques Laporte-dit-
LabontÃ, mais c’Ãtait avec l’espoir, qui n’a pas ÃtÃ
trompÃ, qu’elle lui reviendrait un jour. L’oncle, qui
n’avait pas d’hÃritier direct, vint en effet dans la suite
finir ses jours avec sa femme chez ce neveu, devenu
son donataire. Jean- Baptiste Laporte venait de Con-

(1) — Un de ses fils, Joseph, est revenu plus tard demeurer Ã
Saint-Denis, mais n’y a pas laissà de descendance.

(2) — Un seul descendant dans la paroisse actuellement.

(3) — Il ne compte plus que deux descendants à Saint-Denis :
Ambroise et Jean-Baptiste, père et fils.

26 : ” HISTOIRE DE

trecÅ“nr et est dÃcÃdÃ, en 1766, à l’âge peu avancà de
cinquante-deux ans. Ses deux vieux rentiers, morts
plus de quinze ans auparavant, avaient eu en partage
une assez longue vie pour pouvoir cÃlÃbrer même leurs
noces de diamant ; nul donte que ce furent les pre-
mières de la localitÃ.

Paul Jette (1), cordonnier, cousin germain de
T. Charpentier et Ãpoux de Marguerite Saint-Martin,
Ãtait le seul dans la seigneurie à ne pas se livrer à la
culture des champs. Il avait Ãtà Ãlevà à MontrÃal,
où s’Ãtait fixà son aïeul en arrivant des environs de
La Flèche, vers 1657.

Gabriel Ledoux, de son côtÃ, avait grandi à Bou-
cherville. Son père Ãtait un brave colon venu du
Maine français. Aussi le fils n’a-t-il pas redoutÃ, dans
un âge où l’on aspire au repos, de se jeter dans le
labeur d’un Ãtablissement nouveau. C’est ce qu’il a
fait à Saint-Denis dans sa cinquante-sixième annÃe.
Il n’est mort (2) qu’après avoir vu ses quatre-vingt-
cinq printemps, huit ans après son Ãpouse.

Jean- Baptiste Laperle (3), cousin germain des
Bousquet, Ãtait arrivà dans la località à l’âge de vingt-
sept ans. L’annÃe suivante, il avait Ãpousà une des
filles du pionnier Maheux et maintenant il conti-
nuait courageusement à ouvrir sa terre. Il faisait
œuvre de bon colon à Saint-Denis, comme son père
lui en avait donnà l’exemple à Varennes et son aïeul

(1) — Descendance Ãteinte à Saint-Denis.

(2) — Il est dÃcÃdà subitement èri 1767. Trois de ses descen-
dants : Etienne, François et Louis ôiit Ãtà marguilliers.

Aujourd’hui
deux familles seulement conservent à Saint-Denis le nom de cet

ancêtre.

(3) — Le baptême de son fils aînà Jean-Baptiste, le 11

novembre
1740, a Ãtà le premier enregistrà à Saint-Denis. Sa descendance,

qui a
fourni trois marguilliers, compte maintenant dans la paroisse

huit familles
celles de Toussain*:. de 3 Joseph, d’Isaac, d’Elie. d’Olivier et
d’Alphonse.

SAINT-DEXIS-SUR-RICHELIEU 27

au Grand-Siiint-Ours. Celui-ci Ãtait traversà de France
au Canada vers 1680.

Enfin Pierre Dubrcuil (1), beau-frère de Dude-
voir et fils d’un Saintongeois venu de France à Char-
lesbourg vers 1688, Ãtait le dernier arrivÃ, mais non
le moins avancà dans son Ãtablissement. Voisin de
son parent, du côtà sud, il possÃdait 6 par 30 arpents
obtenus en deux concessions diflÃrentes. Ayant quel-
ques Ãconomies, il n’avait pas hÃsità à les dÃpenser
entièrement pour mettre sa terre en valeur. S’il se
fût bornà à ce soin, c’eût Ãtà magnifique pour son
avenir. Mais en même temps il se construisait une
demeure digne des plus vieilles paroisses. Cette mai-
son, commencÃe en 1738, fut la première de l’endroit
que l’on bâtit en pierre. Vaste d’ailleurs, elle avait
un puits dans la cave, des meurtrières dans les deux
pignons et un lit de gravier entre chaque plafond et
plancher. C’Ãtait donc une rÃsidence doublÃe d’un
petit château-fort (2) pour l’Ãventualità de quelque
rÃsurrection d’Iroquois. Mais les Iroquois ce furent
ses crÃanciers, et Dubreuil n’Ãtait pas fortifià contre
eux. Il a Ãtà obligà de leur cÃder la place quelques
annÃes seulement après en avoir pris possession eu
1739 : en partant il s’en est allà à MontrÃal.

(1) — Sa famille n’a fait que passer avec lui à Saint-Denis.

(2) — L’histoire du Canada fait souvent mention de bâtisses

sem-
blables. La VÃnÃrable Marie de l’Incarnation Ãcrit que les

habitants,
afin de donner la chasse et de la peur aux Iroquois, avaient des

redoutes
en leurs maisons pour se dÃfendre avec de petites pièces (Koy,

Histoire
de la seigneurie de Lauzon, I, 113). l>’abbà Daniel {Nos gloires

nat.,
I, 9) dit qu’en 1646 les demeures de MontrÃal, plus tard garnies

de
meurtrières, devinrent comme autant de redoutes. — La maison

Dubreuil
portait au-dessus de la principale porte d’entrÃe le millÃsime de

sa cons-
truction, 1738.’ Elle a perdu son apparence de château-fort dans

une
rÃparation en 1871 et a ÃtÃ’ complètement dÃmolie, il y a

quelques
annÃes. C’est au même endroit que s’Ãlève aujourd’hui la maison
d’Ephrem Chaput, en haut du village.

,2) _ Pour l’origine dÃs colons de ce chapitre-ci, voir Tanguay,
• ‘ Diet. ge’n . . ”

CHAPITRE IV

La desserte religieuse de Contrecœur. Les

abbÃs Miniac, Jorian, Chardon. Fondation

de la mission de Saint-Denis. 1730-1740.

Grâce aux privilèges, dont jouissaient les pre-
miers territoires paroissiaux, de pouvoir s’agrandir
pour ainsi parler au fur et à mesure que la colonisa-
tion faisait des conquêtes dans le voisinage, le clocher
de l’humble chapelle de ContrecÅ“ur a d’abord Ãtendu
son ombre protectrice jusque par delà le Richelieu,
sur toute la seigneurie de Saint-Denis. Une route Ã
demi tracÃe sous les arceaux des grands bois —
aujourd’hui la route Lapieire — perinettait tant bien
que mal aux Dyonisiens de rÃpondre à la voix qui les
appelait de si loin. Inutile de dire combien Ãtaient
longues les deux lieues qu’ils avaient à parcourir.
Aussi y allaient-ils de plus en plus à contre cœur
accomplir leurs devoirs religieux.

Trois prêtres les ont successivement desservis sur
le bord du fleuve : les abbÃs Jean-Pierre de Miniac (1),
Andrà Jorian et Louis Chardon.

Le premier Ãtait un Sulpicien français aussi
savant et intelligent que plein d’actività et de zèle.
Parti de ContrecÅ“ur en 1731, il a Ãtà ensuite chanoine

(I) — Il Ãtait traversà au Canada en 1722, sur le même bateau

que
son confrère sulpicien, M. Normant. Faillon, Vie de la sœur

Boitrgeoys,
II, 290.

30 HISTOIRE DE

et archidiacre à QuÃbec pendant neuf ans, puis grand-
vicaire en Acadie. Il est mort en France, l’an 1752,
avant complètement perdu l’usage de la vue (1). M.
Jorian a Ãtà cinq ans à ContrecÅ“ur ; il Ãtait nà Ã
QuÃbec et avait Ãtà ordonnà en 1715 ; il est dÃcÃdÃ
curà de Berthier-en-bas, le 24 dÃcembre 1748, à l’âge
de 57 ans (2). M. Chardon, qui lui a succÃdÃ, a eu
l’honneur avec le fardeau de l’organisation paroissiale
de Saint-Denis. Encore relativement jeune, il mit
dans cette Å“uvre tout l’entrain que pouvaient souhai-
ter les intÃressÃs.

Malheureusement ceux-ci ne surent pas d’abord
en tirer parti. S’Ãtant concertÃs uniquement avec M.
de ContrecÅ“ur sans en parler à leur curÃ, ils avaient
obtenu de sa libÃralità la gratification d’une terre en
haut de la seigneurie pour y Ãlever la chapelle, puis
l’avaient dÃcidà d’aller lui-même se constituer leur
avocat auprès du grand-vicaire de MontrÃal. L’inten-
tion de ces gens Ãtait Ãvidemment d’englober dans la
nouvelle division le territoire des paroisses actuelles
de Saint-Denis, Saint-Antoine, Saint-Charles et Saint-
Marc.

Le grand-vicaire, M. Normant, se laissa assez
facilement persuader. Si bien que, sans recourir Ã
d’autres informations pour le moment, il accepta le
don de la terre fait expressÃment dans le but d’y pla-
cer le centre du dÃmembrement projetà de Contre-
cÅ“ur. L’acte en fut passà par devant notaire, le 18
fÃvrier 1739 (3).

Aux yeux des riverains richelois, c’Ãtait l’appro-
bation gÃnÃrale de leurs plans. Aussitôt ils couvo-

(1) — Casgrain, Les Stilpiciens et les prêtres des missions

Ãtrati gères
eu Acadie, 386 et 387.

(2) — Semaine religieuse, de QuÃbec, IX, 695.

(3) — Xotaiie Daurà de lilanzy, à MontrÃal.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 31

queut une assemblÃe de tous les francs-tenanciers de
Tendroit, dÃcrètent la construction immÃdiate de la
chai)elle par souscrii)tions volontaires et par corvÃes,
et avant de se sÃparer, nomment deux marguilliers
ou sj’^ndics avec pouvoir de continuer au nom de tous.

DÃjà les services du menuisier – entre[>reneur
avaient Ãtà retenus et les premiers matÃriaux trans-
portÃs sur place, lorsque, le 22 -.ivril, le grand-vicaire,
en visite officielle à ContrecÅ“ur, apprend avec Ãtonne-
ment tout le chemin fait sans la participation du mis-
sionnaire. M. Chardon lui explique que si l’on se
presse tant d’agir en dehors de son contrôle, c’est que
l’on a peur d’être dÃrangà par rapport au site du
futur temple. En effet, il y avait divergence d’opi-
nions entre les paroissiens et le curà sur ce point.
Après explications, M. Norman t pensa comme ce
dernier. Sur des rivages aussi Ãtendus, c’Ãtaient deux
Ãglises qu’il fallait et non pas une seulement. Par con-
sÃquent il Ãtait nÃcessaire de dÃplacer le centre choisi,
de manière à en avoir deux au lieu d’un. Dès lors
les fondations de SÃ int-Detiis et de Saint-Charles
Ãtaient rÃsolues en principe.

Le reprÃsentant dà l’Ãvêque Ãcrit (1) donc sans
retard aux paroissiens en faute, leur reprochant leur
conduite peu digne de catholiques soumis, ordonne
d’arrêter les travaux, de lui envoyer une copie de
l’acte de la prÃtendue assemblÃe et de ne plus faire
quoi que ce soit sans l’autorisation de M. Chardon. Le
curà de son côtà avait instruction de prÃsider une nou-
velle rÃunion des gens. Après quoi serait dÃterminÃ
par l’autorità ce qui devrait être. accompli.

C’est le 26 mai que le pasteur alla remplir sa
mission sur les rives du Richelieu. D’un commun

(i) — Aichives de l’Ãvêchà de Saint-Hyacinthe.

32 HISTOIRE DE

accord, on dÃcida alors que, pour Saint-Denis et la
côte de Saint-Antoine, la chapelle serait construite sur
la terre de Joubert ; on en dÃtermina les dimensions,
on renonça à la contribution volontaire en faveur
d’une rÃpartition lÃgale, et les dÃlibÃrations furent
closes par l’Ãlection de deux bous marguilliers cette
fois. Toutes ces conclusions ayant Ãtà ratifiÃes par le
grand-vicaire le 5 juin suivant (1), chacun put ensuite
donner libre cours à son zèle.

La terre reçue le 18 fÃvrier ne pouvant plus être
utilisÃe pour les fins qui en avaient provoquà la dona-
tion, on commença par la remettre au seigneur. Mais
au lieu de la reprendre, le gÃnÃreux bienfaiteur la
dÃchargea de son obligation principale d’y construire
la chapelle (2) et la laissa à la fabrique, qui la vendit
à Florentin Vigeant en 1764. Cette propriÃtÃ, de 2
par 30 arpents, longe aujourd’hui le côtà nord de la
route Goddu en partant de la rivière. Fuis, le 23
juin, l’on acceptait de Joubert le don de deux arpents
carrÃs ofîerts pour y placer les Ãdifices religieux. La
terre du curÃ, complÃment des 2 par 30 arpents dont
le prÃsent de Joubert avait Ãtà dÃtachÃ, n’y a ÃtÃ
rÃunie que le 8 mai 1745 par la libÃralità du
seigneur lui-même, qui l’avait achetÃe de Joubert
pour la somme de quarante piastres environ (3). Le
pionnier donateur ne demandait en retour de sa gÃnÃ-
rosità qu’un souvenir dans les prières des fidèles (4),

(1) — Archives de l’Ãvêchà de Saint-Hyacinthe.

(2) — Il l’a dÃchargÃe Ãgalement de l’obligation de trois

messes
basses annuelles dues par le curà à perpÃtuitÃ.

(3) — Le 22 mars 1743. Notaire MonmerquÃ.

(4) – — RÃsumà de la donation de Joubert : ” Pardevant Cyr de
MonmerquÃ, notaire,… rÃsidant à ContrecÅ“ur… Furent prÃsents
Pierre Joubert, habitant de la seigneurie de Saint-Denis, et

Agathe
Jarry, sa femme, …. ont volontairement reconnu et confessÃ

avoir donnÃ,
cÃdÃ…., par donation pure et simple et irrÃvocable…. un

arpent de

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 33

tandis que M. de Contrecœur exigeait un banc double
et gratuit à perpÃtuitÃ, un service funèbre à sa mort,
ainsi que trois messes basses dues par le curà les 6 et
30 juin et le 5 juillet de chaque annÃe (1).

Jusqu’à l’automne de 1739, on ne s’occupa plus
que lentement des procÃdures civiles, comprenant

terre de front suu deux arpents de profondeur prenant sur le

devant

au bord de la rivière de Richelieu . . . Cette donation ainsi

faite . . . comme
aumône . . , et avoir part dans les prières Fait et passà au

dit Contre-
cÅ“ur, maison presbytÃrale, après-midi, l’an 1739, le vingt-

troisième
juin “.

(SignÃ) ” Chardon pre., Joseph CircÃ, Gabriel Giard, MonmerquÃ
Xre. Royal “.

(i) — Voici des extraits de l’acte de donaiion de M. de Contre-
cÅ“ur. Pour le bien comprendre, il faut savoir qu’en vertu de ses

droits
de seigneur, il pouvait faire sien tout don de terre fait à un

autre dans
ses domaines. Après avoir achetà de Joubert une partie de sa

propriÃtÃ,
il y joint donc les deux arpents dÃjà donnÃs à l’Ãglise pour

n’en faire
qu’un seul et même don ; en ce faisant, il modifia la forme du

premier
terrain. ” Par-devant les notaires royaux…. de MontrÃal…. fut

prÃ-
sent P.C. PÃcaudy. . . . , lequel pour satisfaire ^ la demande

que lui a faite
Messire L. Normant …. a reconnu et confessà avoir baillà et

concÃdà . .
.. 2 arpents de terre de front sur 30 de profondeur…. pris,

d’un bout
par-devant, au bout de la rivière de Richelieu et joignant un

arpent e
un quart de front jusque à trois arpents de profondeur que le

dit Sieur
seigneur s’est rÃservÃ… Se rÃserve seulement le dit seigneur la

place
d’un banc en la dite Ãglise à l’endroit où doit être placà le

banc seigueu-
rial, qui sera de la longueur fixÃe par les arrêts, c’est-à –

dire double en
longueur sur la même largeur des autres bancs…. Pour la dite

terre
jouir, faire et disposer tant par le dit Sieur curÃ, ses

successeurs ou prê-
tres faisnnt les fonctions curiales que pour les trois-quarts

d’arpent de
front sur 3 de profondeur servir de place à l’Ãglise, cimetière

et autres
choses pour l’utilità et commodità de la dite Ãglise à toujours

en toute
propriÃtÃ…. Citte donation et concession ainsi faite aux

rÃserves sus-
dites et autre à la charge que le dit Sieur curà promet et

s’oblige. … et
les successeurs à perpÃtuità de dire ou faire dire par chacun an

3 messes
basses de requiem…., savoir une le sixième jour de juin,

l’autre le 5
de juillet, la troisième le 30 du dit mois de juin…. pour le

repos de
l’âme du dit seigneur bailleur, de la dame son Ãpouse et de ses

plus
proches … Fait et passà au dit MontrÃal es Etudes, le huitième

mai
après-midi 1745…. ” (SignÃ) ” AdhÃmar “, ” Daurà de Blanzy “.

34 HISTOIRE DE

dans tous ses dÃtails la rÃpartition de ce que chacun
aurait à apporter en argent, matÃriaux et travail.

La chapelle devant être petite et tous les hommes
devant être appelÃs à contribuer de leurs mains à sa
construction,il semble qu’elle aurait pu se terminer à la
fin du premier ÃtÃ. Mais en pensant de la sorte on
compte avec les moulins à scie, et alors cet avantage
n’Ãtait pas à la portÃe de parties aussi reculÃes du pays.
Il fallait faire les planches au godendard (1), Ãquarrir
les solles à la hache et tailler les bardeaux de la même
manière. Ce système primitif Ãtait nÃcessairement
long, sans calculer que dans ces commencements sur-
tout il n’Ãtait pas permis de dÃranger le colon an
temps de la moisson. C’est donc durant l’hiver que
l’on charroya et prÃpara le bois. Ces prÃliminaires
achevÃs, le maître-menuisier engagà rÃussit avec quel-
ques aides à finir la bâtisse pour l’automne de 1740.

Ce n’Ãtait pas un monument. Toute en bois,
privÃe de clocher (2) et de sacristie, elle ne contenait
même que vingt-trois bancs (3). On devait s’y trou-
ver à l’Ãtroit, puisque Saint-Denis seul fournissait
vingt-deux familles et qu’il pouvait y en avoir une
quinzaine à Saint-Antoine. Tout de même ce
temple, dans lequel on Ãtait de plus en plus gênÃ,
a durà jusqu’en 1768, l’espace de vingt-huit
ans. Il Ãtait alors doublement temps de le rem-

(1) — Xous appelons ainsi au Canada la scie passe-paitout ou la
scie à tionçonner,

(2) — Elle n’a eu son clocheton qu’en 1756, lors du don de la

pre-
mière cloche.

(3) — Ces 23 bancs ont Ãtà adjugÃs à $3 chacun pour la

première
annÃe, puis les annÃes subsÃquentes le propriÃtaire ne payait

plus que 60
sous annuellement, A chaque mutation, il fallait d’abord

commencer
par payer $3. Ce règlement a subsistà tout le temps de la

première
chapelle, jusqu’en 1768. En 1755. la rente entière se montait Ã

$25 et,
en 1761, elle a atteint son plus haut chiffre, celui de $38.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 35

placer, car en 1752 il Ãtait dÃjà en mauvais Ãtat (1),
et, malgrà une importante restauration subie trois ans
plus tard, il tombait encore en ruine dès 1758. En
cette dernière annÃe, il possÃdait sa cloche depuis
deux ans. Cette pièce, de trente à quarante livres
pesante seulement et payÃe cent piastres, Ãtait un
cadeau de M. de Contrecœur. Elle a sonnà sur
l’Ãglise quinze ans, sur le couvent de 1783 à 1809, sur
l’Ãcole modèle des garçons ensuite, et aujourd’hui,
depuis le remplacement de cette Ãcole par le collège,
elle est employÃe sur une boutique du village.

C’est probablement à la fête même de saint
Denis, le 9 octobre 1740, que la primitive chapelle de
ce nom a Ãtà bÃnite solennellement par M. Chardon.
Ce jour-là , saint Denis (2) avec ses deux compagnons

(1) — L’ÃvÃque, Mgr Pontbiiand, Ãcrit aux Dyoïiisiens, à la

date
du 2 mars 1752 : ” Voulant user de condescendance, nous

permettons,
quoique la chapelle soit en très mauvais Ãtat, de dire la messe

à Saint-
Denis une fois le mois .. , on pourra continuer d’enterrer Ã

Saint-Denis,
si le cimetière est en bon Ãtat “. Archives de PÃvÃchà de S. –

Hyacinthe.

(2) — Saint Denis, premier apôtre de la France, Ãtait Grec de

la
ville d’Athènes ; il vivait au temps de Notre-Seigneur. C’Ãtait

un
savant et un des hommes les plus importants de sa patrie. A la

vue de
l’Ãclipsà qui marqua la mort de JÃsus-Christ, il s’Ãcria : ‘* Ou

le Dieu
de la nature souffre, ou la machine du monde se dÃtraque et va

retourner
dans son ancien chaos “. Lorsque saint Paul vint plus tard dans

sa
ville natale annoncer la doctrine de Celui dont il avait

pressenti la mort
sur la croix, il se convertit aussitôt. Saint Paul le fit son

aide pendant
3 ans, après quoi il le consacra Ãvêque d’Athènes même. C’est

pendant son
sÃjour là qu’il eut l’insigne bonheur d’aller assister à la

mort de la
Sainte Vierge. A l’âge de 78 ans, il quittait son diocèse de la

Grèce
pour s’en aller ÃvangÃliser la France. Après y avoir converti

beaucoup
d’infidèles, il devint premier Ãvêque de Paris, où il a ÃtÃ

martyrisà avec
ses deux principaux compagnons, Rusticiue et Eleuthère. Dès que

sa
tête eut roulà sous le glaive des bourreaux, on rapporte qu’il

fit le mira-
cle de la relever de ses mains et de la porter à une assez

longue dis-
tance. — Au temps de Mgr de I.aval, l’abbesse de Montmartre, Ã
Paris, Françoise-RenÃe de Lorraine, donna à M. de Maizerets une

reli-
que notable de saint Denis pour le Canada (Gosselin, Vie de Mgr

de

36 HISTOIRE DE SAINT-DENIS

martyrs, saints Rustique et Eleutlière, Ãtait confirmÃ
comme titulaire de la nouvelle paroisse.

La cÃrÃmonie du 9 octobre fut un des derniers
actes du curà de Contrecœur sur les rives du Riche-
lieu. Bientôt il y Ãtait en effet remplacà par un autre.
Il se replia alors sur ce qui lui restait de son ancien
territoire de juridiction, et y demeura encore quatre
ans. Il s’en alla ensuite mourir curà de Beauport (1),
le 13 mars 1759. Français de naissance, il avait
exercà le saint ministère en Canada pendant trente-
quatre ans.

Laval, I, 491). — Un peu auparavant, en 1657, M. d’Ailleboust

avait
aussi apportà de Nantes une relique de saint Denis pour l’Ãglise

Notre-
Dame de MontrÃal (Daniel, Nos gloires nat.., I, II).

(I) — Ignotus, dans La Presse de MontrÃal, 25 juin 1898,

CHAPITRE V

Les missionnaires de Saint-Denis. Travaux et

ennuis de leurs dessertes. Les abbÃs

Gosselin, Gervaise, Youville.

1740-1754.

A peu près au temps où la chapelle de Saint-
Denis Ãtait ouverte au culte, s’achevait Ãgalement celle
de Saint-Charles, sept milles plus haut sur le parcours
de la même rivière. Ces deux jumelles devaient se
partager d’abord plusieurs annÃes les soins du même
pasteur. Le centre du nouveau district religieux, qui
s’Ãtendait sur les deux rives du Richelieu depuis la
seigneurie de Saint-Ours jusqu’à la montagne de
Saint-Hilaire, Ãtant plutôt Saint-Charles, le prêtre y
fixa sa rÃsidence. Il avait à en desservir Saint-Denis
par voie de mission. C’est ainsi que marchèrent les
choses pendant dix ans.

L’abbà Jean-Baptiste Gosselin, homme de talent
et de mÃrite, a Ãtà le premier prÃposà au fonctionne-
ment de ce rÃgime plus ou moins agrÃable. Il Ãtait
Français, natif d’Amiens en Picardie, et alors âgà de
vingt-huit ans. A seize ans, il avait dÃjà terminà ses
Ãtudes classiques et revêtait l’habit ecclÃsiastique.
C’est un an plus tard que Mgr Dosquet le dÃcida Ã
venir avec lui en AmÃrique. Il acheva sa clÃricature
au sÃminaire de QuÃbec tout en se livrant à l’ensei-
gnement et fut promu au sacerdoce dans la chapelle
des Uraulines de la capitale, le 18 septembre 1734.
Malgrà la crainte de la mer qu’avait dû lui inspirer sa

HISTOIRE DE

première traversÃe, — car il y avait fait naufrage Ã
une douzaine de lieues avant d’atterrir et perdu Ã
peu près tous ses colis (1), — il se rembarquait
pour l’Europe à l’automne de 1735 afin d’aller rÃgler
certaines aifaires de famille ; il accompagnait en
même temps son Ãvêque (2). De retour l’annÃe sui-
vante, il fut un an eurà de Lanoraie. En 1740,
il se dÃvoua avec beaucoup de vertu au milieu
d’une ÃpidÃmie qui sÃvissait dans les rangs des soldats
à QuÃbec (3). C’est à la suite de la manifestation de
ce zèle qu’il arriva à Saint-Charles, à la fin d’octobre
1740.

Son sÃjour de Lanoraie l’avait un peu initià aux
privations et aux travaux du pionnier ; mais, comme
il devait s’y attendre, il avait encore à apprendre à la
lisière des bois du Richelieu. Aussi en ce dernier
endroit s’improvisa-t-il constructeur, dÃfricheur et
jardinier, exerçant assidûment tous ces mÃtiers en
les mêlant à ses labeurs de curà et de missionnaire.
Le travail de son ministère en semaine n’Ãtait gÃnÃ-
ralement pas considÃrable, mais, chaque dimanche, il
alternait avec force dÃpenses d’actività à Saint-
Charles et à Saint-Denis.

Ses voyages à sadesserte du nord s’ettectuaient le
plus souvent en chaloupe durant la belle saison ; en
hiver c’Ãtait sur la glace de la rivière, le chemin du
Bord-de-l’eau n’Ãtant alors qu’à peine tracÃ. Aux
jours de service religieux dans sa mission, c’est chez le
bon pionnier Joubert, devenu le premier bedeau, qu’il
se retirait. Il arrivait ordinairement le samedi après-
midi et retournait à Saint-Charles le lendemain pour
l’heure du souper. .; . ..” ; j

(1) — Têui, Les cvÃïjiu’s de QuÃbec, 174.

(2) — Têtu, Ibid., 193.

(2) — Gosselin, Le Père Bonnc’camps, 32.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 89

Les gens profitaient le mieux possible de son
court passage pour s’approcher des sacrements, faire
baptiser leurs enfants, procurer sa visite à leurs mala-
des et lui exposer toutes les (liffi(uiltÃs dans lesquelles
ils dÃsiraient les conseils de leur pasteur. C’Ãtait pour
lui une rude journÃe.

M. Go?selin est restà un an à ce ministère. A la
fin, il Ãtait fatiguà et il “se vit, avec plaisir, appelà Ã
prendre place dans les stalles du chapitre de QuÃbec
comme chanoine titulaire. C’est le 31 août 1741 qu’il
reçut sa nomination, mais ce n’est qu’au commence-
ment de novembre suivant qu’il put se rendre à sa
nouvelle destination, Ãtant obligà d’attendre son rem-
plaçant. Il a Ãtà ensuite pendant neuf ans à son
devoir tout de prière, de conseil pour l’Ãvêque et en
même temps de rehaussement des cÃrÃmonies du culte
à la cathÃdrale. Il n’a Ãtà absent que pour une
excursion de quelques mois en 1742 sur les côtes du
Labrador (1), où il aida de sa science en botanique
F.-E. Cugnet, chargà de faire un choix de plantes
indigènes pour les jardins du roi. En 1750, le jeune
chanoine donnait sa dÃmission et s’en allait dÃjà mou-
rir au pays natal. C’est en 1759 qu’il a rendu sou
âme à Dieu, à l’âge de quarante-sept ans seulement.

Le successeur de M. Gosselin à Saint-Charles et Ã
Saint-Denis a Ãtà M. Michel Gervaise, nà à MontrÃal,
le 8 mars 1717, du mariage de Charles Gervaise et de
Marie Boyer. Il n’avait Ãtà ordonnà que le 23 sep-
tembre 1741 (2), après avoir fait ses Ãtudes à QuÃbec.
C’est donc juste à la suite de ses cinq ou six premiè-
res serïiaines d’initiation au saint ministère auprès

(I) — Ignplus, dans La Presse, de MontrÃal, i8 juin 1898. — A

la
demande de M. de la tlallisonnière ; Gosselin, Le Père

BouiiÃcanif^s, 32.

(i) — Tanguay, Rc’pcrloirc gÃnÃral dtt clergà canadien, (2e

Ãdition),
ii6. â–

40 HISTOIRE DE

d’un confrère plus âgà qu’il Ãtait envoyà sur les rives
du Richelieu pour y poursuivre dans les mêmes condi-
tions que son prÃdÃcesseur les Å“uvres si heureusement
commencÃes.

M. Gervaise fut d’abord très bien vu dans la mis-
sion de Saint-Denis. Dans toute la vigueur de sa
jeunesse, il Ãtait d’ailleurs le vrai type du curà coloni-
sateur. Il s’intÃressait à tout, ^’attendant pas qu’on
le consultât, il allait souvent au-devant de ses gens
pour les aviser. En un mot, il devint effectivement
en peu de temps l’âme de tout le mouvement qui
s’opÃrait dans le district pour hâter la conquête de
l’aisance.

Quoiqu’il ne pût donner à Saint-Denis que deux
dimanches par mois, il apparaissait toutefois plus sou-
vent dans la localitÃ.

Le 17 novembre 1741, il y inhumait un enfant.
C’Ãtait la première sÃpulture faite dans le cimetière de
la paroisse dyonisienne. Deux ans plus tard seule-
ment, le 27 dÃcembre 1743, y prenait place la première
adulte ; elle n’Ãtait âgÃe que de trente-ciuq ans et
l’acte mortuaire ajoute qu’elle avait Ãtà ” surprise par
la mort “. Beaucoup d’autres ne se sont pas laissÃ
transporter si tôt à leur dernière demeure. Alexis
Chenette et François Mailloux, les plus tenaces jus-
qu’alors, ne sont dÃcÃdÃs tous deux qu’à l’âge dÃcent
ans, en 1742 et 1748. Saint-Denis dans la suite vit
cependant plus belle longÃvitÃ, puisque Louis Guertin
s’Ãteignait à cent-deux ans en 1880 et Antoine
Darcy à cent-douze ans, en 1818. Avec Monique
Benoit, veuve de Joseph Laflamme, encore vivante
à l’âge de cenfe-un ans, ce sont là jusqu’ici les
seuls centenaires de Saint-Denis. Leur nombre
est suffisant toutefois sur ce point du Canada pour
tÃmoigner de la salubrità de son climat. Aujour-

(\()ir page .”)).

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 41

cl’hiii il y a tiii cimetière de la paroisse trois fois la
population vivante de l’endroit, près de cinq mille
sept cents corps inhumÃs.

A la mi-juillet 1742, avaient lieu à Saint-Denis
les plus grandes cÃrÃmonies qu’eût encore vues la cha-
pelle depuis sa bÃnÃdiction, la première visite pasto-
rale de l’Ãvoque du diocèse, telle que savait la faire
l’intrÃpide Mgr Pontbriand (1). Comme la laborieuse
petite colonie fut heureuse de le possÃder deux jours
au milieu d’elle, d’entendre plusieurs fois ses avis [)ater-
nels (2) et de le voir mêler ses prières aux siennes ! Il
est revenu encore en 1749 et en 1755. Après lui il y a
eu dans la paroisse vingt-huit visites pastorales tou-
jours solennelles faites par treize Ãvêques diffÃrents.
Ces derniers sont : Mgr Briand, en 1768 et 1772 ; Mgr
Hubert, en 1788 (3) et 1792 ; Mgr Denaut, en 1800 et
1805 ; Mgr Plessis, en 1809 ; Mgr Panet, en 1818 ;
Mgr Lartigue, en 1823, 1828 et 1834 ; Mgr Bourget,
en 1840 ; Mgr Prince, en 1847, 1853 et 1857 ; Mgr

(1) — â–  L’Ãvêque, dans un mandement adressà à M. Gervaise

pour lui
annoncer cette visite, l’avertit qu’il ” confirmera même les

enfants qui
n’ont pas encore atteint l’âge de raison “. — En annonçant sa

visite de
1749, il dit aussi ” qu’il confirmera le soir de son arrivÃe les

petits
enfants au-dessous de 7 ans “. Archives de Pcvêckà de S. –

Hyacinthe.

(2) — “On le voyait, dit l’oraison funèbre prononcÃe par

l’abbÃ
Jolivet, le premier à la tête de ses ouvriers apostoliques,

travailler lui
seul plus qu’aucun autre, lasser les plus forts et les plus

robustes, prêcher
rÃgulièrement 4 ou 5 fois le jour, et toujours avec force et

onction “.
Têtu, Les Ãvêques de QuÃbec, 232 et 233.

(3) — Mgr Hubert venait de quitter Saint- Denis, lorsqu’il

apjirit la
mort de Mgr D’Esglis, dont il Ãtait le coadjuteur avec droit de

future
succession. Il va aussitôt prendre possession du siège

Ãpiscopal de (QuÃ-
bec devenu vacant et en informe le pape. Entre autres choses, il

lui dit
que ” le diocèse de QuÃbec est d’une si vaste Ãtendue … que

quatre
ÃtÃs ne suffisent qu’à peine pour le visiter. Depuis deux ans,

ajoute-t-il.
que j’ai reçu la consÃcration Ãpiscopale, j’en ai commencà la

visite, qui
n’avait pas Ãtà faite depuis 14 ans, à raison de la guerre et

des infirmitÃs
de mes prÃdÃcesseurs “. Têtu, Les Ãvêqius de QuÃbec, 389 et

390.

42 HISTOIRE DE

J. Larocque, en 1863 ; Mgr C. Larocque, en 1868 et
1872 ; Mgr Moreau, en 1876, 1879, 1882, 1885, 1888
et 1891 ; Mgr Deeelles, en 1894, 1897 et 1900 ; et
Mgr Brunault, en 1904.

Mgr Pontbriand, au cours de sa seconde visite
dans le district religieux de M, Gervaise, en 1749,
avait pu y constater les progrès de la colonisation
surtout par Taugmentation du peuple, qui remplissait
les Ãglises, La supplique des paroissiens de la côte de
Saint-Antoine, demandant à se sÃparer de Saint-Denis,
avait particulièrement attirà son attention sur ce point.
Après avoir pesà leurs raisons, examinà la disposi-
tion des lieux, s’être rendu compte du chiffre de la
population et des espÃrances de l’avenir, il accordait, Ã
leur grande joie, l’objet de la requête.

En même temps, l’Ãvêque avertissait M. Gervaise
que son territoire serait partagà en deux, une partie
comprendrait Saint-Charles, l’autre Saint-Denis et
Saint-Antoine. Un confrère serait envoyà pour le
remplacer dans le premier poste et lui-même serait
prÃposà à l’administration du second. Ce change-
ment devait s’effectuer à la Saint-Michel de l’annÃe
suivante ; en attendant, le pasteur actuel avait instruc-
tion de diriger les travaux d’Ãtablissement de la nou-
velle division.

Autant les Antoniens jubilaient de ces dÃci-
sions, autant les Dyonisiens Ãtaient mÃcontents.
Le chagrin de ceux-ci Ãtait de voir s’Ãloigner plus
vite qu’ils ne pensaient une si grande partie de
leurs frères. Dans leur opinion, c’Ãtait le moj’en de
s’affaiblir des deux côtÃs sans avantages capables de
contrebalancer ce mal. La vague du malaise gagna
bientôt tous les rangs des opposants et c’est dans cet
Ãtat que les trouva l’offre de M. Gervaise leur disant

SAINT-DENIS-SDR-RICIIELIEU 43

que, s’ils voulaient se bâtir un presb3”tère, c’est chez
eux qu’il demeurerait, que la cure serait de leur côtÃ
et la mission de l’autre.

Mais l’irritation avait aveuglà les intÃressÃs et ils
rÃpondirent : ” Puisqu’on divise la paroisse, nous ne
pouvons pas construire “.

Les Antoniens, pourtant encore plus faibles, se
mirent alors à l’Å“uvre et, à l’automne de 1750, ils
avaient Uni un bon presbytère-chapelle en pierre.
M. Gervaise s’y installa aussitôt en qualità de pre-
mier curà en srardant Saint-Denis comme mission.

Ceci n’Ãtait pas de nature à ramener le calme sur
l’autre rive. L’indignation y augmenta même et on
en vint bientôt jusqu’à refuser le paiement de la dîme.
L’Ãvêque, informà du fait, Ãcrivit (1) une lettre sÃvère
aux rebelles et leur annonça que dorÃnavant, à partir
de mars 1752, ils n’auraient plus qu’une messe basse
par mois. D’un autre côtÃ, toujours bon en face du
repentir, il s’engageait à leur donner un curà rÃsident
dès qu’ils lui auraient Ãlevà une maison près de leur
chapelle.

Sur ce, on se ravisa, l’obstination ne pouvant
plus d’ailleurs rien gagner, et l’on dÃcida enfin
de faire ce que l’on aurait dû commencer par exÃcuter
au lieu de se fâcher. Une rÃpartition lÃgale fut homo-
loguÃe le 27 juin suivant (2) et l’on entama sans
retard les travaux prÃliminaires de la construction.

(1) — Le 2 mars 1752. — ArcÂivcs de fÃvÃchà Je Saint

Hyacinthi:.
— Au sujet de la dîme, l’Ãvêque enjoint aux mÃcontents «’ de

ne pas se
laisser conduire par un esprit d’entêtement et de rÃvolte, mais

de se sou-
venir que c’est un crime de la frauder, qui retombe sur Dieu

même “.

(2) — Pierre Allaire, Jacques Gaulin, Pierre VÃronneau et

Charles
Kousquet furent les syndics Ãlus pour la construction du premier

presby-
tère ; assemblÃe du 18 juin 1752. Archives de rÃvêchà de S.-

Hyacinthe.

44 HISTOIRE DE

Ce n’est pas à dire cependant que tout se soit passà Ã
l’unanimitÃ. Un certain nombre de rÃcalcitrants
allèrent même jusqu’à molester les ouvriers et il ne
fallut rien moins que le recours à la police coloniale
pour mettre fin au dÃsordre (1). Tout de même la
maison Ãtait terminÃe en septembre 1753.

C’Ãtait un Ãdifice de jolie apparence, de 45 par
36 pieds à l’intÃrieur, tout en cailloux. Il avait une
excellente cave avec entrÃe extÃrieure et trois robustes
cheminÃes. Son site Ãtait entre le presbytère actuel
et le chemin royal, auquel il prÃsentait le flanc ; les
habitants y ont eu leur salle au pignon sud. Aussi
solide que belle, cette rÃsidence a durà quatre-vingt-un
ans et vu les règnes de plus de quatre curÃs.
Elle n’avait coûtà que cent piastres en argent.
Michel Chefiieville, maître-maçon de MontrÃal, l’avait
entrepiise et achevÃe pour ce prix, en utilisant les
matÃriaux et la main-d’Å“uvre fi)urnis par les contri-
buables (2).

L’autorità religieuse, tout heureuse des rÃsultats
obtenus, ne put toutefois faire aussitôt honneur à sa
parole d’ens-oyer un prêtre rÃsident aux Dyonisiens.
Des besoins plus urgents s’Ãtaient dÃclarÃs ailleurs et
elle leur demandait de bien vouloir attendre une
annÃe.

Cependant M. Gervaise, fatiguà de toutes les
tracasseries qu’on lui avait prodiguÃes à Saint-Denis,
et persuadà qu’il n’y pouvait accomplir tout le bien
dÃsirÃ, insistait pour être immÃdiatement dÃchargà de
son ingrate mission. L’Ãvêque cÃda à sa prière et M.

(11) — MÃmoire du commissaire J.-V. Vaiin, en date du 13

juillet
1 752, Archives paroissiales.

(12) — Marchà conclu entre les syndics et Chefdeville, 29 juin

1752.
A rchives paroissiales.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 45

Joseph-François Youville, curà de Saint-Ours, lui fut
donnà comme successeur, à la Saint-Michel 175B.

Ce nouveau missionnaire, nà à MotitrÃal le 22
septembre 1724, Ãtait fils d’un brillant officier de
l’armÃe du roi et de la fondatrice des SÅ“urs Grises.
Deux des frëres de sa mère ont Ãtà prêtres et son
propre frère cadet a Ãgalement gravi les dÃgrÃs du
sanctuaire. Ayant fait ses Ãtudes à QuÃbec, il avait
Ãtà lui-même ordonnà par Mgr Pontbriand, le 23
septembre 1747. Il a ensuite travaillà au ministère
paroissial pendant un an comme vicaire, a Ãtà après
cela curà et missionnaire de Lavaltrie et de Lanoraie
pendant deux ans et, depuis 1750, il Ãtait k Saint-Ours.

Il a gardà Saint-Denis un an. Durant tout
ce temps il allait y officier rÃgulièrement tous les
deux dimanches. Dans les intervalles, M. Gervaise
le supplÃait le plus souvent. Les deux lieues qui
sÃparaient Saint-Ours de sa mission jouissaient à cette
Ãpoque d’un assez bon chemin longeant la rivière, et
le desservant les franchissait ordinairement à cheval.

C’est à la fin d’août 1754 qu’il fit son dernier
voyage de missionnaire ; il Ãtait alors dÃchargà sur le
curà rÃsident qu’y envoyait l’Ãvêque. Il a ensuite
continuà à diriger la paroisse de Saint-Ours jusqu’Ã
sa mort, quoiqu’il soit dÃcÃdà à MontrÃal, sous les
soins dÃvouÃs des filles spirituelles de sa mère, le 10
avril 1778, à l’âge de cinquante-trois ans (1).

(I) — Tani;uay, RÃpertoire f;cnÃral du clergà canadien (2e

Ãilition),
123. — Il fut inhumà à l’Hôpital-GÃnÃral de MontrÃal, aux

pieds de sa
mère. Lalande, Une vieille seigneurie : Boucherrille, 115. —

C’est au
mois de janvier prÃcÃdent qu’il avait quittà sa cure pour aller

se faire
traiter chez les Soeurs. — On lui doit des MÃmoires pour servir

à la
vie de sa mère. Quoique bien abrÃgÃs, ils ont Ãtà longtemps le

seul
recueil sur Mme d’Youville, à l’usage des SÅ“iirs de la CharitÃ.
Faillon, Vie de Mme d’ Vouville, page XIII.

CHAPITRE VI

ArrivÃe du premier curÃ, M. Frichet. La guerre

de Cession. Ses tristesses à Saint-Denis.

1754-1760.

Le premier curà rÃsident de Saint-Denis fut l’abbÃ
Jean-Baptiste Frichet, qui arriva pour le dimanche
10 septembre 1754.

Ce prêtre n’en Ãtait plus à ses dÃbuts. Nà à QuÃbec
d’une ancienne famille à l’aise de Saint-Nicolas (1),
le 21 juin 1716, il avait Ãtudià sous les habiles direc-
teurs du sÃminaire de la capitale et Ãtà Ãlevà au sacer-
doce par Mgr Pontbriand, en même temps que dix
autres lÃvites, le 22 septembre 1742. Etant le plus
âgà de ses confrères d’ordination, il a eu la surprise
de se voir aussitôt dÃsignà pour une cure, tandis que
la plupart des autres Ãtaient envoyÃs dans des vica-
riats. C’est le poste des Ecureuils qui lui fut ainsi
confià au sortir de la cÃrÃmonie. Pendant huit ans,
il y a donnà ses prÃmices dans le ministère des
âmes (2). Il en a desservi le Cap)-Santà pendant les
trois premiers mois (3) et s’est ensuite construit un
bon presbytère, qui n’a Ãtà dÃmoli qu’en 1885 (4).
C’est peu après l’achèvement de cette maison qu’il a

(1) — Koy, Histoire de la seigneurie de Lauzon, II, 115. — Il

Ãtait
fils d’Etienne Frichet et d’Anne Lavergne.

(2) — Archives des Ecureuils.

(3) — Gatien, Histoire du Caf -SantÃ, dans la Semaine

Religieuse,
de QuÃbec, 10 juillet 1897, page 734.

(4) — C’Ãtait le premier presbytère de la paroisse. Archives

des
Ecureuils.

48 HISTOIRE DE

Ãtà transfÃrà à Saint-Charles-sur-Riclielieu comme
succes?seur de M. Gervaise.

Lorsque, quatre ans plus tard, il vint à Saint-
Denis, il n’y Ãtait donc pas inconnu. On avait ÃtÃ
plusieurs fois à même dÃjuger de ses talents et de son
zèle. Seulement on avait, dans les mêmes occasions,
constatà avec ])eine que la faiblesse de sa santà Ãtait
loin de lui permettre de tirer de ses prÃcieuses dispo-
sitions tout le parti qu’il aurait souhaitÃ.

Presque continuellement souffrant lui-même, il
savait consoler dans les afflictions. Et ce fat son prin-
cipal rôle dans la localitÃ. Heureuses les gens qui le
reçurent à cette heure de sinistres bruits avant-cou-
reurs d’une guerre telle que le fut celle de la Cession !
La tempête grondait dÃjà terrible à l’horizon ; et que
de ravages ne causa-t-elle pas durant les six ans qu’elle
dura ! Elle s’ouvrit l’annÃe suivante par le pins horri-
ble des exploits : la dÃportation des Acadiens.

Tout l’Ãtà de 1755, les exercices de la milice
eurent lieu frÃquemment à Saint-Denis. L’on se
tenait prêt en cas de besoin ; mais les campagnes de
cette saison se terminèrent sans que l’on fît appel de
ce côtÃ.

Il y avait alors dans la seigneurie trois compa-
gnies comprenant environ quatre-vingts miliciens en
tout. Elles avaient Ãtà formÃes, l’une vers 1736, la
deuxième vers 1739 et la dernière vers 1745. Leurs
premiers capitaines, Pierre Maheux, François Dragon
et Jean-Baptiste Royer les dirigeaient encore.

Sous la surveillance de François Neveu, citoyen
du village de Saint-Denis depuis 1742 et “commandant
des milices de toute la côte du sud du gouvernement
de MontrÃal ” (1), il y avait eu une attention spÃciale

(i) — Registres paroissiaux des baptêmes, inarùiges et

sÃpultures.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 49

donnÃe à la discipline des trois corps militaires de la
localitÃ. Cet officier, nà à MontrÃal en 1705 et mariÃ
avec Charlotte-Ursule Boucher de Niverville, avait
pour père Jean Neveu de la Bretonnière, colonel de
milice et seigneur de Lanoraie. Dès le dÃbut de la
guerre en 1755, le fils a reçu ordre de se reu<ire en sa
ville natale et sa famille l’y a suivi. Durant son
sÃjour au bourg dyouisien, que son amour de la vie
simple lui avait apparemment fait prÃfÃrer, il demeu-
rait dans une humble maison, au sud du cimetière.

C’est au printemj)S de 1756 que M, Frichet bÃnit
le dÃpart du premier contingent de sa paroisse pour
les frontières attaquÃes. Les plus robustes et les plus
libres avaient Ãtà seuls mandÃs. Chaque dimanche
subsÃquent l’oîi pria en public pour leur heureux
retour tout en sollicitant la fin [trochaine des hosti-
litÃs. C’Ãtaient les angoisses qui commençaient.

A l’automne, arrivèrent avec les miliciens un cer-
tain nombre de soldats du Royal-Roussillon (1),
Presque chaque famille Ãtait obligÃe, pour l’hiver,
d’en loger et nourrir un ou plusieurs selon ses moyens
prÃsumÃs. Il est vrai que le roi Ãtait censà payer
pour eux une pension de dix sous par jour, mais le
papier-monnaie qu’il leur donna en compensation ne
valut jamais que peu de chose (2j. Surtout durant la
disette, il n’ajiporta pas le pain à la maison.

Tout de même l’on passa tant bien que mal cette
première annÃe. La rÃcolte avait Ãtà assez bonne, il
n’y avait pas eu de victime parmi les miliciens et il
restait encore suffisamment de ressources pour permet-
tre d’espÃrer. Il n’en fut malheureusement pas ainsi
des annÃes suivantes. Les services requis de la milice

(i) — Casgrain, Moiitcahn et LÃzis, I, 159 et 160.
(2) — Ibid., I, 168 et 169.

50 HISTOIRE DE

furent plus nombreux en 1757 et les moissons souffri-
rent grandement de tant d’absences de bras (1). Ce
n’Ãtait pas dÃjà la famine, mais on pouvait en apprÃ-
hender l’apparition dans un assez court dÃlai. Quel-
ques-uns tombèrent aussi sous les balles des ennemis.

On triomphait bien jusque-là sur les champs de
bataille, mais hÃlas ! les victoires, qui coûtaient cher,
ne semblaient pas devoir dÃsarmer de si tôt les terri-
bles adversaires se relevant toujours plus nom-
breux après chaque dÃfaite. D’ailleurs la fortune de
la prise d’armes en AmÃrique paraissait suivre celle
d’outre-raer et, là -bas, tout ne parlait que de combats
pour longtemps.

Durant la saison dure de 1757-1758, ce fut une
partie du rÃgiment de Guyenne que Saint-Denis eut Ã
hÃberger (2).

L’imminence du danger augmentant, la conscrip-
tion de 1758 fut plus sÃvère que les prÃcÃdentes parmi
les habitants et l’on quitta Ãgalement son foyer plus
tôt. Femmes, enfants et vieillards se mirent courageu-
sement au travail de la ferme à la place des cultiva-
teurs partis. On ensemença le plus possible, mais on
fut loin de faire autant que si le mari eût Ãtà prÃ-
sent (3j. Par surcroît de malheur, la sÃcheresse et
les sauterelles dÃtruisirent presque tout espoir de
moisson. Après cela, c’Ãtait la misère. Combien fut
triste la rentrÃe des miliciens dans leurs familles
dÃcouragÃes ! Ils avaient bien remportà le si glorieux
triomphe de Carillon, mais maintenant un adv^ersaire
plus redoutable allait les terrasser à leur tour. Le
lÃger 8urplus,qu’avaient pu obtenir ou garder jusque-lÃ

(1) — Casgiain, JMontcalm et Lcvis, I, 292 et 295.

(2) — Ibid., 1, 302.

(3) — Ibid., II, 32.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 51

certains particuliers moins ÃprouvÃs, fut rigoureuse-
ment exigà et emportà au nom du roi pour le soutien
de l’armÃe durant la campagne suivante. On prit
dans les Ãtables comme dans les greniers, ne laissant
que le strict nÃcessaire (1). Ces dÃpouillements
ne s’opÃraient pas sans attrister aussi les voisins à qui
presque tout allait manquer et qui ne sauraient plus
ensuite où avoir recours durant l’hiver suivant.

Au milieu de cet hiver de privations et de cha-
grins, la petite vÃrole, qui exerçait des ravages dans
les villes, vint encore ajouter aux tribulations des
Dyonisiens. Heureusement que les beaux soleils du
printemps eurent bientôt fait de dissiper les miasmes
destructeurs (2).

A ce moment tous les hommes valides de seize Ã
soixante ans Ãtaient appelÃs à la dÃfense de la patrie
plus en pÃril que jamais. Le corps Ãtait ÃpuisÃ, mais
le cÅ“ur Ãtait restà fort (3). On redoutait tellement
de tomber entre les mains des bourreaux de ses frères
les Acadiens qu’il n’y avait pas de sacrifices devant
lesquels on crut pouvoir reculer. Des enfants de qua-
torze et de quinze ans se joignirent à leurs pères ; on
vit des vieillards hors d’âge ne pas vouloir demeurer
en arrière. Il est difficile de dire ce que ce dÃpart
eut d’Ãmouvant.

Et, durant les expÃditions, il ne faut pas croire
que le beau rôle Ãtait dÃvolu aux miliciens. Les sol-
dats venus de France les considÃraient comme fort
infÃrieurs. Ils se mÃnageaient donc à leurs dÃpens.
S’il y avait une reconnaissance dangereuse à faire, un
poste exposà à conserver, un travail surÃrogatoire Ã
accomplir, c’est aux Canadiens que l’on s’adressait.

(1) — Casgrain, Montcalm et Là i’is, I, 429.

(2) — Registres paroissiaux des baptêmes, mariages et

sÃpultures.

(3) — Casgrai’i, Montcalm et LÃvis, II, 23.

52 HISTOIRE DE

Le soldat possÃdait ses tentes, les miliciens s’abritaient
comme ils le pouvaient. S’apercevait-on que les vivres
allaient manquer, c’est par eux que l’on en com-
mençait le retranchement (1). Le pauvre colon, le
plus intÃressà des combattants, se soumettait à tout.
Aussi Ãtait-il extÃnuà quand il recevait son congÃ
chaque automne.

La saison de 1759 ne lui permit d’apporter à sa
famille, outre sa fatigue, que de mauvaises nouvelles.
Tous avaient accompli des prodiges de valeur, mais
une dÃfaite Ãcrasante aux portes mêmes de QuÃbec
n’en avait pas moins Ãtà le pÃnible rÃsultat. Les
Anglais Ãtaient entrÃs dans la capitale et bientôt ils
seraient maîtres du pays entier.

L’automne prÃcÃdent, il Ãtait encore venu des
soldats du rÃgiment de Guyenne (2) ; cet automne,
ce fut le tour d’une partie du rÃgiment de la Reine (3).
On mangea avec elle sa dernière bouchÃe de pain.

Enfin, soldats et miliciens, comptant toujours sur
un renfort prochain de la mère-patrie, se rÃunissaient
de nouveau sous les armes au printemps de 1760 et
remportaient une dernière victoire sur les Anglais Ã
Sainte-Foye ; mais victoire inutile ! La France ne se
montra pas, et, peu après, force Ãtait de se rendre irrÃ-
mÃdiablement à ceux dont on craignait tant la domi-
nation. Tout Ãtait bien perdu et chacun rentrait chez
soi complètement ruinÃ.

Il est facile de deviner la ligne de conduite que
tint M. Frichet au milieu de ses paroissiens pendant
ces annÃes de dÃtresse gÃnÃrale. Non seulement il
partageait la pauvretà de tous avec une rÃsignation

(1) — Casgrain, Montcalm et Lczis, I, i68 et 169.

(2) — Ibid., II, 21.

(3) — Ibid., II, 311.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 53

Ãdifiante, à l’exemple il joignait aussi les paroles.
Dans les familles comme en chaire il tâchait de dÃmon-
trer l’action de la Providence se manifestant en tous
ces malheurs qui s’abattaient sans merci sur le pau-
vre peuple. Si on est châtià ici-bas, c’est pour l’avan-
cement de nos intÃrêts Ãternels, faisait-il comprendre,
tout en exhortant à la prière, à la pÃnitence et à une
vie meilleure. Combien de larmes le pasteur ne
sÃcha-t-il pas encore plus avec son cÅ“ur qu’avec ses
discours ; que de mÃrites ne fit-il pas surtout acquÃrir
dans ces temps où Dieu lui donnait tant de prise sur
les âmes !

Quand la paix fut conclue, il y avait bien des
ruines à relever. Se mettre à la besogne exigeait un
courage à toute Ãpreuve. Le curà fut là encore pour
le soutenir. Le travail fut pÃnible, mais relativement
court, puisque peu d’annÃes plus tard on pouvait
dÃjà se jeter hardiment dans les dÃpenses d’une coû-
teuse reconstruction d’Ãglise.

Des cinq cents soldats français, qui sont restÃs au
pays après la guerre, sept ont pris femme à Saint-
Denis. Louis Leguay dit Saint-Denis, originaire de
Berne, en Suisse, et soldat du rÃgiment de Guyenne,
s’y est marià le 26 fÃvrier 1759 ; Pierre Lalanne dit
Champagne, originaire de la Gascogne et soldat de la
compagnie de Detieau, le 27 octobre 1760 ; Jean-
Baptiste Français dit GÃvry, originaire de la Cham-
pagne et soldat du rÃgiment de Guyenne, le 3 novem-
bre 1760 ; Jean-Jacques-Philippe Barbier, originaire
de Rouen, en Normandie, et soldat de la compagnie
de Deneau, le 10 novembre 1760 ; Martin Balthazard
dit Saint-Martin, originaire de Saint-Maurice en Lor-
raine et soldat du rÃgiment de Languedoc, le 30 juin
1761 ; Nicolas Prou ou Prompt dit Jolibois, originaire
de la Champagne et soldat de la compagnie de Deneau,

54 HISTOIRE DE SAINT-DENIS

le 2 août 1762 ; et Joseph Boret, originaire du
Languedoc et soldat du rÃginient de Guyenne, le 19
juin 1765. Tous sont ensuite allÃs s’Ãtablir dans des
paroisses plus nouvelles, moins Barbier, qui est demeurÃ
le reste de ses jours à Saint-Denis comme marchand.
Celle à qui il avait uni sa vie Ãtait ThÃrèse Pitallier,
française, veuve du soldat Pierre-Joseph Duley, qui
avait Ãtà tuà à Carillon en 1758, quarante-huit heures
avant le mÃmorable combat de ce nom (1). Jolibois
s’est fixà à Saint-Hyacinthe et Balthazard finalement
à Saint-Mathias. C’est une des filles du pionnier
Joubert que ce dernier avait ÃpousÃe. A sa descen-
dance, devenue nombreuse, appartiennent les quatre
prêtres Balthazard, que le diocèse de Saint-Hyacinthe
a fournis à l’Eglise du Canada.

l^^i

(i) — RÃgist7es paroissiaux des baptêmes, mariages el

sipttltuie}.

CHAPITRE VII

Etat gÃnÃral de la paroisse religieuse en 1754. Les

bedeaux : Joubert, Jette, Bienville, Maillet,

Pommier, Aveline, Quertier, 2 Lussier,

Gadbois, Laflamme. Besse,

1740- 1905.

M. Frichet, en arrivant à Saint-Denis, avait
trouvà une population d’environ soixante-quinze
familles, un excellent presbytère, mais une pauvre
petite chapelle bien dÃlabrÃe. De plus, les dÃpen-
dances et les clôtures manquaient à la rÃsidence
qui lui Ãtait destinÃe et le plus triste dÃnuement
apparaissait dans les objets du culte. I;a tâche du curÃ
Ãtait toute indiquÃe en prÃsence de ces lacunes. Il
commença donc aussitôt à s’y dÃvouer sans rien nÃgli-
ger pour donner aux paroissiens la desserte suivie et
soignÃe à laquelle ils s’attendaient après, avoir tant
souffert sous ce rapport.

Dans cette besogne de dÃtails, ses sacristains lui
ont Ãtà d’un prÃcieux secours. Il les employait Ã
toute sorte de menus travaux, quoiqu’ils fussent mÃdio-
crement rÃtribuÃs. Que faire autre chose, lorsqu’il y
a beaucoup à exÃcuter et que les revenus manquent ?

C’est de cette Ãpoque que date , le bosquet des
beaux ormes, qui font le charme de la place de
l’Ãglise.

Quoique les bedeaux n’aient pas Ãtà requis jusqu’au-
jourd’hui de rendre les mêmes services, nÃan-
moins ils ont Ãtà toujours très utiles au pasteur en

56 HISTOIRE DE

dehors des occupations strictes de leur charge. On les
retrouve un peu partout pour le seconder.

Le premier d’entre eux a Ãtà le bon et religieux
pionnier Pierre Joubert, l’hôte du prêtre et le fidèle
gardien du lieu saint au temps des missions. Pendant
qu’il remplissait ses fonctions, ses enfants Ãtaient dans
la paroisse les premiers servants à l’autel. Aussi long-
temps qu’il n’avait eu à exercer son emploi que le
dimanche, il n’en avait pas Ãtà incommodà dans ses
travaux de ferme, mais ce n’Ãtait plus ainsi depuis
l’arrivÃe du curÃ. Et voilà qu’à l’installation de la
première cloche, l’ouvrage allait encore augmenter.
Il cÃda alors sa place à un autre, en 1756 ; il avait ÃtÃ
seize ans en charge.

Son successeur Ãtait tout dÃsignà d’avance dans
la personne du cordonnier Paul Jette. Celui-ci demeu-
rait Ãgalement à l’ombre du nouveau clocher, avec
la diffÃrence cependant qu’il Ãtait plus libre que son
voisin. Même son mÃtier le retenait constam-
ment à proximità de l’Ãglise. Il pouvait s’y rendre
souvent et s’y attarder tout le temps qu’il le fallait.
Sa piÃtÃ, d’un autre côtÃ, achevait de faire de ce
paroissien l’homme propre à remplir la vacance. Il a
occupà le poste durant huit ans.

Louis Bien ville, Amable Maillet et Jean-Baptiste
Pommier-Lalibertà s’y sont ensuite successivement
remplacÃs à de plus courts intervalles.

Le premier l’a tenu quatre ans seulement, de
1764 à 1768. C’est nÃanmoins sous son règne que
s’est effectuà le dÃmÃnagement de la primitive cha-
pelle à la belle première Ãglise en pierre. Bien ville
Ãtait un cÃlibataire assez âgÃ, Ãtranger à la paroisse.
En abandonnant la charge, il a aussi quittà la localitÃ.

Maillet, fils d’une famille du village, a Ãtà bedeau

Première Ãu’li.so do !>.-J)Ãiiis (Pa^^e :î4).

Premier i)resli\ t.’-ie de S. -Denis (raiL»’ 4-1).

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 57

de Saint-Denis, de 1768 à 1770. Jusqu’alors cet
employà n’avait pas eu d’autre rÃmunÃration que le
quart de blà annuel de chaque franc-tenancier et un
lÃger casuel. Vu la plus grande assiduità maintenant
exigÃe par la position, c’Ãtait devenu insuffisant.
Aussi la fabrique dÃcida-t-elle d’ajouter dÃsormais un
salaire (1) aux anciens revenus. Malgrà cet encoura-
gement. Maillet n’a pas longtemps persistà dans sa
charge après l’arrivÃe du second curÃ.

Quant à Pommier, vieillard cÃlibataire comme
Bienville, il n’a Ãtà en fonction que trois ans. Toujours
malade, il a Ãtà même obligà de garder la chambre
tout un hiver pendant ce temps-là . Force lui a donc
Ãtà de quitter une place à laquelle il semblait s’être
attachÃ. C’est de son temps, en 1771, qu’a ÃtÃ
bÃnite la plus petite des deux cloches actuelles. Fondue
en Angleterre au poids de sept-cent-quarante livres et
payÃe trois-cent-trente-cinq piastres, elle a reçu, à la
cÃrÃmonie d’installation, le nom de Charlotte. Les
futurs seigneurs, Laperrière et Charlotte de Contre-
cÅ“ur, son Ãpouse, en ont Ãtà les parrains.

Vers cette Ãpoque, se fixait à Saint-Denis Jacques
Aveline dit Saint- Jude. Français originaire des envi-
rons de Troyes, eu Champagne, il avait pris part à la
guerre de Cession dans le rÃgiment de Berry et Ãtait
maintenant cordonnier, marià avec Madeleine Asselin
depuis 1760. C’est lui qui fut appelà à recueillir la suc-
cession de Pommier, à l’âge de trente-six ans; il a joint
ensuite ses nouvelles occupations à celles de son mÃ-
tier, pendant onze ans. Vers 1780, il a vu la libÃralitÃ
du curà ajouter une autre cloche à l’ancienne. En 1782,
plus heureux que ses prÃdÃcesseurs, il prenait posses-
sion de la maison, que la fabrique mettait dorÃnavant

( I) — Registres des dclibcrations de la fabrique de Saint-

Denis.

58 HISTOIRE I>B

à la disposition du bedeau et, l’annÃe suivante, il se
voyait dÃcliargÃ, par l’arrivÃe des SÅ“urs de la CongrÃ-
gation, du soin que demandent les parures de l’autel
et l’entretien des linges destinÃs au culte. En ceci
on diminua plutôt son ouvrage que ses hono-
raires.

Après lui est venu HÃlier Quertier, de 1784 Ã
1816, C’Ãtait un autre Français, mais natif de l’île
anglaise de Guernesey, sur les côtes de Normandie,
Il avait vingt-deux ans, lorsqu’il arriva à Saint-Denis
en 1779. Trois ans plus tard, il y Ãpousa Anne
Arial (1), fille d’un aubergiste de QuÃbec. Propre et
rÃgulier autant que fervent chrÃtien, il a Ãtà pour le
lieu saint un employà modèle. Son fils Edouard,
devenu prêtre, aimait à rappeler tout le dÃvouement
qu’avait dÃployà son père dans l’exercice de sa charge
à l’Ãglise. C’est du temps de Quertier que s’est bâti
le temple d’aujourd’hui et que M. Cherrier a travaillÃ
avec tant d’ardeur à augmenter encore la splendeur
du culte. Le zÃlà serviteur a toujours Ãtà là pour
l’aider au besoin. Il l’a vu avec plaisir com-
plÃter un carillon de trois cloches par l’achat de
la grosse cloche actuelle. Celle-ci, du poids de qua-
torze cents livres et payÃe seulement six-cent-soixante
piastres dans une rencontre exceptionnellement favo-
rable (2), a Ãtà l’objet de grandioses cÃrÃmonies, le
mercredi, premier octobre 1806. Elle Ãtait alors bÃnite
et nommÃe Marguerite-Michel. La cloche de 1780 ne
survÃcut cependant que trois ans à cet ÃvÃnement.
Pesante de cent-soixante-cinq livres seulement, elle
faisait piteuse figure au milieu de sœurs à voix

(I) — Registres paroissiaux des baptêmes, mariages et

sÃpultures, Ã
la date du 26 novembre 1782.

(2) — Reddition de comptes par l’abbà Cherrier, le 19 mai 1S07.
A rch ives paroissiales.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 5 9

beaucoup pins puissantes. Le curÃ, dont elle Ãtait
ilemeurÃe la propriÃtà personnelle, la lÃgua alors au
couvent. Elle est ensuite restÃe à cette institution
jusquen 1867. Aujourd’hui elle est utilisÃe à l’iu’ipi-
tal, depuis l’Ãtablissement de cette mission. Les deux
cloclies, qui continuent seules à sonner au beffroi de
l’Ãglise, rendent les notes agrÃables de sol do (1).
Quant au sacristain, qui voyait le progrès marcher Ã
pas de gÃant autour de lui, il aurait bien voulu s’en
ressentir dans son humble demeure de la fabrique.
Cette petite maison, situÃe en face de l’Ãglise, avait pu
suffire à son prÃdÃcesseur non surchargà de famille,
mais pour lui, avec ses sept enfants, il ne pouvait pas
en être ainsi. En vain demandait-il un agrandisse-
ment. A la fin, fatiguà de se voir rebuter, il ne solli-
cita plus qu’une autorisation et fit lui-même l’amÃlio-
ration à ses frais, en 1800 (2). Dix ans plus tard, on
reconstruisit tout avec un peu moins de parcimonie,
NÃanmoins le locataire satisfait ne put pas l’habiter
ensuite plus que six ans. En 1816, la maladie pro-
voquait sa dÃmission et il mourait, le 18 mars de l’an-
nÃe suivante, assistà du vicaire, M, Hyacinthe Iludon.

Joseph-Toussaint Lussier, Edouard Lussier,
François Gadbois, Jean-Baptiste Laflamme et Alexan-
dre Besse, tous enfants de la paroisse, se sont ensuite
succÃdÃs dans les mêmes fonctions jusqu’à prÃsent.

Le premier, ancien cultivateur et marià avec
Françoise Lacroix depuis dix-neuf ans, a Ãtà bedeau
depuis 1816 (3) jusqu’à sa mort arrivÃe en mars 1832.

( I ) — Note DO en bas.

(2) — Registres des dclibcrations de la fabrique Je Saint-

Di’nis.

(3) — Registres des dÃlibÃrations de la fabrique de Saint-

Denis. —
Dans l’acte d’engagement, le 3 mars, il est stipulà que ce qui

sera donnÃ
à l’occasion des baptêmes restera à la fabrique.

60 HISTOIRE DE

Il a rempli son office à peu prës tout le temps que M.
BÃdard a Ãtà curà de Saint-Denis.

Edouard Lussier, son fils, a Ãtà engagà quelques
jours après le dÃcès de son père, le onze mars (1), et a
gardà la charge jusqu’en avril 1838. Patriote à tous
crins et serviteur peu obÃissant, il n’a pas eu peur
d’enfreindre la dÃfense de son curà durant les malheu-
reux troubles de 1837 en sonnant le tocsin pour appe-
ler au combat (2). Aussi s’est-il attirà une destitution
au printemps suivant. Il Ãtait marià avec Sophie
Du devoir depuis le 7 mai 1882.

Son remplaçant, encore jeune homme, fils de
Louis Gadbois et de ThÃotiste Morisseau, a signà son
engagement, le 22 avril 1838. Il a Ãtà quatre ans eu
charge comme son prÃdÃcesseur ; après quoi il est
parti pour les Etats-Unis.

C’est à la veille de la grande retraite du
printemps de 1842 que Gadbois a quittÃ. Les
Oblats arrivaient ces jours-là pour prêcher durant
trois longues semaines ; il aurait alors fallu comme
bedeau un homme brisà au mÃtier, mais où le trouver ?
Après bien des hÃsitations, le choix s’arrêta sur un culti-
vateur du quatrième rang, Jean-Baptiste Lafl.amme,qui,
de son propre aveu, n’avait jamais mis les pieds à la
sacristie que pour se confesser. L’Ãpreuve de l’initia-
tion fut rude pour lui, mais aussi elle eut probable-
ment l’avantage de lui faire trouver ensuite plus facile
l’accomplissement de ses nouveaux devoirs. Toujours
est-il qu’après ce pÃnible apprentissage, il en a gardÃ
le fardeau rien moins que trente-deux ans. C’est le

(i) — Registres des dÃlibÃrations de la fabriijue de Saint-

Denis. —
Il est dit dans l’acte de son engagement que l’argent de la

sonnerie des
baptêmes lui appartiendra.

(2) — Lusignan, L’affaire de Saint- Denis, dans le Canada-

français,
revue autrefois publiÃe à QuÃbec ; 1890, page 216.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 61

17 fÃvrier 1874 seulement qu’il l’a dÃposÃ, ayant alors
assez de celui des annÃes à porter. C’est chez son
fils Toussaint^ où il avait pris sa retraite, qu’il est
dÃcÃdà le 28 juillet 1881, à l’âge de soixante-seize
ans, deux jours après avoir vu le cinquantenaire de
8on mariage avec Marie-Anne Vigeant. Ses enfants
sont : l’abbà Magloire, curà de Farnham ; Jean-Bap-
tiste, dÃcÃdà ; GrÃgoire, de Pawtucket, dans le Rhode-
Island, E.-U. ; Marie, dite SÅ“ur Sainte-ElÃonore, dans
la CongrÃgation Notre-Dame, dÃcÃdÃe à MontrÃal, le
11 fÃvrier 1879 ; Julie, dite SÅ“ur Saint-ZÃphirin, dans
la communautà du Bon-Pasteur de MontrÃal ; Tous-
saint, sellier à Saint-Denis ; CÃlina, Ãtablie à Saint-
Hyacinthe, raëre du mÃdecin Jean-Baptiste Richard,
de Saint-Denis ; et Rose, de Saint- AimÃ-su r-Yamaska,
mëre de Jean – Baptiste Bousquet, rÃdacteur du
^’ Courrier de Saint- Hyacinthe “.

Alexandre Besse, le douzième bedeau, actuelle-
ment en fonction, avnit vingt-quatre ans, lorsqu’il
fut appelà en 1874 à recueillir la succession du vÃnÃ-
rable dÃmissionnaire. En 1878, il Ãpousait Anne
Laflamme et, en 1892, la fabrique lui remplaçait sa
rÃsidence par une autre plus moderne. Celle ci, la
troisième, est plus ÃlÃgante et plus commode que ne
l’ont jamais Ãtà les prÃcÃdentes. Les revenus annuels
de la charge s’Ãtant aussi graduellement augmentÃs
depuis les annÃes de privations du commencement,
M. Besse occupe maintenant une position enviable.

CHAPITRE VIII

Les chantres de l’Ãglise de Saint-Denis. Leur
dÃvouement. Leur âge d’or. 1740-1905.

Quant aux maîtres-chautres de l’Ãglise, ils ont
vu, comme les bedeaux, leur sort s’amÃliorer douce-
ment d’annÃes en annÃes jusqu’à la prospÃritÃ
actuelle ; longtemps ils ont donnà leurs services gratui-
tement. Les premiers dans cette voie oot Ãtà : le
pionnier Pierre Maheux, de 1740 à 1752, le chirurgien
Jean Lafond, de 1752 à 1767, et Charles GariÃpy, de
1767 à 1804. Ce dernier Ãtait originaire de La PÃrade
et marià avec Marie-Louise Laganière ; il a chantÃ
jusqu’à l’âge de quatre-vingt-un ans. Alors il dÃcÃ-
dait à sa rÃsidence de l’Amyot (1), près de la route
Yamaska, et la fabrique, en reconnaissance de son
long dÃvouement, lui accordait gÃnÃreusement une
sÃpulture solennelle sans qu’il en coûtât rien à sa suc-
cession. De plus, le curà insÃrait dans l’acte mor-
tuaire que le dÃfunt avait constamment rempli son
devoir ” avec zèle et Ãdification ” (2). L’Ãloge est
court, mais Ãloquent.

Ensuite jusqu’à nos jours se sont succÃdÃs
Etienne Mignault, de 1804 à 1813 ; le Dr SÃraphin
Cherrier, de 1813 à 1829 ; François-Xavier Laforce, de

(i) — L’origine du mot Amyot pour la petite rivière de ce nom

Ã
Saint-Denis et pour le rang qui la longe vient d’une famille

Amyot, qui,
dans les premiers temps de la colonisation, habitait dans Saint-

Charles, Ã
l’embouchure du cours d’eau en question.

(2) — Registres des baptêmes, mariages et sÃpultures de

Saint-Denis,
à la date du 4 juillet 1804.

64 HISTaiRE DE

1829 à 1840 ; Fierre Paradis, de 1840 à 1843 ; le notaire
Joseph Mignault, de 1843 à 1851 ; Jean-Baptiste
Maillet, de 1851 à 1870 ; Misaël Larue, del8T0à 1883 ;
et enfin Jean-Baptiste Desrosiers depuis cette dernière
annÃe.

Etienne Mignault, marià avec Rosalie Mabeux,
Ãtait le frère de l’ancien curà de Cbambly et le père
de Mère Saint-Bernard, longtemps supÃrieure gÃnÃ-
rale des Soeurs de la CongrÃgation.

Son remplaçant, le frère du second curà de la
paroisse, a vu l’âge d’or de l’harmonie à Saint-Denis.
Il y avilit alors toute une plÃiade de belles voix dans
la località et M. BÃdard s’y est heureusement trouvÃ,
juste à temps, pour les grouper et en tirer le plus
brillant parti. Le chÅ“ur Ãtait toujours puissant ; il y
a eu en ces annÃes-là jusqu’à sept chantres salariÃs (1).
Mais surtout il se donnait souvent des leçons et des
exercices (2), afin de joindre la variÃtà et la prÃcision
à la force, I^rÃquerament les voix Ãtaient soutenues
par un orchestre (3).

François-Xavier Laforce, durant son passage à la
tête du chÅ“ur, Ãtait aussi marchand et bailli ; il est
ensuite allà mourir à Saint-Hyacinthe, après y avoir
Ãtà gardien de la prison.

Selon le cÃrÃmonial primitif, les chantres avaient
tous leurs places au sanctuaire ; les deux principaux
d’entre eux siÃgeaient devant des lutrins posÃs près
de la balustrade, les autres dans les stalles. A Saint-

(1) — Joiti’nal des recette?, et dÃpenses de la fabrique de

Saint-Denis.

(2) — Ces exercices se donnaient ordinaitement au presbytère

sous
la prÃsidence du curÃ, M. BÃdard, lui-même chantre et musicien.

(3) — L’orchestre se composait surtout de huit ou neuf

violonistes.
Augustin Cadieux et Germain Bousquet en Ãtaient. Xe pouvant se
placer dans le sanctuaire avec les chantres, ne voulant pas non

plus
donner à l’Ãglise l’apparence d’un thÃâtre en se mettant en

avant de la
nef, les musiciens se groupaient alors tous den^ière l’autel.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 65

Denis, les lutrins faisaient excellente figure ; soigneu-
sement finis et dÃcorÃs, ils avaient un aigle bien ciselÃ
pour supporter le livre, qui Ãtait un graduel ou vespÃ-
ral Ãnorme, fortement relià et ferrÃ, plus gros que les
missels ordinaires ; ses caractères et ses notes dÃfiaient
les yeux les plus faibles. Aux grandes solennitÃs,
deux ou qnatre des chantres, installÃs en face de ces
livres, revotaient la chape et se coiffaient de la haute
barrette de l’Ãpoque, et ainsi remplissaient dignement
l’office de chapiers ; l’abolition de cette coutume a
coïncidà avec l’avènement de Paradis.

Celui-ci, fils de Paul Paradis et de Marie ITolin,
Ãtait depuis longtemps Ãmigrà de l’île d’OrlÃans Ã
Saint-Denis avec ses parents, et à cette date, en même
temps que chantre, il exerçait son mÃtier d’orfèvre et
surtout de confectionneur de ces monumentales horlo-
ges d’autrefois, faites entièrement en bois. Il s’Ãtait
marià avec Marie BÃrard en 1820, et avait pris part
aux troubles de 1837. Les anciens maires Pierre et
François-Xavier Paradis sont ses fils et petit-fils.

Le notaire Mignault, qui a Ãtà engagà ensuite,
possÃdait une belle voix d’alto, que M. BÃdard avait
jadis exploitÃe ; son chant Ãtait donc comme un der-
nier Ãcho de ces jours trop vite ÃcoulÃs, qui avaient
laissà dans les esprits de si charmants souvenirs.

Maillet, longtemps exilà à la suite des troubles
de 1837 et marià avec ThÃodore Girouard, a fait un
bon service, quoiqu’il ne fût pas aussi bien douà que
son prÃdÃcesseur. C’est de son temps que les lutrins
ont disparu pour ne plus revenir.

Mais arrivait le jour où. allait être regagnà d’un
seul coup ce qui avait Ãtà perdu le long des annÃes.
Plusieurs s’en Ãtaient attristÃs, surtout les anciens.
Tous furent amplement consolÃs le jeudi, 13 novembre
1873, alors qu’on entendit pour la première fois les

66 HISTOIRE DE SAINT-DENIS

accords puissants d’un orgue soutenant la voix des
chalitres. Ce matin-là , il y avait grande fête d’inau-
guration de l’instrument nouveau. L’Ãvêque ponti-
fiait, entourà de vingt-un prêtres ; le R, P. Bourgeois,
Dominicain, prêchait, et Labelle, l’auteur du ” RÃper-
toire de l’organiste “, venu exprès de MontrÃal, Ãtait
au clavier faisant valoir son talent (1). Le facteur, de
Saint-Hyacinthe, M. Eusèbe Brodeur, avait fourni la
pièce, objet des rÃjouissances, pour le prix de $2,100 (2).

C’est le maître-chantre Larue, frère de l’abbÃ
Raphaël Larue, qui vit s’opÃrer cette rÃvolution dans
le chœur de chaut. De ce moment, une partie de
ceux qui le composaient montèrent à la tribune de
l’orgue pour alterner avec leurs collègues restÃs aux
stalles du sanctuaire ; plus tard ces derniers ont ÃtÃ
renforcÃs par les Ãlèves du collège, qui continuent
chaque dimanche et fête à prêter leur concours.
Depuis une dizaine d’annÃes ceux-ci sont sous l’ha-
bile direction du Frère Tessier.

Jean-Baptiste Desrosiers, le titulaire actuel, frère
de l’abbà François Desrosiers, a aujourd’hui pour
assistants attitrÃs son fils Jean-Baptiste, George
Rolland et HermÃnÃgrilde PÃtrin.

(i) — Le Courrier Je Saint-Hyacinthe, à la date du l8 nov.

1873.
(2) — Registres des dÃlibÃrations de la fabrique de Saint-

Denis, 17
mars et 26 nov. 1872.

CHAPITRE IX

Les mÃdecins de Saint-Denis : Lafond, Delorme,

Dormicour, Cherrier, Nelson, Mount, Chamard,

Morin, HÃbert, Steiger, O’Leary, Saint-Iean,

Delisle, 2 Mignault, Duvert, Fortier,

Marchessault, Guertin, Desrosiers,

Richard, Auclair, Picard, DÃsi-

lets. Marcotte, TÃtreau.

1752-1905.

Yingt-six mÃdecins ont jusqu’ici exercà leur art.
à Saint-Denis : Jean Lafond, de 1752 à 1776 ; Jean-
Baptiste DubÃ-Dclorrae, de 1774 à 1789 ; Antoine-
Exupère Dormicour, de 1778 à 1809 ; SÃraphin Cher-
rier, de 1792 à 1843 ; Wolfred Nelson, de 1812 Ã
1837 ; Joseph-Hugues Mount, à peu près de 1829 Ã
1850 ; Olivier Chamard, à peu près de 1830 a 1845 ;
Prisque Morin, de 1837 à 1854 environ ; HÃbert, Ã
peu près de 1850 à 1851 ; Steiger, à peu près de 1854
à 1859 : Annibal O’Leary, à peu près de 1854 à 1855 ;
Pierre Saint-Jean, à peu près de 1854 à 1859 ; Benja-
min-David Delisle, de 1856 à 1863 ; Henri- Adolphe
Mignault, de 1859 à 1889 ; Hector Duvert, à peu près
de 1859 à 1862 ; Fortier, à peu près de 1859 à 1861 ;
Tancrède Marchessault, de 1871 à 1875 ; FrÃdÃric
Guertin, de 1873 à 1904 ; Jean-Baptiste Desrosiers,
de 1883 à 1893 ; Adolphe Mignault, de 1887 à 1889 :
Jean-Baptiste Richard, depuis 1889 ; Zotique Auclair,
en 1893 ; Hormisdas Picard, de 1896 à 1904 ;
Philippe- A. DÃsilets, en 1903 ; George Marcotte, eu
1904 ; et Wilfrid TÃtreau, depuis 1904.

68 HISTOIKE DE

Lafond, mort cÃlibataire, n’avait que vingt-quatre
ans, lorsqu’il mit pied dans la paroisse. Il Ãtait natif
de Luscazène, au diocèse de Tarbes, en France, et fils
de mÃdecin. Il est dÃcÃdà le 12 avril 1776 (1).

Delorme est demeurà à Saint-Denis sur l’empla-
cement qui fait face à l’hôpital. Originaire de Saint-
Hygoni, au diocëse de Dax, dans la haute Guyenne,
en France (2), il est dÃbarquà au pays en 1758 comme
militaire, à l’âge de vingt-huit ans. Plus tard il a ÃtÃ
marchand à Saint-Denis, puis mÃdecin à partir de
1774 ; il est dÃcÃdà le 28 mars 1789. Marià avec
Marie-Anne Martin, il a Ãlevà une petite famille qui
est ensuite allÃe s’Ãtablir à Saint-Jude.

Dormicour Ãtait QuÃbÃcois, fils du Français Marc-
Antoine Huard d’Ormicour et de Luce de la Verge
arrivÃs au Canada vers 1725. De 1764 à 1772, il a
Ãtà pratiquer la mÃdecine dans les Antilles, sur l’île
Marie-Galante. A son retour, il est restà six ans près
de QuÃbec, à Saint-Kicolas, où il a Ãpousà Louise
Rousseau (3) et d’où il est venu à Saint-Denis. Il est
mort au milieu d’une ÃpidÃmie de fièvres malignes, le
12 septembre 1809, à l’âge de soixante-dix-huit ans (4).
Ce sont deux de ses filles que l’on verra plus tard
remplir l’ofiicc d’infirmières auprès des blessÃs de la
bataille de 1837.

Quant à Cherrier, il Ãtait encore enfant lorsqu’il
suivit son père à Saint-Denis, Ãtant nà à Lon-
gueuil le 8 novembre 1762. Quoiqu’il ait Ãtà d’abord

(1) — Registres des baptêmes, mariages et sÃpultures de Saint

Denis,
à cette date.

(2) — Registres des baptêmes, mariages et sÃpultures de

Saint-Denis,
à la date de son mariage, le 13 janvier 1766. Il Ãtait fils de

Pierre
DubÃ-dit-Delorme et de Marie Bourgatte.

(3) — Tanguay, Diet. gÃn.,

(4) — Registres des baptêmes, mariages et sÃpultures de

Saint-Denis,
à la date du 12 septembre 1809.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 69

marchand, il n’en a pas moins consacrà ensuite cin-
quante-un ans de sa vie à la profession de mÃdecin.
Homme de talent comme son frère le curÃ, il s’est
aussi constamment intÃressà aux graves ques-
tions de son pays. En 1806, il fut l’un des pre-
miers abonnÃs du journal ” Le Canadien ” ; il a ÃtÃ
surtout membre du parlement pour le comtà de Riche-
lieu durant cinq ans, depuis 1815 jusqu’en 1820 (1).
Enfin il Ãtait non moins bon chantre qu’excellent dis-
ciple d’Esculape. Il est dÃcÃdà le 13 juin 1843. Son
Ãpouse Louise Loubet, dÃjà âgÃe de soixante-dix-sept
ans, n’a terminà sa carrière que neuf ans après son
mari.

Nelson, qui a dÃtournà à son profit pendant un
quart de siècle une partie de la clientèle du Dr Cher-
rier, n’a pas Ãtà toutefois aussi heureux que lui en se
mêlant aux affaires publiques du Canada. Par là il a
en effet ouvert plus de plaies qu’il n’en a jamais guÃ-
ri. Quel douloureux souvenir n’a-t-il pas laissà dans
sa paroisse adoptive, qu’il disait pourtant aimer ! Le
nom de Nelson et ” 1837 ” s’y trouvent dÃsormais
insÃparables.

Mount, contrairement à ce qu’ont fait les autres
mÃdecins de la paroisse, s’est fixà en dehors du village,
sur le bord de la rivière, tout près de la route Goddn.
C’est là qu’il a pratiquà tout le temps qu’il a Ãtà dans
la località dyonisienne. Enfin, de vieil anglican qu’il
Ãtait, il a eu le bonheur de mourir dans le sein de
l’Eglise catholique. A ce moment, il demeurait au
village de Saint-Charles.

Chamard arrivait de QuÃbec à Saint-Denis en
1818 pour y ouvrir un grand entrepôt de grains. Son

(I) — Barthe, Drames Je la vie rÃelle, 82 et 83. II a siil>i

deux
Ãlections, en 1815 et en 1817.

70 HiSTOItlE DE

honnêtetà autant que sa culture intellectnelle lui
attira bientôt la confiance de tous, et les plus heu-
reux succès couronnèrent ses eflorts. Il fut pendant
ce temps-là syndic d’Ãcoles, syndic pour la construc-
tion du second presbytère et exÃcuteur testamentaire
du notaire et tribun Louis Bourdages. C’est vers
1830 qu’il quitta son comptoir pour le chevet des
malades. Epoux de Claire Chiniquy, il en a eu plusieurs
enfants, dont Jean entrait au collège de Saint-
Hyacinthe en 1831 et SÃraphin en 1834 (1). Il est
parti de la paroisse vers 1845.

Après avoir fait sa clÃricature sous Nelson, Morin
s’Ãtait Ãtabli à Saint-Antoine. C’est de là qu’il vint
remplacer son ancien patron à Saint-Denis. Il est
mort cÃlibataire, vers 1854.

La santà d’HÃbert Ãtait mauvaise. Sur le conseil
d’un de ses frères, il est nÃanmoins venu tenter fortune
à Saint- Denis, mais sans succès ; il retourna ensuite Ã
MontrÃal pour y finir sa carrière, encore à la fleur de
l’âge.

Steiger Ãtait fils d’un Allemand (2), venu au
Canada avec les recrues militaires de son pays, vers
1783. Il avait Ãtà Ãlevà à Saint-Denis, oii son père a
longtemps tenu maison de commerce.

O’Leary n’a pour ainsi dire que passà dans la
paroisse en route pour Saint-CÃsaire-de-Rouville.

Durant sa clÃricature, Saint-Jean avait suivi le
bureau de Morin à Saint-Denis. Ce sont sans doute
les souvenirs de ce sÃjour qui le ramenèrent au milieu
des Dyonisiens, après le dÃcès de son ancien patron.
Il y a Ãpousà AdÃlaïde Larue, le 8 janvier 1856.

(1) Catalogue des Ãlèves du sÃminaire de Saint- Hyacinthe,

iniblià en
1875, page 21.

(2) — Registres des baptêmes, tnariages et sÃpultures de

Saint-Antoine-
sur- Richelieu, à la date du 28 septembre 1789.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 71

Puis, malgrà tous les liens qui pouvaient le retenir
dans la localitÃ, il prÃfÃra quelques annÃes plus tard
retourner à Ottawa, son pays natal, où il a continuà Ã
demeurer jusqu’à sa mort, arrivÃe le 6 mai 1900.
Dans la capitale, il a eu sa bonne part de popularitÃ,
que lui mÃritèrent son caractère aimable, sa nature
gÃnÃreuse, sa religion et son habiletà en mÃdecine. Il
y a Ãtà maire de 1882 à 1884 et plusieurs annÃes
dÃputà aux Communes (1). Il Ãtait fils de Sylvain
Saint-Jean et de Louise Didier.

Arrière-petit-lils d’un noble venu de i^antes Ã
MontrÃal, petit-fils d’un savant distinguÃ, que le
peuple canadien a jadis choisi pour porter ses
plaintes jusqu’au pied du trône d’Angleterre (2), et
fils d’un grand connÃtable de MontrÃal, officier de
Salaberry à Châteauguay, Delisle Ãtait l’Ãvocation de
tout un passà de gloire (3), sans compter qu’il Ãtait
un excellent mÃdecin. Lorsqu’il est venu à Saint-
Denis, il arrivait de la CrimÃe, où il avait rempli l’of-
fice de chirurgien de l’armÃe durant la guerre (4).
Il Ãtait marià avec Amanda Hogle et est ensuite allÃ
finir sa carrière à Longueuil.

M. H. -A. Mignault vit maintenant à Saint-Hya-
cinthe, tout en ayant son bureau à MontrÃal depuis
1897. Nà à Saint-Denis, fils du notaire Mignault, le
15 juillet 1838, il appartient à l’une des plus belles
familles de la localitÃ. Après avoir fait ses Ãtudes Ã

(i) — Notice nÃcrologique, parue dans La Presse de MontrÃal, Ã
l’occasion de son dÃcès.

(2) — Daniel, Nos gloires nationales, II, 249 à 257,

(3) — Daniel, Nos gloires nat., II, 28 et 29.

(4) — Prirent part à cette guerre un assez grand nombre de

Cana-
diens pour que notre lÃgislature, après le rÃtablissement de la

paix, fût
justifiable de voter ” $80,000 aux veuves et aux orphelins des

soldats ”
tombÃs sur le lointain champ de bataille. Turcotte, Le Canada

sous
r Union, II, 229 et 230.

72 HISTOIRE DE

Ottawa, à Saint-Hyacinthe et à MontrÃal, il obtenait son
brevet de mÃdecin à l’âge de vingt ans. Trop jeune
pour avoir aussitôt sa licence dans la province, il est
allà exercer son art un an à Saint-Paul-Minnesota en
attendant. C’est à la suite de ce stage dans l’ouest
qu’il est revenu aux siens à Saint-Denis. PrÃsident
de la commission scolaire, maire et seigneur, il a ÃtÃ
tout cela pendant les trente ans qu’il est ensuite
demeurà à l’ombre du clocher de sa paroisse. En s’en
Ãloignant, il est allà passer un an à Paris dans l’intÃ-
rêt de sa profession. Actuellement il est major dans
le quatre-vingt-quatrième bataillon de la milice de
rÃserve depuis 1863, mÃdecin consultant de l’Hôtel-
Dieu de MontrÃal et, de 1880 à 1895, il a Ãtà membre
du bureau mÃdical de la province de QuÃbec. MariÃ
avec Marie-YalÃrie-EmÃlie Brodeur (1), fille de l’an-
cien dÃputà de Bagot, M. TimothÃe Brodeur, il compte
parmi ses enfants Adolphe et Arthur, tous deux aussi
mÃdecins, TimothÃe, dentiste dans le Counecticut,
Anne, dite SÅ“ur Saint-Maurice, dans la communautÃ
de la PrÃsentation de Marie, et Henriette, dite SÅ“ur
de rimmaculÃe-Conception dans la communautà des
SÅ“urs Grises de Saint-Hyacinthe (2).

Duvert, allià à la famille Daigle, de BelÅ“il, Ãtait
dÃjà un ancien de la profession, lorsqu’il vint de
Saint-Charles offrir ses services à Saint-Denis. Il est
ensuite allà terminer ses jours à Saint-Hyacinthe.

De son côtÃ, c’est à ses dÃbuts que Fortier s’est
prÃsentà dans la localitÃ. Malgrà sa jeunesse, il n’y
est pas pour cela restà plus longtemps. La famille
PrÃfontaiue, dans laquelle il entra par mariage à cette

(i) — Elle est dÃcÃdÃe à Saint-IIyacinthe après une courte

mala-
die, le 24 juin 1905. Courrier de Saiiit-IIyaciiithe, 28 juin

1905.

(2) — Ses autres enfants sont : Maria, Bernadette et HÃlène,
encore à la maison paternelle.

(Voir [Kiij^e «.S).

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 73

Ãpoque, l’entraîna peu après dans le florissant village
de Longueuil, où il s’est fixà dÃfinitivement.

Marchessault, natif de Saint-Antoine et Ãlève
du collège de Saint-Hyacinthe, Ãtait marià avec
Octavie PrÃfoîitaine. Il est plus tard allà rÃsider Ã
Ooaticooke, où, coïncidence pÃnible, il dÃcÃda le même
jour que son Ãpouse, emportà par la consomption.

Guertin n’est arrivà dans la paroisse qu’après
douze ans d’expÃrience. Nà à BelÅ“il le 27 dÃcembre
1836, il avait Ãtudià à Saint-II^-acinthe et à Mont-
rÃal et suivi entre autres le bureau de Saint-Jean
pendant deux ans ; puis il s’Ãtait fixà à Saint-CÃsaire.
C’est de là qu’il vint s’installer sur les rives du Riche-
lien, où il avait Ãpousà EiiphÃraie Bousquet, le 3 mars
1862. Il Ãtait aveugle depuis dÃjà assez longtemps,
lorsqu’il est dÃcÃdà le 21 septembre 1904.

Desrosiers, qui a laissà la rÃputation d’un saint
homme autant que colle d’un mÃdecin capable, Ãtait
originaire de Saint-Antoine et oncle du maître-chantre
de la paroisse, son homonyme NÃ le 14 fÃvrier 1813,
il n’avait pu faire son cours classique à Saint-Hyacin-
the que grâce à la protection de son charitable curÃ,
M. Alinotte. Avant de venir à Saint-Denis, il s’Ãtait
ensuite livrà à la pratique de son art à Saint-Hugues, Ã
Saint-Marcel et à Saint-Barnabe, ainsi que dans sa
paroisse natale. Ses soins auprès des mourants ne se
bornaient {as aux corps, les âmes en recevaient aussi
leur large part et, moins i>onr l’administration des
sacrements, il valait souvent un prêtre. Il est allÃ
finir ses jours à Saint-Antoine en 1895. Joseph,
avocat de MontrÃal, et Hugues, mÃdecin, tous deux
dÃcÃdÃs, sont ses fils. Il Ãtait marià avec EinÃrende
Cartier, sœur de Sir George-Etienne Cartier.

M. A. Mignault, fils du Dr H.-A. Mignault, n’a
fait que ses premières armes dans la paroisse. Il y

74 HISTOIRE DE

est nà en 1863, est entrà au collège de Saint-Hyacintlie
en 1876 et a Ãtà admis à la pratique de la mÃdecine
en 1887. Il exerce aujourd’hui sa profession à North-
Adams dans le Massachusetts depuis 1898, après avoir
fait un sÃjour de neuf ans à Saint-Simon-de-Bagot.

Kà à Saint-Denis le 30 mai 1862, le Dr Richard a
passà une partie de son enfance à Sainte-Rosalie et Ã
Saint-BarnabÃ-sur-Yamaska ; mais il est revenu Ã
temps dans sa paroisse natale pour jouir des bienfaits
de l’Ãcole modèle, alors sous la direction de Lacroix.
C’est de cette Ãcole qu’il est parti pour le collège des
Snlpiciens de MontrÃal, à l’âge de quatorze ans. Bien
prÃparà et bien douÃ, dès sa première annÃe il a Ãtà le
troisième d’une classe de quarante-sept Ãlèves et le
reste de son cours d’Ãtudes a rÃpondu à ce commen-
cement. A l’università Laval de la même ville, qui
lui a ensuite procurà son initiation à la science mÃdi-
cale, il n’a pas eu de moindres succès. Aussi, l’en-
semble de ses examens à cette institution lui confÃra,
en même temps que son brevet, le titre significatif de
docteur en mÃdecine, le 25 mars 1887. Le 16 du mois
suivant, il s’Ãtablissait à Saint-Antoine ; le 7 juin, il
retournait à MontrÃal s’adjoindre une compagne dans
la personne de Marie-Louise Soly, et un peu plus de
deux ans après, le 11 novembre 1889, il arrivait Ã
Saint-Denis pour s’y fixer dÃfinitivement. C’est à ce
mÃdecin, artiste à ses heures, que le lecteur doit les
illustrations de ce livre.

M. Auclair, nà à Saint-Pie-de-Bagot en 1849, n’a
fait qu’une Ãtape de quelques mois à Saint-Denis. Il
avait pratiquà son art auparavant à Saint-Damase
pendant quinze ans, puis il s’en est allà à Sainte-
Angèle-de-Monnoir, où il rÃside encore. Il a ÃpousÃ
ArzÃlie Richer dans la località dyonisienne le 30 mai
1870, huit ans avant d’obtenir sa licence en mÃdecine.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 75

Après avoir reçu son instruction à l’universitÃ
Laval de MontrÃal, ainsi qu’à Saint-Hyacintlie, sa
place natale, Picard s’est d’abord dÃvouà aux
Canadiens de Danielson, dans le Connecticut. C’est
de là qu’il est venu s’Ãtablir à Saint-Denis en 1896.
Mais, dès cette Ãpoque, il Ãtait sourdement minà par
la consomption, à laquelle il finit par succomber. Il
est mort à Saint-Denis, le 27 janvier 1904, à l’âge
d’environ trente-six ans. Son Ãpouse, Emma Rozand,
de MontrÃal, lui survit ainsi qu’un petit garçon du
nom de RomÃo.

M. DÃsilets, qui n’a guère prolongà son sÃjour
plus qu’un mois à Saint-Denis sur la fin de 1903, Ãtait
nà à BÃcancourt en 1853 et marià avec Marie-Louise
Leblanc. Il a Ãtà broyà par une locomotive à Mont-
rÃal le 23 octobre 1905 (1) et a succombà à ses blessu-
res au bout de quelques heures.

M. Marcotte, de Saint-Antoine, s’est Ãgalement
contentà d’un essai de quelques semaines dans la
paroisse, lors du dÃcès de Picard, au commencement
de 1904. Il exerce maintenant sa profession à Contre-
cœur.

Avec le Dr TÃtreau se ferme la liste des mÃdecins
de Saint-Denis. Nouvellement sorti de l’universitÃ
Laval de MontrÃal, il n’a pour ainsi dire que passà Ã
Saint-Paul-de-Rou ville avant de venir recueillir la
succession de Picard sur les rives richeloises, en mars
1904. Nà à Richelieu même, c’est au collège de
Marieville qu’il doit ses Ãtudes classiques. Il est
marià avec EmÃlia Ducharme, de MontrÃal.

Outre les mÃdecins, il y a eu dans la paroisse le
cÃlèbre rebouteur Isidore Dragon. Tous savent ce
qu’il a eu de vogue. Il Ãtait très souvent mandà et
l’on venait de fort loin requÃrir ses services. Jamais
cependant il n’avait fait d’Ãtudes mÃdicales ni chirur-

(I) — La Presse, de MontrÃal, 24 octobre 1905.

76 HISTOIRE DE SAINT-DENIS

gicales ; ce qu’il en sa%’ait, il le tenait d’aptitudes
naturelles. Il a ainsi, sans aucunement amasser for-
tune, conservà la faveur du peuple pendant plus de
soixante anS: Quelquefois les mÃdecins, le trouvant
encombrant, lui ont mis des entraves ; ils lui ont même
fait payer l’amende une fois, mais devant les sollicita-
tions des gens en souiFrance, le pauvre rebouteur rÃci-
divait toujours. Il s’est endormi dans le Seigneur en
1903, à l’âge de quatre-vingt-deux ans, après avoir
cÃlÃbrÃ, le 12 janvier de cette même annÃe, ses noces
de diamant, avec Marie Angers, sa digue compa-
gne (1). Il Ãtait iils de Jean-Baptiste Dragon et de
Madeleine Bousquet.

Les principales ÃpidÃmies, que les mÃdecins ont
eu à combattre dans la localitÃ, se comptent assez
facilement. La première remonte à 1784 et a causÃ
de sÃrieux ravages parmi les enfants. En 1809, des
fièvres malignes sÃvirent et près de cinquante adultes
y succombèrent ; le mÃdecin Dormicour fut de leur
nombre. Le cholÃra asiatique de 1832 a terrassà une
quarantaine de personnes (2) et sa rÃapparition en
1834, une vingtaine, parmi lesquelles le curÃ. M.
BÃdard. En 1837, pendant que les patriotes se bat-
taient, l’ange de la mort fauchait encore plus dans les
berceaux que sur les champs de bataille. C’est seule-
ment cinquante ans plus tard que la diphtÃrie a ensuite
ramenà l’alarme dans les familles en dÃpeuplant sans
merci bien des foyers. ^Depuis lors aucune maladie
contaçrieuse n’a eu de succès à Saint-Denis.

(1) — La Presse, de MontrÃal, 24 janvier 1903.

(2) — Cette même annÃe, à QuÃbec seulement, il fit 3,300

victi-
mes dans l’espace de quatre mois. Garneau, Histoire du Canada,

III,
295. — C’est, dit Mgr Têtu {Les cvêques de QuÃbec, 545 et

546), ” le
plus terrible flÃau dont l’histoire du Canada ait gardà le

souvenir…. A
QuÃbec et à MontrÃal, près de 4,000 personnes pÃrirent dans

l’espace
de cinq semaines”.

CHAPITRE X

Les notaires de Saint-Denis : Deguire, Courville,

Frichet, Jehanne, Cherrier, Michau, Bourdages,

DutalmÃ, Mignault, Laparre, Saint-Germain,

Gauthier, Marin, Leblanc, Saint-Aubin,

Durocher, Bonin, Crevier, Dauray,

Saint-Martin, Laflamme,

Archambault.

1758-1905.

Après le prêtre et le mÃdecin, ce fut le tour du
notaire ; il arriva en 1758, suivant le curÃ, M. Frichet,
k la distance de quatre ans. La paroisse, depuis lors,
a Ãtà particulièrement favorisÃe de l’attention des
hommes de loi ; durant deux ans, elle en a même
comptà quatre simultanÃment. Aujourd’hui ils sont
de la moitià moins nombreux pour se partager la
clientèle. Au total, il y en eut vingt-deux dans la
paroisse en cent-quaraute-sept ans.

Charles Deguire a pratiquà à Saint-Denis, do
1758 à 1762 ; Louis-LÃonard Courville, de 1760 k
1765; Simon Frichet, de 1762 à 1767 ; Marin Jehanne,
de 1765 à 1787 ; François Cherrier, de 1770 à 1793 ;
Christophe Michau, de 1779 à 1803 ; Louis Bourda-
ges, de 1790 à 1835 ; Paul DutalmÃ, de 1800 à 1821 ;
Joseph-Edouard Mignault, de 1824 à 1878 ; Henri
Laparre, de 1835 à 1840 ; Narcisse Saint-Germain, de
1841 à 1843 ; Antoine-ThÃophile Gauthier, de 1852 Ã
1858 ; OnÃsime Marin, de 1866 k 1874 : Jean-Baptiste
Leblanc, de 1867 k 1870 ; ZÃphirin Saint-Aubin, de

78 HISTOIRE DE

1868 à 1872 ; Adolphe Duroclier, de 1872 à 1892 ;
Paul Bonin, de 1875 à 1885 ; PhilÃas-Jean-Baptiste
Crevier, de 1886 à 1899 ; Louis-Omer Dauray, depuis
1888 ; Louis-ÃŽ^apolÃou Saiut-Martin, de 1899 à 1901 ;
J.-C.-H. Laflamrae, de 1901 à 1902 ; et Edouard
Archambault, depuis 1903.

Deguire, originaire de MontrÃal et cousin du
pionnier Larue, Ãtait marià avec ThÃrèse Morin. Il
avait vingt-huit ans et pratiquait comme notaire
depuis quatre ans à Saint-Laurent, près de sa ville
natale, lorsqu’il vint s’Ãtablir à Saint-Denis. Il est
dÃcÃdà le 24 juillet 1762, laissant pour toute descen-
dance une orpheline de quinze mois. Son Ãpouse est
morte à l’Hôpital-GÃnÃral de MontrÃal, le 9 juillet
1806 (1).

Fils de Claude Aumasson de Courville et de
Judith Chevreau, habitants des environs de Châlons
en France, le deuxième notaire de Saint-Denis Ãtait
arrivà au Canada à l’âge de vingt ans, en 1751. Dans
la paroisse, il a Ãtà marchand en même temps que
rÃdacteur de contrats. Il est ensuite parti pour QuÃ-
bec, où il a terminà sa carrière (2),

Frichet, marià deux fois, d’abord avec Louise
Constantin, en secondes noces avec Louise-Josephte
Bazile, Ãtait le frère du curÃ. Il avait Ãtà commer-
çant à QuÃbec et en même temps capitaine de frÃgate
sur le fleuve, avant de venir s’Ãtablir à Saint-Denis.
Il y est mort le 11 novembre 1767, à l’âge de cin-
quante-six ans. Sa dernière compagne est ensuite
retournÃe à QuÃbec.

Lorsque Jehanne, natif de Dinan en Bretagne (3),

(1) — Tangiiay, Dictionnaire gÃnÃalogique.

(2) — Il Ãtait marià avec Marie-Anne Amyot de Villeneuve.

(3) — Registres des baptêmes, mariages et sÃpultures de

Saint-Denis,
à la date du 14 mars 1787.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 79

arriva de France à Saint-Denis en 1750, il venait en
qualità de marchand et Ãtait âgà de vingt-neuf ans.
Ce n’est qu’en 1765 qu’il a jagà à propos d’ajouter
une Ãtude de notaire à son comptoir situà au sud du
cimetière, où il a passà la dernière partie de sa vie. 11
y a fini ses jours, le 13 mars 1787, et son Ãpouse
Elizabetli Michau, cinq ans plus tard, le 30 novembre
1792. Tous deux Ãtaient profondÃment religieux ;
les registres paroissiaux en fout foi en gardant, à la
louange du premier, le souvenir de ses dÃmarches
pour hâter la venue d’un nouveau curà à la retraite
de M. Frichet et en conservant, pour l’autre, la liste
de ses gÃnÃreuses donations.

Avec le notaire Cherrier, père du curÃ, entra
dans la paroisse une de ses plus illustres familles.
Originaire de France, de Savignj^-LÃvêque au Maine,
il Ãtait dÃbarquà au pays en 1741, à l’âge de vingt-
trois ans. Aussitôt il avait ouvert un magasin à côtÃ
du presbytère de son oncle Isambart, curà de Lon-
gueuil, et, peu après, avait Ãpousà Marie Dubuc, en
1743 (1). Il a sÃjournà en cette località jusqu’à son
dÃpart pour Saint-Denis en 1770, ce qui coïncida Ã
peu près avec sa reconnaissance comme notaire. Ses
enfants sont par ordre d’âge : Marie, (2) mère de Mgr
Lartigue ; François, le curà de Saint-Denis, de 1769 Ã
1809 ; Perinne (3), mère de l’Honorable Denis-Benja-

( I ) — Tanguay, Dictionnaire gc’ncalogitpie.

(2) — Moite 7 jours avant que sou fils fût Ãlu Ãvêque. Elle

est
dÃcÃdÃe à Saint-Denis, le 25 janvier 1820, à l’âge de 76 ans,

veuve de
Jean-Jacques Lartigue, mÃdecin de MontrÃal en son vivant. Elle a

ÃtÃ
solennellement inhumÃe dans l’Ãglise de Saint-Denis, le

surlendemain
de son trÃpas ; signature de 6 prêtres à son acte de sÃpulture.

—
Registres des baptêmes, mariages et sÃpultures de Saint-Denis.

(3) — Charlotte- Perinne, âgÃe de 27 ans, Ãpouse à Saint-

Denis, en
prÃsence de son frère le curÃ, le 30 juin 1772, Denis Viger, Ã

¢gà de 31
ans, fils de Jacques Viger et de Marie RidÃ, de MontrÃal. Grande

cÃrÃ-
monie ; 13 signatures.

80. HISTOIRE DE

min Viger (1) ; Joseph- Marie, aïeul du dÃputà Cheval
(2), de Saiut-Hilaire ; Marie-Anne, Ãpouse de Toussaint
Lecavalier ; Rosalie (3), mère de l’Honorable Louis-
Joseph Papineau, le cÃlèbre orateur ; puis Benjamin
et SÃraphin, tous deux membres du parlement cana-
dien. Avec une telle famille, Saint-Denis n’a pas
manquà de devenir un rendez-vous tout à fait aristo-
cratique. Quelles nombreuses et brillantes rÃunions
de ce que le Canada comptait de plus remarquable ne
provoqua-t-elle pas en ces temps de luttes homÃriques
pour la conquête de nos libertÃs ! Et avec quelle
dignità elles ont Ãtà longtemps prÃsidÃes par le vÃnÃ-
rable patriarche ! Après avoir pu cependant fêter, au
milieu de dernières agapes, le cinquantième anniver-
saire de son mariage, le bon vieillard avait dÃclinÃ
rapidement, et dÃjà c’en Ãtait fait de lui, le 21 juillet

(1) — ” M. Viger, en 1831, avait 56 ans. Il Ãtait en pleine

rÃputa-
tion et d’une popularità justement mÃritÃe. Comme jurisconsulte,
comme publiciste, comme homme politique, il brillait au premier

rang.
M. Papineau (Louis-Joseph, son cousin germain) seul l’emportait

sur lui
en prestige en ce moment. Membre de la Chambre populaire depuis
iSoS, il avait Ãtà rÃcemment Ãlevà au Conseil lÃgislatif, et n’en

avait
pas moins continuà à prendre une part active aux luttes des

patriotes
pour la cause de nos libertÃs constitutionnelles “. Le 5 mai

1831, ban-
quet en son honneur à MontrÃal, à l’occasion de son prochain

dÃpart
pour l’Angleterre comme agent de la Chambre d’assemblÃe ; 150

con-
vives sous la prÃsidence de Bourdages, 31 santÃs. Ignotus, dans

La
Presse, de MontrÃal, 10 sept. 1898.

(2) — Par sa fille Rosalie, Ãpouse de Louis Cheval et protÃgÃe

de
sa tante Lecavalier, qui l’a en partie ÃlevÃe et surtout fort

bien dotÃe
par testament en date du 13 fÃvrier 1839. Archives de M. Jacques
Cartier, à Saint-Antoine.

(3) — A l’âge de 24 ans, le 23 août 1779, elle Ãpouse Ã

Saint-
Denis, en prÃsence de son frère le curÃ, Joseph Papineau,

notaire, fils
de Joseph Papineau et de Marie-Josephte Beaudry, de MontrÃal ; 12
signatures ont Ãtà apposÃes en bas de l’acte. Elle est morte, le

10
septembre 1832, à l’âge de 76 ans. L’histoire de Joseph

Papineau
et de son fils, l’Hon. Louis Joseph Papineau, a Ãtà consignÃe

dans Les
deux Papineau, de David.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 81

1793 (1). Son Ãpouse fat laissÃe treize ans encore ;\
l’affection de ses huit enfants et mourut à son tour, le
18 juin 1806, à VilgQ de quatre-vingt-dix ans.

Michau, natif de QuÃbec et beau-frère du notaire
Jehanne, Ãtait fils d’un maître-perruquier venu de la
Beauce française (2) vers 1722. Il s’est marià à Saint-
Antoine avec Josepbte Gauvreau, le 30 juillet 1781,
et est mort dix ans après son Ãpouse, le 5 janvier 1813,
à l’âge de quatre-vingt-deux ans. C’est en son hon-
neur que la route de Saint-Ours à Saint-Jude a ÃtÃ
nommÃe Michauville.

Bourdages, pour sa part, a gravà son nom en
lettres voyantes parmi ceux que Ton trouve dans les
annales de nos premières revendications politiques-
Plus remueur que meneur d’hommes, il n’a pas moins
soulevà de violentes tempêtes contre les gouverneurs
de l’Ãpoque. Seulement il est malheureux qu’il ait
donnà dans des idÃes trop avancÃes. Les combats
qu’il a ainsi livrÃs ne l’ont pas toujours ÃtÃ
au point de vue des avantages de la patrie. Fils
d’ A-cadiens, il Ãtait nà en exil sur une plage perdue
des Etats-Unis. Ses parents s’Ãtant plus tard Ãtablis
à QuÃbec (3), il a pu faire ses Ãtudes et, lorsqu’il vint
se fixer à Saint-Denis pour le reste de sa vie, à l’âge
de vingt-six ans, il Ãtait dÃjà notaire et marià avec
Louise-Catherine Soupirant. Son influence dans la
paroisse a Ãtà considÃrable surtout pour prÃparer les

(i) — Il a Ãtà inhumà par l’abbà Payet, curà de Saint-Anioine,
dans le caveau de l’Ãglise de Saint-Denis alors en construction.

Diaient
prÃsents aux funÃrailles : MM. Martel, curà de Saint-Charle>,

Durou-
vray, curà de Saint-Hyacinthe, HÃbert, curà de Saint-Ours, et le

curÃ
du lieu, fils du dÃfunt. Registres des baptêmes, mariages et

sÃpultures Je
Saint-Denis, à la date du 23 juillet 1793.

(2) — Tanguay, Dictionnaire gÃnÃalogique.

(3) — Tanguay, Ibid..

82 HISTOIRE DE

Ãvcueinents de 1837. Dans Dotre milice, il a Ãtà aide-
major, major, et à partir de 1813 lieutenant-colonel
pour la division de Saint-Denis, qui comprenait aussi
Saint-Antoine, Saint-Charles et Saint-Marc (1). Comme
homme de loi, il a constamment joui d’une nombreuse
clientèle et ffardà de lono^ues annÃes l’agence de la

O O ff

seigneurie. Sa rÃsidence au village djonisien Ãtait en
arrière du couvent, au coin des rues Saint-Charles et
du Bord-de-l’eau. Parmi ses enfants se trouvent le
pntriole Jean-David et RÃmi-SÃraphin, plus tard
dÃputà pour Rouville. Il est dÃcÃdà sept ans après
son Ãpouse, le 20 jaiivier 1835.

Quant à DutalmÃ, il est nà à MontrÃal en 1776,
tils d’IIypolite Dutalmà et de Geneviève Roy, qui
plus tard sont venus terminer leur existence à Saint-
Denis. Il s’est marià avec AdÃlaïde Bettez, le 6 juillet
1802, et est mort le 30 mars 1821. Il Ãtait bon calii-
graphe et rÃdigeait soigneusement ses actes.

Mignault, nà à Saint-Denis en 1798, fils de Jean-
Basile Mignault, ne s’est Ãloignà de sa paroisse n.itale
que pour le teinps de ses Ãtudes et, plus tard, un
hiver, à la suite des troubles de 1837, auxquels il avait
pris part en qualità de premier lieutenant de îTelson.
Il est le notaire oui a eu le plus long règne dans la
localitÃ. Parmi ses enfants sont : NapolÃon et
Arthur, prêtres, lien ri- Adolphe, mÃdecin, et Alfred,
notaire. Il est dÃcÃdà en 1878. Son Ãpouse. Libère
MÃnard, l’avait prÃcÃdà de cinq ans dans la tombe.

Laparre, fils d’un commerçant de grain de la
paroisse, Ãtait marià avec Catherine DÃganard. Il est
le deuxième notaire de Saint-Denis qui n’y soit pas
demeurà jusqu’à sa mort.

Saint-Germain, nà à Saint-Denis, Ãtait le frère de

(I) — Archives de M. Jticques Cartier, à Saint -.Antoine.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 83

Charles, qui fut tue au combat, de 1837. Encore
clerc, il Ãpousait le 28 janvier 1840 sa co-paroissienne
EmÃlie Chaput et, des le printemps suivant, diplômÃ
lîotaire, il s’Ãtablissait dans son village natal pour lui
consacrer les prÃmices de sa pi’ofession. Plus taid
cependant il a cru devoir Ãchanger cette dernière contre
celle d’instituteur et, comme tel, a dirigà l’Ãcole de
Contrecœur, de 1865 à 1868. Il est ensuite parti pour
le Massachusetts, où il est dÃcÃdà vers 1894.

Gauthier Ãtait marià avec OnÃsime Allard.

Marin, qui s’est distinguà autant par sa science
lÃgale que par son amour du travail, Ãtait originaire
de Saint-Simon-de-Bagot. Il avait fait ses Ãtudes k
Saint-IIyacinthe et à MontrÃal, et Ãtait venu dÃbuter
à Saint-Denis, où il a Ãpousà LÃocadie- ValÃrie Paradis,
le 10 septembre 1867. Il est ensuite allà finir sa car-
rière dans la mÃtropole canadienne, le 29 août 1897, k
l’âge de cinquante-cinq ans (1).

Enfant de la paroisse, Leblanc est le frore des
quatre prêtres dyonisiens de ce nom. Après avoir
tait lui aussi son cours classique à Saint-Hyacinthe et
ea clÃricature à MontrÃal, il a tentà de se fixer à Saint-
Denis, mais sans y rÃussir. Pendant ce sÃjour-là , il
s’est nÃanmoins uni à Flore GÃnÃreux, le premier juil-
let 1868. En partant, il s’en est allà à La PrÃsenta-
lion, où il demeura environ cinq ans. Il pratiqua
ensuite quelque temps à MontrÃal. Après quoi, il
accepta l’emploi de chef de gare à BelÅ“il. Il est mort
à Manchester, dans le Nouveau-llarapshire, il y a peu
d’annÃes.

Saint-Aubin Ãtait marià avec Marie Charland.
Après son passage dans la localitÃ, il est parti pour
Chicago.

(I) — l.,7 Miiicnc, de MontrÃal, 30 noûi 1897.

84 HISTOIRE DE

‘Nà à Saint-Deuis en 1846, Duroclier a Ãtudià Ã
Miirieville. Sa paroisse natale Ta vu de là lui revenir
comme notaire aussitôt qu’il eut reçu son brevet. Il
s’est ensuite Ãtabli à Saint- AimÃ-su r-Yamaska, où il
est dÃcÃdà le 25 novembre 1903 (1). En premières
noces il avait Ãpousà Marie-EugÃnie Lacombe, et en
dernières ArzÃlie Bonin, qui lui survit.

Bonin est mort en fÃvrier 1885, à l’âge de trente-
sept ans. Il Ãtait issu du mariage de Josepb Bonin
et de Justine Payan, de Saint-Denis. Il a Ãtà maire
de sa paroisse et Ãtait marià avec Marie Langlois,
aujourd’hui de Saint-IIyacintho.

M. Crevier est nà à Saint-Laurent, près Mont-
rÃal, le 20 août 1860. CrÃà notaire en 1885, après
avoir fait ses Ãtudes tant aa collège de sa paroisse
natale qu’au bureau du registrateur LÃonard, de
Sainte-Rose-de-Laval, il a pratiquà d’abord un an Ã
Saint-Martin, puis il est venu à Saint-Denis. Il y a
Ãpousà Henriette Bousquet en 1894 et lorsque, cinq
ans plus tard, il quittait les rives du Richelieu,
c’Ãtait pour retourner à Saint-Laurent.

M. Dauray (2), nà à Marieville le 5 juillet 1863,
a parcouru, à l’ombre du clocher de sa paroisse,
tout le cycle de ses Ãtudes tant clÃricales que classi-
ques et a Ãtà admis à la pratique du notariat, en 1886.
C’est deux ans plus tard, le 6 juin 1888, qu’il s’est
fixà au village dyonisien en y Ãpousant Marie-Louise-
Georgina MÃnard. Il est organiste de l’Ãglise et

(t) — MaU il a Ãtà iuliumà à Sainl -Denis.

(2) — Sans que nous puissions nous appuyer sur une autre certi-
tude que la tradition conservÃe dans la famille, voici l’histoire

de ses
ancêtres au Canada ; le premier dÃbarquà sur nos rives aurait

Ãtà un
Dujour, comte.d’Auray, d’où le nom Dauray. Ses trois fds se

seraient
Ãtablis à Varennes, à Lacolle et à Laprairie. Charles-Casimir,

mariÃ
avec Louise Messier et aïeul du notaire, descendrait de celui de

Varen-
nes, d’où il est allà se fixer à Marieville.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEII 85

directeur de la fanfare en même temps que du bureau
de poste de la localitÃ.

M. Saint-Martin, originaire de Sainte-Victoire-de-
Richelieu, a fait ses Ãtudes à Saint-Hyacinthe et Ã
MontrÃal, puis il a dÃbutà à Saint-Denis. Il est
aujourd’hui à Sorel.

M. Laflamme arrivait de Nicolet, lorsque sur
invitation il vint s’installer dans la paroisse. MalgrÃ
certains encouragements de la part des autoritÃs
municipales, il n’a pas cru devoir y prolonger son
sÃjour au-delà de huit mois ; il est parti en mai 1902
pour Saint-Fabien-de-Rimouski.

M. Archambault,fils du notaire Magloire Archam-
bault, de Saint-Antoine, est nà le 18 fÃvrier 1879 et a
fait ses Ãtudes à MontrÃal. Il a pratiquà quinze mois
à Saint-JÃrôme, avant de venir vivre au milieu des
Dyonisiens, le 30 novembre 1,903. Il est gÃrant de la
succursale de la banque Provinciale, à Saint-Denis,
depuis sa fondation.

<M/^/\^Vv^

CHAPITRE XI

L’Ãrection du village de Saint-Denis. Sa descrip-
tion. Sa prospÃritÃ. 1758-1905.

En 1758, il semblait dÃjà se former un courant
vers Saint-Denis comme centre. Un marchand y
avait pris place en 1750, et un mÃdecin, deux ans plus
tard. Mais, à cause de la loi de 1745, impossible dç
s’installer sur un lopin de terre ne mesurant pas au
moins quarante-cinq arpents carrÃs. Le mÃdecin
s’Ãtait logà dans une famille en qualità de pension-
naire ; le marchand, qui fut dans la suite le notaire
Jehanne, avait acquis l’ancienne ferme de Poulin.
C’Ãtait passable jusque-là , mais tous ne pouvaient les
imiter.

Lorsque se prÃsenta le notaire Deguire, qui ne
voulait pas partager le même toit qu’un autre ni ne
pouvait devenir grand propriÃtaire, il se vit les portes
fermÃes. Ce fut ce qui dÃtermina le seigneur, M. de
ContrecÅ“ur, à demander l’Ãrection d’un bourg près de
l’Ãglise pour pouvoir lui offrir un simple emplacement
et ne pas laisser perdre à ses censitaires la bonne
aubaine d’un homme de loi rÃsidant au milieu d’eux.

En consÃquence, il expose sa requête aux auto-
ritÃs afin, leur dit-il en rÃsumÃ, de procurer aux habi-
tants de son domaine un certain nombre d’ouvriers,
tels que forgerons, charpentiers et autres, qui par lÃ
seront eu Ãtat de fournir aux dits habitants les outils
et instruments d’agriculture nÃcessaires qu’ils sont
souvent forcÃs d’aller acheter à MontrÃal ” au prÃju-

88 HISTOIRE DE

dice de leurs travaux et surtout de la culture et dÃfri-
chement des terres “.

Le 17 mai 1758, il Ãtait exaucÃ. Le gouverneur,
M. de Yaudreuil, rÃpondait : ” Nous …. avons Ãtabli
et Ãtablissons par les prÃsentes un bourg dans la
seigneurie de Saint-Denis. . . . sur un terrain de 2 par
4 arpents. . . ; lequel bourg sera bornà sur le devant
à la rivière de Richelieu, par derrière à la terre concÃ-
dÃe au sieur curà du dit lieu, au nord-est à Pierre
Joubert et au sud-ouest au nommà Marin Jehanne,. . .
dans l’Ãtendue duquel nous permettons à tous habi-
tants de faire tels Ãtablissements qu’ils jugeront Ã
propos sur les emplacements, qui leur seront à cet
effet vendus ou concÃdÃs. …” (1).

Ainsi le bourg comprenait seulement le terrain de
la fabrique de trois-quarts d’arpent par trois, celui du
seigneur d’un arpent et quart par trois, plus deux
arpents par un de la terre du curÃ. C’Ãtait petit,
mais suffisant pour les dÃbuts. Rien ne mettra obs-
tacle plus tard à ce que ce bourg fasse tache d’huile et
se rÃpande à l’envi de chaque côtÃ.

Ceci, notons-le bien, s’accomplissait au plus fort
de la guerre de Cession. Quoique la lutte fût terrible,
elle n’Ãtouffait pas entièrement, comme on le” voit, les
entreprises en vue de l’avenir. Même ce dernier acte
semble prouver que l’on ne croyait encore nullement
à la fin prochaine de la puissance du roi très chrÃtien
sur nos rives.

Le bourg ne constituait donc qu’une minime par-
tie du village d’aujourd’hui. Sa largeur n’allait que
de la façade du couvent actuel à la mi-distance entre
les rues Sainte-Catherine et Saint-François et, en pro-
fondeur, il s’Ãtendait du rivage du Richelieu jusqu’Ã

(i) — Edits et ordonnances, II, 420.

(X’oir pa,-.- î>l)).

SAINT-DENIS-SUR-RICIIELIEU 80

rextrÃmità sud-est du cimetière. En divisant par lots
la part du seigneur, on y traça deux rues, celles du
Curà et de Sainte-Catherine ; la première a cessÃ
d’exister depuis longtemps, elle longerait maintenant
l’arrière-pan du presbj’tère.

Dans le bourg, il n’y avait alors que l’Ãglise et la
maison du ]>retre, et sur tout le reste du territoire
occupà par le villajre de nos jours, on ne comptait que
six maisons : celles de Saint-Germain, un peu au nord
de la maison de ClÃophas Dragon ; de Jette, qui devait
être locataire à la place de Louis Landry ; de Joubert,
à la place de Dame Lacombe ; de Jehanne, à la place
d’Alphonse Phaneuf ; de Charpentier, à la place de
Dme Joseph Archambault ; et de Dudevoir, à la place
d’Ephrera Gadbois. C’est-Ã -dire qu’on y voyait tout
ce qui peut se rencontrer sur un rang ordinaire, plus
la chapelle et le presbytère ; et il ne pouvait en erre
autrement avec les loi?» existantes.

En 1770, le recens-ement du curà enregistrait une
augmentation de six maisons ; en tout, c’Ãtaient treize
maisons habitÃes. Il n’y avait cependant rien de
mauvais augure dans ce chiflVe treize, puisque dix-
neuf ans plus tard il s’Ãtait dÃjà accru de vingt-cinq
nouvelles constructions (l).

Sur le dÃclin du même siècle surtout, le progrès
de Saint-Denis s’est considÃrablement accentuÃ. Si bien
qu’en 1801 le curÃ, dans son recensement paroissial,
pouvait constater que l’ancien bourg dÃbordait de
tous côtÃs empiÃtant sur les champs voisins. C’Ãtait
alors soixante-trois habitations qu’il fallait compter
au lieu des sept de (parante-trois ans aujiaravant.
Chaque annÃe, il continua à se construire (pielquo
maison. En 1815, Bouclictte Ãcrivait qu’il y avait

Recensement du curà Cherrier en 1789.

90 HISTOIRE DE

environ quatre-vingts rÃsidences clans le riant vil-
lage (1).

Saint-Denis Ãtait devenu à cette Ãpoque une
petite mÃtropole. C’est à ses quais que l’on embar-
quait une grande partie des grains de l’intÃrieur de la
rÃgion, c’est aussi là que l’on venait s’approvisionner.
Ensuite, au commerce, se joignirent les industries, et
tout alla grandissant jusqu’à la crise de 1837. Deux
ans auparavant, le nouveau curà arrivant de Saint-
Marc pouvait Ãcrire à son Ãvêque que le seul village
de Saint-Denis contenait autant de monde que toute
la paroisse qu’il venait de quitter (2).

Le souffle rÃvolutionnaire qui passa sur ce coin
du pays fut un coup fatal pour sa prospÃrità ; tout
se trouva alors dÃsorganisÃ. Saint-Hyacinthe recueil-
lit les unes après les autres les forces vives de son
aînà et ce fut l’origine de sa suprÃmatie.

Il ne faut pas croire cependant que Saint-Denis
retourna à la pauvretà de ses dÃbuts. Il lui restait
encore assez d’Ãnergie pour se relever au moins en
partie. Seulement tout ne revint pas. Si la bonne
fortune de MontrÃal et de QuÃbec se transposait
aujourd’hui à la suite d’un dÃplacement dans les aiiai-
res, on s’apitoierait sans doute sur le sort de la pre-
mière * nÃanmoins il en restererait encore beau-
coup à la cità ÃprouvÃe. C’est ce qui est arrivà Ã
Saint-Denis. C’Ãtait une ville en rÃalitÃ, quoique non
reconnue civilement comme telle, et elle est redevenue
village, mais gros village.

Aujourd’hui il n’y a pas d’industries, ni de com-
merce ; toutefois on compte dans la place plus de

(i) — Bouchette, Description topographique de la province du

Bas-
Canada, 2 16 et 217.

(2) — .Lettre de l’abbà Deniers à Mgr Signay, en date du 5

janvier
1835, Archives de VcvÃchc de Saint- Hyacinthe.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 91

cent-soixante raai;;ons, habitÃes par six-cent-quarante-
cinq personnes, dont quatre-cent-soixante-dix-nenf
sont communiantes.

Qa’est-C3 qui fait donc vivre ces gens ? — Les
fertiles terres de la paroisse, faut-il rÃpondre. La
plupart sont de vieux cultivateurs en retraite. Avant
de s’Ãloigner de leurs fermes, ils se sont assurà un
logement à l’ombre de l’Ãglise et, tout en se prÃparant
aux annÃes Ãternelles, ils y mangent les rentes que leur
ajiportent leurs hÃritiers et successeurs.

Autrefois les vieillards, usÃs aux travaux des
champs, se marquaient bien ce qui devait leur revenir
à la suite d’une donation ; mais ils continuaient Ã
demeurer avec leurs enfants. Alors il fallait des obli-
gations moins onÃreuses, et l’expÃrience Ãtait toujours
là pour guider les pas plus ou moins bien aftermis de
la jeunesse. A-t-on gagnà au changement ? Mais
qu’il y ait avantages ou non, le courant entraîne tout
le monde vers les agglomÃrations. On dÃserte ainsi
les campagnes pour la ville ; c’est partout le même
mal qui sÃvit. Il faut convenir qu’il conduit plus
souvent à la gêne qu’au bien-être.

Tout de même, en venant finir ses jours dans le
village dyonisien, on n’a pas mauvais goût. On peut
facilement })lus mal choisir.

Placà sur le bord d’une baie de la rivière Riche-
lieu, il a pour lui la beautà du site, et ce n’est pas le
point le moins important pour le charme d’une loca-
lità que d’être bâtie dans le voisinage d’une nappe
d’eau. Elle s’y mire et double du même coup ce
qu’elle a d’attraits (1), tout en offrant un air plus

(!) — Le Star, de MontrÃal, disait en français, le 28 sej)

tenibre
18S9, que ” le village de Saint Denis est un des plus charmants

villages
parmi les villages si enchanteurs des bords de 1 ÃlÃgante et

pittoresque-
rivière Richelieu, qui fait les dÃlices des nombreux voyageurs

qui la par-

92 HISTOIRE DE

frais et plus pur et le plaisir de promenades nautiques.

Il est vrai que toutes les rues du village ne sont
pas très larges, ni les rÃsidences toutes bien construi-
tes, que la place publique du marchà n’est pas soigneu-
sement ornÃe, tant s’en faut ; mais l’ensemble est si
richement encadrà de verdure que beaucoup des
dÃfauts en sont voilÃs. Partout des arbres, n’est-ce
pas dÃjà quelque chose d’agrÃable ?

Toutefois on n’est pas sans trouver, au milieu des
ombrages, de nombreux et jolis Ãdifices religieux, le
beau parterre du collège ainsi que plusieurs ÃlÃgants
cottages entourÃs de leurs jardins.

La baie qui s’Ãtend aux pieds du village est un
lac pour l’apparence. De dix arpents de largeur sur
à peu près le double de longueur, elle sÃpare Saint-
Denis de Saint-Antoine.

Au milieu de la nappe d’eau, où les ondes se
renouvellent continuellement sans perturbation, sont
une île et un îlot.

L’île a Ãtà baptisÃe du nom de Madère (1), proba-
blement par quelque gai compère au retour d’une
noce ; mais cela, c’Ãtait autrefois.

Si les Dyonisiens Ãtaient des citadins en quête de
brises rafraîchissantes, cette île serait pour la localitÃ
ce qu’est Sainte-HÃlène pour MontrÃal ; mais ce
qu’ailleurs on va chercher au dehors, eux l’ont à leurs
portes, sous leurs fenêtres.

courent. Le touriste, qui de Saint- Antoine sur la rive opposÃe,

contem-
ple le coquet village de Saint-Denis, ne peut rêver de paysage

plus gra-
cieux et de plus beaux points de vue. Les superbes clochers de

l’Ãglise
de Saint-Denis dominant le sommet des arbres prÃsentent un aspect

des
plus imposants, tandis que les maisonnettes fraîchement

blanchies à la
chaux et s’Ãchelonnant sur les bords du Richelieu s’y mirent

comme de
blancs cygnes “.

(I) — Bouchette, Description topographique de la province du

Bas-
Canada, 217.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 93

L’île Madère est une paisible prairie qui Ãmerge
des flots sur quelques arpents de superficie.

Un peu plas bas, à l’extrÃmità septentrionale du
village, se rencontre l’îlot.

Comme l’île, il appartient à la seigneurie dyoni-
eienne. Pour les fins paroissiales, l’une et l’autre sont
des propriÃtÃs antoniennes.

I^lot Ãtait jadis une île d’assez bonne Ãtendue.
On va même jusqu’à supposer qu’originairement il
n’a dû faire qu’un avec sa voisine. Le travail des
eaux l’aurait d’abord sÃparÃ, puis rapetissà au point
de n’en laisser qu’un point à la veille de disparaître.

En 1893, de par la gÃnÃrosità du seigneur, cette
portion de son domaine devint la propriÃtà du collège
pour que celui-ci en puisse jouir et user tant qu’elle
ne sera pas rasÃe par quelque glaçon impitoyable.
Elle fut alors baptisÃe pour la première fois en rece-
vant le nom de Saint- Viateur (1).

Le village de Saint-Denis est divisà par le terrain
de la fabrique en deux parties, qui ne communiquent
ensemble que par la rue Saint-Denis ou du Bord-de-
l’eau.

Autrefois quand la partie sud avait plus d’impor-
tance, le seigneur aurait dÃsirà voir continuer la rue
du Collège en arrière du cimetière jusqu’à la rue
Saint-Charles (2). Mais les nÃgociations entamÃes Ã
ce sujet, en 1824, n’aboutirent pas, l’Ãvêque refusant
de consentir à l’Ãchange de terrains tel que proposÃ.

En voyant aujourd’hui le coin dÃsolà qui borne
la ligne sud du cimetière, on est loin de soupçonner
que c’Ãtait jadis le quartier aristocratique du village.
Le notaire Michau, ainsi que le capitaine de côte

(1) — Journal du collège de SainlDenis, à la date du 22 août

1893.

(2) — Lettre de l’abbà BÃdard à Mgr Plessis, en 1S24. Archives
de rÃvêchc de Saint- Hyacinthe.

94 HISTOIRE DE

Neveu, y a vÃcu ; le chanoine Parà y a Ãtà ÃlevÃ.
Bien d’antres notables ont eu là leurs rÃsidences. Par
contre, le commerce avait ses magasins ÃtalÃs le long
dn rivage.

Le reste du village n’a Ãtà bâti que plus tard par
les ouvriers qu’employaient les industries florissantes
de l’Ãpoque antÃrieure à 1837.

De nos jours, pour parcourir toutes les rues de la
place, il faudrait faire toute une lieue de marche, même
près de cent arpents. C’est d’ailleurs la superficie
que couvre le village avec ses vingt arpents de lon-
gueur et ses cinq arpents de profondeur en moyenne.

Il y a sept rues parallèles à la rivière et douze
transversales.

Au fur et à mesure que chacune de ces voies a ÃtÃ
verbalisÃe, elle a reçu un nom pour la commodità des
indications. L’appellation devait en même temps
conserver des souvenirs historiques.

Après la rue Saint-Denis ou du Bord-de-l’eau, qui
est l’artère principale, et la rue Yamaska, qui conduit
à la rivière du même nom, il y a les rues Sainte-Cathe-
rine et Saint-Charles, en mÃmoire des deux filles
du seigneur de Contrecœur, Catherine et Char-
lotte ; il y a les rues Cartier, en l’honneur de la
famille qui a fourni à la località un de ses plus gros
marchands d’autrefois et au pays un homme d’Ãtat,
Sir George-Etienne ; Bourdages, en l’honneur du
cÃlèbre mandataire de nos origines parlementaires ;
Saint-Christophe, en l’honneur du notaire Christophe
Michau ; Saint-Hubert, en l’honneur de la famille
Hubert, qui avait, vers 1840, un vaste emplacement
sur cette rue ; Saint-Pierre, en l’honneur du pionnier
Pierre Joubert, qui a fourni le terrain de cette rue sur
sa propriÃtà de 1720 ; Saint-Thomas, en l’honneur du
co-seigneur Taschereau ; Saint-François, eu l’honneur

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 95

du curà Cherrier ; Saint- Joseph, en l’honneur du
co-seigneur Boucher de LaBrnère de Monturville ;
Saint-Gilles, en l’honneur de Gilles Boucher, fille du
prÃcÃdent et Ãpouse du co-seigneur Louis-Joseph Des-
ohambault ; Nelson, en l’honneur de l’agitateur de
1837 ; du Collège, à cause de la maison d’Ãducation,
en faveur de laquelle elle a Ãtà achevÃe en 1880 (1) ;
Morin, en l’honneur du Dr Prisque Moriu et de l’Ãmi-
nent premier ministre, Auguste-Norbert Morin, qui a
Ãpousà Adèle Raymond, originaire de la paroisse ; et
Sainte-Elizabeth, en l’honneur de Marie- Anne-Eliza-
beth Nojelle de Florimont, Ãpouse du co-seigneur
Louis-François Deschambault. Nous ignorons la rai-
son des noms de Saint-Laurent et du Lion. Le
premier remonte à 1785 ; et le second prête à bien des
suppositions, surtout à propos de 1837.

Le village a Ãtà Ãrigà en municipalità civile, dis-
tincte du reste de la paroisse, par proclamation en
date du 26 novembre 1903.

Son premier conseil s’est composà d’Adolphe
Charron, Ãlu aussitôt maire et encore en charge, d’Elie
Roy, de ClÃophas Dragon, d’Elie et de Narcisse
Leblanc, d’Alphonse Phaneuf et de Diogène Cheva-
lier. Le notaire Dauray a Ãtà jusqu’ici le secrÃtaire-
trÃsorier de cette nouvelle corporation.

®-— #

(I) — Le i8 mai iSSo, le conseil municipal dÃcide d’acheter de
Victor Richard le terrain nÃcessaire pour la continuation de la

rue du
Collège jusqu’à la rue Sainte-Catherine. Hegislre Jcs

dÃlibÃrations du
conseil »iuinci/>iil de Saint-Denis.

CHAPITRE XII

La colonie acadienne de Saint-Denis. Malheurs et
pÃrÃgrinations de ses fondateurs : Leblanc, Bour-
geois, Mignault, Bourque, Brun, Brault,
Robichaud, Roy, Gaudette, Girouard et
Richard. Histoire de leurs familles,
1767-1905.

De tous les malheureux frappÃs par la guerre de
Cession, il n’y en a pas eu de plus ÃprouvÃs que les
Acadiens. Leur seul nom Ãveille le souvenir du plus
horrible attentat qui ait jamais Ãtà commis contre un
peuple.

Passà un jour sous la domination Ãtrangère, il
s’est rendu coupable, aux yeux de ses nouveaux maî-
tres, de n’avoir pas apostasie sa religion, de n’avoir
pas pu aussitôt changer sa langue et prendre en tout
d’autres mÅ“urs. De plus, il avait le tort de possÃder
de magnifiques propriÃtÃs conquises laborieusement
sur la mer.

C’en fut assez pour dÃterminer les tyrans à dÃcrÃ-
ter sa mort. Il sera donc exterminÃ. Et un
matin, en 1755, les plus noirs projets trouvaient des
brutes aux cÅ“urs plus hideux encore pour les exÃcu-
ter.

Les pacifiques et loyaux sujets, dont le pouvoir
voulait la tête, Ãtaient alors trahis, puis pourchassÃs
et embarquÃs sans pitià pour des contrÃes lointaines,
le père et la mère sÃparÃs de leurs enfants, les frères de
leurs sÅ“urs,les Ãpoux l’un de l’autre. Impossible d’ima-
giner une barbarie plus monstrueuse. Comme rÃcom-

^8 HISTOIRE DE

pense de leur conduite, dès avant le dÃpart des exilÃs
les bourreaux s’Ãtaient partagà les biens de leurs vic-
timer..

Quand la bourrasque fut apaisÃe, des dix-huit
mille personnes traquÃes partout, cinq mille gÃmis-
saient pêle-mêle sur les rivages des Etats-Unis depuis
Boston jusqu^à la Floride, cinq mille en Europe et
huit mille cachÃes dans les bois de l’Acadie.

Onze ans plus tard, six mille d’entre elles Ãtaient
mortes de misère, quatre mille Ãtaient en service sur
les terres qu’on leur avait volÃes, quatre mille vÃgÃ-
taient en France, deux mille cinq cents s’Ãtaient rÃfu-
giÃes dans la province de QuÃbec et les quinze cents
autres s’Ãtaient rÃsignÃs à finir leurs jours aux Etats-
Unis (1).

Lg sort le moins rigoureux a Ãtà pour ceux qui
ont pu atteindre les bords du Saint-Laurent. Mais
ils y arrivaient dÃnuÃs de tout. La charità eut beau
être prÃvenante, elle ne leur a jamais fait oublier la
patrie perdue. Jusqu’à la fin ils ont pleurà sur nos
rives au souvenir de leur Acadie (2).

Cependant ils reprirent courageusement la hache
du pionnier et beaucoup reconstituèrent pour leur
descendance les ÃlÃments d’une prospÃrità enviable.

(1) — Rameau, Une colonie fÃodale eu Anurique, IT, 105 à 210.

(2) — Bourassa, dans Jacques et Marie (pp. 5 et 6), rÃsume avec
Ãmotion les souffrances des pauvres Acadiens se dirigeant vers la

pro-
vince de QuÃbec pour y trouver une nouvelle patrie : ” Au temps

de la
conquête, dit-il, on vit arriver quelques familles dÃmembrÃes,

ralliÃes
par le même malheur, chassÃes de leur» foyers comme les enfants

d’Ilion Ces familles Ãtaient venues.. .., les unes après les

autres,

comme viennent les dÃbris d’un naufrage…. Dans le cours de

leurs
pÃrÃgrinations, il y en a qui franchirent des espaces

incroyables, à pied,
à travers les forêts, le long des fleuves, sur les rivages

arides de la mer.
Tantôt ils furent arrêtÃs par la maladie et la misère,

d’autres fois ils
s’Ãgarèrent longtemps. On offrit aux uns le travail des

esclaves, aux
autres, de s’enfermer dans les mines ; mais ils prÃfÃrèrent

continuer leur

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 99

Treize d’entre eux Ãtablirent leurs familles Ã
Saint-Denis en 1767, et un autre les imita en 1775.
Ils y furent d’abord journaliers, puis pour la plupart
se fixèrent sur des terres obtenues en concession au
quatrième rang, dont ils furent les dÃfricheurs et les
premiers habitants.

La nombreuse famille des Leblanc est arrivÃe
dans la paroisse en 1767 même, avec trois chefs :
Jean, fondateur des Leblanc-Pitre ; Joseph, fonda-
teur des Leblanc-Cajetan, et un autre Joseph, fonda-
teur des Leblanc sans sobriquet. Leur postÃrità porte
aujourd’hui uniformÃment le nom de Leblanc.

Jean Ãtait marià avec Marie-Anne Landry et îigÃ
de trente-deux ans, lorsque la tourmente le chassa de
Port-Royal. DÃbarquà aux Etats-Unis avec son
Ãpouse, il n’en est venu à Saint-Denis que dans l’au-
tomne de 1767. Il avait alors quatre enfants tous nÃs
eu exil et non encore baptisÃs. L’abbà Pridiet a fait
couler l’eau rÃgÃnÃratrice sur ces jeunes fronts, le 10
septembre de la même annÃe. Il y avait un garçon et
trois filles. Probablement pour l’accomplissement de
quelque vÅ“u, tous ont ajoutà à un autre prÃnom celui
de Marie (1). Leur père s’Ãtant fait concÃder 3 par
40 arpents au quatrième rang en 1774, il y a vÃcu
jusqu’à un âge avancÃ, malgrà tous ses travaux et les

chemin. Ils cherchaient un ciel ami qui leur rappelât

celui^qu’ils ne
devaient’plus revoir, ou ils mouraient en le cherchant….

N’ont-ils pas
bien gagnà ce pied de terre où ils ont pu enfin s’asseoir pour

rompre en
famille le pain de l’exil, et raconter leurs tristes rÃcits Ã

des cœurs capa-
bles de les comprendre et de pleurer avec eux, sans remords ?

Sans
doute ils aperçurent des larmes dans les yeux des Ãtrangers qui

les
voyaient passer, mais à ceux-là ils ne pouvaient faire entendre

leur lan-
gage, et ils portaient à leurs yeux la marque d’un crime

national “.

(I) — Ces enfants sont; Marie-SÃraphine, âgÃe de lO ans ;
Pierre-Marie, de 8 ans ; Marie-Jeanne, de 5 ans ; et Marie-

Catherine,
d’un an.

100 HISTOIRE DE

contradictions subies. C’est de cet Acadien que des-
cendent entre autres François-Xavier Leblanc, mariÃ
en premier lieu avec LÃocadie Charron, et Toussaint
Leblanc, Ãpoux de Rosanna Bousquet.

Quant à Joseph Leblanc-Cajetan, plus âgà que le
prÃcÃdent, mais Ãgalement de Port-Royal, il Ãtait
marià avec Marguerite Bourgeois ; de ses enfants un
seul a pu survivre aux tribulations de l’exil. C’est
l’ancêtre des quatre prêtres Leblanc, de Saint-Denis, et
de SÅ“ur Leblanc, des SÅ“urs Grises de Saint-Hyacin-
the.

Le second Joseph Leblanc, venu en 1767, n’a
plus de descendance dans la paroisse. Il Ãtait mariÃ
avec CÃcile Benoit.

La famille de Jean Leblanc, fixÃe actuellement au
village, n’est arrivÃe que plus tard de Saint-Ours, où
elle s’Ãtait d’abord Ãtablie (1).

Le groupe Leblanc, en venant des Etats-Unis,
avait probablement eu pour compagnon de route
GrÃgoire Bourgeois ainsi que son Ãpouse Catherine
Comeau et ses quatre enfants, dont les trois plus
jeunes n’avaient pas encore reçu le baptême (2). Ils
ont eu cette faveur eu même temps que le fils et les
filles de Jean Leblanc, le 10 septembre 1767. BrisÃe
par la fatigue, leur infortunÃe mère ne survÃcut
guère. DÃjà le 19 juin 1770, on lui fermait les

(i) — La famille Leblanc est aujourd’hui la septième en nombre

Ã
Saint-Denis avec ses 15 chefs : Elie, Jean-Baptiste, Narcisse,

Louis,
Paul, Hubert, Alfred, Antoine, Charles, Jean- Louis, François-

Xavier
et Toussaint, plus Dmes Pierre, Augustin et Antoine ; depuis

1801, elle
a augmentà de 9 chefs. Outre quatre prêtres, plusieurs

religieuses et un
notaire, elle a fourni à la paroisse 5 marguillers en charge :

Joseph, en
1797 ; Antoine, en 1849 ; Louis, en 1855 > Antoine, en 1872 et

Pierre,
en 1893.

(2) — Ces trois derniers sont ; Jean-François, âgà de 9 ans :
Marie-Joseph, de 5 ans ; et Marie- Isabelle, de 2 ans.

SAINT-DENIS-SUR-RICIIELIEU 101

yeux (1), et son Ãpoux partait pour Nicolet. Quand
deux des garçons cependant furent grands, ils revin-
rent rÃclamer leur part d’hÃritage au quatrième rang
de Saint-Denis. C’est par eux que la tige des Bour-
geois a pu renaître dans la paroisse et s’y conserver
jusqu’il nos jours (2).

La famille Mignault, implantÃe à Saint-Denis le
même automne que les Leblanc et que Bourgeois, a
eu aussi son od3’ssÃe. Etienne Mignault et Madeleine
Cormier Ãtaient mariÃs depuis quelques annÃes, lors-
que le malheur s’est abattu sur leur patrie. Lui-même
a Ãtà capturà et traînà jusqu’en GÃorgie ; quant Ã
son Ãpouse, elle a pu se cacher avec son bÃbà Jean-
Basile dans la profondeur des bois voisins. Ne voyant
plus, peu après, d’autre issue pour sortir de sa retraite
que de s’en aller dans une contrÃe ÃloignÃe, la pauvre
femme adopta le parti de se diriger vers QuÃbec.
Mais que de difficultÃs n’eut-elle pas à surmonter, que
de chagrins à subir avant d’atteindre le but de son
voyage entièrement eflectuà à pied ; les privations et
les lassitudes ne lui ont pas manquÃ. Et, dans la
capitale, rÃduite aux horreurs de la famine, elle n’a
pas eu d’alternative plus consolante que de partager
l’Ãtat d’extrême gêne de ses hôtes. Toutefois pendant
qu’elle luttait tant bien que mal contre la mauvaise
fortune, son mari tournait aussi son regard vers QuÃ-

(1) — Kc^isfres dc’i baplcincs, tiiaiicif^es et sepnltiucs de

Saint -Denis,
à la date du 20 juin 1770.

(2) — Le premier ancêtre acadien des iîourgeois Ãtait un

chirurgien
d’abord Ãtabli à Port-Royal au temps de d’Aulnay, puis Ã

Beaubassin,
où il exploita un Ãtablissemei’.t nii-agricole et mi-commercial.

Il acquit
bientôt une belle aisance. Sa postÃrità se chiffre aujourd’hui Ã

quelques
milliers de personnes tant dans la province de QuÃbec que dans la
Mouvelle- Angleterre et les provinces maritimes (Rameau, Une

colonie

fÃodale en AmÃrique, 1,93, III, 167 a 169, et 180). A Saint-

De:.i3 la
famille ne vit plus que sous un chef nommà Victor.

102 HISTOIRE DE

bec. HÃlas ! ils se rencontreront donc un jour !
Quand Etienne, de son côtÃ, se fut en eflet orientÃ, il
s’adjoignit entre autres compagnons un compatriote du
nom de Comean et se mit en marche vers le Saint-
Laurent. L’ami, moins abattu, plus Roger Bontemps,
avait son violon qu’il avait sauvà du naufrage et, aux
diffÃrentes Ãtapes de la route, il tâchait de dissiper les
ennuis de la troupe. L’histoire ne dit pas qu’il rÃus-
sissait, mais en tout cas chaque coucher de soleil lais-
sait ce monde errant plus près de son bonheur.
Enfin il pÃnÃtrait dans le château-fort des Canadiens.
Les premiers mots d’Etienne Mignault furent
alors pour ‘s’informer de sa femme et de ses enfants.
S’il allait les retrouver en cet endroit ! Voilà qu’effec-
tivement on lui apprend qu’il vit dans la località une
dame Mignault, originaire comme lui de l’Acadie.
Puis les quelques dÃtails de signalement qu’on lui
fournit le font voler à la demeure de cette femme.
Elle Ãtait penchÃe devant l’âtre, lorsqu’il entra.
” Quoi, Madeleine, lui dit-il, depuis que nous nous
sommes quittÃs, tu n’as pas eu le temps de finir ta
soupe ” ! C’est ainsi que se retrouvaient les heureux
Ãpoux d’autrefois. Peu après, en 1760, ils Ãmigrèrent
à BÃcancour (1) et, en 1767, à Saint-Denis, où ils

(i) — Voici comment Mère Saint-Bernard, nÃe Sophie Mignault,
raconte les malheurs de ses ancêtres lors de leur expulsion de

l’Acadie :
” Etienne Mignault fut, avec plusieurs de ses compatriotes,

emmenÃ
captif en GÃorgie et forcà à travailler sur les plantations. Ils

Ãtaient
traitÃs comme des esclaves et enchaînÃs chaque soir. Après

plusieurs
annÃes de captività l’on oublia, paraît-il, un soir de les

mettre aux fers
et ils en profitèrent pour se sauver dans les bois. Ils

marchèrent vers le
nord et après de longs mois se trouvèrent enfin sur les bords

du Saint-
Laurent, et se mirent à la recherche de leurs familles…,

Etienne erra

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 103

eurent aussi leur terre du quatrième rang. Ce sont
les ancêtres de tous les Mignault de la paroisse (1),

longtemps et vint enfin à (^^uÃbec profondÃment dÃcouragÃ. Là ,

sur le
bord du fleuve, il rencontra un petit garçon avec qui il se mit

à causer.
L’enfant lui dit que ” son père Ãtait allà à l’Ãglise et

n’Ãtait jamais
revenu, et que sa mère Ãtait bien pauvre et pleurait souvent

“…. ” Où
est ta mère ? ” lui dit. … Etienne qui commençait à espÃrer.

— ” Elle
demeure là -bas ” rÃpondit l’enfant …. L’ Acadien frappa en

trem-
blant à la porte d’une pauvre petite maison. Une femme vint lui

ouvrir,
et en le voyant un grand cri s’Ãchappa de ses lèvres, puis elle

tomba

Ãvanouie dans ses bras. C’est ainsi que Etienne Mignault retrouva

sa femme et son fils…. Etienne Mignault a dû arriver à QuÃbec

vers
1760. Les Anglais y Ãtaient maîtres et il a dû s’Ãloigner au

plus vite.
Dans tous les cas, nous le retrouvons à BÃcancour où il fit

baptiser un
fils qui se nomma François, le 30 mai 1761, presque six ans

après la
dispersion “.

(I) — Les Mignault ont d’abord Ãtà Canadiens avant d’être Aca-
diens ; leur origine sur les bords du Saint-Laurent date même du

temps
de M. de Montmagny. Et si l’on pÃnètre plus loin, jusqu’en

France, on
dÃcouvre leurs ancêtres appartenant à la noblesse ; leurs armes

Ãtaient :
” Champs d’azur, deux grappes de raisin d’argent ainsi que

l’Ãtoile, en
pal du bas une main senestre ” (d’Hozier). Jean Mignault-dit-

Chatilion,
qui le premier traversa l’ocÃan pour s’Ãtablir en Canada, vers

1646, Ãtait
fils de Nicolas Mignault et de Madeleine de Brie, de Bagneux,

près
Paris. Souvent le Journal des yÃsuites fait mention de lui sous

le seul
nom de Chatillon. Il a menà longtemps la petite guerre contre les
Iroquois. A la fin ne s’amouracha-t-il pas d’une jeune

Sauvagesse, pen-
sionnaire chez les Ursulines de QuÃbec ; il alla même jusqu’Ã

fair^des
avances auprès d’elle pour l’Ãpouser. Heureusement que celle-ci

lui
prÃfÃra un Sauvage. Il se maria peu après, le 10 nov. 1748, avec
Louise Cloutier dans le manoir de Beaupurt, qui servait de

chapelle ;
son union fut liÃnite par l’abbà I^esueur {Aickives de Notre-Dame

de
QuÃbec). C’est son fils Jean-Aubin qui, vers 1676, est parti pour

l’Aca-
die, où à Beaubassin il est devenu le plus riche de l’endroit

après le
seigneur (Rameau, Une colonie fÃodale en AmÃrtijue\. Pendant

qu’il
Ãtait là , le major Church, de Boston, sorte de brûlot

Col’borne, vint en
1696 incendier sa ferme en même temps que tous les

Ãtablissements
acadiens de cette côte (^Archives de la marine, à Paris). Son

fils Pierre
est le père d’t tienne, qui vint à Saint-Denis. La famille n’a

plus de
membre dans la paroisse depuis 1891. Etienne est l’aïeul du curÃ
Mignault, de Chambly, par son fils Jean- Basile ; le bisaïeul de

Mère
Saint-Bernard, par son fils Jean-Basile et son petit fils Etienne

; le tri-
saïeul de la cantatrice Albani, par son fils Jean Basile, son

petit-fils

104 HISTOIKE DE

comprenant des prêtres, des religieuses, des notaires,
des mÃdecins, des chantres et le seigneur actuel de
l’endroit.

En même temps que les Acadiens prÃcÃdents,
arrivaient leurs frères les Bourque, Pierre et Claude.
Ils Ãtaient mariÃs le premier avec Anne Richard et le
second avec Marie Guilbault. Tous deux ont pris aussi
leurs concessions au quatrième rang. Pierre est l’an-
cêtre des Bourque actuels de la paroisse ; quant à la
descendance de Claude, il faut aller la chercher en
partie à Saint- Ours (1).

Joseph Brun, cÃlibataire de cinquante-quatre ans,
s’Ãchoua aussi à Saint-Denis dans l’automne de 1767 ;
mais il Ãtait si Ãpuisà qu’il ne s’y arrêtait que pour
mourir. C’est le 12 juillet suivant qu’il a rendu Ã
Dieu son âme encore plus malade que son corps ; il
appartenait à une ancienne famille de Port-Royal (2).

Mais voyez-vous s’avancer cette vieille personne de
quatre-vingt-trois ans, appuyÃe sur le bras d’un jeune
homme de vingt-deux ans ? C’est l’aïeule, conduite
par son petit-fils dans la voie de l’exil. Ils se nom-
ment Jean-Baptiste Brault et Marie HÃbert, veuve de
Renà Brault. Au lendemain de la tourmente, il ne
leur Ãtait plus restà d’autres parents. HÃlas ! la

Basile et son anièrepetite-fille MÃlina Mignault, mariÃe avec

Joseph
Lajeunesse, de Chambly ; le bisaïeul du seigneur Henri-Adolphe
Mignault, par son fils Jean-Basile et son petit- fils le notaire

Joseph.
RÃsumà d’une monographie manuscrite de la famille par Mère

Saint-
Bernard.

(i) — A Saint-Denis, il n’y a plus de cette famille que Joseph
Bourque. Ses ancêtres Ãtaient jadis si nombreux en Acadie qu’ils

y
formaient tout un clan, dont le principal noyau se trouvait dans

la PrÃe
des Bourg ou Bourque. Rameau, Une colonie fÃodale en Auic’rique,

I,
196.

(2) — Registre des baptêmes, mariages et sÃpultures de Saint-

Dents,
à la date du 12 juillet 176S.

Villîiire <lc Saint-Doiiis eu 1870.

Kii liMIO. (l’au-e 112).

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 105

cruautà du bourreau n’avait pas pins Ãpargnà les clie-
veux blancs que les larmes de l’enfance. Marie
HÃbert est dÃcÃdÃe le 30 octobre 1778 à l’âge de
quatre-vingt-quatorze ans (1). Quant à Jean-Bap-
tiste, il a Ãpousà Marie Laviolette ;\ Saint-Ours eîi
1771 et s’est Ãtabli dans la nouvelle petite Acadie du
quatrième rang de Saint-Denis. Sa descendance dans
la paroisse a disparu avec ses enfants.

Pierre et Marguerite Robichaud, cousins et Ãpoux,
ont Ãgalement fait partie de l’immigration de 1767 Ã
Saint-Denis, NÃs vers 1720 et mariÃs environ dix ans
avant la dispersion, ils furent du nombre de ceux qui
se sont acclimatÃs difficilement sur une plage Ãtran-
gère. Eux aussi finirent par se fixer sur une des ter-
res du quatrième rang. Leur postÃritÃ, dans la
paroisse, comme celle de Jean-Baptiste Brault, n’a \)Hti
dÃpassà la deuxième gÃnÃration.

Etienne Roy et Marie-Anne Doiron, compatriotes
des prÃcÃdents, Ãtaient respectivement âgÃs de vingt
et pe douze ans en 1755. A leur arrivÃe dans la
paroisse en 1767, ils Ãtaient de jeunes mariÃs, journa-
liers de leur profession. Plus tard ils ont pu s’acquÃ-
rir une terre à l’Amyot. Ce sont les ancêtres des Roy
actuels de Saint-Denis. Tous les autres Roy de la
località (2) ont Ãtà des Canadiens Ãtrangers k leur
famille.

Quant aux Gaudette, venus en grand nombre
dans la province de QuÃbec, ils se sont dispersÃs en y
mettant le pied. Entre autres, Joseph s’est Ãtabli h

(1) — Registres des baptêmes, mariages et sÃpultures de Saint-

Denis,
à cette date.

(2) — Il n’y a pas moins que 31 individus de ce nom de Koy, qui
soient venus faire souche en Canada (Tanguay, DJct. gc’n.) ;

Saint-
Denis a eu des descendants de 5 d’entre eux. L’aïeul du

protonutaire
Roy, de Saint-Hyacinthe, fut jadis de la paroisse.

106 HISTOIRE DE

Saint-Denis ; Charles et Claude ont prÃfÃrà Saint-
Antoine. Il n’y a que les deux derniers qui aient
aujourd’hui de la descendance dans la paroisse dyoni-
sienne, Joseph, nà en 172–} et marià avec Josephte
Sincennes, fut du groupe de 1767. Quant à Charles,
originaire de BeausÃjour, il est l’ancêtre d’Elie et de
Toussaint ; Claude l’est d’AmÃdÃe et de François.
Celui-ci cultive encore au troisième rang la terre qui,
le 11 juin 1788, Ãtait concÃdÃe à son ancêtre, fils de
Claude (1).

Pendant que sur l’invitation de M. de Contre-
cœur se formait la colonie acadienne de Saint-Denis,
Joseph Girouard dÃfrichait à Saint-Ours avec son frère
Pierre. Tous deux Ãtaient venus directement de leur
patrie à QuÃbec (2) et, après avoir combattu sous les
drapeaux de Montcalm et de LÃvis, avaient optà en
faveur de Saint-Ours. Ils y agrandissaient l’Ãclairci
sur leurs concessions, tandis que leurs familles atten-
daient à la ville que le nouveau gîte fût prêt. Cepen-
dant ils songeaient combien ils se trouveraient isolÃs Ã
cet endroit. Pourquoi n’iraient-ils pas plutôt, pensè-
rent-ils, se fixer au milieu des leurs dans la paroisse
voisine ? Pierre tint pour l’ancien chantier, mais
Joseph cÃda à la tentation. Il s’acheta la terre dÃjÃ
concÃdÃe près de l’intersection du quatrième rang avec
la route Yamaska et en fit dÃfinitivement sa ferme.

(1) — La famille Gaudette remoiUait au temps de Razilly en Aca-
die, c’est-Ã -dire qu’elle en Ãtait une des plus anciennes

(Rame.iu, Une
colonie fÃodale, I, 94). A Saint-Denis, elle a fourni plusieurs

religieuses
et 5 marguilliers. Elle y a aujourd’hui pour chefs : Ambroise, 2

AniÃ-
dÃe, François, Magloire, Toussaint, et Dames Jean-Baptiste,

Joseph et
Ambroise.

(2) — Ils avai nt probablement Ãtà transportÃs par mer. Dès
1755, dit Suite {Histoire des Canadiens-Françaù, VII, 94 et

95), ” de»
bâtiments envoyÃs a\i secours des Acadiens amenèrent un grand

nombre
de ces infortunÃs “.

SAINT-DEXIS-SUR-KICUELIEU 107

C’est là qu’il est mort de la petite vÃrole, A l’âge de
cinqutuite-six ans. Il Ãtait marià avec Aiiastasie
Leblanc et est l’aiicôtre de tous les Girouurd anciens
et prÃsents de Saint-Denis (1).

Jean-Marie Richard, trop jeina’ poui- être de la
prise de possession de 1767, vint nÃanmoins s’y adjoin-
dre à l’âge de vingt-un ans, en 1775. Nà un an seule-
ment avant la grande dispersion, il ne se rappelait pas
le pays perdu. Son përe (2) avait Ãtà alors saisi et
jetà sans pitià dans le port de Philadelphie, aux Etats-
Unis. Sa mère, de son côtÃ, après avoir mis en sûretÃ
ses objets les [>lus prÃcieux, s’Ãtait enfuie dans la forêt
avec ses enfants. Bientôt elle y put constater avec
peine, i)ar l’installation d’un usur[)ateur sur sa ferme,
que sou Ãloignement s’imposait et elle s’enrôla dans
une troupe de compatriotes eu i)artance pour la pro-
vince de QuÃbec. Tout le voyage s’effectua à pied, Ã
travers les bois et le long des grèves, dans les circons-
tances les plus pÃnibles. Ce qu’eurent à souffrir ces
infortunÃs, il est plus facile de le concevoir que de
l’exprimer. La pauvre Ãpouse, suivie de ses aînÃs et
son bÃbà dans les bras, se coucha souvent ÃpuisÃe sur
le bord du sentier à peine battu, sans avoir mangÃ.
NÃanmoins après avoir vu bien des victimes marquer
de leurs cadavres la route si longue et si difHcile, elle
entra à QuÃbec. En cette ville va se rÃpÃter la tou-
chante histoire d’Etienne Mignault. Pierre Richard,
rÃj)0ux ravi, Ãtait à peine dÃbarquà qu’il se tournait
Ãgalement du côtà de la capitale canadienne, où il se
rendit avec quelques compagnons comme lui à la

(1) — Cette famille, que l’on appelait autrefois Gir(nr, a

fourni Ã
Saint- Denis plusieurs religieuses et 3 marguilliers. Elle n’a

plus que-
Dames ZÃphirin et PhilÃas pour conserver son nom dans la

localitÃ.

(2) — Il se nommait Pierre, et son Ãpouse, Madeleine DoLiique.
C’est aux Mines qu’ils demeuraient tous deux lors de la

dispersion.

108 HISTOIRE DE

recherche de leurs familles. En arrivant aux portes
de la vieille citÃ, il se demandait plus que jamais ce
qui l’attendait, lorsqu’il aperçut près des fortifications
de petits enfants, prenant leurs Ãbats. En dÃpit de
leur maigreur, il les reconnaît pour les siens. Conte-
nant alors son Ãmotion, il s’approche d’eux, qui le
prennent pour un Ãtranger, et il leur demande des
nouvelles de leur père. ” Notre père, rÃpondent-ils,
nous n’en avons plus ; les mÃchants l’ont emportÃ
bien loin “, ” Et votre mère, où demeure-t-elle ? ”
” LÃ -bas “, disent-ils en dÃsignant du doigt une
humble masure du voisinage. L’instant d’après, les
dispersÃs de l’Acadie Ãtaient dans les bras l’un de
l’autre ; mais la joie n’eut guère de durÃe. La petite
vÃrole sÃvissait en cette annÃe au milieu de la misère
(1) et l’heureux père de la veille ne tarda pas à y
succomber. La veuve alla dans la suite achever d’Ãle-
ver sa famille à BÃcancour, où elle put reconstituer
son fojer en convolant en secondes noces avec un
nommà Prince. C’est de là que Jean-Marie vint Ã
Saint-Denis s’ouvrir une terre en haut du quatrième
rang. Des deux mariages successifs de celui-ci avec
Catherine Phaneuf et AngÃlique Chenette sont nÃs
dix enfants : Madeleine ; Charles ; Jean-Baptiste,
père de Victor et d’Etienne, celui-ci de Southbridge,
Mass., E.-U. ; Joseph ; Geneviève ; Pierre, aïeul du
RÃvÃrend Père Donat Richard ; Basile ; Jean-Marie,
premier maître-chantre de Saint-BarnabÃ-sur-Yamas-
ka ; Michel (2), aïeul du Dr Jean-Baptiste Richard, de

(1) —En 1758, à OuÃbec, plus de 400 Acadiens Ãtaient dÃjÃ
morts de la petite vÃrole, Ãcrit l’intendant Bigot. (Rameau, Une

colonie
fÃodale, II, 212.)

(2) — Michel, marià avec Josephte Larivière, est le père de

Jean-
Baptiste, qui le 7 mars 1859 Ãpousait CÃlina Laflamme, à Saint-

Denis.
Le Dr est le fils de ce dernier. Sa mère est la sœur du curà de
Farnham.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 109

Saint-Denis ; et Noël. Les trois derniers fils sont de
la seconde union. Leur père est mort au commence-
ment de ce siècle (1).

Outre les Acadiens Ãtablis à Saint-Denis, deux
autres familles de leurs compatriotes y ont eu aussi
plus tard de leurs descendances, ce sont celles de Bour-
dages en 1790 et de Thibodeau en 1802 (2).

(1) — La famille Kichaid, qui ne cc)ni|,tait que deux cliefs en

l8oi,
est aujourd’hui la quatrième en nombre à Saint- Denis. Ses

chefs
actuels sont : le Dr Jean-l>aptiste, David, Alfred, Pierre,

François-
Xavier, 2 Raphaël, Henri, 3 Josi-ph, 2 Misaël, Michel, Elie,

Toussaint,
et Dame MÃdÃric. Deux de ses membres ont Ãtà marguilliers : Jean-
Marie, en 1804, et Basile, en 1846. Elle a fourni un prêtre, un

mÃdecin
et plusieurs religieux et religieuses. En Acadie, ses ancêtres

Ãtaient
très nombreux, surtout dans les environs de Port Royal, où il y

avait le
Prà des Richard (Rameau, Une colonie fÃodale, I, 196).

(2) — A Saint-Denis, les Thibodeau, le père et ses fils, ont

ÃtÃ
marchands. Ils descendaient du fondateur de Chipody par son

petit-fils
Alexis, marià avec Marie Blanchard (Rameau, Une colonie fÃodale

eu
AmÃrique. I, 237 à 276 ; II. 214).

CHAPITRE XIII

Construction de la deuxième Ãglise. Son parachè-
vement et sa description. Sa fin. 1764-1796.

En coiistruisant la première chapelle de Saint-
Denis, on ne s’Ãtait nullement prÃoccupà de sa soli-
ditÃ. La pensÃe que l’on serait bientôt dans le besoin
d’avoir un temple moins petit avait prÃsidà à son Ãrec-
tion. Aussi douze ans plus tard fallait-il dÃjà parler
de la remplacer.

C’Ãtait en 1752, Alors venait malheureusement
de passer sur la paroisse, à la suite de la fondation de
Saint-Antoine, un souffle de mÃcontentement capable
de refroidir le plus beau zèle pourtant nÃcessaire à la
rÃussite d’une pareille entreprise.

Toutefois la rÃaction commençait à poindre dans
les esprits. On s’apercevait peu à peu que l’on avait
Ãtà jouà par le semeur d’ivraie de l’Evangile et l’on
revenait à de meilleurs sentiments. L’Ãvêque et le
missionnaire profitèrent de ces dispositions pour faire
voir aux paroissiens toute l’humiliation dans laquelle
ils devaient être de n’offrir point d’abri plus convena-
ble au Prisonnier des tabernacles.

Ils comprirent. Mais comme il n’y avait pas
encore de rÃsidence pour le pasteur dans la localitÃ, ils
dÃcidèrent de dÃbuter par elle pour continuer aussitôt
par la construction de l’Ãglise. Mgr Pontbriand, con-
naissant la pauvretà et aussi la foi peu ÃprouvÃe de cette
portion de son troupeau, proposa de bâtir prÃfÃra-

112 HISTOIRE DE

blement un presbytère-chapelle (1) et de se reposer
ensuite quelques annÃes. Cette maison deviendrait
simplement presbytère le jour où l’on ouvrirait au
culte un Ãdifice spÃcial. Le conseil Ãtait excellent.
S’il n’a pas Ãtà suivi, il ne faut s’en prendre qu’Ã
l’orgueil blessà des gens, qui ne voulaient pas, du
moins prÃsentement, se laisser surpasser par les gÃnÃ-
reux riverains d’en face. Bien qu’elle ne prÃsentât
guère de garantie à l’Ordinaire du diocèse, celui-ci
consentit à abandonner libre cours à cette ardeur (2).
Donc la maison du prêtre devait s’Ãriger d’abord, puis
ce serait le tour de celle du Seigneur.

La première partie du projet fut menÃe à bonne
tin. Mais quand on en vint à l’exÃcution de la
seconde, tous Ves courages Ãtaient ÃmoussÃs et les
plaintes couvrirent les exhortations. L’Ãvêquese mon-
tra accommodant et Dieu aussi. La pauvre chapelle
ne fut que rÃparÃe pour le moment, restaurÃe encore
en 1758 et utilisÃe jusqu’en 1767.

Les Dyonisiens d’alors manifestaient assurÃment
trop de parcimonie à l’Ãgard de Celui de qui l’on
reçoit tout.

En 1764, ils se remirent nÃanmoins à l’Å“uvre,
pour achever cette fois. Aussi n’Ãtait-il rÃellement
plus possible de retarder.

Dès les premiers mois de l’annÃe, les procÃdures
prÃliminaires auprès du pouvoir civil Ãtant closes, on
Ãlut comme syndics pour la construction : Pierre
VÃronneau, Pierre et Charles Maheux, celui-ci bailli
et fils du prÃcÃdent, Charles et François Saint-6er-

(1) — Lettre de Mgr Ponlbriand aux Dyonisiens, en date du 2

mars
1752. Archives de PcvÃckà de Saint- Hyacinthe.

(2) — Lettre de Mgr Pontbriand à Pierre Maheux, agissant au

nom
de la paroisse, en date du 8 juin 1752. Archives de Pcz’Ãchà de

S.-Ifyac.

SAINT-DENIS-SU R-RICllELIEU 113

main, Antoine Martin, Florentin Vigeant et Pierre
Allairo. Le premier (Fentre eux fut choisi comme
prÃsident et, peu aprî’S, ils faisaient dûment homolo-
guer (1) une rÃpartition payable en dix ans.

La pièce lÃgale prÃlevait sur chacun des contri-
buables des journÃes de travail, de la pierre, du bois,
du sable et de plus une somme de quatre mille pias-
tres. On avait rÃsolu de ne rien nÃgliger pour faire
oublier le passÃ. HÃlas ! la rÃalità n’a pas rÃpondu
aux brillantes espÃrances de ce commencement.

Le curÃ, qui avait jusque-là dirigà les opÃrations,
Ãtant devenu infirme, ne put guère se montrer sur le
chantier qui s’ouvrait. Incapable de remplir le saint
ministère le plus urgent (2), il se vit bientôt dans
l’obligation de dÃposer même les comptes de la
bâtisse entre les mains des syndics. Dans ces conjonc-
tures, les Ãlus de la paroisse s’engagèrent un secrÃ-
taire-trÃsorier et se fièrent entièrement à son honnê-
tetÃ. Malheureusement ils se trompèrent dans le
choix de leur homme. Celui-ci perçut tant bien que
mal la quote-part de chacun, ne paya personne, mit
dans les livres le plus parfait dÃsarroi et dans son
gousset tous les revenus. Quand l’entrepreneur deman-
dait de l’argent, il lui rÃpondait invariablement
qu’il n’y en avait pas au coffre, et force lui Ãtait
d’attendre. A la fin, les travaux Ãtant considÃrable-
ment avancÃs, l’ouvrier exigea autre chose que des
paroles et le scandale Ãclata (3). On peut soupçonner

(1) — Par Samuel Mathers, juge de paix de ia paroisse. ArcAitcs
Je r Ãglise Je Saint- Denis.

(2) — Même M. de ContrecÅ“ur Ãcrit de MontrÃal à Mgr Hriand,

le
24 dÃc. 1766, que ” M. Frichet…. est hors d’Ãtat de pouvoir

dire la
messe à cause de ses infirmitÃs “. Archives Je Pc’vÃchà Je S.-

Hyacinthe.

(3) — Recjuête des paroissiens à Mgr Briand, en fÃvrier 1767.
. \irhivcs Ji’ VÃvÃchà Jj: S.-lIyac.

114 HISTOIRE DE

si la sensation fut pÃnible. Au sortir des misères de
la guerre, on s’Ãtait imposà de lourds sacrifices pour
Ãlever à Dieu une demeure digne de sa Majestà et
voilà qu’après en avoir supportà dÃjà une large part
on ne se voyait pas plus proche du but. NÃan-
moins nul ne songea à reculer.

L’Ãvêque, ayant Ãtà informà de ce malaise, nomma
aussitôt le curà de Saint-Antoine, M. Gervaise, pour
remplacer M. Frichet eu cette dÃlicate aiFaire. C’Ãtait
le 11 mars 1767 (1). Ce prêtre avait eu auparavant
ses dÃboires à Saint-Denis. Il prÃvoyait bien de quelle
monnaie son dÃvouement serait encore payÃ. Tout de
même il accepta de rendre le service demandÃ.

Ce à quoi il eut d’abord à s’appliquer, ce fut de
rÃgulariser les comptes. Il fit rentrer les arrÃrages,
restituer autant que possible le peu scrupuleux trÃso-
rier et commença à solder les dettes.

Les travaux se continuèrent ensuite avec ordre
jusqu’à leur parachèvement temporaire et, le 9 octobre
1767, jour de la fête patronale, le temple Ãtait enfin
solennellement bÃnit.

La nouvelle Ãglise, toute en pierre des champs,,
offrait une belle apparence. A Mgr Pontbriand reve-
nait l’honneur d’en avoir tracà les grandes lignes, dès
1752, lors du premier projet. Seulement ne croyant
pas, à cette Ãpoque, les intÃressÃs suffisamm.ent
riches pour terminer aussitôt même l’extÃrieur de
l’Ãdifice tel qu’il devait l’être un jour, il ne leur pro-
posait qu’une demi-longueur sur quarante pieds de
largeur en dedans. Il serait allongà plus tard et Ãlargi
d’un transept ” dans le goût des Ãglises des Pères
RÃcollets (2) “.

(1) — Archives de rÃvêchà de Saint- Hyacinthe.

(2) — Lettre de Mgr Pontbriand à Pierre Maheux, en date du 8
juin 1752, Archives de VÃvêchc de Saint- Hyacinthe.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 115

Mais depuis ce temps douze ans s’Ãtaient Ãcou-
lÃs ; si l’on n’Ãtait guère plus dans l’aisancej au moins
on Ãtait plus nombreux à supporter le fardeau et on
se dÃtermina à bâtir sans dÃlai le vaisseau du temple
dans son plan complet. C’est ce qui Ãtait exÃcutà Ã
l’automne de 1767.

La construction prÃsentait sur sa base la forme
d’une jolie croix latine ; un clocher ÃlÃgant h, son
frontispice achevait d’en faire ressortir la beautà dii
coup-d’Å“il.

Inutile de dire si les paroissiens Ãtaient satisfaits
d’eux-mêmes en contemplant ce monument digne
de leur dÃvotion “. C’est l’expression qu’ils emploient
lorsqu’ils veulent faire comprendre à l’Ãvêque ce qu’ils
ont accompli avec gÃnÃrosità ” à la sueur de leur pro-
pre corps, aux dÃpens de leurs revenus et même de
leur nÃcessaire ” (1).

Mais il est regrettable que l’on n’ait pas pourvu
d’assises solides une construction si dispendieuse.
Pour des murs de trois pieds d’Ãpaisseur, il eût fallu
de profondes et larges fondations composÃes de matÃ-
riaux fortement liÃs entre eux. Cependant voici ce
que l’entrepreneur n’a pas craint d’exÃcuter : il a
creusà un fossà de dimensions relativement Ãtroites ;
dans ces fouilles il a renversà des pierres brutes arro-
sÃes seulement de la terre des excavations en guise de
ciment,et c’est là -dessus qu’il a ensuite montà toute sa
lourde maçonnerie (2).

(1) — Requête des Dyonisiens à Mgr Briand, en date du 13 juin
I 768. Aichtves de rÃvcchà de Saint- Ilytxcinth’e.

(2) — Le 4 oct. 1791, le curà Cherrier Ãcrit à Mgr Hubert : ”

Un. .

objet m’affecte, c’est le rÃtablissement de mon Ãglise , il faut

une

couverture neuve en entier, un clocher, une sacristie, relier le

cintre des
croisÃes tant dans la taille que dans la maçonnerie.. . Les

fondations. ..
ne valent rien, parce qu’elles ont Ãtà faites en renversant la

pierre brute

116 HISTOIRE DE

Les autres conditions du contrat Ãtaient bien
remplies, mais l’ensemble du travail n’en Ãtait pas
moins dÃfectueux, puisqu’il Ãtait privà des appuis qui
devaient le consolider.

Si, après avoir considÃrà les dehors du temple, on
en franchissait le seuil, on se trouvait en prÃsence
d’un monument simplement ÃbauchÃ. Des planchers,
des bancs au nombre de quatre-vingt-huit (1), trois
autels qu’il faudra bientôt remplacer (2), et. . . c’Ãtait
à peu près tout. Il y avait une sacristie, mais aussi
dÃnuÃe que le reste. Pendant les treize annÃes sui-
vantes, le couronnement de l’Å“uvre sera la prÃoccupa-
tion du pasteur (3).

Dès le printemps de 1768, on dota le sanctuaire
d’une balustrade aussi originale que coûteuse. Le
capitaine Pierre Maheux lui a gÃnÃreusement consa-
crà la forte somme de cent-soixante-quinze piastres.

à pleins tombereaux clans les fouilles el en l’arrosant avec la

terre du
fossÃ, j’en suis sûr, et tous ceux qui le veulent voir le seront

aussi “.
Archives Je rÃfêchà de Saint- Hyacinthe .

(1) — La première vente de ces bancs s’est effectuÃe Ã

Tenchère Ã
la fin de 1768 ; elle a rapportà le montant de $533, soit une

moyenne
d’environ $6 par adjudication. Il fut dÃcidà qu’ensuite chaque

propriÃ-
taire pour garder son banc n’aurait à payer annuellement que 60

sous.
Les enfants hÃritiers des propriÃtaires, à la première

gÃnÃration seule-
ment, pouvaient conserver le banc de leur père aux mêmes

conditions en
payant $2 de mutation. Mais du moment que le banc sortait de la
famille, il Ãtait remis à l’enchère pour Ãtablir un nouveau

propriÃtaire
avec les privilèges ci-dessus. Ce règlemtnt a Ãtà passà le 26

juin
176S et approuvà par l’Ãvêque, le 30 suivant ; il a Ãtà maintenu

tout le
temps de la deuxième Ãglise, de 1767 à 1796. La fabrique

reprenait
tout banc non payà le ou avant le 15 fÃvrier de l’annÃe

expirante.
Archives de Vcgiise de S. -Denis,

(2) — L’inventaire du 4 mars 1770 dit qu’il y a dans l’Ãglise
” trois autels en pierre, mais à dÃmolir parce qu’ils sont

informes et mal
placÃs “. Archives de rÃvÃchà de H. -Hyacinthe.

(3) — De 1771 à 1780, l’Ãglise a reçu en divers dons la somme

de
$170. Archives de P Ãglise de S.- Denis.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 117

Cette balustrade Ãtait entièrement confectionnÃe de
fer, mais de quel fer ! des ” cercles de tonnes “, nous
dit un inventaire de l’Ãpoque. Ce ne pouvait être ni
stable, ni ÃlÃgant. Elle Ãtait recourbÃe en rentrant
dans le chÅ“ur ; de cinq pieds en cinq pieds, l’ornait
une pomme de même mÃtal (1). On n’avait donc
pas la main heureuse pour le premier coup de pin-
ceau depuis le dÃpart de l’entrepreneur.

Ensuite on ajouta une chaire portative en beau
bois de pin comme d’ailleurs l’Ãtaient dÃjà tous les
bancs (2). Puis la pierre et les poutres disparurent
80US un bon crÃpi et une jolie voûte de mortier blan-
chi à la chaux. Un magnifique maître-autel bombÃ,
vÃritable morceau d’art, fut sculptà à MontrÃal,
dorà par les SÅ“urs de l’Hôpital-GÃnÃral de QuÃ-
bec et posà en 1773 (3). Le jubà fut terminÃ, l’an-
nÃe suivante (4), pour être uniquement rÃservà aux
religieuses de la CongrÃgation, que l’on attendait,

(i) — Marchà du 3 aov. 1767 avec Jos, Girard, forgeron, qui
s’engage à ‘* faire et placer une balustrade en fer, soit en fer

à cheval ou
droite. . .., qui sera garnie d’anneaux ou agraffes pour soutenir

la nappe
de communion…. et de pommes en fer de cinq pieds en cinq pieds


Archives de r Ãglise de S. -Denis. L’inventaire du 4 mars 1770

dit qu’il
y a dans l’Ãglise ” une balustrade en fer dont l’ouvrage est fait

avec des
cercles de tonnes et de barriques, qui rentrent en fer à cheval

dans le
sanctuaire, le tout en fer et qu’on dit avoir coûtà 1050 chelins

” Archi-
ves d£ l’cvÃehc de S.-Hyac..

(2) — Inventaire du 4 mais 177a

(3) — Voici en rÃsumà ce que nous lisons dans les registres des
comptes au sujet de ce maître-autel, chapitre des dÃpenses : en

1772,
autel bombÃ, sculptÃ, grand tabernacle, chandelier pascal, <S^,

— $262 ;
or pour doier ces pièces, — $120 ; transport de ces pièces

(formant ]nès
de 5 tonneaux) de MontrÃal à OuÃbec et de QuÃbec ici, et petites
dÃpenses y relatives, — $20 ; en 1773, parfait paiement de ces

pièces,
— $101 ; fournitures et dorures de ces pièces à l’Hôpital-

GÃnÃral, —
$ 100. Archives de l’Ãg/ise de Saint- Denis.

(4) — L’inventaire de 1770 dit qu’il y a ” un jubà à faire et

dont
il n’y a que les poutres “.

118 HISTOIRE DE

ainsi qu’à leurs Ãlèves. Les petits autels des chapel-
les latÃrales avaient Ãtà refaits et dÃdiÃs de nouveau,
l’un à l’Enfant-JÃsus et l’autre à sainte Anne. Enfin
des stalles, des tableaux, quatre lustres en bois et le
symbolique vaisseau de saint Pierre suspendu au-des-
sus de la nef (1) complÃtaient vers 1780 ce à quoi
l’on n’avait cessà de se dÃvouer depuis 1764.

Pendant ce temps-là , la population de la paroisse
avait augmentà et continuait à s’accroître même plus
rapidement qu’on ne l’avait prÃvu. La vaste Ãglise
de 1767 est ainsi devenue trop petite dès 1788. Si
bien qu’il fallut alors songer à l’agrandir. Mais exÃ-
cuter cette amÃlioration, c’Ãtait s’im^ioser de lourdes
dÃpenses pour tomber dans l’obligation de recommen-
cer bientôt, puisque l’Ãdifice manquait de bases. D’un
autre côtÃ, il rÃpugnait de raser ce que l’on venait de
finir à tant de frais. Il y eut plus qu’un mom.ent
d’hÃsitation. La masse des paroissiens cependant
opinait plutôt en faveur d’une simple addition. A peu
près seul, le curÃ, M. Cherrier, qui possÃdait des con-
naissances en la matière, ne partageait pas cet avis.
Pour lui, il n’y avait pas l’ombre d’un doute, il fallait
tout reprendre de fond en comble sur de plus amples
proportions. Mais comment tourner les esprits de
son côtà ?

Un samedi, pour se rendre compte [)ar lui-même
de la vÃrità de ce qu’on lui affirmait, il dÃcouvre un

(i) — L’inventaire du 4 mars 1770 dit qu’il y a dans l’Ãglise ”

un
petitCvaisseau suspendu à la voûte “. ” Ces petits navires, dit

l’abbÃ
Chs Trudelle (dans le Bulletin des reeherches historiques, de

LÃvis, II,
59), …. avaient …. une signification mystique et

reprÃsentaient la bar-
que de saint Pierre, ou le vaisseau de l’Eglise, de même que le

coq du
clocher qu’on appelait le coq gaulois, rappelait le coq, dont le

chant
prÃcÃda la chute de saint Pierre et Ãtait aussi la tlgure

emblÃmatique de
la vigilance du pasteur “.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 119

<X)in des fondations et les laisse exposÃes aux i-cgards
pour le lendemain. IjC mÃchant travail Ãtait trop
«Wident, il se rÃservait de le montrer aux intÃressÃs
ponr qu’ils pussent se prononcer ensuite eux-mêmes
avec meilleure connaissance de cause. Or, le diman-
ehe après la messe, sur invitation, un grand nombre
se transportent sur les lieux et constatent jusqu’Ã
quel point il serait ridicule en eiFet d’investir un capital
pins considÃrable sur «ne bâtisse qui ne tarderait pas Ã
crouler (1).

La majorità pensa dorÃnavaiit comme le curÃ.
Dès 1791, on procÃda aux premières dÃmarches pour
îa reconstruction et, cinq ans plus tard, la substitution
Ãtait opÃrÃe. La belle et coûteuse deuxième Ãglise
n’avait durà que vingt-neuf ans, deux ans seulement.
de plus que la pauvre petite cha[»elle des dÃbuts.

Cr

c^^

(1) — Le 4 oci. Ï791, le curà Clienier Ãciit à Myr Hubert :

“^^ je
tîs, il y a environ 15 jours, dÃchausser une partie ciu long-pan

pour cons
tater mes dt)utes et ceux des bal>itants qui i^Ãpugnaient à de

si grandes
rÃparations, avant cet examen, E« consÃquence, l’e dimanche 25

sep-
tembre, les habitants, convoquÃs au prône, se sont assemblÃs

après la
messe, et après avoir visità l’endroit des fondations dÃcouvert,

sur 88
propriÃtaires…. prÃsents pour donner leurs noms iJiibliquement

avec
îeur sentiment, 74 ont opinà qu’il fallait refaire l’Ãglise Ã

neuf, et 14
seulement ont voulu qu’on rÃparât la vieille…., sans aucune

augmen-
tatioji “, Arcbiies di rÃvèckc lU S-.-IIja<-hithe<.

AU VILLAGE DE S.-DENIS (p. 94).

Hôtel Dragon. liaiKjue (Xnlaire Arcli.iiiihaiilt ).

RÃsidence du Dr Richard.
Bureau de poste (Notaire Dauray). Rcsidence d’Orner Iluard.

CHAPITRE XIV

Dernières annÃes du curà Frichet. Les progrès

accomplis sous son règne.

Sa retraite et sa mort.

1764-1774.

Dès avant de commencer la construction de son
Ãglise, le curà Frichet avait ressenti les premières
atteintes de ses infirmitÃs. Cependant il ne croyait
pas qu’elles le retiendraient si tôt à sa chambre, car il
ne se serait jamais jetà dans une entreprise aussi lon-
gue que celle de la rÃÃdification d’un temple. Il
ajouta de la sorte à ses souffrances la peine de n’être pas
sur son chantier, lorsqu’il y savait sa prÃsence si nÃces-
saire pour la conduite et la surveillance des travaux.

Quant à son ministère qui lui-même ne tarda pas
à subir les consÃquences de sa mauvaise santÃ, il eut
d’abord le secours empressà de ses confrères voisins, les
abbÃs Gervaise et Lataille (1), de Saint-Antoine et de
Saint-Charles. Ceux-ci se multiplièrent pour le supplÃer
de leur mieux, mais cet Ãtat de choses ne pouvait se pro-
longer longtemps sans gêne. Ces curÃs charitables
avaient chez eux leurs occupations ; Ãtant seuls, ils
n’Ãtaient pas libres surtout de quitter leurs paroisses,
le dimanche. Il est vrai que le pauvre pasteur, en se
voyant arrêtÃ, avait aussitôt demandà une assistance
rÃgulière à son Ãvêque, mais à cette Ãpoque il Ãtait
encore moins facile qu’aujourd’hui d’obtenir des vicai-

(i) — L’abbà Lataille Ãtait le confièic d’ordination de l’abbÃ

Fri-
chet. Tanj^uay, RÃpertoire gcn. du clergà canadien, ii8.

122 HISTOIRE DE

re?. Il y avait une si grande pÃnurie de prêtres, et
tant de cures sans titulaires ! C’est ce qui obligeait les
desservants malades ou surchargÃs à rester quand
même sous le poids entier de leur fardeau.

Toutefois Mgr Briand avait les yeux tournÃs du
côtà du cher invalide. Lorsqu’enfin, au mois d’août
1766, il lui fut permis de disposer du RÃcollet Claude
Clichà — de son nom de religion Frère Didace, — il
l’envoya sans retard à Saint-Denis. Le curà ne put
malheureusement garder plus qu’un mois (1) cet auxi-
liaire, qui, à l’expiration de ce court laps de temps,
recevait dÃjà son obÃdience pour un autre poste.

L’abbà Frichet se traîna et espÃra encore près de
deux ans, mais c’Ãtait là l’extrême limite. Aller plus
loin, c’eût Ãtà contre les intÃrêts de tous et il ne fut
pas le dernier à le comprendre. Il en Ãcrivit à l’Ãvê-
que lui exposant en même temps son embarras pour
l’avenir. Entrà pauvre dans le ministère, il en sortait
pauvre ; il ne lui restait pas où reposer sa tête en
sortant de son presbytère. L’Ordinaire du diocèse,
connaissant ses Ãtats de service dans l’Eglise, ne
l’abandonna pas dans cette circonstance.

Votre cure, lui rÃpondit-il en substance, rapporte
de six à sept cents piastres annuelles de dîme ; les
deux tiers de ce montant appartiendront au curà de
Saint- Antoine, qui aura la charge entière de votre
paroisse, et l’autre tiers vous sera remis par lui ; en
plus, ajoutait-il, le titre de curà vous restera jusqu’Ã
la mort. Cet arrangement alla on ne peut mieux Ã
l’ouvrier infirme, qui avait même la permission de
demeurer dans son presbytère, s’il le dÃsirait.

(i) — Le Père Clichà est demeurà à Saint-Denis du 24 août

1766
au 24 septembre suivant. J\egistres des baptêmes, mariages et

sÃpultures
de Saint-Denis.

SAINT-DENIS-SU R-HICHELI EU 123

En dÃpit de ces droits qu’on lui rÃservait, l’abbÃ
Frichet sentait tout de même Saint-Denis lui Ãchap-
per, mais il pouvait alors s’en sÃparer sans remords,
car il y avait contribuà la pleine mesure de ses forces
et la paroisse avait progressà sous le règne de son pre-
mier curÃ. La primitive chapelle avait cÃdà la place
à une Ãglise magnifique, du moins à l’extÃrieur. Les
dÃfrichements s’Ãtaient poursuivis avec succès et la
population avait plus que doublà ; de quelques centai-
nes d’âmes elle s’Ãtait portÃe à près de huit cents.

Pour encourager le travail du dÃboisement, il
avait lui-même obtenu sa concession à l’Amyot et y
faisait abattre les arbres et semer. Si sa santà n’eût
entravà son esprit d’entreprise, on l’aurait vu mêlÃ
activement à toutes les Å“uvres d’intÃrêt public de la
localitÃ.

C’est de son temps que le notaire s’est joint au
mÃdecin de la paroisse pour en rendre le personnel
complet.

Et au cours des malheurs de la guerre de Cession,
lie l’a-t on pas admirà dans son zèle à bÃnir et à con-
soler ses ouailles tant ÃprouvÃes ?

Si enfin il eût Ãtà encore debout lors des dernières
contradictions, elles n’auraient pas existÃ.

C’est le 29 juillet 1768 que l’Ãvêque signa l’arran-
gement proposà au curà malade de Saint-Denis (1).
Avec deux cm trois cents piastres seulement de revenus
par annÃe, M. Frichet ne pouvait songer à tenir mai-
son longtemps, quoique le libre usage de son presby-
tère lui fût laissÃ.

Il lui en coûtait bien un peu de quitter la paroisse
où il avait gÃnÃreusement dÃpensà ses quatorze der-
nières annÃes de labeur, mais la nÃcessità le forçait

( I ) — Archives de rÃvÃchà de Saint-IIyucinlhc.

124 HISTOIRE DE

d’aller chercher ailleurs un refuge que Saint-Denis ne
lui offrait plus.

Obligà de partir, il se sentit attirà vers QuÃbec de
prÃfÃrence à toute autre place. Là , il avait grandi,
Ãtudià et reçu les ordres, là demeuraient son Ãvêque
et un nombreux clergÃ. Il ne fallait pas tant d’attraits
pour l’entraîner de ce côtÃ. C’est à la fin de l’Ãtà que,
jetant un dernier regard sur Saint-Denis, il s’en Ãloigna
pour n’y plus revenir.

A QuÃbec, les religieuses de l’Hôpital-GÃnÃral,
sur sa demande, lui avaient prÃparà une bonne cham-
bre. C’est dans cette institution de charità qu’il
acheva son existence, partageant entre la souffrance et
la prière les six annÃes qui le sÃparaient du jour de sa
rÃcompense.

Ce terme arriva pour lui le 17 août 1774 (1). Il
n’Ãtait encore âgà à cette date que de cinquante-huit
ans, dont trente-un passÃs dans le sacerdoce.

Dès le lendemain, il Ãtait inhumà fort simplement
sous le chÅ“ur de la chapelle de l’hôpital, avec chant
seulement d’un libÃra; le chanoine Rigauville officiait
et cinq prêtres, ainsi que trois clercs, y assistaient
entre autres. Les prêtres Ãtaient: MM. Augustin
Hubert, desservant de Saint-Joseph-de-LÃvis ; P.-S.
Renaud, curà de Beau port, que le père de la reine
Victoria aurait voulu dans la suite voir Ãvêque de
QuÃbec ; F. -X. Noiseux, vicaire à Saint-Pierre-d’Or-
lÃans, plus tard curà et grand-vicaire des Trois-
Rivières ; C.-F. Bailly, alors missionnaire en Acadie et
futur Ãvêque; et le Père P.-L. Dujaunay, jÃsuite et
curà de la Pointe-aux-Trembles, près QuÃbec. Les
sÃminaristes Ãtaient : MM. A. Binet, sous-diacre, C.-F.

(I) — Les Annales de l’Hôpital-GÃnÃral de QuÃbec disent qu’il
mourut en cette maison “dans les appartements du clergÔ.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEIJ 125

Perrault et N.-B. Mailloux, acolytes, qui tous trois
sont devenus prêtres (1).

Le service solennel n’ayant pu être cÃlÃbrà le jour
même de la sÃpulture, il le fut le 19 suivant (2).

Dans la cure dyonisienne, dont il Ãtait encore le
titulaire à sa mort (3), M. Clierrier, son successeur,
lui chanta un second service ; chacun se rappela de
nouveau ce que le dÃfunt avait opÃrà de bien dans la
paroisse, puis pour lui comme pour les autres le silence
se fit peu à peu autour de sa tombe (4).

(^\§)(5\^

( I ) — Tanguay, RÃpertoire gcn. du clergà canadien.

(2) — Voici la première partie de l’extrait mortuaire de

l’abbà Fri-
chet : ” L’an mil sept cent soixante et quatorze, a Ãtà inhumÃ

dans l’Ãglise
de cet hôpital par nous soussignÃ, prêtre chanoine de QuÃbec,

de prÃsent
curà du lieu, le corps de Messire Jean-Baptiste Frichet, prêtre

curà de
Saint-Denis (son service solennel diffÃrà à demain), dÃcÃdÃ

hier, âgà de
57 ans ou environ, dont 32 de prêtrise, après s’être confessÃ

et avoir reçu
le sacrement d’extrÃme-onction. . . . ” Registres des baptêmes,

mariages
et sÃpultures de l^ Hôpital-GÃnÃral de QuÃbec, à la date du 18

août 1774.

(3) — Annales de l’IIôpital-GÃnÃral de QuÃbec et Registres des
baptêmes, mariages et sÃpultures de la même institution.

(4) — Le collège de Saint-Denis conserve la partie d’Ãtà de

son brÃ-
viaire. En tête, il a lui-même inscrit son nom avec le

millÃsime 1742.
Le premier propriÃtaire connu de ce livre, imprimà en 1706, a ÃtÃ

l’abbÃ
J.-B.-F. Grenet, ordonnà en 1726 et dÃcÃdà curà de Montmagny en 1

740.

CHAPITRE XV

Retour de l’abbà Gervaise comme missionnaire.

Ses derniers travaux à Saint-Denis. Son Ãloge

et sa fin. 1767-1769.

L’Ãvêque n’avait pas attendu sa dÃcision dÃfini-
tive du 29 juillet 1768 (1) pour supplÃer son prêtre
malade dans la paroisse de Saint-Denis. Dès le 11
mars 1767, il l’avait officiellement dÃchargà sur M.
Gervaise de toute l’administration financière ; puis le
13 juin de l’annÃe suivante, il en avait fait autant ver-
balement pour la partie spirituelle. A la fin, il ne
pouvait que confirmer et complÃter ce qui avait ÃtÃ
rÃglà auparavant.

Par cet arrangement, c’est l’Ãtat de choses d’au-
trefois qui reparaissait dans la località ; mais il ne
revenait sûrement pour le plaisir ni des uns ni des
autres. Aussi l’autorità ne l’imposa-t-elle qu’à regret.
Les sentiments de tous Ãtaient suffisamment connus
sur ce point ; ceux des paroissiens surtout avaient
vivement Ãclatà dans les derniers temps de la desserte
de leur Ãglise par voie de mission.

Mgr Briand, pour rendre plus acceptable à ses

(I) — Mgr Briand Ãcrit alors entre autres choses à l’abbÃ

Gervaise :
•’ Nous avons rÃsolu de vous charger de la desserte de la dite

paroisse
(de Saint-Denis), afin que vous puissiez mettre l’ordre dans les

affaires
de cette Ãglise, qui ont Ãtà un peu nÃgligÃes depuis l’infirmitÃ

du dit Sr
curà (Frichet). . . ., c’est pourquoi nous vous donnons de ce

jour la des-
serte de cette paroisse avec le droit exclusif d’y faire les

fonctions
curiales.. ; nous vous permettons de biner tous les dimanches et

fêtes “.
Archives de Pcvcchà de Saint-Hyacinthe,

128 HISTOIRE DE

diocÃsains ce qui les avait jadis tant irritÃs, leur pro-
mettait que ce rÃgime ne durerait guère plus qu’un
an. On se soumit ainsi d’assez bonne grâce.

Dès ce jour on })erdit la rÃsidence du prêtre. Ses
services Ãtaient-ils requis, il fallait l’aller chercher de
l’autre côtà de la rivière. Quels ennuis ! Comme on
remarquait bien plus alors les avantages dont on avait
joui prÃcÃdemment !

Le dimanche, une messe basse cÃlÃbrÃe à une
heure matinale, et c’Ãtait tout. Jamais de grand’
messe, ni de sermon, ni de vêpres. En semaine, M.
Gervaise ne traversait que si quelque malade ou
quelque sÃpulture nÃcessitait sa prÃsence sur les lieux.
Pour les baptêmes, et le plus souvent pour les maria-
ges, on Ãtait obligà de traverser à Saint-Antoine (1).

Le notaire Jehanne, Ãcrivant à l’Ãvêque, appelle
cette desserte un ” dÃservice ” et il lui parle des
” promptes et brièves comparutions du pasteur ” (2).

En vÃritÃ, il ne fallait pas être exigeant pour se
contenter de si peu, quand on voyait de l’autre côtÃ
un service si complet. Après tout, on le comprenait,
le curà se devait à ses paroissiens d’abord ; ce n’est que
le surplus qu’il distribuait aux autres. Pendant ce
temps-là , on s’exerçait à la patience dans l’espoir que

(1) . — â–  Dans une requête des paroissiens de Saint-Denis Ã

l’Ãvêque,
en date du 9 sept. 1769, pour obtenir un curÃ, on trouve ÃnumÃrÃs

par
eux les inconvÃnients du rÃgime dont ils souffrent, ce sont : la

privation
‘« d’une partie du service divin, dimanche et fête ; les

difficultÃs d’appro-
cher du tribunal de la pÃnitence, par la rivière “qu’il faut

traverser ; le
risque que courent les enfants nouveau-nÃs, Ãtant obligÃs de

passer la
dite rivière ; le dÃfaut de voiture pour passer l’eau, qui

occasionne la perte
du service ; le refroidissement et le peu d’empressement qu’une

perpÃ-
tuelle basse messe cause à partie de ceux qui sont ÃloignÃs de

l’Ãglise ;
l’amour de la parole divine…., dont ils sont privÃs

totalement”.
Archives de PÃzÃchc’ de Sià nt- Hyacinthe.

(2) — Lettre privÃe accompagnant la requête du 9 sept. 1769.
Archives de PÃvcchà de Saint- Hyacinthe.

SAINT-DEXIS-SUR-RICHELIED 129

cet abandon temporaire tirait à sa fin, lorsqii’arrivala
nouvelle q^u’il pourrait bien être prolongÃ. Comme
cette rumeur prenait de la consistance, on demanda
des informations. HÃlas î elle n’Ãtait que trop fondÃe.
” J’eusse Ãtà cbarraà de cet arrangement “, dÃclara
plus tard l’Ãvêque (1). Mais les Dyonisiens firent tant
par leurs dÃmarches qu’ils dÃtournèrent le coup dont
ils Ãtaient menacÃs.

Ils auraient bien dÃsirà avoir pour pasteur l’ancien
curà de ContrecÅ“ur, l’abbà François Petit, alors à la
tête de la paroisse de Sainte-Rose-de-Laval. Celui-ci
Ãtait même venu les voir dans le cours de l’Ãtà prÃcè-
dent en prÃvision de la possibilità d’une nomination
prochaine à ce poste, mais il Ãtait parti sans l’avoir
trouvà digne de ses ambitions, surtout à cause du
tiers, qui restait toujours à payer sur la dîme, et cela
tant que vivrait l’abbà Frichet. Il paraît que ce der-
nier, dans le moment, semblait devoir vivre encore
de longues annÃes (2), en dÃpit de ses graves infirmi-
tÃs. Dans tous les cas le visiteur dÃclina l’honneur
d’être demandà à l’Ãvêque par les Dyonisiens pour
leur futur curÃ. Nonobstant sa rÃponse nÃgative, on
exprima à Mgr Briand la satisfaction qu’on Ãprouve-
rait à le recevoir comme tel ; mais ce fut en pure perte.
M. Petit venait d’être transfÃrà à la cure de Repen-
tigny (3).

(1) — Lettre de Mgr Briand à l’abbà Gervaise, en date du 15

sept.
1769. Archives de VÃvcchà de Saint- Hyacinthe.

(2) — Lettre de l’abbà Petit au notaire Jehanne, en date du 7

sept.
1 769. Archiz’es de rÃvÃchà de Saitit- Hyacinthe.

(3) — ” La paroisse, Ãcrit Jehanne (dans sa lettre à Mgr

Briand eu
date du 9 sept. 1769), a ressenti une joie extrême, lors de la

visite que
M. Petit, cnrà de Sainte-Rose, a faite à son Ãglise dans

l’espoir d’en
être le guide “. Et plus loin en parlant des paroissiens : ” ils

pren-
draient la liberlà de dire à votre Grandeur que M. Petit.. .. ne

refuse-
rait pas cette cure, si votre Grandeur l’avait pour agrÃable et

leur vou-

130 HISTOIRE DE

Toutefois la volontà de Dieu s’accomplissait mal-
grà eux et, comme toujours, ce fut au bÃnÃfice des
intÃressÃs. Celui que la Providence leur destinait
Ãtait l’abbà Oherrier, un nouvel ordonnÃ, qu’ils ne
connaissaient pas, mais qui allait être vÃritablement
l’homme de Saint-Denis.

M. Gervaise, en cÃdant la place à ce prêtre au
commencement de novembre 1769, se replia avec joie
sur sa paroisse de Saint-Antoine.

Saint-Denis ne lui avait pas donnà plus de conso-
lations durant sa dernière desserte qu’il n’en
avait reçues pendant sa première administration.
On l’estimait dans la paroisse, on reconnaissait
volontiers son zèle et ses talents, mais il Ãtait restà Ã
son Ãgard dans les esprits une certaine antipathie à la
suite de son refus de se fixer à Saint-Denis, lors de son
dÃmÃnagement à Saint-Antoine. Ce sentiment fut la
cause que le zÃlà missionnaire ne put jamais rendre aux
Dyonisiens les services dont il Ãtait d’ailleurs capable.

Outre la paroisse voisine de l’est, M. Gervaise
se vit confier la desserte de Contrecœur à deux
reprises, de 1765 à 1766 et de 1772 à 1775 (1). Son
Ãvêque n’ignorait pas le dÃvouement de ce prêtre et y
recourait frÃquemment. Heureuse l’Ãglise de Saint-
Antoine, qui l’eut pour fondateur et ensuite pour
pasteur, les trente-cinq premières annÃes de son exis-
tence !

Cet ecclÃsiastique Ãtait actif et d’une belle piÃtÃ.

lait accorder un si digne pasteur “. Cependant l’abbà Petit avait

mani-
festà par lettre en date du 7 prÃcÃdent ne pas dÃsirer devenir

curà de
Saint-Denis. Le 15 suivant, l’Ãvêque Ãcrit à l’abbà Gervaise

qu’il a
nommà M. Petit au poste de Repentigny. Archives de rÃvèchà de

Saint-
Hyaiinthc.

(I) — Bernard, dans le Bulletin des recherches historiques, de

LÃ vis,
IV., 193.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 131

Il ne faut pas le juger par le seul travail qu’il a
aceorapli à Saint-Denis ; il n’y fut que de passage
et, d’ailleurs, quelles Å“uvres Ãdifier avec une popu-
lation dont il n’avait pas l’affection ?

A Saint-Antoine, il a exercà son influence dans
toute son Ãtendue. Aussi voyons le magnifique esprit
chrÃtien qui a gÃnÃralement animà ce petit peuple
jusqu’à notre Ãpoque ; il date des commencements.

Dans son presbytère, ce prêtre ne restait pas oisif ;
à la prière il joignait volontiers l’Ãtude. Aussi à sa
mort son exÃcuteur testamentaire offrait-il en vente
parmi ses biens ” une très belle bibliothèque de diffÃ-
rents livres ” (1).

Mais, en 1785, l’excellent curà atteignait au soir
de sa vie. Il avait bravement supportà le poids du jour ;
maintenant l’âge et la maladie le forçaient à la
retraite. Pour cette ÃventualitÃ, il s’Ãtait assurà une
maison privÃe en haut de la rivière, à la distance d’Ã
peu près un mille de son village. C’est là que, l’au-
tomne arrivÃ, il se retira pour attendre les annÃes
Ãternelles. Muni de tous les sacrementà des mou-
rants, il en partait pour aller recevoir là -haut sa cou-
ronne de bon et fidèle serviteur, le 5 mai 1787. Le
surlendemain, il Ãtait inhumà avec grande pompe sous
les dalles du sanctuaire de son Ãglise de Saint-Antoine,
où ses restes continuent de reposer.

La population de Saint-Denis assistait nombreuse
aux funÃrailles, voulant payer son tribut de reconnais-
sance. Que n’avait pas, en effet, exÃcutà M. Gervaise
pour les Dyonisiens pendant les quatorze ans qu’il
desservit cette paroisse !

Son règne Ãgala presque en longueur celui du

(I) — Archives de M. Jacques Cartier, à Saint-Antoine. —

l’iusieuis
de ces livres ont Ãtà achetÃs par l’abbà Cherrier.

132 HISTOIRE DE SAINT-DENIS

premier curÃ. S’il n’a pas Ãtà sur les lieux comme
lui pour y dÃployer plus de travail, il y a connu des
heures encore plus difficiles. Peut-être faudrait-il lui
attribuer plus d’Å“uvres qu’à M. Frichet sur la plage
djonisienne ?

CHAPITRE XVI

Le deuxième curà de Saint-Denis : l’abbà Cherrier.

Sa naissance, sa jeunesse et son arrivÃe dans

la, localitÃ. Le prêtre et le temporel dans

une paroisse. Esprit d’ordre du

nouveau titulaire. 1769.

L’abbà Cherrier n’avait que vingt-quatre ans,
lorsqu’il reçut sa nomination à la desserte de Saint-
Denis.

Nà à Longueuil, le 15 janvier 1745, il fat baptisÃ
le lendemain par son grand-oncle Isambart (1), curÃ
de l’endroit. Adrien PrÃfontaine fut sou parrain, et
son aïeule maternelle, Charlotte Bougret, sa marraine.
Le nom de François, qu’on lui donna alors (2), lui
permit plus tard de choisir le pauvre d’Assise pour
modèle et protecteur.

(i) — L’abbà Joseph Isambart, Sulpicien, nà au Mans en
France, Ãtait arrivà au Canada, le 4 juillet 171 7. Après avoir

ÃtÃ
ordonnà le 15 août suivant, il fut curà de Longueuil depuis 1720

jusqu’Ã
sa mort en 1763. Il est dÃcÃdà chez les SÅ“urs Grises de

MontrÃal, le
14 dÃc, de cette dernière annÃe, et a Ãtà inhumà à Longueuil.

Tanguay,
RÃp. gcn. dti clergà canadien, 95 ; Jodoin et Vincent, Histoire

de
Longueuil, 255.

(2) — Voici le texte de son acte de baptême, copià dans les

Regis-
tres des baptêmes, mariages et sÃpultures de Longueuil : ” L’an

de Noire-
Seigneur, mil sept cent quarante cinq et le seizième de janvier,

a ÃtÃ
baptisà François, nà d’hier au soir du lÃgitime mnriage de

Pierre-Fran-
çois Cherrier, nÃgociant de cette paroisse, et de Marie Dubuc.

Les par-
rain et marraine ont Ãtà : Adrien Fournier dit PrÃfontaine et

Charlotte
Hougret, grand’mère de l’enfant, lesqufrls ont dÃclarà ne savoir

signer.
IjC père a signà avec nous. (Signà J J. Isambart, p. c. de

Longueuil”.

134 HISTOIRE DE

Dieu avait douà l’enfant de très heureuses dispo-
tions et l’avait placà dans un milieu des plus favora-
bles à leur dÃveloppement. Combien se rÃjouirent ses
parents à le voir, dès son bas âge, admirablement pro-
fiter de leurs leçons ! De l’Ãcole paternelle il entra Ã
celle du presbytère, où, aux ÃlÃments de la langue
française, il joignit bientôt ceux du latin. On avait
vite constatà toute la vivacità de son intelligence et la
sûretà de son jugement. C’est au collège de QuÃbec
qu’on dÃcida de le confier pour achever le travail de
sa formation. Impossible, au reste, d’opter pour une
autre maison de haute instruction, quoique celle-ci
fût à une distance considÃrable ; on ne connaissait
qu’elle en Canada. De Longueuil à la capitale, il y
avait loin surtout pour un enfant qui ne s’Ãtaitjamais
sÃparà de sa famille. NÃanmoins François, dont les
quinze ans Ãtaient accomplis, se soumit volontiers au
sacrifice demandÃ. Peut-être lui avait-on soufflà pour
l’encourager que c’Ãtait l’unique voie à suivre afin de
devenir prêtre à l’instar de son grand-oncle.

Le jeune Ãcolier, en dÃbarquant à QuÃbec, n’y
trouva que les ruines amoncelÃes durant le dÃsastreux
siège de 1759 par les Anglais (1). Partout, au collège
comme ailleurs, on mettait de l’ardeur à les relever.
Les Ãlèves, un moment dispersÃs, revenaient, et
les plus habiles et dÃvouÃs maîtres de la jeunesse
canadienne reprenaient la besogne avec un nouveau
courage. Le brillant petit paroissien de Longueuil,
qui avait fait concevoir les plus belles espÃrances

(I) — Le 5 nov. 1759, Mgr Pontbriand Ãcrivait dans un mÃmoire
adressà à la cour de Paris: ” QuÃbec a Ãtà bombardà et canonnÃ

pen-
dant l’espace de deux mois ; 180 maisons ont Ãtà incendiÃes par

des
pots-Ã -feu ; toutes les autres criblÃes par le canon et les

bombes. Les
murs de 6 pieds n’ont pas rÃsistà …. Dans le sÃminaire, il ne

reste de
logeable que la cuisine”. Têtu, Les cvcques de QuÃbec, 251 Ã

254.

SAINT-DENIS-SUR-RICIIELIEU 135

quand il Ãtait à sa classe privÃe, ne manqua pas de
bÃnÃficier largement de cette renaissance. Les pre-
mières nouvelles qu’il adressa à ses parents turent
donc pour eux des plus consolantes. Il pouvait bien
leur parler de ses lÃgers ennui?, mais il devait avant
tout les entretenir de ses succès et encore plus de ceux
sur lesquels il comptait.

Ces derniers n’ont pas trompà son attente. Non
seulement ses Ãtudes furent des plus fortes, mais il
emprunta à ses directeurs cette iigrÃable Ãducation
française, qui l’a toujours distinguà par la suite ; le
cÅ“ur fut façonnà à l’Ãgal de l’esprit. Sa philosophie
terminÃe, toutes les carrières semblaient sourire Ã
l’Ãcolier finissant. Toutefois une seule l’attirait : celle
du sacerdoce. Après les vacances de 1766, il retour-
na à QuÃbec, mais en qualità de clerc. Le 17 dÃcem-
bre suivant, il fut tonsurÃ, et deux jours plus tard il
recevait les ordres moindres. Le sous-diaconat lui fut
confÃrà le 13 juin 1767,et le diaconat, le 28 juin 1768.

Pendant sa clÃricaturc, il joignit à ses Ãtudes
thÃologiques les ofiices de rÃgent et de professeur au
milieu de ses anciens condisciples.

Les jours de l’initiation furent laborieux, mais
non sans profit pour le lÃvite. Il y acquÃrait pra-
tiquement autant que thÃoriquement l’art si difii-
cile de conduire les hommes. Sans cesse appliquà Ã
•ses devoirs, il fournissait la pleine mesure des dons
que Dieu lui avait dÃpartis. Mgr Briand remarquait
sa manière d’agir et c’est probablement ce qui le dÃter-
mina plus tard à le nommer encore si jeune au poste
important de Saint-Denis. D’ailleurs l’Ãvcque n’avait
pas attendu ce moment pour lui tÃmoigner et sa con-
irance et son aftection, ainsi que le dÃmontrent les

136 HISTOIRE DE

remerciements rÃitÃrÃs de celui qui en Ãtait l’objet (1).
C’est le 20 mai 1769, durant le beau mois de
Marie, que le vertueux aspirant à la prêtrise fut appelÃ
au pied de l’autel du sÃminaire pour être marquà de
l’onction sacerdotale (2). Cette ordination Ãtait un
peu anticipÃe à cause du besoin où se trouvait le
grand-vicaire Marchand, curà de Boucherville, devenu
incapable de vaquer seul à son ministère. Le nouveau
prêtre lui fut aussitôt accordà comme auxilaire.
Inutile de dire que ce dernier tombait à excellente
Ãcole ; le vieux pasteur comptait alors soixante-deux
ans d’âge et dirigeait la même paroisse depuis trente-
quatre ans (3). C’est de ce vicariat, occupà cinq mois
seulement, que l’abbà Cberrier passa à Saint-Denis, le
6 novembre 1769.

Le lendemain, il se rÃvÃlait tout entier dans une
note adressÃe à Mgr Briand : ” J’ai reçu vos ordres
ces jours derniers, lui Ãcrit-il, et je suis rendu d’hier au
lieu de ma mission ; je n’y suis qu’en tremblant, mais
pourtant avec confiance, parce que vous m’y avez
envoyà (4), C’est ainsi que les pensÃes de la foi ont
constamment relevà cette profonde dÃfiance qu’il avait
de lui-même.

(i) — Dès son ani\Ãe à Saint-Denis, le 6 nov. 1769, i’abbÃ

Clier-
rier Ãcrit à Mgr Briand : ” Je crois que la plus grande marque

de
reconnaissance que vous attendez de ma part pour ce bienfait et

tant
d’autres que j’ai reçus de votre bontÃ, et de l’amitià tendre

dont vou?
m’avez honorà jusqu’ici, vous l’attendez de mon exactitude Ã

remplir
dignement les fonctions de mon ministère “. Archives de VcvÃchÃ

de.
Sa int- Hyacinthe.

(2) — Il a reçu tous ses ordres des mains de Mgr Briand, Ã

QuÃbec.
Il a Ãtà tonsurÃ, fait sous-diacre et consacrà prêtre au

sÃminaire ; il fut
minorà au collège et fait diacre à l’ Hôtel-Dieu. Archives de

Parchez’êchÃ
de QuÃbec.

(3) — Tanguay, Rcp. gc’ii. du clergà catiadien, 108 ; Lalande,

Une
vieille seignetnie, Boucherville, 1 1 1 .

(4) — Archives de l’Ãvcchc de Saint- Hyacinthe.

De-iixièiue relise «le S.-Duiiis (L’agL’ 411).

I/al)l«’ CluTi-iiT, -I”^ cmv de S.-Duiiis (Page 136).

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEIT 137

A cette Ãpoque, les curÃs en Canada n’Ãtaient
^as seulement prÃposÃs au spirituel de leurs paroisses,
mais au temporel Ãgalement. Apres la guerre de
Cession, toute l’administration du pays Ãtait devenue
anglaise; le peuple canadien n’y comprenait rien.
Aussi s’Ãtait-il pressà plus que jamais autour de son
clergÃ, il s’Ãtait jetà dans ses bras comme dans ceux
d’une mère, et il doit sou salut à cette confiance
«ntière. Se prÃsentait-il pour lui quelque chose
d’important, il consultait 1<3 prêtre ; eu s’isolant ainsi
de ses nouveaux maîtres, il a pu conserver sa foi et
par suite tout ce qu’il possÃdait de plus prÃcieux.

A Saint-Denis, M. Clierrier comprit l’Ãtendue de
son rôle et le joua avec tout le soin requis.

Sous M. Frichet, les relations entre paroissiens et
pasteur avaient Ãtà en souffrance à cause des infirmi-
tÃs de oe dernier, mais elles allaient reprendre plus
intimes et plus actives que jamais.

D’ailleurs dans toutes les fondations de paroisse,
il s’Ãtablit toujours une union plus Ãtroite entre celui
qui effectivement doit être le père et ceux qui sont ses
enfants. Alors on a plus besoin de son chef et on le
suit mieux. Il en est ainsi tant que l’ennemi jaloux
de tout bonheur ne vient pas y semer la zizanie. Ce
jour arrive mallieureusement trop vite.

Donc le nouveau curà de Saint-Denis fut obligÃ
de se charger d’une foule de dÃtails Ãtrangers à son
ministère propremciA dit. La località Ãtait encore loin
d’être sortie des difficultÃs de ses dÃbuts et elle voulait
autant que possible ne pas recourir aux Anglais.

M. Clierrier fut ainsi tour à tour avocat, notaire,
juge et officier public, tout cela pour exempter des
dÃpenses, des voyages et maints autres dÃsagrÃments
à ses paroissiens.

138 HISTOIRE DE

On a taxà ce prêtre d’aristocratie. Il faut s’enten-
dre sur ce mot. Si l’on prÃtend affirmer par là qu’il
se tenait dans des sphères peu accessibles à ses
ouailles, qu’il ne recherchait que le grand monde, on
se trompe Ãtrangement. Si l’on veut seulement faire
comprendre ainsi qu’il Ãtait toujours digne, ne s’amu-
sant que sÃrieusement avec ses gens, se montrant
supÃrieur à eux autant par ses vertus que par ses ca-
pacitÃs, à la bonne heure, le terme est exact.

L’abbà Cherrier Ãtait la personnification du curÃ
modèle, toujours aifable, dÃvouÃ, et d’une autorità qui
n’Ãloigne pas. Tous arrivaient aisÃment auprès de
lui ; il allait même frÃquemment au-devant de la bre-
bis à qui il dÃsirait du bien. Mais son ministère fini
auprès des hommes, il savait se retirer pour prier,
Ãtudier, rÃflÃchir (1). Les hauts personnages, avec
lesquels les siens le mettaient en rapports d’amitià ou
de parentÃ, ne lui enlevaient rien de la douce charitÃ
qu’il devait au plus petit des fidèles confiÃs à ses soins.

A Saint-Denis, on aime encore à consulter le
prêtre sur ses affaires même temporelles. On sait que
c’est rÃellement là un homme de conseil, aussi dÃsin-
tÃressà qu’ordinairement ÃclairÃ. Et qui viendra dire
qu’en cela on a tort, si ce n’est un adversaire (2).

Dans la paroisse, M. Cherrier ne tarda pas Ã
fournir la preuve que l’esprit d’ordre Ãtait une de ses
qualitÃs maîtresses. Grâce à elle toutes les parties de
l’administration reçurent son attention, les finances de
la fabrique les premières, pour la dÃcharge de l’abbÃ

(1) — ” Un curà ? C’est un bienveillant intermÃdiaire entre

Dieu
et les hommes, par Ãtat et par profession. Il prie pour ceux qui

ne
prient pas, pense pour ceux qui n’ont pas le temps de penser “.

Le
motiJi illustre, de MontrÃal, XIV, 707.

(2) — Au cours d’une dÃmonstration en l’honneur de M. le curÃ
Gingras, au Château-Richer, en 1897, on chanta les couplets

suivants,

6AINT-DBNIS-SUR-RICHELIEU 139

Gervaise au plus tôt. Dès le 11 fÃvrier 1770, il con-
voquait l’assemblÃe dans laquelle il Ãtait rendu compte
des argents perçus et dÃpensÃs pour la construction de
l’Ãglise. Le curà de Saint-Antoine Ãtait prÃsent ainsi
que la plupart des francs-tenanciers de la paroisse. Ce
jour-là , le jeune prêtre prenait seul la gestion des
attaires à la satisfaction de tous ; il venait, en rÃalitÃ,
de s’affirmer administrateur financier digne de la plus
entière conliauce. En effet, les arrÃrages furent bien-
tôt collectÃs, et la suite des remboursements continua
k rentrer avec rÃgularitÃ, si bien que quand la rÃparti-
tion fut Ãchue elle Ãtait entièrement close, en 1774.
Maintenant qu’il connaissait ce que devait sa

qui, composÃs pour la circonstance, rÃsument parfaitement ce

qu’est et
ce qu’il Ãtà le prêtre pour le peuple canadien :

,, r â–  k BÃnissons a jamais (bis)
Kefrain. l ^ , , , . r â–

{ Le clergà dans ses bienfaits

•C’est lui qui nous Ãclaire
Dans le chemin du ciel.
C’est lui qui change en miei
Les chagrins de la terre.

Ici, loin de la France,
C’est lui qui nous guida :
Il fit du Canada
Un pays d’espÃrance.

Il resta dans l’Ãprelive.
Près de notre berceau,
Gardant notre drapeau
Libre près du grand fleuve.

Ferme devant nos maîtres,

11 a pour nous luttÃ,

Et notre libertÃ,

Nous la devons aux prêtres !

yournal (Us campagnes, de QuÃbec, 7 août 1898.

140 HISTOIRE DE

fabrique, il entreprit de savoir ce qu’elle possÃdait et ce
fut l’objet d’un inventaire rempli de dÃtails. Le rÃ-
sultat fut qu’il j avait un beau vaisseau d’Ãglise
inachevà à l’intÃrieur, un bon presbytère, mais une
grande pÃnurie d’ornements pour le culte.

A partir de ce moment, il s’efforça de combler
les lacunes en cherchant à terminer l’Ãglise et à la
pourvoir Ãlu nÃcessaire pour la solennità du service
divin. Avec les nombreux dons qu’il sut attirer à la
fabrique, ce fut splendidement exÃcutà dans l’espace
d’environ dix ans.

Au milieu du travail des comptes et de l’inven-
taire, M. Cherrier avait parcouru toute sa paroisse, liÃ
connaissance avec son monde et compilà un recense-
ment minutieux.

L’esprit d’ordre tenait à son caractère. Cette
qualità innÃe, il l’a cultivÃe avec amour. Elle se retrouve
partout sous ses pas pour la gloire de Dieu, l’avantage
du prochain et son propre bÃnÃfice. S’il a dressà une
table de tous ses registres de baptêmes, mariages et
sÃpultures, s’il a eu le courage d’en copier quatre annÃes
à Saint-Antoine pour les ajouter aux siens et les rendre
complets (1), c’est cette même qualità qui l’y a poussà ;

(I) — Aujourd’hui les registres des baptêmes, mariages et

sÃjuil-
tures de Saint-Denis forment l6 grands volumes. Le premier

s’Ãtend
depuis l’origine jusqu’en 1754. mais il n’est en rÃalità qu’une

rÃunion de
diffÃrents petits cahiers au dÃfaut de celui qui avait Ãtà ouvert

pour
Saint-Denis et que l’abbà Gervaise a apportà à Saint-Antoine en

allant
y Ãtablir domicile. Celui-ci a continuà à s’en servir pour les

actes de
Saint-Antoine et l’a fait ainsi le premier de cette dernière

paroisse.
C’est ainsi que Saint-Antoine possède des registres qui lui sont

antÃrieurs
de 10 ans. Saint-Denis n’en a eu que les duplicata jusqu’en 1750.

Mais,
après cette annÃe, tout manque pendant près de 4 ans (3 ans et

9 mois) ;
c’est la partie que l’abbà Cherrier a copiÃe. Le cahier de 1753-

1754
achève de composer le premier registre dyonisien en question. Le
troisième registre a Ãtà interrompu à la page 171 par ordre du

gou-
verneur Haldimand, en date du 12 avril 1785, enjoignant qu’Ã

partir

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU

141

elle l’a portà Ãgalement à les relier iivec soin pour leur
conservation.

du premiei janvier suivant, chaque annÃe ait son cahier

sÃparÃmtMit ;
cette ordonnance fit rÃdiger lo petits cahiers annuels, dont la

rÃunion
forme le quatrième registre ; en même temps, elle inaugura

l’obli-
gation de jjarapher les cahiers dans la manière actuelle.

Aupara-
vant, la pluiiart du temps, les curÃs authentiquaient eux-mêmes

leurs
registres.

CHAPITRE XVII

Nouvelles familles dyonisicnnes : Gadbois, Goulet,

Guertin, Brodeur, Archambault, Vigeant, Martin,

Maillet, Girard, Richer, Lussier, Plante,

GarriÃpy, Courtemanche, BÃlanger,

et Allard. Leur origine et leur

descendance. 1770-1905.

Le recensement de l’abbà Cherrier, en 1770,
accusa l’arrivÃe de nombreuses familles dans la pa-
roisse. InstallÃes à côtà des anciennes, elles en furent
les dignes Ãmules. Si elles ne mÃritent pas autant
que les premières le titre de pionnières, elles ne cueil-
lirent pas moins une large part de leurs inconvÃnients
de toutes sortes. Que de terres encore entièrement
boisÃes elles ouvrirent ! Les unes après les autres, elles
se sont prÃsentÃes, de 1740 à 1770, venant un peu de
chacun des points de la province. Ces familles sont
entre autres celles de Gadbois, de Goulet, de Guertin,
de Brodeur, d’Archambault, de Vigeant, de Martin,
de Maillet, de Girard, de Richer, de Lussier, de Plante,
de GariÃpy, de Courtemanche, de BÃlanger et d’Allard.
Moins la famille Maillet, chacune d’elles a encore des
ihembres dans la localitÃ.

Nous rencontrons les Gadbois à Saint-Denis au len-
demain de l’ouverture de la chapelle. L’ancêtre Ãtait
originaire de Bruxelles en Brabant, dans les Flandres

144 HISTOIRE DE

françaises (1), où d’après la chanson (2) aurait ÃtÃ
rencontrà jadis le Juif errant. C’est peut-être ce sou-
venir, qui a donnà à un des descendants de la famille
le dÃsir d’aller tenter fortune dans la Californie aux
temps si florissants de ce pays . Dans tous les cas,
vers 1850, ce que l’on racontait de la contrÃe aurifère
n’Ãtait rien moins qu’Ãblouissant surtout pour la
jeunesse. Thomas Gadbois dÃcitla de partir avec un
petit groupe de vingt-cinq à trente parents et amis.
Ils s’achetèrent quatre ou cinq paires de bÅ“ufs et se
mirent en route, chargÃs de vivres pour le voyage.
C’Ãtaient les premiers aventuriers qui s’envolaient de
la vallÃe du Kichelieu vers les si lointains rivages ;
bien d’autres les ont imitÃs plus tard. Ce que cette
avant-garde eut à souôrir pour atteindre son but ne
pouvait se narrer que par elle-même. Elle ouvrit des
chemins à travers la forêt, construisit des radeaux
pour traverser certains cours d’eau et se perdit frÃquem-
ment. Une fois même, Thomas Gadbois, remplissant
l’office d’Ãclaireur, fut treize jours sans se retrouver et
sans prendre de nourriture ; et n’eussent Ãtà les Sau-
vages, il serait mort d’inanition. Après cinq ou six
annÃes d’absence, il est revenu riche de dix mille
piastres. Mais son dÃcès suivit son retour de trop
près pour qu’il pût jouir du fruit de ses sacrifices (3).
Quant à son ancêtre, Joseph Vandandaigue, venu d’Eu-
rope à QuÃbec vers 1675, il n’a pas Ãtà heureux au
même point pour entasser des biens, si l’on en croit la
tradition. Assez mauvais menuisier, il se serait même

(1) — Tanguay, Dictionti aire gÃnÃalogique.

(2) — Gagnon, Chansons populaires du Canada, 132.

(3) — Thomas Gadbois Ãtait frère d’AndrÃ, Ãtabli à Saint-

BarnabÃ-
sur-Yamaska, et de François, carrossier de Saini-Denis. Sa

femme,
pendant son absence, Ãtait demeurÃe dans la paroisse. On rapporte

qu’Ã
son retour il succomba aux fièvres jaunes.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 145

attirà le sobriquet de Gâte-bois (1). Quoi qu’il en soit,
il est l’unique père de tous les Vandandaigue et Gad-
bois du Canada ; il a fini sa carrière à QuÃbec. Son fils
Claude a eu plusieurs enfants, dont Andrà et Pierre
se sont Ãtablis à Saint- A.ntoine-sur-Richelieu et Claude
à Saint-Denis ; celui-ci Ãtait alors nouvellement mariÃ
avec Elizabeth Ilogue, jeune fille de treize ans. Ces
deux Ãpoux sont les aïeux de tous les Gadbois actuels
de la località (2). C’est leur aînà qui a reçu les
honneurs du premier baptême et de la première sÃpul-
ture enregistrÃs à Saint-Denis (3).

Les Goulet, originaires de France, Ãtaient dÃjÃ
anciens de près d’un siècle dans le district de QuÃ-
bec (4), lorsque l’un des leurs monta le Richelieu pour
se fixer dans la paroisse, en 1743. Celui-ci, nommÃ
Jacques et marià avec Josephte Normand, arrivait
directement de la Pointe-aux-Trembles, près des Gron-
dines. A Saint-Denis, grâce à son instruction il en a
Ãtà l’un des notables. En plusieursoccasions, onle voit
prendre part aux aflfaires de la fabrique et en signer
les actes. Il s’est particulièrement occupà de la cons-
truction de la deuxième Ãglise en qualità de dÃputÃ
et de syndic. Son fils Louis, quoique ne sachant pas
Ãcrire, fut nÃanmoins bailli, puis lieutenant et capi-
taine de milice (5). Six de cette famille, y compris le

( 1 ) — Tanguay, Dictionnaire gÃncalogixjne.

(2) — Tous les Gadbois, de Saint-Denis, ne sont plus jjroui-)Ãs

que
sous deux chefs : Ephrem et Dame Paul.

(3) — Registres des baptêmes, mariages et sÃpultures de Saint

Denis,
aux dates du 7 et du 17 novembre 1741.

(4) — Tanguay, Dictionnaire gÃnÃalogique.

(5) — Il agit comme coroner à l’occasion d’un suicide au IV

rang,
le premier octobre 1781. Auparavant, le 20 nov. 1773, il avait

constatÃ
comme bailli le dÃcès de son co-paroissien, Louis Denis, gelà Ã

mort
dans Xs. grande savane (aujourd’hui sur le territoire de La

PrÃsentation).

140 HISTOIRE DE

premier ancêtre en 1766, ont Ãtà marguilliers (1).
Aujourd’hui la descendance ne comprend pins dans
la paroisse que vingt-trois membres, groupÃs sous
trois chefs : Toussaint, Joseph et Osias.

Après les Gadbois et les Goulet, ce fut le tour
des Guertin, arrivÃs au Canada, vers 1657, et à Saint-
Denis, en 1745. Le premier ancêtre de cette famille
en AmÃrique Ãtait du village de Daumeray en Anjou,
France, et sabotier de sa profession. C’est ce qui l’a
fait surnommer Le Sabotier sur nos rives, quoiqu’il fût
devenu cultivateur dans les environs de MontrÃal.
Mais il n’a transmis son sobriquet à aucun de ses des-
cendants. Il Ãtait marià avec Elizabeth Lecamus,
jeune Parisienne, fille de mÃdecin ; celle-ci n’avait que
quatorze ans lorsqu’il l’Ãpousa à MontrÃal, le 26 jan-
vier 1659 (2). A son fils Paul revient l’honneur
d’avoir implantà la famille à Saint-Denis, où il est
mort en 1775, à l’âge de soixante-quinze ans. Sa
postÃrità dans la paroisse a fourni un prêtre,
l’abbà Ludger, curà de Saint-Liboire, plusieurs reli-
o-ieuses, un centenaire du nom de Louis, dÃcÃdà Ã
cent-deux ans, en 1880, et deux marguilliers :
Louis, en 1821, et Edouard, en 1869. La famille, qui
avait quatre chefs en 1801, en compte cinq actuelle-
ment : AmÃdÃe, Louis, George, et Dames Noël et
FrÃdÃric.

Les Brodeur, venant du même côtà que les
Guertin, les ont presque accompagnÃs sur la plage
dyonisienne ; ils Ãtaient de Varennes, la patrie des
pionniers Bousquet, Laperle et Messier. C’est là que

(1) — Les Goulet, maiguilliLis de Saint-Denis, ont Ãtà :

Jacques,
en 1766 ; Pierre, eu 1784 ; Louis, en 1788 ; François, en 1822 ;
Charles, en 1831 ; ci Louis, en 1863.

(2) — Tanguay, Dictionnaire gâi., I, 288; IV, 403.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 147

s’Ãtait fixà leur ancêtre vers 1676, à son arrivÃe de
Niel, humble località du Poitou, en France. Son petit-
fils Ignace, surnommà Lamy et souvent dit Lebro-
deur, fut le premier de ses descendants à Saint-Denis.
On l’y remarque peu après son mariage avec RenÃe
Laverduro, le 24 novembre 1746 (1) ; son cousin
Joseph l’a suivi de près. Depuis lors, on a tou-
jours comptà des membres de cette famille dans la pa-
roisse, quoiqu’en petit nombre. Deux d’entre eux ont
occupà le banc de l’Å“uvre : Joseph, en 1764, et Ignace,
en 1771. D’autres se mêlèrent activement à la sruerre
de 1812 et aux troubles de 1837. Aujourd’hui ils ne
sont plus que dix, sous deux seuls chefs : George et
ISTazaire.

Les Archambault canadiens sont devenus lÃgion,
bien qu’ils descendent tous d’un chef unique
(2), du^nom de Jacques, venu de Dompierre-sur-mer
en Aunis, France (3), l’an 1645. Cet ancêtre, après
avoir fait un stage de cinq ans à QuÃbec, s’est dÃfini-
tivement installà à MontrÃal, dont il a Ãtà l’un des
hÃros, surtout l’un de ses excellents chrÃtiens des
temps hÃroïques. L’abbà Faillon, dans son ” Histoire
de la colonie française en Canada ” (4), parle de son
dÃvouement avec Ãloge. Ce sont ses arrière-petits-fils :
Pierre, Joseph, François et Jean, qui vinrent sur les
bords du Richelieu rÃclamer dans la forêt la part
de leur famille. Ils commencèrent par se fixer sur
le territoire de Saint-Antoine, d’où vers 1750 quel-
ques-uns traversèrent sur l’autre rive. Leur nom-
breuse descendance est maintenant un arbre vigou-

( I ) — l’anguay, /Jùf. gÃnÃal . .

(2) — Archambault, GÃnÃah^^ie de la fomille Archambault, pajjcs
XII et XIII.

(3) — Faillon, Histoire de la colonie française en Canada. II.

(4) — III, i8 et 19.

148 HISTOIRE DE

renx qui couvre de ses rameaux les deux côtÃs de la
rivière. A Saint-Denis, elle occupe le premier rang
parmi les familles avec ses cent-vingt-deux individus
rÃpartis sous rien moins que vingt-cinq chefs diffÃ-
rents (1). Elle a fourni plusieurs religieuses, entre
autres, une supÃrieure gÃnÃrale aux SÅ“urs Grises de
Saint-Hyacinthe (2), et un prêtre dans la personne de
l’ahbà NapolÃon (3), ordonnà par Mgr Racicot dans
la cathÃdrale de MontrÃal, le 23 dÃcembre 1905. Dans
les limites de la paroisse, elle a comptà des institu-
teurs, un maire, des -patriotes de 1837, des membres
de divers corps de mÃtier, particulièrement un pro-
priÃtaire de scierie, et six raarguilliers : Jean, en
1754 ; Toussaint, en 1852 ; Jean, en 1859 ; Eustache,
en 1867 ; François-Xavier, en 1868 ; et Jean-Baptiste,
en 1895.

(1) — Les chefs actuels de la famille Aichambault à Saint-

Denis
sont : François, Jean, ThÃodore, Magloire, Jacob, Elle, Avellin,

Xiste,
2 Alphonse, Louis, Henri, Janvier, 2 Joseph, Avila, François-

Xavier,
Wilfrid, DosithÃe, et 2 Dames Joseph, ainsi que Dames Pascal,

Adjuteur,
Olivier et LÃvi.

(2) — Voici la gÃnÃalogie complète de Mère Archambault,

depuis
l’arrivÃe de sa famille en Canada : I — Jacques, marià avec

Françoise
Toureau, de MontrÃal : II — Laurent, marià avec Catherine

Marchand,
de la Pointe-aux-Trembles, près MontrÃal ; III — Pierre, mariÃ

avec
Marie Lacombe, de la Pointe-aux-Trembles ; elle-même est allÃe

mourir
à Saint- Antoine ; IV — Jean, marià avec Marguerite Hogue, de

Saint-
Antoine ; V — Jean, marià avec Françoise Bousquet à Saint-

Denis en
1761, s’Ãtablit en haut du Bord-de-l’eau, où a vÃcu sa

descendance jus-
qu’à ces annÃes dernières ; c’est son arrière-petit-fils

Louis, mentionnÃ
plus bas, qui vient de quitter la propriÃtà pour sÃjourner au

village ;
VI — Jean, marià avec Marie-Louise Allard, à Saint-Denis, en

1782 ;
VII-^Toussaint, marià avec Monique Langevin, de Saint-Marc,

possÃda
assez la confiance de ses amis pour être prÃposà à la garde de

l’eau-de-
vie dans la distillerie de Saint-Denis, lors de la bataille de

1837 ;
VIII — Louis, ancien prÃsident des commissaires d’Ãcoles de la

cam-
pagne ; Joseph, ancien maire de Saint-Denis ; Mère Archambault,

supÃ-
rieure gÃnÃrale des SÅ“urs Grises de Saint-Hyacinthe.

3) — Voici la gÃnÃalogie de l’abbà NapolÃon Archambault. Les

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 14i»

Les Vigeaiit soiii à peu près du même âge que
les prÃcÃdents dans la località dyonisieniie. Floren-
tin, qui les y introduisit, Ãtait tils de Jean Vigeant-
Larose-dit-Taupier, venu de Monlieu en Saintonge,
France, vers 1710, et Ãtabli dÃtinitivement à Cham-
bly. A l’âge de quarante-un ans, celui-ci avait ÃtÃ
Ãpouser à Laprairie Marie-Anne Olivier, âgÃe de dix-
neuf ans (1). Ses descendants se sont ensuite divisÃs
en deux branches, dont l’une prit le tiom de Vigeant
et l’autre celui de Taupier. Florentin, qui se maria
avec Josephte Archambault, de Saint-Antoine, en
1751, Ãtait un homme intelligent, (pie la fortune com-
bla de ses faveurs. Il a Ãtà marguillier, en 1760, et
syndic pour la construction de la seconde Ãglise, en
1764. Cette dernière annÃe, il achetait, pour la
somme de deux-cent-vingt piastres environ, la terre
que le seigneur avait jadis donnÃe à la fabrique près
de la route Goddu, et y bâtissait une solide et vaste
maison de pierre, qui a subsistà sans modification
jusqu’à notre temps, avec ses nombreuses et massives
cheminÃes. Elle Ãtait très longue, basse et à couver-
tures prolongÃes. Ce fut un des monuments de l’Ãpo-
que ; il est tombà sous le pique du dÃmolisseur, il n’y
a pas longtemps. En 1801, le constructeur, âgà de
soixante-dix ans et veuf, y vivait tranquille avec son
fils et rentier, Florentin, lui-même âgà do quarante-
quatre ans. Au troisième rang, celui-ci avait Ãtabli
son fils, un autre Florentin, âgà de vingt-trois ans,

trois premières gÃnÃrations sont les niCmes que celles de Mère

Archam-
bault. IV — Pierre, marià avec Agathe Forget, à Lachenaie, en

1733 î
V — Pierre, marià avec Suzanne-Isabelle Dumontel, à Saint-

Antoine, en
1762 ; VI — Jean-Raptiste, marià avec ThÃrèse Petit, Ã

Saint-Denis, en
1822 ; VIII — Jean- Baptiste, marià avec sa cousine Christine

Archam-
bault, à Saint-Denis, en 1S60; IX — L’abbà NapolÃon ; Arthur,

Joseph
et Hubert.

(i ) — Tanguay, Dut. gÃn . .

150 HISTOIRE DE

marià et père d’un autre petit Florentin d’un an. En
sorte qu’alors il y avait dans la paroisse quatre gÃnÃ-
rations s’appelant Florentin. Ce prÃnom Ãtait en
honneur dans la famille pour l’aînÃ, et il j en aura
encore un cinquième avant d’en arriver à AmÃdÃe,
aujourd’hui le seul chef de cette famille à Saint-
Denis. Quand Florentin II vit partir son fils Am-
broise pour s’Ãtablir à Chambly, on rapporte qu’il
Ãtait assez à l’aise pour lui mesurer en cette occasion
un demi-minot d’or et d’argent sonnant. Le papier-
monnaie Ãtait alors peu connu et chacun tenait sa
propre banque en cachant ses espèces encombrantes
en quelque coin secret surtout de la cave. C’est le
souvenir de ces enfouissements qui a donnà naissance
aux persistants et assez rÃcents chercheurs de trÃsors.
Le village de Saint-Denis a eu le sien, que tout le
monde se rappelle. Cette abondance de biens, que
possÃdait Florentin II, le mit un hiver à l’abri des
inconvÃnients d’une disette et fut cause d’un joli inci-
dent. Une famille, moins bien partagÃe, vint un jour
crier famine à sa porte. Mais, par excès de pru-
dence, le propriÃtaire crut devoir refuser. La
femme, plus gÃnÃreuse, monta au grenier, en l’absence
de son mari, et donna un demi-minot de blÃ. Quand
celui-ci descendit son blà pour le faire moudre, chose
Ãtonnante ! il n’y trouva rien qui manquât ; Dieu avait
rÃcompensà la charità de sa servante.

La famille Martin est originaire de l’île d’OlÃron,
sur les côtes de France. L’ancêtre Pierre en Ãmigra
avec son Ãpouse à QuÃbec dans les commencements
de la colonie. Son fils s’avança jusqu’à Boucher-
ville et son petit-fils Antoine s’Ãtablit à Saint-
Ours (1). C’est de cette dernière place que ses

(I) — Tanguay, Dt’cf, gÃn.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 151

arriëre-petits-fils Jean, Louis et Antoine vinrent de-
mander leur part de terre à Saint-Denis. Jean fut
niargiiillier, vers 1752, et Louis, en 1783 ; quant Ã
Antoine, il Ãtait choisi comme S3^ndic pour la cons-
truction de la deuxième Ãglise, en 1764. Leurs des-
cendants se sont toujours maintenus sous trois ou
quatre chefs seulement dans la paroisse. Aujourd’hui
ce sont : Joseph et deux Augustin, tons cultivateurs
au quatrième rang. Un des leurs, Joseph, est
mort Ãtudiant en thÃologie, l’an 1888 ; il a ÃtÃ
inhumà à l’ombre du clocher natal, le 31 dÃcembre de
cette même annÃe.

Les Maillet, aujourd’hui disparus de la paroisse,
n’y ont pas moins fait un sÃjour de plus d’un siècle et
quart. Joseph et Augustin, qui les premiers de cette
famille foulèrent son sol en 1754, Ãtaient fils de
Pierre, ancien citoyen de la ville de Paris, venu Ã
MontrÃal, vers 1685 (1). Joseph est le père du be-
deau Amable, et de Jean-Baptiste ; celui-ci fut l’aïeul
du fameux patriote Jean-Baptiste (2), dont il sera
question au cours des troubles de 1837. Joseph-
Raphaël Maillet, tailleur à Saint-Dominique-de-Ba-
got, est le petit-fils de ce dernier.

Le premier Girard (3), qui aborda de France
au Canada, Ãtait natif d’Evreux, dans le Perche.
Il s’est Ãtabli à QuÃbec (4), d’où partirent ses
deux arrière-petits-fils Antoine et Joseph, en 1756
et 1765, pour se fixer à Saint-Denis. Antoine

(1) — TangTiay, Dut. gcn. .

(2) — he patriote Jean-Baptiste Maillet est mort de *’

commotion
•le cerveau “, à Saint-Denis, le 31 janvier 1866, à l’âge de

64 ans.
Registres des baptêmes, mariages et sÃpultures de Saint-Denis.

(3) — I-a famille portait autrefois le nom de Girardin aussi

bien
<jue celui de Girard.

(4) — Tanguay, Dict. ge’n, ,

152 HISTOIRE DE

Ãtait menuisier, et, comme tel, put se charger de
l’entreprise du bois de la deuxième Ãglise. Le second,
Ãtant forgeron, arriva assez tôt pour doter le même
temple de son originale balustrade de ” cercles de
tonnes “. En mariages, celui-ci n’a guère Ãtà plus
heureux, puisqu’il fut obligà d’en contracter quatre
pour avoir enfin une femme qui lui fermât les yeux.
Actuellement leurs descendants, au nombre de vingt-
trois à Saint-Denis, vivent tous au quatrième rang
sous cinq chefs : Joseph, Isidore,- Toussaint, et Dames
Amable et Joseph.

Tous les Richer et Laflèche du Canada, ainsi que
ceux de la Nouvelle-Angleterre, ont pour commun
ancêtre Pierre Richer-dit-Laâëche. Au moment de
son dÃpart pour l’AmÃrique, ses parents demeuraient
à ToversÃ, près d’Angers (1), mais lui-même sÃjournait
dans la ville de La Flèche, où il Ãtait nà ; c’est ce qui lui
valut son sobriquet. Il arriva à QuÃbec vers 1670 (2).
Après s’y être acclimatà au pays pendant dix ans,
il s’en alla- planter sa tente à La PÃrade. Il y est dÃ-
cÃdÃ, l’an 1722, à l’âge de soixante-dix-sept ans
(3). Parmi ses enfants sont : Michel, trisaïeul de
Mgr Laflèche (4), Ãvêque des Trois-Rivières, et
Pierre, père de tous les Richer, de Saint-Denis. Trois
des fils de ce dernier sont venus faire souche dans la
paroisse dyonisienne : Charles et Louis, en 1760, au

{ I ) — Tanguay, Did. gcn . .

(2) — Aittrefois et aujourd’hui à Sainte- Anne de la PÃrade,

137 et
138.

(3) — Tanguay, Dict, gcn. .

(4) — Voici la lignÃe gÃnÃalogique de Mgr Laflèche : I —

Pierre
Richer- Laflèche, marià avec Catherine Durand ; celle-ci

originaire de
Paris ; II-— Michel, marià avec Catherine Pilote ; III —

^Joseph, mariÃ
avec Marguerite Belair-Lupien ; IV — Modeste, marià avec

Scholas-
tique Gouin ; V — Louis, marià avec Marie-Anne Boisvert ; VI â

€” Mgr
Laflèche. Autrefois et aujourd’hui à Sainte- A une de la

PÃrade, 168.

Le iiri’iniLT eniiwnt de S.-Druis (J*;iox’ 177).

Ll’ rouvoiit iU’tucl (rjige 178^

.^-:

SAINT-DENIS-SUR-RICIIELIEU 1 53

sortir de la guerre de Ccdsion, et Pierre, dix ans plus
tard. Au recensement de 1801, Pierre avait quatre-
vingts ans, Charles soixante-douze ans ; Louis Ãtait
dÃcÃdÃ. C’est de Pierre et de Louis que descendent
tous les Richer actuels de la localitÃ, vivant sous’ qua-
tre chefs : Alfred, George, NapolÃon et Dame Misaël.
Pierre Ãtait père d’Atlianase, mort marguillier en
charge, l’an 1803, et aïeul de Benjamin, ainsi que de
SimÃon. Benjamin a Ãtà promu sergent dans la com-
pagnie du capitaine Olivier Chamard à Saint-Denis,
en 1826, lieutenant du second bataillon de milice du
Richelieu en 1845, et onze ans plus tard capitaine
<lans le même corps militaire. SimÃon est le père de
Wilfrid, qui fut jadis gros commerçant de grain, maire
trois ans, et syndic pour la construction du presbytère
actuel. Quant à Louis, il est le bisaïeul des trois frères :
ThÃodore, dÃcÃdà avocat ; Alexis, officier de douanes
à MontrÃal ; et Euclide (1), ancien zouave, crÃà che-
valier de l’Ordre de Pie IX, et ci-devant maire de la
cità de Saint-Hyacinthe, où, il continue à tenir librai-
rie en sociÃtà avec son fils Jules.

Les Lussier, ou L’hussier, comme ont Ãcrit quel-
ques-uns d’entre eux, sont Ãmigrà de Paris au Canada,
vers 1666. Quel changement ne dut pas trouver leur
ancêtre Jacques, en passant de la grande ville sur les
rives encore à peine hospitaliîires de notre beau fleuve
8aint-Laurent ! Il le remonta cependant jusqu’à Bou-
cherville, oij il se fixa pour le reste de sesjours. Son fils

(I) — Voici la gÃnÃalogie can.idîenne de M. Euclide Richer. La
jiremière gÃnÃration est la même que celle de Mgr Laflèche.II

— Pierre,
marià avec Marguerite Hubert, puis avec Charlotte Haniel, de

Saint-
Denis ; m — Louis ; IV — Augustin, marià avec (jeneviève

Archam-
bault, de Saint-Antoine ; V — Alexis, marie avec une dame

Goddu, de
Saiut-IIyacintlic ; \’I— M. Euclide Richer.

154 HISTOIRE DE

Christophe s’en alla plus tard à Vareunes (1) etson pe-
tit-fils du même nom, à Saint-Denis, eu 1762. De son
mariage avec AngÃlique Duhamel, celui-ci eut plu-
sieurs enfants, entre autres : Jean-Baptiste, Joseph-
Toussaint et Christophe. En 1801, ces fils, respecti-
vement âgÃs de trente-sept, vingt-huit et vingt-sept
ans, Ãtaient tous mariÃs et Ãtablis, Jean-Baptiste Ã
l’Amyot, Joseph-Toussaint au village et Christophe
an quatrième rang, près de la route Yamaska, où
avait vÃcu leur père ; ce dernier s’y Ãtait fait concÃder
sa terre par le seigneur, le 7 juin 1773. Jean-Baptiste,
marià avec Marie Gaudette, fut le père de Jean-
Baptiste et de Louis, fameux patriotes de 1837 ;
Joseph-Toussaint fut bedeau ainsi que son fils
Edouard ; Christophe est l’ancêtre de François-
Xavier, marià avec CÃlina Gendron, et de Joseph,
marià avec Hermine Bousquet. A son tour François-
Xavier est le père d’Adolphe, clerc viateur, et
son frère Joseph, celui d’Octavien et de Jeaii-
Baptiste, aussi clercs viateurs, ainsi que d’Alexi-
na, religieuse de la CongrÃgation de Xotre-Dame.
Cette famille a comptà sept margu;lliers : Chris-
tophe, en 1772 ; Jean -Baptiste, en 1809 ; Chris-
tophe, en 1829 ; Jean-Baptiste, en 1858 ; François, en
1864 ; Jean-Baptiste, en 1865 ; et Narcisse, fils de
Jean-Baptiste le patriote, en 1889. Aujourd’hui les
soixante-huit personnes, qui la composent, sont ran-
gÃes dans la paroisse sous treize chefs diftÃrents (2) :
deux Joseph, UldÃric, Toussaint, deux Isidore, Napo-
lÃon, Jean-Baptiste, Victor, Hector, Narcisse, Pierre,
et Dame NapolÃon.

(i) — Tanguay, Dict. gÃii. .

(2) — La famille Lussier est aujouvd’iuii la cinquième en

nombre
à Saint-Denis.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 155

Les Plante, parfois dits aussi Laplante et Bo!i-
nier ou Bauiiier, ont pour premier ancêtre canadien
Jacques, arrivà de France sur nos bords, vers 1712.
Ce colon Ãtait alors marià avec Geneviève Migneron.
Il coula le reste de ses jours à QuÃbec. Son fils Jac-
ques remonta le fleuve jusqu’à MontrÃal (1), et son
l>etit-fil?, un autre Jacques (2), s’en vint à Saint-
Denis, en 1762. L’annÃe suivante, celui-ci y Ãpousa
Ursule Plouf. Ces deux Ãpoux vivaient encore en
1801 et Ãtaient respectivement âgÃs de soixante-cinq
et de cinquante-deux ans. La famille compte aujour-
d’hui dans la paroisse sept chefs : Edmour, trois Fran-
çois, NapolÃon, Emile et El[»hège.

François GariÃpy, venu de la ville de Montfort, en
Gascogne, France, vers 1655, est lancêtre de tous les
GariÃpy canadiens. Après avoir Ãpousà à QuÃbec, en
1657, Jeanne Odin, jeune Parisienne de quatorze ans,
il s’en alla vivre au Château-Richer. Deux de ses
flUes sont devenues religieuses de la CongrÃgation de
Notre-Dame. Il est dÃcÃdà à l’âge de soixante-seize
ans, en 1706. Son fils François est parti pour La PÃ-
rade, où est Ãgalement demeurà son petit-fils Charles,
marià avec Louise Angers (3). Ce sont les deux fils
de ce dernier, François et Charles qui ont amenà la
famille à Saint-Denis, eu 1767 ; tous deux se sont
fixÃs à l’Amyot. Le premier est le père des GariÃpy
du quatrième rang, et Charles, de ceux de l’Amyot.
Celui-ci a Ãtà un homme d’une certaine importance.
Le 13 mai 1749, le gouverneur, M. de La Gallison-
nière, le nommait ” lieutenant de la compagnie de
milice de Sainte-Marie “. Sous le rÃgime anglais, il

(1) — Tanguay, Dict. gc’n. .

(2) — Il a Ãtà marguillier à Saint-Denis, en I773.
(;^) — Tanguay, Dict. gÃn., 1 et I\’.

156 HISTOIKE DE

ne fut pas moins honorà de la confiai: ce de ses supÃ-
rieurs. Burton, prÃposà au gouvernement des Trois-
Rivières, lui Ãcrit, le 23 octobre 1760, que, comme ” il
est nÃcessaire d’Ãtablir des officiers de milice dans
toutes les paroisses “, il se repose ” sur la sage con-
duite, expÃrience et capacità du Sieur Charles GariÃpy^
ci-devant enseigne de milice pour sa Majestà très
chrÃtienne dans la paroisse de Sainte-Marie, c5te du
nord “. Le 8 mai 1781, le colonel !N”eveu Ãcrit de
MontrÃal : ” Le capitaine Louis Courteraanche accor-
dera au Sieur GariÃpy les mêmes prÃrogatives qu’aux
autres officiers de sa compagnie en considÃration de
sa. .commission ” du 23 octobre 1760. Il ne faut pas
oublier que ce Charles GariÃpj, marià à La PÃrade
en 1758, est le premier maître-chantre de Saint-
Denis (1). De ses descendants, ainsi que de ceux de
son frère, trois ont Ãtà marguilliers ; Charles, en 1805 ;
François, en 1816 ; et Louis, en 1857. Ils sont aujour-
d’hui rangÃs sous six chefs diffÃrents : Pierre, Paul,
Ferdinand, Joseph, et Dames Toussaint et Edouard.

Les Courtemanche, du Canada, pour retrouver leur
origine sur nos bords, doivent tous remontera Antoine
Courtemanche-dit-Jolicceur. Cet ancêtre n’avait que
dix-huit ans, vers 1660, lorsqu’il arriva de Bannes,
village du Maine français, à MontrÃal. Si jeune, il ne
pouvait pas y avoir Ãtà attirà autrement que comme
engagà des AssociÃs de Villemarie. Il s’y mariait
trois ans plus tard (2) avec Eliz^abeth Haguin, âgÃe

(1) — Le r6 avril 1791, il se donnait à rente à ses denx.

fils Charles
et TimothÃe, leur passant sa terre de l’Amyot, dont cliacun eut

ui»
arpent et demi par trente.

(2) — A ce mariage ” fait et solennisà ” à MontrÃal par le

curÃ
Souart, le 26 avril 1663, assistait M. de MaisonneuvÃ, fondateur

de la
ville ; i2 signatures à l’acte. Registres des baptêmes,

mariages et sÃpul-
tures de N.-D. de MontrÃal,

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 157

de dix-sept ans. Une de ses filles, Elizabeth, se joi-
gnit à l’institut de la VÃnÃrable Marguerite Bour-
geoys, sous le nom de SÅ“ur Sainte-Claire (1). Quant
à Antoine, frère de celle-ci, il quitta l’enceinte de la
ville naissante de MontrÃal pour s’Ãtablir sur une terre
de la Rivière-des-Prairies (2), où il Ãleva sa famille
dans l’amour de l’agriculture. Ses cinq fils ayant un
jour dÃcidà de se faire colons sur les rives du Riche-
lieu, le père n’en put retenir qu’un pour lui succÃder
8ur son bien. Les quatre autres : Jacques (3), Jean-
Baptiste, Antoine et BarthÃlemi, exÃcutèrent leur
projet, vers 1735. M. de Contrecœur leur avait con-
cÃdà volontiers sur la côte de Saint- Antoine 19 par 40
arpents, un peu plus bas que l’Ãglise actuelle (4).
C’est de là que vers 1768 l’on vit traverser à Saint-
Denis Louis et Jean-Marie, fils de Jacques, ainsi que
BarthÃlemi, fils de BarthÃlemi. Le premier Ãtait
potier et maçon, le second potier seulement, et le troi-

(1) — Cette reri<;\euse a pris part aux travaux du petit

couvent de
la Nouvelle-Lorette, qui a existà au Sault-au-RÃcollet de 1696 Ã

1721.
1 ‘.eau bien, Satdt-au-RÃcolUt, 163.

(2) — Tanguay, Dict. gÃn., I, 145.

(3) — Ce Jacques est le trisaïeul de l’ahbà Joseph-Israël

Courte-
manche, dÃcÃdà curà de Saint-Koch-de- Richelieu. Voici la

gÃnÃalogie
complète de ce dernier au Canada : I — Antoine, marià avec

Elizabeth
Haguin ; fils de Pierre Courtemanche et de Marie Houdà ; II —

Antoine,
marià avec Marguerite Vaudry ; III — Jacques, marià avec Marie-

Anne
Migeon ; celle-ci fille de Daniel Migeon, sieur de La

Gauchetière, de
MontrÃal (Suite, Histoire dts Canadiens-français, IV, 59); IV â

€” Fran-
çois, marià d’abord avec Marguerite Durocher, puis avec

Charlotte Bou-
vier ; V — Jean-Baptiste, marià d’abord avec Marguerite

Bourret, pui^
avec Marguerite Saint-Onge ; VI — Narcisse, marià avec

AngÃlique
Ciosselin ; VII — i. — LÃandre, longtemps maître-chantre de

l’Ãglise de
Saint-Jude ; 2. — AdÃline, marià avec Jean-Baptiste Allaire et

mère de
l’abbà J.-B.-A. Allaire, auteur delà prÃsente monographie ; 3.

— l’abbÃ
Joseph-Israël ; 4.–AurÃlie ; 5. — Marie, nÃe le premier

septembre 1850.
Courtemanche, Histoire de la familU Courtemanche, 11 à 53.

(4) — Courtemanche, Histoire de la famille Courtemanche, 19 Ã

2i.

158 HISTOIRE DE

sième cultivateur. Leurs descendants ont presque
tous Ãtà des potiers de leur profession. Louis (1),
plus que les autres a joui de l’estime publique dans la
paroisse ; il a Ãtà capitaine de milice, marguillier en
1769, ainsi que son frère Jean-Marie en 1775, et syn-
dic pour la construction de l’Ãglise qui subsiste encore.
Il fut, avec son curÃ, Bourdages, S. Cherrier et quel- .
ques autres de Saint-Denis, l’un des premiers abonnÃs
au journal ” Le Canadien “. La famille, qui a ÃtÃ
toujours en diminuant dans la paroisse, n’y compte
plus aujourd’hui qu’un seul chef du nom d’AmÃdÃe.

Les BÃlanger se rÃclament de Touque, en Nor-
mandie, d’où partit leur ancêtre, du nom de François,
pour s’Ãtablir à Beauport, dans la seigneurie de M.
Giflard, vers 1636 (2), C’est Paul, son descendant
de la cinquième gÃnÃration, qui le premier remonta
le fleuve jusqu’à Sorel pour se fixer à Saint-Denis
comme potier, vers 1768. Il y a Ãpousà Josephte
Leblanc, deux ans plus tard. De lui descendent les
BÃlanger actuels de la place : Edouard, Horraisdas,
deux Victor, Damien, IrÃnÃe et Adolphe.

Il a vÃcu à Saint-Denis des Allard de diverses
origines (3). Ceux qui demeurent actuellement dans
la località n’ont cependant qu’un même ancêtre dans
la personne de Jean, dÃbarquà de France, vers 1670,
et marià l’annÃe suivante avec Jeanne Anguille ; il
est mort à Charlesbourg, en 1726, à l’âge avancà de
quatre-vingt-neuf ans (4). C’est à son petit-fils Fran-

(i) — Il demeurait sur l’emplacement qu’a occupà plus tard 1**
rÃsidence de W. Nelson, à Saint-Denis.

(2) — Tanguay, Dict. gÃn. .

(3) — Le mot Allard vient de deux mots Scandinaves a/ et ard,

qui
signifient très fort. Sept individus sont venus implanter en

Canada la
famille de ce nom. Tanguay, Dict. gÃn., I, 3 et 4 ; II, 17 à 24.

(4) — Tanguay, Dict. gÃn., I, 3 et 4 ; II, 17 a 24,

SAINT-DEXIS-SUR-RICHELIEU 159

<;ois, fils de Jean II, que la paroisse dyonisienne
doit d’avoir eu de sa descendance. Il y est venu
en 1768 ; mais, dix ans après, ses entants s’Ãtant par-
tagÃs entre Saint-Denis et Saint-Cuthbert, il s’en alla
prÃfÃrablemont finir son existence chez ceux de cette
dernière locf^litÃ, eu 1794, à l’âgà de soixante-douze
ans. Parmi ses fils demeurÃs sur les rives du Riche-
lieu se trouve Pierre-François, marià avec Marguerite-
Rosalie Allaire. Ces deux Ãpoux sont les bisaïeuls
de François, qui Ãtait prÃsident du Cercle agricole, en
1897. La famille ne compte plus dans les limites de
la paroisse que trois chefs : Joseph, Edouard et Dame
Jacob.

CHAPITRE XVIII

La guerre de l’IndÃpendance amÃricaine. La part

qu’y prit Saint-Denis. Les seigneurs : de

Montarville et de Laperrière. 1775-1810.

Pendant que l’abbà Cherrier s’installait à Saint-
Denis au milieu de l’ordre le plus parfait, le mÃcon-
tentement, dont les vagues perturbatrices devaient
passer 8ur la paroisse et la troubler profondÃment,
montait au paroxisme de la rÃvolution dans les vieilles
colonies anglaises du sud.

Depuis 1690, ces dernières Ãtaient pressurÃes sans
pitià par la mÃtropole (1), qui ne voulait pas les croire
autre chose que des tributaires aussi obligÃs que
dÃsintÃressÃs.

Les habitants de la future rÃpublique amÃricaine,
conscients de leur faiblesse, avaient d’abord souffert
cet Ãgoïsme avec plus ou moins de rÃsignation. Avec
les annÃes cependant s’Ãtaient doucement dÃveloppÃes
leurs forces, qui avaient Ãtà essayÃes avec avantage
dans la guerre de Cession du Canada.

L’Angleterre demeura nÃanmoins dans l’illusion
que rien chez ses fils d’outre-mer ne pourrait lui rÃ-
sister et continua à leur Ãgard comme par le passÃ.

Ses coffres ayant Ãtà vidÃs à cette Ãpoque
par des entreprises tant sur mer que sur terre,
elle dÃcida de les taxer de nouveau en 1765. Maii*
le boulevard que lui formait la France sur nos rives

(I) — Têtu, Les Cliques de QuÃbec, 324.

162 HISTOIRE DE

avait Ãtà dÃtruit (1), puis les opprimÃs se sentaient
maintenant de taille à se dÃfendre, la lutte s’engagea.
Les colonies reprÃsentèrent que s’Ãtant saignÃes Ã
blanc pour l’acquisition du territoire canadien, elles
avaient amplement contribuà leur part. Le parlement
de Londres ne l’entendait pas de la sorte.

Pendant ces contestations, les murmures allaient
grossissant de ville en ville, de chaumière en chaumière,
et ne formèrent bientôt plus qu’un concert dÃcris hosti-
les. A la fin, ils rÃunirent tous les groupes de colons
dans une grande assemblÃe plÃnière,qui fut la première
rÃunion congressiste ; c’Ãtait en 1774. Alors à Phi-
ladelphie elle rÃdigeait trois adresses : une au roi,
une seconde au peuple de la Grande-Bretagne et
l’autre aux Canadiens.

Dans les deux premières, elle tâchait de justifier
l’attitude adoptÃe pour faire cesser les injustices. Il
y Ãtait reprochà entre autres crimes au gouvernement
anglais d’avoir permis aux habitants des bords du
Saint-Laurent le libre exercice de leur religion. Dans
la troisième, les fanatiques rebelles demandaient sans
pudeur à ces derniers de se joindre à eux pour ne
composer ensuite qu’un peuple jouissant ensemble des
bienfaits de la libertà (2),

Une fois sur le chemin de la rÃvolution, les ÃvÃ-
nements se prÃcipitèrent.

Dès le printemps de 1775, avait lieu un enga-
gement entre les troupes royales et celles des

(1) — ” Tant que le Canada, dit l’abbà Daniel, Ãtait restÃ

colonie
française, il avait Ãtà le boulevard de l’Angleterre en

AmÃrique. Chas-
ser à la fois du continent deux puissances, comme la France et

la
Grande-Bretagne, eût Ãtà une tâche au-dessus des forces des

colonies
anglaises. Aussi ne l’entreprirent-elles que l’une après

l’autre. Une
fois dÃbarrassÃes de la France, elles songèrent à se

dÃbarrasser de l’An-
gleterre”. Nos gloires nationales, II, 5.

(2) — Garneau, Histoire du Canada, II, 441.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 163

congressistes, et, le 19 juin suivant, Washington Ãtait
nommà gÃnÃralissime de toute l’armÃe que pourraient
lever les Anglo-AmÃricains. De ce moment, com-
mença sÃrieusement la guerre qui devait aboutir Ã
l’indÃpendance.

Le congres, qui avait donnà aux milices amÃri-
caines un chef, avait aussi dÃcidà d’envahir le Canada.
C’est là une audace qui surprend, quand on sait que
les ambitieux voisins avaient besoin de combiner tou-
tes leurs forces contre l’Angleterre.

Un lÃger succès, remportà sur les bords du lac
Champlain, les avait convaincus qu’une action prompte
et dÃcisive leur conquerrait bientôt tout le territoire
canadien.

Ils prÃparèrent donc la campagne du Canada en
même temps que l’Ãvacuation de leur contrÃe.

Pour l’expÃdition du nord, on leva deux corps
militaires ; le premier sous les ordres d’Arnold devait
se rendre à QuÃbec par les rivières Kennebec et Chau-
dière, l’autre par le lac Champlain (1).

Or, pendant que les nuages s’amoncelaient dans
ses anciennes colonies, l’Angleterre, miftux avisÃe Ã
l’Ãgard des Canadiens, s’Ãtait eflbrcà de racheter un peu
son passà auprès d’eux par des concessions. C’est
ainsi que l’Acte de QuÃbec, en 1774, leur avait accordÃ
enfin la libre pratique de la religion catholique, avait
rÃtabli les lois françaises, reculà les limites de la
province quÃbÃcoise, et crÃÃ le Conseil lÃgislatif.
Cette conduite Ãtait opportune, puisqu’elle ne prÃcÃda
que de quelques mois le congrès, qui fit appel à l’aide
des fils abandonnÃs de la France.

Le 9 juin 1775, Carleton, gouverneur du Canada,

(I) — Têtu, Les Ãvc que s de QuÃbec, 328.

164 HISTOIRE DE

avait de son côtÃ, en face du danger grandissant, pro-
clamà la loi martiale (1) et, peu après, avait mandà tou-
tes les milices de la colonie sous les armes.

Le peuple, placà entre l’ennemi d’hier et celui du
jour, hÃsita et, en gÃnÃral, opta pour la neutralitÃ(2).
Le bas de la province se laissa peu Ãmouvoir, mais le
haut dans lequel Ãtait compris Saint-Denis, plus rap-
prochà du thÃâtre des hostilitÃs, se remua davan-
tage, et ses sympathies allaient plutôt aux AmÃri-
cains (3).

Le cri d’alarme de Carleton n’eut consÃquemment
pas beaucoup d’Ãcho. Retirà à MontrÃal, il ne rÃunit
qu’un petit nombre de soldats autour de son drapeau.

Heureusement que le clergà et la noblesse Ãtaient
avec lui ; ils le sauvèrent.

Mgr Briand fit même lire à ses diocÃsains une
lettre pour leur rappeler qu’ils avaient le devoir de
rester fidèles à la mÃtropole (4).

Aussitôt après cet acte de sollicitude pastorale,
au commencement de septembre, Montgomery entra
dans le Canada, à la tête de mille hommes (5). Plus
adroit qu’honnête, il se hâta de porter à la connaissan-
ce des Canadiens qu’ils n’avaient rien à craindre de sa
part, qu’il ne venait que pour rencontrer l’armÃe
royale, que leurs personnes, leurs biens et leurs autels

(1) — Têtu, Les ÃvÃqties Je QuÃbec, 328.

(2) — Montgomery Ãcrit de l’île aux Noix à son Ãpouse, en

date
du 5 sept. 1775 : “NÃanmoins un M. Hazen, rÃsidant à Saint-Jean,

qui
me paraît être un homme de jugement, est d’avis qu’ils (les

Canadiens) ne
prendront pas les armes contre nous, mais qu’ils ne prendront pas

non
plus l’offensive en notre faveur”, Saint-Maurice, Noies pour

servir Ã
r histoire du gÃnÃral Richard Montgomery, 38 et 39.

(3) — Têtu, Les ÃvÃques de QuÃbec, 328.

(4) — Ibid., 326.

(5) — Garneau, Histoire du Canada, II, ‘446.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 165

n’auraient aucunement à souffrir de son passage (1).
L’hypocrite ! il voulait voler des adhÃsions qu’il ne
mÃritait pas plus que ses commettants.

Son explication Ãcrite, rÃpandue à profusion dans
la vallÃe du Richelieu, y accentua cependant l’opi-
nion en sa faveur (2).

A Saint-Denis, on se rangea presque partout pour
lui ; la paroisse lui envoya même un de ses capitaines de
milice et quelques miliciens. Par ceci l’on comprend
facilement avec quelle attention avaient Ãtà suivies
toutes les manÅ“uvres des rÃvolutionnaires et quelles
Ãmotions elles devaient y produire.

Montgomery fut tout de même arrêtà pendant
quarante-cinq jours devant le fort Saint-Jean. C’est
durant ce temps-là qu’il exerça surtout son influence
dans cette partie du pays et que le capitaine Jean-
Baptiste MÃnard (3) partit de la seigneurie dyonisien-
ne pour grossir ses bataillons.

Le curà Cherrier, pour sa part, pensait comme son
«vêque et comme tous les hommes haut placÃs et clai-
voyants de sa patrie. Il cherchait sans doute à Ãta-
blir communautà d’idÃes entre lui et ses paroissiens,
mais il avait jusque-là fort peu rÃussi (4). Le mot
magique de libertà leur avait tournà la tête, et ils ne
songeaient que trop au dÃpart des tyrans anglais sans
8e demander qui les remplaceraient.

(1) — Gameau, Histoiiv du Cnnadn, II, 446.

(2) — Ibid,, 448 et 449.

(3) — J.-B. MÃnard-Biindamour Ãlait marià avec Françoise CiicÃ
et i>èr€ de Pierre MÃnard, lieutenant-gouverneur de

l’Illinois. D’après
des lettres de famille, il appert qu’il s’est battu à QuÃbec

sous les Ãten-
dards de Montgomery. Mason, dans la Chicago historkal sociely^’s

collÃe-
iioii, IV, 144.

(4) — Le 24 octobre 1775, les AmÃricains Ãtaient les maîtres

de la
contrÃe. Le capitaine J.-B. MÃnard, en leur nom, y accordait ce

jour-lÃ
un passeport au marchand Jacques Cartier, de Saint-Antoine : ” A

166 HISTOIRE DE

Malgrà sa protestation qu’il n’en voulait qu’Ã
l’armÃe royale, Montgomerj ne lançait pas moins des
partis de divers côtÃs dans les campagnes pour obliger
tout le monde à abonder dans son sens.

C’est ainsi que, dès l’aube du 18 septembre 1775,
le curà de Saint-Denis se rÃveilla au bruit des pas
d’un bataillon. On venait apparemment le mettre Ã
la raison. Mais les doux libÃrateurs se contentèrent
de tuer une des domestiques de la maison et…. se
retirèrent.

La victime Ãtait une jeune fille de dix-huit ans,
nommÃe Madeleine LarivÃe. S’Ãtant probablement
montrÃe à une fenêtre, elle avait reçu dans la tête
la balle qui avait causà sa mort (1).

Carleton n’Ãtait pas inactif durant tout ce temps-
là . Il se donnait rendez-vous à Sorel avec le colonel
MacLean, de QuÃbec, pour ensuite remonter le Riche-
lieu et repousser l’ennemi. L’officier mandà accourut
en effet avec trois cents hommes et attendit, mais le
gÃnÃral ne s’y rendait pas. Que faisait-il donc ? Avec

Sainl-Denis. . .. permis au Sr Cartier d’aller à Sorel chercher

les effets
et marchandises et à les amener chez lui avec son bateau sans

que per-
sonne ne puisse l’arrêter et que l’on lui oppose aucun

inconvÃnient, vu
que l’on lui a donnà permission. Etant pour les affaires de son

commer-
ce “. — Pour le retour de Sorel, ce fut MacLean qui accorda le

passe-
port. Archives de M. Jacques Cartier, de Saint-Antoine.

(I) — Verdict du jury tenu à l’occasion de la mort de

Madeleine
LarivÃe : ” A la requête de M. FraiTçois Cherrier, prêtre,

curà de cette
paroisse (S. -Denis), nous sommes transportÃs au presbytère de

la dite pa-
roisse pour faire la visite du corps de Madeleine LarivÃe, sa

domestique,
laquelle l’ayant trouvÃe morte, nous avons vu qu’elle Ãtait morte

d’un
coup de fiisil, prenant dans la joue droite et sortant dans le

derrière de la
tête. Provenant l’accident d’une descente d’un corps de troupes

baston-
naises, qui avaient assiÃgà le dit presbytère de grand matin, et

ce dans
une des dÃcharges de mousqueterie du dit parti…. Fait en la

maison
presbytÃrale, . . . . le 1 8 sept. 1775″. (SignÃ) “Thomas

Cormier,
Thomas Jacobs, tÃmoins; M. Jehanne, notaire public “. Registres

des
baptêmes, mariages et sÃpultures de Saint- Denis, III, 21.

SAINT-DENIS-SUR-RICIIELIEU 167

ses huit cents hommes, il avait malheureusement com-
mandà un faux mouvement du côtà de Longueuil et
y avait dispersà sa petite armÃe.

MacLean, abandonnà à ses propres forces, essaya
d’aller seul dÃlivrer le fort Saint-Jean, mais ses militaires
dÃsertaient, les ponts Ãtaient partout coupÃs (1) et il
semblait en pays plutôt ennemi. Enfin, après s’être
quelque temps arrêtà au village de Saint-Denis (2), il
ne put aller plus loin et retourna à Sorel, puis de là Ã
la capitale (3).

C’est seulement après cette retraite que Moutgo-
mery put recevoir les clefs du fort assiÃgà de Saint-
Jean ; il avait peu auparavant obtenu celles de Oham-
bly. MontrÃal lui ouvrit Ãgalement ses portes (4) ;

(I) — Dans le yournal des opÃrations iS.e r annÃe avtcricaine

lors de
r invasion du Canada en 1775-1776, par S.-B. Badeaux, notaire des
Trois-Kivières, on lit à la date du 29 oct. 1775 : ”

Aujourd’hui il est
arrivà des gens du parti du colonel MacLean qui disent que le

colonel
ayant voulu passer par Saint-Denis pour aller à Saint-Jean,

qu’il avait
trouvà le pont dÃmanchÃ, ce qui l’a obligà de faire sa retraiie Ã

Sorel “.
Reznte canadienne, VII, 194.

(2) — Garneau, Histoire du Canada, II, 450. — Pendant que

Mac-
Lean Ãtait à Saint -Denis, il se procura à crÃdit les objets

les plus pres-
sants pour ses soldats, comme on le voit par le compte suivant de

Jos.
Gauthier : ” Compte que prÃsente à la cour de la juridiction

civile de
MontrÃal, en vertu de l’ordonnance du 13 août, prÃsente annÃe,

Joseph
Gauthier (Ãpoux i. – de Marie-Judith Archamljault, 2. – de

Marie-Ur-
sule Allaire), menuisier, rÃsidant en la paroisse Saint- Denis,

des domma-
ges qu’il a souiïerls dans ses biens l’automne dernier par les

troupes de
sa Majestà et Canadiens joints avec elles lors de l’arrivÃe de M.

le colo-
nel Alian MacLean au dit Saint-Denis ])our la dÃfense en la

province et
par les rebelles”. Suit la liste des objets à payer : Une paire

de bitufs
livrÃe au major lîrown, 17 paires de bas, 2 paires de pantalons,

3 paires
de souliers de chevreuil, … . en tout 294 chelins. Fait Ã

Saint-Denis
par le notaire Jehanne. Archives de M. Edouard Allaire, de

Saint-Ours.

(3) — Garneau. Histoire du Canada, II, 4^0.

(4) — Montgomery Ãcrit de MontrÃal à sa femme, en date du 24
nov. 1775 : ” L’autre jour, le gÃnÃral Prescott (à MontrÃal) a

Ãtà as-
sez complaisant pour se rendre à nous, en compagnie de 16

officiers de

168 HISTOIRE DE

puis les Trok-Rivières firent de même à sou passage
pour QuÃbec (1).

Le gouverneur du Canada n’avait même que dif-
cilement Ãchappà à ses mains.

Bref, le commandant amÃricain avait marchÃ
victorieusement jusqu’au commencement de dÃcembre,
et alors il Ãtait à la Pointe-aux-Trembles de QuÃbec,
opÃrant sa jonction avec Arnold. Les envahisseurs
Ãtaient maîtres de tout le Canada, il n’y avait plus
que la forteresse quÃbÃcoise à prendre, mais il n’Ãtait
pas aisà de s’emparer de ce nid d’aigle, dÃfendu par
plus de dix-huit cents hommes. A.ussi ne fat-ce jamais
que ce qui manqua à la conquête.

Montgomery, Arnold, Wooster et Thomas s’y
succÃdèrent dans le gÃnÃralat, mais sans plus de succès
pour l’un que pour les autres.

Au mois de mai, huit mille soldats de troupes
rÃgulières Ãtant arrivÃs de Londres, l’ennemi dÃjÃ
rÃduit par le froid, la disette et la maladie ne songea
plus qu’à battre en retraite à leur approche. Thomas
remonta le fleuve jusqu’à Sorel, où la petite vÃrole,
ne cessant de sÃvir dans son armÃe, le lit lui-même
passer de vie à trÃpas. Sullivan le remplaça et, après
une dÃmonstration inutile en face des Trois-Rivières,
sonna le retour dÃfinitif des siens aux Etats-Unis par
la voie du Richelieu (2).

l’armÃe de terre, de loo hommes et d’un certain nombre de

matelots et
d’officiers de la marine. J’en ai rougi pour les troupes de sa

Majestà !
Je n’ai jamais Ãtà tÃmoin d’un pareil acte de couardise. Et cette

reddi-
tion s’est faite parce que nous avions sur la rive une demi-

douzaine de
canons en batterie qui pouvaient molester la retraite ! Saint-

Maurice,
Notes pour servir à l’histoire du gÃnÃral Richard Montgomery,

47.

(I) — Garneau, Histoire du Canada, II, 450 et 451. — Têtu,
Les Ãvêques de QuÃbec, 329.

(2) — Garneau, Histoire du Canada, III, i à 30.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 169

L’opinion s’Ãtait rectifiÃe dans cette dernière
partie du pays. Maintenant on souhaitait le dÃpart
de ces AmÃricains, dont les actes n’avaient pas Ãtà en
harmonie avec les paroles. L’effervescence Ãtait
disparue, et l’on voyait alors clairement au-delà du prÃ-
sent. L’Å“uvre des prêtres surtout avait lentement,
mais sûrement amenà ce changement.

Le gouverneur put après cette rÃaction y recruter
des militaires et les lancer à la poursuite de l’ennemi,
qui ne s’en allait pas assez vite ù son grÃ. Saint-Denis
fournit alors son contingent.

Cette retraite effectuÃe, ce ne fut pas encore tout-
à -fait le calme. La guerre se continua plusieurs mois
dans le pays voisin, et il fallut tout ce temps demeurer
sur ses gardes. Des garnisons canadiennes ou anglai-
ses furent donc postÃes partout où en avaient eu les
AmÃricains ; c’est ainsi qu’en eurent Saint-Jean et
Chambly, et qu’il y en eut une à Saint-Denis jusqu’Ã
l’automne de 1776 (1).

L’on avait enfin depuis dÃjà assez longtemps
dÃposà partout les armes, lorsque le traità de Versail-
les, en 1783, ratifia la dÃclaration d’indÃpendance,
qu’avaient Ãmise les rÃvoltÃs amÃricains, le 4 juillet
1776.

La dÃfensive leur avait mieux rÃussi que l’offen-
sive.

C’est pendant que les troupes sillonnaient nos
campagnes en tous sens que mourut l’actif et excellent
seigneur, M. de Contrecœur.

(I) — Louis Gerv.-iis, de Saint-Ueni.s, hÃbeifje quelques

soldats,
jinui sa part, du 6 octobre au 15 nov. 1776. Jacques Cartier, de

Saint-
Antoine, en fait autant durant le même laps de temps. Archives

Je AL
Jacques Cai-tier, de Saint-Antoine.

170 HISTOIRE DE

â– ^f^- La perte que subissait en lui la paroisse de Saint-
Denis Ãtait considÃrable et d’autant pins sensible qu’elle
Ãtait phis difficile à combler.

Heureusement que les besoins de son ancien
doiDaine n’Ãtaient plus aussi impÃrieux, tant il avait
dÃployà de dÃvouement à le faire valoir. Sa possession
s’Ãtait même transformÃe, de lourd fardeau qu’elle
avait ÃtÃ, eivmi honneur assez rÃmunÃrai if. L’Ãdifice
Ãtait presque fini, ou plutôt il allait maintenant s’ache-
ver seulj il n’y avait plus qu’à en jouir.

Les deux filles de M. de Contrecœur, Charlotte et
Catherine, succÃdèrent à leur père. … ^.j.^^’,

^ Elles recevaient par indivis les domaines de Saint-
Denis., et de Contrecœur, et partie de celui de Saint-
Oups.jv C’Ãtait un riche hÃritage, dont elles dotèrent
toutes deux leurs maris. , c . )’i’. :o<; :.»i; i

: La première avait Ãpousà François-Claude Bou-
cher de Liiperrière, vers 1765, et l’autre, Joseph
Boucher de Montarville, quelques annÃes plus tard.

â– ‘ ^’ Ces deujc Boucher, issus de germains, Ãtaient les
arrière-petits- fils du fondateur de Boucherville. Leurs
pères Ãtiant îtiariÃs à deux sdeursde M. de ContrecÅ“ur,
ils Ãtaient consanguins de leurs femmes au deu-xième
degrÃ. Il y avait davantage: pour François-Claude^
son”père:Ãitant le frère de la mère de son Ãpx>.ùse, il
avait une autre fois avec celle-ci le même degrà de
CQjîsanguinità ; quant à Joseph, par son pèro: aussi, il
çtait de même encore cousin au troisième, dçgrà avec
son Ãpouse. Ce qui produisait cet enchevêtrement de
parentÃs, ce n’Ãtait rien moins que cinq alliances con-
sÃcutives de Boucher avec des de ContrecÅ“ur ; les six
parents avaient donnà l’exemple, les quatre enfants
l’avaient suivi.

Joseph Boucher, sieur de la Bruère do Montar-

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 171

ville, qui ne signait souvent que Montarville tout
court, Ãtait fils de Renà et petit-tils de Pierre,
deuxième seigneur de Boucfierville.

NÃ vers 1742, il avait environ trente-trois ans,
lorsqu’il devint co-seigneur de Saint-Denis ; son Ãpouse
en avait alors trente-un.

Apres avoir Ãtà ÃlevÃe dans la paroisse fondÃe par
son bisaïeul, il continua d’y vivre. C’est de là qQ’il
veilla sur ses intÃrêts dans la seigneurie dyohisienne
et qu’il y exerça sa gÃnÃrosità à l’occasion.

Vers 1783, son beau-frère s’Ãtant dÃparti, en sa
faveur, de ses droits sur Saint-Denis, il en devint
Tunique propriÃtaire et le fut ensuite jusqu’à sa mort.

En 1790, il paj-ait à la fabrique religieuse de son
domaine les quatre-vingts piastres environ qu’avait
coûtà six ans auparavant son principal tableau, reprÃ-
sentant les saints patrons de la località ; c’est cette
même peinture qui surmonte encore le maître-autel
(lu temple actuel. Cinq ans après ce premier don,
il versait de nouveau cinquante piastres au trÃsor
de la fabrique pour l’aider à reconstruire l’Ãglise.

C’est vers 1810 qu’il est dÃcÃdÃ, laissant son bien
entre les mains de ses deux filles, Françoise et Gilles,
et de leurs Ãpoux Taschereau et Descliambault.

Son co-hÃritier des premières annÃes, François-
Claude Boucher de Laperrière, qui signait souvent
Laperrière tout simplement, Ãtait fils de François-
ClÃment et petit-fils de Renà (1). Comme son cousin

(i) — Renà Boucher de Laperrière Ãtait “enseigne sur un des
vaisseaux de Nf. Daneau de Muy. Il n’eut que deux enfants de son
mariage avec Demoiselle Françoise Malhiot. Il faisait partie,

avec le
l)rave d’Iberville, de l’expÃdition de Terreneuve, et l’histoiien

Garneau
( Histoire du Canada, I, 363 ) le place à la tête des Canadiens

qui se
distinguèrent dans cette campagne hÃroïque “. Quant à son fils

Kran-

172 HISTOIRE DE SAINT-DENIS

Joseph, il demeura toujours à Boucherville, la paroisse
de ses ancêtres. C’est de là qu’il venait quand, avec
son Ãpouse, il fut le gÃnÃreux parrain de la deuxième
cloche de Saint-Denis, eu 1771.

HÃritier en 1775, il avait alors trente-.ûx ans, et
son Ãpouse, trente-trois. Huit ans plus tard, il avait
dÃjà vendu sa moitià de territoire dyonisien et rÃuni
ailleurs les parties Ãparses de sa fortune.

Il est mort sans plus reparaître dans son ancien
hÃritage.

çois-ClÃment, il “eut, de son mariage avec Charlotte PÃoody (de

Contre-
cÅ“ur), 20 enfants, tous baptisÃs, mariÃs et inhumÃs Ã

Houcherviile, à l’ex-
ception de sa fille aînÃe qui reçut la sÃpulture à <)uÃbec, et

d’un de ses
fils, qu’un historien compte au nombre des malheureux naufragÃs

de
l’Auguste”, qui se perdit dans les eaux du golfe Saint-Laurent au

len-
demain de la guerre de Cession. Lalande, Une vieille seigneurie,

Bou-
cherville^ 77 à 82.

CHAPITRE XIX

Fondation du couvent. Les diffÃrentes phases de

son histoire. Ses supÃrieures. Ses Ãtats

de services. 1773-1905.

L’abbà Cherrier, en arrivant à Saint-Denis, avait
constatà avec peine qu’il n’y avait eu rien d’accompli
jusque-là pour procurer à l’enfance, pas plus qu’à la
jeunesse, le bienfait de l’instruction. Peut-être y
avait-il eu ou y avait-il prÃsentement quelqu’institu-
trice ou instituteur ambulant. Si oui, c’Ãtait tout, et
l’on sait que ce n’Ãtait [>a8 là un système plus stable
que fructueux.

Le catÃchisme ne s’apprenait donc encore que
dans la famille à force de rÃpÃtitions patientes, et le
pasteur, durant de longues semaines chaque prin-
temps, continuait et achevait tant bien que mal ce
pÃnible et peu satisfaisant travail.

Le nouveau gardien des âmes sentait toute la gra-
vità de la lacune. Mais il y avait tant à exÃcuter dans
la paroisse, et les ressources Ãtaient si restreintes ! Les
ruines de la guerre de Cession n’avaient pas Ãtà rele-
vÃes que dÃjà l’on avait bâti l’Ãglise. D’un autre côtÃ,
comment laisser persÃvÃrer plus longtemps un Ãtat
de choses aussi prÃjudiciable à l’avenir de la località ?
Trois annÃes s’Ãcoulent ; et enfin dans le cours de la
quatrième Dieu inspire au vigilant curà le moyen Ã
essayer pour obvier à une partie de l’inconvÃnient.

Les religieuses de la CongrÃgation de Notre-Dame,

174 HISTOIRE DE

de MontrÃal (1), enseignaient presque grataitemeut, i?
les demanderait ; et pour les Ãtablir, ce qui coûterait
cher, il tendrait la main dans tontes les paroisses, Ã
qui la nouvelle fondation pourrait être utile.

Il en parla à ses confrères des environs ainsi qu’ ji
plusieurs de ses paroissiens et des leurs, et dÃjà un
certain nojnbre îui offraient de gÃnÃreux secours.
Voyant que son projet ne rencontrerait pas d’obstacles
sur ce point, il le prÃsenta à Mgr Briand, le 6 août
1773.

L’Ãvêque, charmà du zèle de M. Cberrier, l’en
fÃlicita et voulut même Ãtendre le district de ses quêtes
pour le succès de son entreprise. Le curà ne lui avait
mentionnà que la vallÃe du Richelieu, sa Grandeur
iixa que l’aide pourrait être demandÃe de Sorel Ã
Saint- Mathias et de plus sur les deux versants de
l’Yamaska, où, disait-elle, il y aurait bientôt presque
un aussi gra«d monde ([ue sur les rives richeloises (2).

(f) — Cette communautà est d’orrgine canadrenne et date des

com-
mencements de la colonre. On la doit à la saintetà et au

dÃvouement
de la VÃnÃrable Mère Marguerite Bourgeoys, nÃe à Troyes, en

Champa-
gne, France, le 17 avril 1620. A 33 ans, celle-ci aljordait au

Canada pont-
là première fois. PauVre fille, elle y fut d’abord pendant 4

ans la mÃna-
gère de M. de Maisonneuve, fondateur de MontrÃal. En 1657, elle
dÃbute, comme institutrice dans une ancienne Ãtable de la citÃ

naissante,
l’uis elle s’embarque l’annÃe suivante pour le pays natal, d’où,

en 1659,
elle amène les quatre personnes, qui seront ses premières

compagnes
dans la congrÃgaiion projetÃe. En 1671, le roi approuve sa pieuse
entreprise et, 5 ans plus tard, l’Ãvêque de QuÃbec en fait

autant. A
partir de ce moment, l’Å“uvre s’est constamment dÃveloppÃe. Mère
Bourgeoys est dÃcÃdÃe à MontrÃal, le 12 janvier 1700, Faillon,

Vie (fê-
la SÅ“ur â–  Bourgeoys.

(2) ■— À la date du 6 août I773, le curà Cherrier Ãcrit Ã

Rfgr
Briand: ” Les, habitants de nos cantons sont assez bien,

mais….,
comme ma paroisse a dÃjà e’tà bien accablÃe, je souhaiterais

qu’elle ne
corit’ribimt pas seule à cette dÃpense …. ; ne pourraït-on

pas faire une
tournÃe dans toute la rivière Chambly, qui y est Ãgalement

intÃressÃe ?
Plusieurs habitants hors de ma paroisse ont dÃjà fait des

promesses, si

SAINT-DENIS-SUR-RICIIELIEU 175

Avec cette approbation, rardÃut promoteur de
i’Ãtliication, croyant qu’il n’y avait pas de temps Ã
perdre, dÃcida le vo^’age de MontrÃal pour obtenir de
la communautà eu vue les deux Sœurs missionnaires
dÃsirÃes.

La Mère Sainte-Rose, nÃe VÃronique LÃtan^ç,
Ãtait alors supÃrieure gÃnÃrale depuis plus d’une
annÃe (1). Elle reçut très favorablement la requête,
mais prudente elle ne s’engagea à lui donner suùe que
lorsqu’elle le pourrait. Les sujets n’Ãtaient pas nom-
breux autour d’elle, et il y en avait plusietirs d’invali-
des. Les maisons dÃjà existantes ne se maintenaient
même qu’avec ditiicultà (:2).

Quoi qu’il eu soit, M. Cherrier revint content ; il
avait la certitude que la première fondati-on des filles
de la “VÃnÃrable Marguerite Bourgeoys aurait lieu
dans sa paroisse.

Le 8 avril 1774, il obtint du seigneur le terrain que
celui-ci semblait dÃtenir pour le couvonl, au sud de la
place de l’Ãglise. C’Ãtait un emplacement d’environ
o37 pieds par 10-t de front sur la rue Saint-Denis {â– ]).

l’on voulait l)âtir ; je ne m’y fie pas toul-à fait, mais c’est

toujours un
bon prÃsage, pourvu cju’on ne les dÃcourage pas “. L/ÃvÃque

rÃpond,
le 14 suivant : ” Je ne puis que louer votre projet d’Ãtablir des

SÅ“urs
dans votre bourg, elles serviront,.., aussi pour les paroisses de

)a
rivière Yamaska, qui va dans peu d’annÃes devenir presque un’

aussi

grand monde que ct lie de Chambly Je vous autorise à faire une

«juête dans les deux livières, depuis Sorel jusqu’à Saint-

Olivier (Saint
Malhias aujourd’hui )”. Aickives de PÃvÃchà de S. -Hyacinthe,
(i) — Faillon, Vk de la Siriir Bourgeoys, II, 432.

(2) — En 1828, après 171 ans d’existence, la communautà ne

comp-
tait encore que 15 missions. Vie de la Mère Sainte- Madeleinr,

58. ^
Elle Ãtait loin de la prospÃrità actuelle, qui lui permet de

distribuer le
travail de 1293 religieuses professes en 123 maisons et 21

diocèses diffÃ-
rents. Cadieux et DÃrome, Le Canpda ecclÃsiastique de 1905, 258.

(3) — Pour être exact, il faut dire qu’il y avait cette

Ãtendue, moins
au nord-ouest un triangle de terre, dont les petits côtÃs

mesuraient surl;i

176 HISTOIRE DE

Le donateur n’imposait sur cette concession que la
rente illusoire d’un sou par annÃe, avec en outre la
seule condition d’y bâtir et entretenir une maison de
religieuses enseignantes (1).

Aussitôt cet acte signÃ, M. Cherrier se disposait
à en remplir la dernière clause, lorsqu’il apprit que les
SÅ“urs pourraient remettre assez loin l’accomplisse-
ment de leur partie. Alors il suspendit toute dÃ-
marche et attendit. Et c’est pendant neuf ans qu’il
vÃcut ensuite dans l’espÃrance.

De temps en temps dans l’intervalle, il rappelait
à la communautà sa promesse, en s’informant de ses
progrès et du jour, où elle pourrait Ãtablir une mis-
sion au milieu de ses paroissiens.

Enfin, en 1781, Mère Saint-Ignace, nÃe Marie
Raisenne (2), qui avait succÃdà à Mère Sainte-Rose
depuis trois ans, lui Ãcrit que, les novices augmen-
tant, on serait bientôt en Ãtat de fonder, et il se re-
mit, sur le cliamp, en frais de terminer ce qu’il avait
Ãbaucbà sept ans auparavant.

Alors ses Ãconomies lui avaient permis d’amasser
une somme assez rondelette, et il ne l’avait grossie que
pour moins demander à la charità des amis de son
Å“uvre. Aussi n’en rÃquÃra-t-il plus que peu pour
complÃter ce qui manquait à sa bourse et à celles de
ses paroissiens, devenus aussi plus à l’aise. Le curÃ,
pour sa part, donna beaucoup ; il en Ãtait heureux,

rue Saint-Denis 40 pieds et sur la place de l’Ãglise 180 pieds.

Acte du
8 avril 1774 par-devant notaire Jehanne et Acte de bornage de

l’arpen-
teur J.-II. Raymond, en date du 6 août suivant.

(i) — Acte passà par-devant notaire Jehanne, le S avril 1774,

et
approuvà par Mgr Briand, le 13 mars suivant. Archives

seigneuriales
chez Dr H. -A. Mignault, de Saint-Hyacinthe.

^2) — Mère Saint-Ignace, fille de deux captifs anglais d’Oka,

a ÃtÃ
12 ans supÃrieure gÃnÃrale des SÅ“urs de la CongrÃgation de

MontrÃal,
de 1773 à 1790, Faillon, Vie de la Saur Bourgeoys, II, 442 Ã

462.

SAIXT-DENIS-SUR-RICHELIEU 177

tant il prÃvoyait tout lo bien qu’il procurait à ses
ouailles ainsi qu’à celles des pasteurs voisins.

De sa chère maison, il sortirait des institutrices,
qui enseigneraient à leur tour dans les campagnes jus-
que-là privÃes de toute Ãcole, il en sortirait surtout
d’excellentes mères de famille. Et c’Ãtaient là des
rêves qui devaient avoir leur pleine rÃalisation. Si
Saint-Denis et ses environs comptent tant de demeu-
res, où prÃdominent la bonne Ãducation, les belles
manières et l’esprit profondÃment religieux, il faut
l’attribuer en forte partie au dÃvouement Ãclairà de
celles qui, depuis plus de cent-vingt ans, se dÃpensent
dans la seigneurie à l’abri des murs bÃnis de leur cou-
vent. Elles ont Ãtà les dignes coopÃratrices du prêtre
dans l’oeuvre du salut des âmes ; elles aussi ont pÃnÃ-
trà dans les foyers pour y rÃ[tandre un peu de bon-
heur, tout en prÃparant celui du ciel.

Chacun ayant apportà sa pierre, l’Ãdifice Ãtait
très avancà à la fin de la belle saison de 1782. Il fut
lini durant l’Ãtà suivant et, au commencement d’oc-
tobre de la même annÃe, les deux SÅ“urs missionnaires
y inauguraient les classes. Il restait encore des acces-
soires à ajouter pour rendre l’Ãtablissement complet ;
la quête du jour de la Saint-Denis fut faîte dans ce
but (1) et, peu a[»rès, tout Ãtait en effet bien para-
chevÃ.

Le couvent formait un bel Ãdifice de 40 par 80
pieds. Il n’avait qu’un Ãtage, mais immenses Ãtaient
ï>:es mansardes avec leur double rangÃe de lucarnes.
C’Ãtait en rÃalità un des bons Ãtablissements de la
communautà à cette Ãpoque. Construit en cailloux, il
Ãtait chaud et confortablement divisÃ. L’abbà Clier-

(l) — Registres des dÃlibÃrations d-c Ux fabrique de Saint-

Denis, Red-
dition des comptes de 1783.

178 HISTOIRE DE

rier n’y avait-il aussi rien nÃgligà ; pour être sûr que
tout fût bien exÃcutÃ, il avait lui-même surveillà et
dirigà les travaux. En 1856, la bâtisse Ãtait ÃvaluÃe
à cinq mille deux cents piastres.

Cette construction a- subsistà quatre-vingt-quatre
ans. Mais à la fin elle ne rÃpondait plus aux exigen-
ces modernes, qui attirent et retiennent les Ãlèves, et
d’ailleurs elle n’Ãtait plus assez spacieuse ponr le flot
grossissant de celles qu’on y envoyait cbercher leur
formation.

En 1867, dès le printemps, on la dÃmolit, d’après,
ce qui avait Ãtà dÃcidà l’automne prÃcÃdent, et, sur
les mêmes bases, moins sur le côtà sud, on Ãleva la
maison actuelle, qui mesure 50 par 80 pieds de gran-
deur. Les religieuses, un moment rÃfugiÃes avec leurs
Ãlèves dans la salle publique du presbytère pour ache-
ver l’annÃe scolaire (1), rÃintÃgraient leur domicile
pour la rÃouverture des classes, en septembre suivant.
Joseph Lâpalisse, de Saint-AimÃ-sur-Yamaska, et Elie
Giard, de Pierreville, aujourd’hui de Sherbrooke, tous
deux entrepreneurs associÃs, avaient conduit le chan-
tier avec autant d’expÃdition que d’habiletÃ. Par leur
contrat, passà à la yirocure gÃnÃrale des SÅ“urs de
MontrÃal le 11 novembre 1866, ils devaient bâtir pour
la somme de dix mille huit cents piastres (2), mais Ã
cause d’imprÃvus le couvent fini en a coûtà quatorze
mille.

Il est de jolie apparence. Mieux sorti de terre
que l’ancien, il possède deux Ãtages et demi. Les salles.

(1) — Dans une assemblÃe des marguilliers, en date du 3 mars
1867, il Ãtait convenu de laisser la salle publique du

presbytère ” à la
disposition des SÅ“urs jusqu’à la sortie des Ãlèves”.

/Registres des dÃli-
bÃrations de la fabrique de Saint- Denis.

(2) — Archives de M. Elie Giard, de Sherbrooke.

SAIXT-DENIS-SUR-RICIIELTEU 17

sans y être vaste’*, sont bien ÃrUiirces et convenable-
ment amÃnagÃes (1).

Cette reconstruction, dont les dÃpenses ont Ãtà en
grande partie supportÃes par la maison-mère, est due
en première instance à la Mère Saint- Bernard, native
de la paroisse, alors supÃrieure gÃnÃrale de la commu-
nautÃ. C’est de la part de celle-ci une gÃnÃrosità ca-
pable de i)rovoquer la i)lus vive reconnaissance des
gens de Saint-Denis, surtout quand on sait l’Ãtat de
gêne, dans lequel ont continuellement vÃcu les reli-
gieuses de la CongrÃgation. Aussi les Dyonisiens ne
s’acquittaient-ils que d’un devoir impÃrieux du cÅ“ur,
lorsque, le 24 juin 1900, ils prÃlevaient sur leur fabri-
que la somme de trois mille piastres pour aider le
couvent à se- dÃbarrasser de sa trop lourde dette (2),
contractÃe au temps de la rÃÃdification.

La proximità de l’Ãglise, sans doute, fut constam-
ment d’une grande consolation pour les SÅ“urs mission-
naires. Leur condition de vÃritables paroissiennes les
porta même longtemps à aimer l’arraijgement, qui ne
leur faisait trouver que là le Dieu de TEucliaristie ; mais
le nombre grandissant de leurs Ãlèves dut graduellement
les pousser à dÃsirer d’avoir leur chapelle particulière.
Jusqu’en 1863, elles s’Ãtaient contentÃes d’un petit
oratoire, où, rÃunies autour d’un humble autel, elles
accomplissaient un certain nombre d’exercices en com-
mun. En 1849 seulement, durant toute la retraite
annuelle de l’automne, Mgr Bourget leur avait permis
d’y conserver le trÃsor des Saintes-Espèces (3). La

(1) — L’architecte du couvent a Ãtà H. -M. l’eiiault, de

MontrÃal.
Ses plans et devis sont du 1 1 nov. 1866. Archives de M. Elle

GiarJ, de
Sherbrooke.

(2) — Registres des dÃlibÃrations de la fabrique de Saint-

Denis.

(3) — Le 15 novembre 1849, Mjjr Bourget Ãcrit au curà de Saint-
Denis : “Je vous permets de grand cÅ“ur de cÃlÃbrer, et de garder

le

180 HISTOIRE DE

faveur ensuite ne leur fut plus redonnÃe qu’en septem-
bre 1863, alors que fut bÃnite leur chapelle extÃrieure ;
à partir de cette Ãpoque, l’Hôte divin leur est tou-
jours restÃ.

Le petit temple, aussi propret que sans prÃtention
artistique, où elles voiit maintenant s’entretenir avec
Lui tout à leur aise, fut dÃcidà en 1862 et ÃdifiÃ
l’annÃe suivante. Le renouvellement de la bâtisse du
couvent ne l’a affectà que pour le rendre plus froid, ce
qui a surtout nÃcessità l’importante restauration de juil-
let et août 1881, où il a reçu son parachèvement actuel.

Il forme appendice au corps principal de la mai-
son du côtà de l’Ãglise, de même que la cuisine cons-
titue Ãgalement une saillie au coin sud-ouest.

La chapelle privÃe des SÅ“urs ne les a cependant
pas dÃtournÃes du temple paroissial, où elles persÃvè-
rent à donner avec leurs Ãlèves l’exemple de l’assiduitÃ
aux offices publics. Les SÅ“urs Grises et les Viateurs
en font autant, les unes avec leurs invalides et les
autres avec leurs Ãcoliers. C’est ainsi que les parois-
siens, s’Ãtant habituÃs à toujours attribuer aux rÃunions
de fidèles toute l’importance qu’elles mÃritent, s’y ren-
dent constamment en foule et souvent franchissent de
sÃrieux obstacles pour n’y pas manquer.

La place rÃservÃe aux SÅ“urs de la CongrÃgation
et à leurs Ãlèves dans la deuxième Ãglise Ãtait le jubÃ,
construit expressÃment pour elles (1) ; dans l’Ãglise
actuelle, c’est la chapelle Saint-Andrà qui leur est
aôectÃe. Peu après l’achèvement de ce dernier
temple, pesait sur la fabrique un excÃdent de dÃpenses,
M. Cherrier, gÃnÃreux en toute occasion, quand il

Saint Sacrement clans la chapelle du couvent, pendant tout le

temps de
la retraite “. Archives de rÃvêchê de Saint- Hyacinthe.

(I) — Inventaire du 30 mai 1788. Archives de Pcglise de Saint-
Denis.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 181

s’agissait de ses ouailles et de bien à leur procurer,
s’offrit à combler le dÃficit de ses propres deniers, si
en retour on abandonnait à perpÃtuità aux SÅ“urs
missionnaires et à leurs Ãlèves l’enfoncement sud du
transept appelà la cliapelle Saint-AndrÃ. C’est depuis
la conclusion de ce marchÃ, le 19 mai 1802 (1), que
les religieuses sont en possession de leur place
d’aujourd’hui dans l’Ãglise.

En arrivant dans leur couvent de Saint-Denis, les
SÅ“urs ont ouvert un pensionnat en même temps qu’un
externat, quoiqu’elles ne fussent que deux, et elles
maintinrent l’un et l’autre sans être plus nombreuses,
jusque vers 1850. Inutile après cela de tenter l’Ãloge
de leur dÃvouement, il se voit trop clairement

Elles enseignaient et surveillaient, c’Ãtait la part
la plus absorbante ; elles avaient de plus tout le soin
de leur maison, en particulier de leur cuisine ; et
outre cette besogne elles trouvaient encore le loisir
d’ajouter à leurs fonctions d’institutrices quelque tra-
vail du dehors et notamment l’entretien de la sacristie.
Ce qu’elles accomplissaient ici se poursuivait journel-
lement dans leurs autres missions. Comment Dieu
aurait-il pu ne pas bÃnir une communautà de servantes
aussi zÃlÃes pour l’extension de son règne?

Souvent encore jeunes, elles traînaient courageu-
sement une chaîne d’infirmitÃs pour continuer à faire
le bien ; c’Ãtait le temps de l’Ãpreuve. Maintenant
leur devoir n’est pas moins bien rempli, mais il est
rendu moins pÃnible, quoiqu’il le soit encore frÃquem-
ment.

Depuis un demi-siècle, leur nombre s’est insensi-
blement accru à Saint-Denis ; aujourd’hui elles y sont
ordinairement sept ou huit à l’Å“uvre.

(l) — Registres des dÃlUtÃratious de la fabrique de Saint-

Denis,
Reddition des comptes de i8oi.

182 HISTOIRE DE

Les deux premières qui vinrent furent Catherine
Dailleboust, dite SÅ“ur de la Visitation, supÃrieure, et
Marie-Louise Compain, dite SÅ“ur Saint-Augustin.
Elles Ãtaient respectivement âgÃes de trente-quatre et
de trente-six ans. La plus jeune est plus tard allÃe
mourir à la mission de Deschambault, en 1806 (1), et
sa compagne, dont Dieu eut à son service comme reli-
gieuses les trois sœurs selon le sang et le frère comme
prêtre, fut dans la suite dix-sept ans supÃrieure gÃnÃ-
rale de sa congrÃgation (2) ; c’est durant l’exercice de
cette haute fonction que son frère fut curà de Saint-
Antoine.

En 1812, Josepbte Morneau, dite SÅ“ur Sainte-
CÃcile, Ãtait supÃrieure à Saint-Denis, depuis plusieurs
annÃes. Mais alors elle Ãtait devenue infirme, et sa
compagne Catherine Huot, dite SÅ“ur Sainte Made-
leine, à peine âgÃe de vingt-un ans, la supplÃait pres-
que partout. Cette dernière fut pendant deux ans, de
fÃvrier 1812 à fÃvrier 1814, auprès de cette ancienne
toujours malade, et y donna la mesure de sa vertu (3),
qu’elle devait plus tard faire briller pendant dix-huit
ans à la tête de sa communautà (4).

Six ans après son dÃpart de Saint-Denis, Margue-
rite Richer, dite SÅ“ur de l’Assomption, y mourait, Ã
peine âgÃe de vingt-huit ans. DÃcÃdÃe le 16 fÃvrier
1820, elle fut inhumÃe le surlendemain dans l’Ãglise
paroissiale (5), au caveau de la chapelle retenue pour
les SÅ“urs; c’est la seule religieuse dont les dÃpouilles
mortelles y aient Ãtà dÃposÃes.

{ I ) — Fù Je la Mère Sainte- Madeleine, 30.

(2) — Faillon, Vie de la Saur Bourgeoys, II, 461 et 462.

(3) — Vte de la Mère Sainte- Madeleine, 30 à 32.

(4) — Faillon, Vie de la Sœur Bourgeoys, II, 474. _ __^

(5) — Registres des baptêmes^ mariages et sÃpultures de Saint-

Denis,
à la date du 18 fÃv. 1820.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 183

Prës de vingt ans plus tard, vers 1840, Sœur
Saint-Magloire Ãtait prÃposÃe à la direction de la
maison de Saiut-Deiiis. Sœur Saint-Augustin, deuxième
de ce non\, la remplaça en 1842 et tint le poste pendant
neuf ans ; venue de Terrebonue, elle y est retournÃe
<ii.i quittant la mission dyonisienne.
. ; SÅ“ur Saint-Jacques lui succÃda pendant un an,
puis vint Su’ur Sainte-Blandine. Celle-ci, durant ses
?e[»t annÃes de directorat, vit rapidement diminuer le
uombre des Ãlèves internes. D’environ quarante
qu’elles Ãtaient à son arrivÃe, leur nombre dese.eudit
à un chiftVe si minime qu’il ne permettait plus au pen-
sionnat de se maintenir. Ayant sur ces entrefaites
obtenu son rappel vers le mois de janvier 1859, SÅ“ur
Sainte-Auastasie vint achever l’annÃe scolaire à sa
place, et, l’automne suivant, on n<mimait au poste
devenu embarrassant une jeune religieuse dans tout
l’Ãpanouissement de son talent et de son activitÃ. Com-
me à ces qualitÃs celle-ci joignait les avantages de bien
connaître son champ d’opÃration, Saint-Antoine Ãtant
sa paroisse natale et la maison son alma-mater, on
appuyait sur cette ancienne Ãlève les plus brillantes
espÃrances ; l’attente n’a pas Ãtà trompÃe. Pendant
douze ans d’abord, elle y a Ãtà à l’Å“uvre, et plus tard,
durant encore deux ans, de 1889 à 189Ï. Cette supÃ-
rieure, dont le succès a couronnà le dÃvouement, est
Sa’ur Saint-Isidore, nÃe en 1832 du nuiriage de Pascal
Archambault avec Agathe DuprÃ. Après cinq ans
d’Ãtudes sous SÅ“ur Saint-Augustin, elle Ãtait entrÃe
au noviciat, à l’îlge de dix-huit ans, et c’est neuf ans
plus tard qu’elle revenait sous le toit aimÃ, oii s’Ãtait
dÃveloppÃe sa vocation.

Son administration, si fÃconde en magnifiques
rÃsultats, a Ãtà particulièrement marquÃe par la cons-
truction de la chapelle et la reconstruction du couvent.

1 84 HISTOIRE DE

Elle a tant fait dans cette mission qu’elle peut ajuste
titre en être considÃrÃe comme la seconde fondatrice.
Quand elle la quitta la première fois, celle-ci Ãtait Ã
son apogÃe (1). Se coudoj^aient alors dans les salles
trop Ãtroites du pensionnat près de cent Ãlèves, et
TannÃe suivante, cent-une bien comptÃes ; ce fut le
point culminant sous ce rapport (2) Ce chiffre toute-
fois ne pouvait se soutenir ; il varie aujourd’hui entre
vingt-cinq et trente.

En 1871, SÅ“ur Saint-Isidore, Ãtant fatiguÃe, fut
rappelÃe à la maison-mère pour se reposer (3) dans
des occupations moins absorbantes, pendant un an ;
puis, durant trois autres annÃes, elle y fut Ãconome.

Elle fut ensuite supÃrieure locale à Saint-Eustache
et à Sainte-Famille-d’OrlÃans, d’où elle revint à Saint-
Denis. Actuellement elle est supÃrieure à Berthier-
ville, après l’avoir Ãtà trois ans à l’acadÃmie Notre-
Dame, de MontrÃal.

SÅ“ur Sainte-Marie-Anne, nÃe Bertrand, à Sainte-
Croix-de-Lotbinière, a Ãtà supÃrieure dans la mission
dyonisienne aussi à deux reprises ; la première fois, elle
recueillit la succession de SÅ“ur Saint-Isidore, en 1871,
et la garda huit ans ; plus tard, en 1881, elle est reve-

(i) — rendant le premier terme de l’administration de SÅ“ur
Saint-Isidore, i6 Ãlèves ont quittà le couvent pour entrer dans

la vie
religieuse.

(2) — En 1S63, il y avait au couvent 120 Ãlèves; en 1867, 45
externes et 83 pensionnaires ; en 1872, 50 externes et loi

pensionnaires ;
en 1876, 30 externes.

(3) — Mère Saint-Victor, supÃrieure gÃnÃrale des SÅ“urs de la
CongrÃgation, Ãcrit de MontrÃal au curà de Saint-Denis, en date

du 4
août 1871 : ” Ma SÅ“ur Sainte- Marie- Anne, qui est chargÃe de

cette
lettre, se rend à Saint-Denis pour remplacer, à la tête de

notre mission,
ma Sœur Saint-I»idore, qui y a travaillà pendant 12 ans avec

zèle et
dÃvouement. . . Ma SÅ“ur Saint-Isidore, dont la santà est

fatiguÃe “, . . .
prendra ” quelque temps de repos à la maison-mère “.

FAMILLE MIGNAULT.

m

i

Mhï’Q Saiiit-lH’nmrd (\k 10

!)•

WÊÊ

ff 11

J/alti>r ric’ri\’-M:ti-‘u’ ([» 2.H).

.K’aii-lîiisilr (p. l():î).

SAINT-DENIS-SUR-RIfRELIRU 185

nue pour occuper la même position pendant cinq nou-
velles annÃes. C’est sous sa dernière administration
que se solennisèront avec toute la pompe possible le
centenaire de la fondation de cette maison et, en même
temps, les noces d’or de religion de la Mère Saint-
Bernard. De plus, la double fête coïncidait avec la
consÃcration de l’Ãglise.

MgrMoreau et ses collègues, NN. SS. Racine, de
Chicoutimi et de Sherbrooke, y participèrent, entou-
rÃs d’une vingtaine de prêtres. Grandioses furent les
cÃrÃmonies religieuses et profanes, tant chaque cho-
se avait Ãtà soigneusement prÃvue et organisÃe.
Le 3 octobre 1883, c’Ãtaient la consÃcration, le banquet
otlert parles religieuses, puis une grande sÃance drama-
tique et musicale au couvent ; le soir, splendide illu-
mination. Le lendemain, messe pontificale des noces
<ror par Mgr Dominique Racine, sermon par Mgr
Antoine Racine, et, pour clore les rÃjouissances, adresse
des paroissiens à Mère Saint-Bernard avec rÃponse en
son nom par le curÃ. Le corps musical Philharmo-
nique, de Saint-Hyacinthe, avait Ãtà partout de la
partie pour rehausser l’Ãclat des diffÃrents articles du
programme (1).

SÅ“ur Sainte-Marie-An ne, partie de Saint-Denis
trois ans plus tard, a Ãtà dans la suite supÃrieure Ã
l’acadÃmie Bourgeoys, de MontrÃal.

Dans l’intervalle de ses deux sÃjours à Saint-
Denis, il y eut ledircctorat pour ainsi dire intÃrimaire
de SÅ“ur Saint-Octave, issue de la famille Beaudin, do
Châteauguay.

En 188G, SÅ“ur Saint-Maximin, nÃe Charest, au
Côteau-du-L;ic, la remplaçait dÃfinitivement. Celle-ci

(t) — Journal du collège de Saint-Denis, aux dates des 2, 3 et

4
octobre 1883.

186 HISTOIRE DE

a occupà le poste pendant trois ans. Son dÃcès est
survenu, en 1895.

Et ce fut le retour de SÅ“ur Saint-Isidore. C’est
de ses mains que Sœur Saint-Aimà (1), en 1891, reçut
les rênes du gouvernement de la maison. En 1898, cette
dernière, après les avoir gardÃes sept ans, les abandon-
nait pour aller prendre celles du couvent de Château-
guay, et laissait sa position de Saint-Denis à Sœur
Sainte-Marie-d’Egypte, qui elle-même l’a cÃdÃe à SÅ“ur
Sainte-EmÃrentienne, en 1901.

Aussitôt qu’il s’Ãtablit une commission scolaire
dans la seigneurie, les religieuses s’empressèrent d’en
reconnaître la juridiction pour l’externat, dans l’espoir
d’y trouver avantages pour les aider à vivre. Jusque-Ui
elles avaient constamment enseignà presque gratuite-
ment à toutes les filles qu’on ne leur envoyait que
pour les classes. Il y eut toutefois quelques annÃes
d’exception dans le temps des Ãcoles de fabrique.

Cependant les premiers secours des commissaires
ne furent pas Ãnormes ; en 1849, ils se rÃduisaient Ã
sept piastres et demie par annÃe. Ils ont augmentÃ
graduellement, à mesure que l’on savait mieux apprÃ-
cier le bienfait de l’instruction ; et, à partir de 1863,
ils ont presque toujours Ãtà de cent-soixante piastres
annuelles. Ce fut quelques annÃes moins et d’autres
plus ; en 1872, c’Ãtaient deux cents piastres.

Rarement on a pensà dans la paroisse à tester en
faveur des religieuses qui s’y dÃvouent. Marie Demers,
sÅ“ur de l’ancien curà et veuve d’Alexis Patenande, a
seule dÃrogÃ, en leur lÃguant quatre cents piastres,
en 1873.

Cette charitable femme a surtout disposà de sa
fortune pour la fondation de l’hôpital.

^i) — NÃe CharloUe Charlehois, à Pointe-Claire.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEi;

187

Le couvent compte toutefois, outre cette personne,
beaucoup de gÃnÃreux bienfaiteurs et, en particulier,
chacun dos curÃs qui ont suivi M. Cherrier. Ils y ont
souvent mis de leurs Ãconomies. Cette institution leur
Ãtait trop chère pour qu’ils la vissent pÃricliter, et ils
lui donnaient pour la sustenter, surtout en lui attirant
des Ãlèves.

CHAPITRE XX

L’essaim virginal de Saint-Denis à l’Hopital-GÃnÃ-
ral de MontrÃal, à la CongrÃgation-de-Notre-
Dame, à la Providence, à l’Hôtel-Dieu de Saint-
Hyacinthe, dans la communautà des Saints-
Noms-de-JÃsus-et de Marie, à la PrÃsentation-
de-Marie, au Bon-Pasteur, chez les Soeurs
Saint-Joseph et Sainte-Marthe de Saint-Hya-
cinthe, au Carmel et au PrÃcieux-Sang. Son
dÃnombrement. Notes biographiques. 1814-
1905.

La cause principale du dÃveloppement des voca-
tions religieuses chez les filles de Saint-Denis a ÃtÃ
sans doute le couvent. En effet, quelle force plus
entraînante que l’exemple ? Les S<purs, avec leur dÃ-
vouement santi bornes, parlaient plus haut que toutes
les exhortations ne l’auraient pu faire. Leurs Ãlèves
Ãtaient les tÃmoins quotidiens de cette vie cousue de
sacrifices et de bonheur. Et pourquoi n’auraient-elles
pas communiquà leurs impressions aux compagnes
moins bien partagÃes qu’elles ? Les âmes avides d’im-
molation se sentaient ainsi portÃes de toutes parts Ã
se consacrer plus entièrement au service de Dieu.
Mais à ces âmes il fallait plus que de saints dÃsirs pour
se ranger comme victimes sous une règle monastique :
un appel spÃcial du Saint-Esprit s’imposait, et ou tar-
da longtemps à l’entendre. Ce n’est qu’en 1814 qu’il
eut lieu en faveur de l’heureuse EmÃlie Cherrier.
Celle-ci Ãtait la nièce du curà Cherrier et la fille de
Benjamin, l’un des premiers dÃputÃs du comtà de

190 HISTOIRE DE

Richelieu. ÃŽSTÃele 30 avril 1795, elle entrait, à Tâge de
dix-neuf ans, chez les Sti-nrs Grises de MontrÃal.
C’Ãtaient là les prÃmices de Saint-Denis à la vie reli-
gieuse. Le second choix d’En-haut n’a eu sa rÃponse
que dix-sept ans plus tard. Mais le mouvement s’est
ensuite doucement accentuà et, depuis trente ans, il
ne s’Ãcoule pas d’annÃe sans qu’il se dÃclare quelque
vocation à une existence plus parfaite. Jusqu’à ce
Jour, la parois?e a fourni quatre-vingt-onze religieuses,
distribuÃes dans onze communautÃs diti’Ãrentes.

La fondation de Madame d’Youville (1) avait
soixante-sept ans d’existence lorsqu’EmÃlie Cherrier
frappa à la porte de cette communautÃ. î^ommÃe
SÅ“ur Cherrier à sa prise d’habit, elle avait à sa mort
soixante-douze ans, dont cinquante-trois de religion.

Les quatre filles de Toussaint Lajoie (2) et de Vic-
toire Charron ont ÃtÃ, plus de soixante ans après, le:^
premières à suivre les traces de cette devancière vers
le même institut. CÃleste et Alphonsine ont obtenu
leur entrÃe au commencement d’août 1876, Vitaline et
Domitille, le 14 suivant, Ãtant toutes respectivement

(1) — Cette commtinai’.tÃ, fondÃe en 1747, a pour but : fe srnn

des
vieillards et des infirmes des deux sexes, des orphelins et

orphelines ;
l’Å“uvre des eiifants trouvÃs ; la visite des malades à domicile

; les veilles
à leur chevet ; la tenue de pharniacies et de dispensaires pour

les pauvres,
de salles d’asile et d’Ãcoles ÃlÃmentaires. Cadieux ei DÃrome, Le
Canada ecclÃsiastùjue de 1905, 264. — Cf. Failton, Vie de Mme

tf Yoti-
vilk ; Jette, Vie de la VÃnÃrable Alère d” Youville.

(2) — La famille Masseleau-Lajoie, Ãteinte à Saint-Denis en

1896,
y vivait depuis 1785 environ. Son premier ancêtre canadien Ãtait
Mathias, soldat, arrivà de Chatenaye, en Lorraine, au cours de la

guerre
de Cession. C’est son fi?s Pierre, qui vint à Saint-Denis. Au

recense-
ment de 1801, il avait 37 ans, son Ãpouse Françoise Maillet 34,

et ses^
enfants Ãtaient Pierre, Françoise, Joseph, Marguerite et Jean-

Baptiste,
respectivement .âgÃs de 10, 9, 7, 6 et 4 ans. Les quatre SÅ“urs

Grises de
MontrÃal descendent de Joseph, qui est leur aïeul. Tanguay,

Diet. gèn.,
V. 560 ; R(‘xi”f>’i’s des baptêmes, mariages ci scptiltures de

S. Denis.

SAIXT-DÇNIS-SUR-RIGHELIEO 191

âgÃes de vingt-deux, dix-sept, vingt et dix-neuf ans.
Leurs noms en religion sont : SÅ“urs Masseleau, Chai’-
ron, Cherrier et Thuot.

Les autres D3’onisiennes dans la même commu-
nautà sont: SÅ“ur Duroclier, nÃe Rosilda Durocber le
20 juin 18()8, entrÃe le 18 juin 1891 et dÃcÃdÃe le 4
novembre 1895 ; SÅ“ur Saint- Ambroise, nÃe Ernes-
tine Thibodeau le 3 août 1866 et entrÃe le 3 mars
1892 ; So’ur Latlamrae, uÃe Rosilda Laflauime le 20
janvier 1867, entrÃe le 2 fÃvrier 1895 et dÃcÃdÃe le 15
janvier 1903 ; et une seconde SÅ“ur Latiamme, nÃe
Marie-Anne Lajoie le 21 mai 1881 et entrÃe le 8
dÃcembre 1900 ; celle-ci est la nièce des quatre autres
Sœurs du même nom de taniille dans la même com-
7nunautÃ.

Des neuf Dyonisiennes admises au nombre des
StÃurs Grises de MontrÃal, six sont encore vivantes.

La seconde vocation religieuse de Saint-Denis fut
pour l’institut des SÅ“urs enseignantes de la paroisse.
Ce qu’il y a d’Ãtonnant, c’est qu’elle n’ait pus surgi
plus tôt. La petite Sophie, iille du maître-chantre
Etienne MignauU, nÃe le 5 octobre 1812, an dÃbut de
la gn erre avec les Etats-Unis, est celle que Dieu avait
destinÃe à ouvrir la marche vers la congrÃgation de la
VÃnÃrable Marguerite Bourgeo^’s, et combien glorieu-
sement elle se prêta aux intentions du divin Maître !
Cette enfant avait appris dans un âge très tendre à aimer
ses futures sœurs en religion, en passant des genoux
de sa mère aux classes du couvent, près duquel elle
grandissait. Aussi avant d’atteindre ses dix-neuf ans,
n’ayant dÃjà plus de doute sur la volontà du Seigneur
à son Ãgard, soumettait-elle sa demande d’admission k
la maison-mère de MontrÃal ; le 22 août 1831, elle
s’y rendait effectivement comme postulante. Le jour
de la PrÃsentation de Marie 1833, elle pronomait ses

192 HISTOIRE DE

vÅ“ux. Depuis lors, elle a rendu à sa communautÃ
d’adoption les services les plus signalÃs tant par la pra-
tique des plus brillantes vertus que par l’exercice des
plus importantes fonctions. Après avoir Ãtà mission-
naire à Laprairie, à Berthier et à QuÃbec, elle Ãtait rap-
pelÃe à la maisoii-mère comme maîtresse des novices.
Elle remplit cet emploi, de 1850 à 1861. Puis, y ayant
donnà la mesure de ses capacitÃs, elle se vit Ãlever une
première fois à la charge de supÃrieure gÃnÃrale, qu’elle
garda alors de 1861 à 1864, et plus tard de 1882 Ã
1885. Dans l’intervalle, elle a Ãtà première conseillère,
assistante-gÃnÃrale, et supÃrieure-vicaire à QuÃbec (1).
Enfin elle prenait ses quartiers de vieillesse, en 1888.
Cette Mère, nommÃe Saint-Bernard, a encore illustrÃ
ce nom par une rare dÃvotion à la sainte Vierge, par
une vÃnÃration filiale envers l’Eglise et un zèle ardent
pour la majestà du culte (2). C’est le 28 dÃcembre
1890 que Dieu l’a conviÃe à la rÃcompense.

Ses suivantes de Saiut-Denis dans la même con-
grÃgation ont Ãtà jusqu’ici au nombre de vingt-cinq.

SÅ“ur Saint-Etienne, nÃe AdÃlaïde Jarret- Vincent
en 1823, l’a imitÃe à quinze ans de distance, en 1846.

SÅ“ur Sainte-EuphÃmie. nÃe Adeline-ZoÃ, fille dn
capitaine Benjamin Richer et petite-fille du tribun
Louis Bourdages par sa mère, a Ãtà admise dans la
communautà en 1845, à l’îîge de seize ans seulement.
Elle y est morte six ans plus tard.

SÅ“ur Sainte- AurÃlie, nÃe Marie -Louise -Julie
Leblanc, fille de Louis et nièce des quatre prêtres
Leblanc, est entrÃe en 1849, à l’âge de dix-sept ans.
Elle est morte après douze ans de vie religieuse.

(1) — Album des noces d’or de Mère Saint-Bernard en 1883, et
Journal de la maison-mère. Archives de la CongrÃgation de

Notre-Dame.
à MontrÃal.

(2) — Mortuologe manuscrit de la CongrÃgation de Notre-Dame.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 193

SÅ“ur Saint-Henri, nÃe Julie-Adeline Levître en
1834, a Ãtà baptisÃe à Albany, Ãtat de New-York,
mais est arrivÃe à Saint-Denis assez jeune pour être
considÃrÃe comme une de ses enfants. Admise au
noviciat en 1851, elle a comptà ensuite plus de cin-
quante annÃes de profession. Elle vient de dÃcÃder,
en 1905.

SÅ“ur Saint-Herman-Joscph,nÃe Emilienne TÃtreau
en 1836, a Ãtà reçue dans la communautÃ, à l’âge de
quinze ans seulement. Elle n’a pas, malgrà cette prÃ-
cocitÃ, fourni plus longue carrière ; elle est morte en
1860.

SÅ“ur Sainte-Madeleine-de-Pazzi, nÃe Marie-Adèle
Joubert en 1835 et entrÃe en 1853, est la descendante
du vÃnÃrable pionnier Pierre Joubert.

SÅ“ur Sainte-ElÃonore, nÃe Marie Laflamme, sÅ“ur
du curà de Farnham, est entrÃe en 1856, à l’âge de
vingt-six ans. Institutrice fort recherchÃe avant son
admission en communautÃ, elle n’a pas manquà d’avoir
ses succès dans la suite. La plupart du temps, on lui
confiait de nombreuses classes. Elle est morte en
1879, des consÃquences d’une chute.

SÅ“ur Saint-Joseph-d’Ariraathie, nÃe Agathe
Malbœuf en 1834, commençait son noviciat en 1858,
après avoir Ãtà plusieurs annÃes institutrice dans la
paroisse.

SÅ“ur Saint-Jean-de-Matha, supÃrieure actuelle de
la mission de Beau port, est nÃe Julie Leblanc, en 1851,
et est en religion, depuis l’âge de dix-sept ans.

Sa-urs Sainte-Marie-Hubert et Saint-Pacifique,
sÅ“urs consanguines du curà de La PrÃsentation, sont
entrÃes la première en 1868, à l’âge de vingt-un ans, et
la deuxième en 1874, à l’âge de dix-huit ans. Elles ont
Ãtà respectivement baptisÃes sous les noms de Virginie
et d’Eulalie ParÃ. L’aînÃe est supÃrieure à Windsor-

194 HISTOIRE DE

Mills après l’avoir Ãtà longtemps à Iberville, et l’autre
est à la tête de l’Ãcole Saint-Eusèbe de MontrÃal.

Sœurs Sainte-Azèle et Saint-Oswald, deux fois
sÅ“urs aussi, nÃes Marguerite et Azilda Cordeau, ont
fait leurs adieux au monde en 1874 et 1881, alors ^es-
pectivement âgÃes de vingt et vingt-quatre ans.

SÅ“ur Sainte-Eulalie-de-MÃrida, nÃe Herculine
FrÃdette, fille d’un ancien maire de la paroisse, est
entrÃe en 1878, à l’âge de dix-sept ans. Elle est
actuellement supÃrieure à Pictou, dans l’île du Cap-
Breton.

SÅ“ur Saiute-LÃocade, nÃe Octavie Benoit, est
entrÃe à l’âge de dix-huit ans, en 1878.

SÅ“ur Saint-Josepli-des-SÃraphins, nÃe CordÃlia
Richard en 1859, est entrÃe à l’âge de vingt-quatre ans.

SÅ“ur Saint- ValÃrien, nÃe Eosalba Dragon en
1869, est entrÃe en 1888.

SÅ“ur Saint-Isidore-de-SÃville, nÃe DÃlia Jalbert
en 1871, est eqtrÃe, en 1890, et a prononcà ses vÅ“ux
dans sa famille, quelques jours avant de dÃcÃder, en
1893.

SÅ“ur Leblanc, religieuse converse, baptisÃe sous
le nom d’ Azilda Leblanc en 1874, est entrÃe à l’âge de
dix-sept ans.

SÅ“ur Sainte-Marie-Ovide, nÃe Ludivine en 1871,
fille du notaire ZÃphirin Saint-Aubin, est entrÃe en
1894.

Sa*ur Saint-Cyriac, nÃe Alexina Lussier en 1875,
est entrÃe en 1895.

SÅ“ur Saint-ThÃodoric, nÃe Alexandrine Bour-
dages, le 3 novembre 1877, est l’arrière-petite-fille du
tribun de cette famille. Elle a fait son entrÃe en reli-
gion en 1895, en même temps que Sœ-urs Saint-Cyriac
et Sainte-ZoÃ.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 195

‘ •

Cette derniëre, nÃe Lydia Gaudette en 1875, est
la niëce des Sœurs Sainte-Az^le et Saint-Oswald.

So’ur Sainte-Julie-de-MÃrida, nÃe Graziella Dra-
gon en 1876, est entrÃe en 1901.

SÅ“ur Saint- Joseph-de-l’EspÃrancer, nÃe Maria Dra-
gon, en 1881, nièce de la prÃcÃdente, est Ãgalement
entrÃe en 1901.

Sept des vingt-six Djonisiennes, admises à la Con-
grÃgation, ont Ãtà appelÃes dans un monde meilleur.

Après r Hôpital-GÃnÃral de MontrÃal et la Con-
grÃgation-de-Notre-Dame, ce fut le tour delà Provi-
dence (1), H qui Saint-Denis a fourni une de ses fon-
datrices dans la personne de SÅ“ur Marie-des-Sept-
Douleurs, nÃe Justine Michon et sÅ“ur de l’abbà Jac-
ques-Denis. C’est en 1843, à l’âge de vingt-sept ans,
qu’elle coopÃra ainsi à la crÃation delà nouvelle famil-
le religieuse. Elle fut ensuite appelÃe k siÃger long-
temps au conseil gÃnÃral de la communautà en qualitÃ
d’assistante. Pleine de mÃrites, elle s’est endormie
dans le Seigneur en 1894, après cinquante-un ans de
religion.

SÅ“ur Marie-du-Crucifix, nÃe AngÃlique Richard
en 1823, a suivi cette co-paroissienne, à cinq ans de
distance. Elle est morte, après dix-huit ans de reli-
gion, en 1870.

Les autres qui emboîtèrent le pas sur ces devan-
cières sont au nombre de six et sont toutes vivantes,
moins une.

SÅ“ur Marie-Ludivine et Marie-de-la-Providence,

(I) ^ Les SÅ“urs de la Chantà de la rrovidcnce ont Ãtà fondÃes Ã
MontrÃal, le 25 mars 1843, ^””^ ‘^ haute direction de Mgr

Bourget.
Leur but est particulièrement le soulagement spirituel et

temporel des
pauvres et des malades, l’Å“uvre des orphelins et des vieillards,

la visite
des malades à domicile et l’instruction de la jeunesse. Cadieux

e(
Derome, Le Canada eccl. de 1905, 271.

196 HISTOIRE DE

sÅ“urs de l’abbà ElisÃe Gravel et nièces de l’ancien
Ãvêque de îTicolet, sont entrÃes la première en 1864, Ã
l’âge de vingt ans, et la seconde en 1874, à l’âge de
dix-sept ans. Elles ont Ãtà baptisÃes sous les noms
respectifs de CornÃlie et d’AurÃlie.

SÅ“urs Marie-AurÃlie et Marie-de-la-Compassion,
baptisÃes sous les noms de Marie-Anne et d’Amanda,
sont les .sœurs du Père Donat Richard. Elles sont
entrÃes la première en 1867, à l’âge de dix-huit ans,
et l’autre en 1886, à l’âge de vingt-deux ans. Après
avoir Ãtà supÃiieure locale à la mission sauvage de
Yakima, Ãtat de Washington, de 1889 à 1897, l’aînÃe
est depuis lors à la tête de l’hôpital de Vancouver,
dans le même Ãtat.

SÅ“ur Marie-des-Sept-Douleurs, nÃe AlmÃrie Gra-
vel, nièce des prÃcÃdentes SÅ“urs Marie-Ludivine et
Marie-de-la-Providence, a Ãtà admise dans la commu-
nautà en 1895, à l’âge de dix-neuf ans. Elle dÃcÃdait
dÃjà en 1903.

SÅ“ur MÃthode, nÃe Marie-Louise- Albhia GariÃpy
en 1876, est le dernier sujet de Saint-Denis entrÃ
dans l’institut de la Providence. Elle y a Ãtà admise
en 1901.

L’Hôtel-Dieu de Saint-Hyacinthe (1) n’existait
que depuis cinq ans, lorsque s’y prÃsenta la première
fille de Saint-Denis dans la personne de Josephte
Girouard, le 28 octobre 1845. En religion, celle-ci a
conservà son nom de SÅ“ur Girouard. NÃe le 28
fÃvrier 1826, elle est dÃcÃdÃe, le 21 mars 1858.

(I) — Cette communautÃ, qui n’est qu’un dÃtachement des SÅ“urs
Grises de MontrÃal opÃrà en 1840, a pour but ” toutes les Å“uvres

de
misÃricorde tant spirituelles que corporelles envers les pauvres

et les
nÃcessiteux, infirmes ou malades, depuis les vieillards jusqu’aux

jeunes
enfants orphelins ou abandonnÃs”. Cadieux et Derome, Le Canada
eccl. de 1905, 269.

SAINT-DENIS-SUR-RICIIELIEU 197

SÅ“ur Sainte-Croix, nÃe Domitille Phaneuf le 6
avril 1833, est entrÃe après cette première, à l’âge de
dix-neuf ans, le 14 janvier 1853. En 1878, elle Ãtait
supÃrieure de l’hôpital de Saint- Johnsbury.

SÅ“ur Archambault, nÃe le 19 fÃvrier 1838, du
mariage de Toussaint Archambault avec Monique
Langevin, a Ãtà baptisÃe sous le nom d’Odile. C’est
dans le cours du mois d’août 1856 qu’elle a revêtu les
livrÃes de la plus fidèle amie du pauvre et de l’orphe-
lin. Elle fat nommÃe supÃrieure locale à Marievillc
en 1870, dÃpositaire à la maison-mère en 1875, assis-
tante Ãgalement à la maison-mère en 1880 et, de 1885
à 1895, elle a Ãtà supÃrieure gÃnÃrale de sa commu-
nautÃ. Ensuite elle est retournÃe à la tête de la mis-
sion de Marieville ; puis elle est redevenue assistante
à la maison-mère.

Les autres Sœurs Grises de Saint-Denis à Saint-
Hyacinthe sont au nombre de quinze.

SÅ“ur Michon, nÃe Elmire Michon le 30 novembre
1834, est entrÃe, le 20 octobre 1856, et est morte, le 27
mars 1874.

SÅ“urs Huard et Marie-de-la-PrÃsentation, filles de
Jean-Baptiste Huard et de ThaddÃe Charron, sont
toutes deux entrÃes en novembre 1867. La première,
nommÃe Vitaline, avait alors vingt-deux ans, et l’autre,
ThaddÃe, vingt-quatre ans. La plus jeune est dÃcÃdÃe,
le 28 octobre 1879.

SÅ“ur Chenette, nÃe Jessà Chenette, le 18 mai
1853, et entrÃe le 11 août 1869, est morte, le 15 fÃvrier
1881.

SÅ“ur Leblanc, nÃe Adeline Leblanc, du mariage
d’Augustin Leblanc et de Scliolastique Chenette, le
15 juillet 1844, est entrÃe, le 12 août 1870. En 1893,
elle Ãtait supÃrieure de l’hôpital de Lewiston, dans le

198 HISTOIRE DE

Afaine. Actuellement elle exerce les mêmes fonctions
dans sa paroisse natale.

SÅ“ur Bousquet, qui a prÃcÃdà SÅ“ur Leblanc dans
là direction de l’hôpital de Saint-Denis, est nÃe Her-
mine Bousquet. La prieure carmÃlite Raphaël-de-la-
Providence est sa sœur.

SÅ“ur Roj, nÃe EmÃlie Roy le 8 janvier 1856, est
entrÃe le 10 août 1876 et, treize ans après, elle avait
dÃjà fini sa carrière de religieuse, ayant rendu son âme
;\ Dieu, le premier octobre 1889.

SÅ“ur Michon, nÃe Alphonsine Phaneuf, est entrÃe
le 17 dÃcembre 1877, à l’âge de vingt-un ans. L’abbÃ
Louis-Alphonse est son frère.

SÅ“ur Marie-de-Lourdes, nÃe EugÃnie (^uertin,
sÅ“ur de l’abbà Ludger, est entrÃe le 8 septembre 1886,
à l’âge de vingt-trois ans. Elle est dÃcÃdÃe, après
cinq ans de religion, le 25 juillet 1891.

SÅ“ur VÃzina, nÃe Louise VÃzina, sÅ“ur des abbÃs
Arthur, Albert et Ernest et du Père Wilbrod, est
entrÃe à l’âge aussi de vingt-trois ans, en 1887. Elle
est dÃcÃdÃe, le 19 mai 1894. C’est à MontrÃal qu’elle
a vu le jour, mais elle est arrivÃe à Saint-Denis encore
jeune et y a reçu son instruction.

SÅ“ur Charron, nÃe Amanda Bousquet le 16 juillet
1866, est entrÃe le premier septembre 1887.

SÅ“ur Saint-AndrÃ-Avellin, nÃe PomÃla Archam-
bault le 21 novembre 1868, est entrÃe le 16 mai 1889.

SÅ“ur Saint- Amable, nÃe Rosilda Girard le 10 juil-
let 1871, est entrÃe le 19 octobre 1889.

SÅ“ur Richard, nÃe Claire Richard le premier sep-
tembre 1865, est entrÃe le 2 mai 1892. Elle est morte,
le 9 octobre 1895.

SÅ“ur Marie-de-Lourdes, nÃe HermÃline Areham-
bault le 30 janvier 1872, est entrÃe le 26 octobre 1892.

SÅ“urs Marie-Edouard et Plante, nÃes, SmÃralda

SAINT-DENIS-SUR-RICIIELIEU 199

et Marie-Sylvia, du mariage d’Elphège Plante avec
AurÃlie BÃlanger, le 15 mars 1880 et le 25 avril 1882,
sont entrÃes les 30 juillet 1896 et 16 septembre 1902.

Outre celles sus-mentionnÃes, il y a eu de Saint-
Denis dans la même communautà trois religieu-
ses dites Petites SÅ“urs, ce sont : SÅ“ur Maria, nÃe
Maria Courtemanche le 26 juillet 1818, entrÃe le 4
dÃcembre 1889 et dÃcÃdÃe le 13 septembre 1896 ;
SÅ“ur Hermine, nÃe Hermine Leblanc, le 17 avril
1864, entrÃe le 2 juin 1897 ; et SÅ“ur Louisa, nÃe
Marie-Louisa HamÃlin, le 22 octobre 1875, entrÃe le
24 août 1901.

Aujourd’hui il reste encore quatorze religieuses de
Saint-Denis cbez les SÅ“urs Grises de Saint-Hjacintlic
sur les vingt-trois qui y ont fait profession.

La fondatrice de la communautà des Saints-Noms-
de-JÃsus-et-de-Marie (1) n’Ãtait pas une enfant de
Saint-Denis, mais elle avait reçu son instruction au
couvent de la paroisse et y avait imprimà un souvenir
des plus vivaces (2). Ce qu’on parlait souvent de cette
illustre ancienne et de son Å“uvre ! Aussi deux des
Ãlèves, qui la suivirent sur les bancs de la maison,
s’ enrôlèrent-elles de son vivant au nombre de ses filles
spirituelles. Ce sont Elmire et CordÃlie Bruneau,
nièces du curà BÃdard, entrÃes au commencement de
l’annÃe 1849. Elles avaient alors respectivement

(1) — Cette communautÃ, dont le but est l’instruction des

jeunes
filles, a Ãtà fondÃe à Longueuil, le 28 octobre 1843 ‘>

aujourd’hui elle ne
compte pas moins que 964 professes. Cadieux et Derome, Le Canada
eccl. de 1905, 277. — Cf. PrÃtôl, Mère Marie-Rose.

(2) — SÅ“ur Marie-Rose, nÃe Malvina et non Eulalie Durocher,
fondatrice de la communautà des Saints-Noms-de-JÃsus-et-de-Marie,

a
Ãtà inscrite au nombre des Ãlèves du couvent de Saint-Denis, Ã

la rentrÃe
des classes de 1821, à l’âge de 10 ans, et y a fait un sÃjour

de 2 ans.
C’est pendant ce temps-là qu’elle a participà au banquet

eucharistique
pour la première fois. PrÃtôt, Mère Marie-Rose, 47 à 52.

200 HISTOIRE DE

atteint leur vingt-liuitième et vingt-troisième annÃe,
et furent, le 19 mars de cette même annÃe, de la der-
nière prise d’habit qu’ait contemplÃe leur Mère adop-
tive. En religion, elles se nommèrent Sœurs Marie-
Rose, en mÃmoire de la fondatrice dÃcÃdÃe le 6 octo-
bre 1849, et Marie-des-Sept-Douleurs. L’auge de la
mort les a ravies à l’affection de leurs compagnes, en
1864 et 1852 (1).

SÅ“ur Alarie-Arsène, nÃe Philomène MÃuard en
1838, est eutrÃe ensuite en 1855 ; elle dÃcÃda, eu 1902.

SÅ“ur Alarie-Alexaudre, nÃe OmÃliue Duplaquet-
Larabert eu 1840, est entrÃe eu 1857. Elle a Ãtà secrÃ-
taire gÃnÃrale, à Hochelaga, de 1886 à 1895, puis
supÃrieure provinciale d’Ontario jusqu’à sa mort, sur-
venue en 1901.

SÅ“ur Marie-Bathilde, nÃe Henriette Laforce, en
1850, et fille d’un ancien maître-chantre de la paroisse,
est entrÃe en 1866.

SÅ“ur Antoine-de-Padoue, nÃe Marie-Louise
Archambault à Saint-Antoine en 1874, Ãtait encore
jeune, lorsque ses parents traversèrent à Saint-Denis
pour s’y fixer. C’est de cette paroisse-ci qu’elle partit,
en 1895, pour en être la dernière recrue dans la commu-
nautà des Saints-Noms-de-JÃsus-et-de-Marie. Mainte-
nant, avec la prÃcÃdente, elle est la seule qui y sur-
vive ; leurs quatre autres dÃvaucières sont dÃcÃdÃes.

Les SÅ“urs de la PrÃsentation-de-Marie (2)

(1) — Le Père PrÃtôt dit ” que leur gÃnÃrosità ne le cÃdait

pas Ã
celle de leurs aînÃes. Mlle Elmire avait plus d’extÃrieur que sa

sœur,
sa sÅ“ur CordÃlie Ãtait plus riche des dons de l’intelligence et

du cÅ“ur “.
Mère Marie-Rose, 679.

(2) — Cette congrÃgation, qui a pour but l’instruction des

jeunes
filles, a Ãtà fondÃe par la ^’Ãn. Marie Rivier, le 21 nov. 1796,

au diocèse
de Viviers, en France ; elle s’est Ãtablie au Canada, le 19 oct.

1853.
Cadieux et Derome, le Canada eccl. de 1905, 296. — Cf. Mourret,

La
VÃnÃrable Marie Rrvier.

Sr Ste-ElÃonoie (p. 193).

Si- M.-Aiirdic (]). 196)

Sr Ricliard (p. 19S).

Sr AiUoine-de-Padoue (p. 200)

Sr Sl-ZÃi>l)inn (p. 202). Sr AiinÃf-(lii-Sacrc-C(L-ur (j). 204).

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 201

n’avaient Ãmigrà de France au Canada que depuis six
ans, quand les deux premiers sujets de Saint-Denis
demandèrent leur admission dans cette communautÃ.

Simir Sainte-Rose, nÃe Virginie Masse, le 21 avril
1828, fille du marchand Jean-Baptiste, est entrÃe le
12 septembre 1859, à l’âge de trente-un ans ; elle est
dÃcÃdÃc, le 15 fÃvrier 1878.

SÅ“ur du Saint-Nom-de-JÃsus, nÃe Marie-Sopliie
Laflamme le 27 dÃcembre 1838, est entrÃe ensuite, le
12 octobre 1859. Depuis longtemps, elle est à la tête
de la mission de Saint-AimÃ-su r-Yamaska, et sous son
habile direction cet Ãtablissement de sa congrÃgation
est devenu l’un des plus prospères du diocèse.

SÅ“ur AimÃe-de-Marie, nÃe Lucie Lacombe le 8
mai 1844, est entrÃe le 2 mai 1862, à l’âge de près de
dix-huit ans. Elle est dÃcÃdÃe, le 30 sejHerabre 1869.

SÅ“ur Marie-XavÃrine, nÃe Marie-Zoà Larue, le
jiremier novembre 1843, et Ãconome à la maison-mère,
est entrÃe le 7 fÃvrier 1865.

SÅ“ur Saint-Augustin, nÃe ParmÃlie Durocher, le
15 mai 1843, sÅ“ur de l’abbà Joseph, est entrÃe le 15
septembre 1866, à l’âge de vingt-trois ans. Elle est
dÃcÃdÃe, le 25 juin 1872.

SÅ“ur Saint-Maurice, nÃe Anne Mignault le 5 mai
1872, est la dernière admise et la troisième des survi-
vantes de Saint-Denis dans l’institut des SÅ“urs de la
PrÃsentation-de-Marie. C’est le 10 novembre 1895
qu’elle a dÃbutà dans la vie religieuse.

La communautà du Bon-Pasteur (1), fondÃe par
le VÃnÃrable Jean Eudes, eu 1651, et Ãtablie à Mont-

(I) — I.a m ai son -m ère tle IJon l’asteui est à Angers, en

France.
Celte congrÃtjaiion compte actuellement 22o Ãtablissements dans

les
(lilTÃrentes parties du monde. Son but est l’instruction, la

prÃservation,
la rÃforme et le repentir. Caiiieux et Derome. Le Canada eccl. de

1905,
279. — Cf. Annales du Bon- Pasteur d’ Angers à MontrÃal.

202 HISTOIRE DE

rÃal en 1844, a recrutà cinq membres dans la localitÃ
et le plus ancien de ceux-ci, dès trois ans après son
installation sur les bords du Saint-Laurent.

Ce premier choix de Dieu a Ãtà SÅ“ur Marie-de-
Saint-Hubert, nÃe Marie-Paule Gaouette, le 19 juillet
1819, et admise au noviciat, le premier dÃcembre 1847.
Ainsi que SÅ“ur Marie-du-CÅ“ur-de-Marie, sa cousine
germaine, elle Ãtait la nièce du chanoine Joseph-
Octave ParÃ. Elle a succombà à une maladie dà cÅ“ur,
le 26 janvier 1883, dans sa trente-sixième annÃe do
religion, après s’être dÃlectà dans les sentiments
d’amour de Dieu les plus Ãdifiants (1).

SÅ“ur Marie-de-Saint-ZÃphirin,nÃe Julie Laflamme,
le 10 janvier 1842, sÅ“ur du curà de Farnham, a Ãti’^
la suivante dans la même communautÃ, le 6 octobre
1868.

SÅ“ur Marie-du-CÅ“ur-de-Marie, nÃe Marie Leblanc
le 2 fÃvrier 1848, y est entrÃe deux ans plus tard, le ‘^
septembre 1870 ; les quatre prêtres Leblanc de Saint-
Denis sont ses frères.

SÅ“ur Marie-du-Mont-Carmel, nÃe Marie-Rose-
DÃlia Laflamme le 2(3 avril 1863, nièce de SÅ“ur Marie-

(I) — ” Atteinte d’une maladie de cÅ“ur depuis i>lusieurs

annÃes,
racontent les Annales de la cungrÃi^ation, elle regrettait de ne

pouvoir
plus rendre à la communautà les services qu’elle lui avait

toujours rendus
avec tant de bonheur. ” HÃlas ! disait-e^le souvent, je ne suis

plus bonne
à rien.. .. Mais (jue la sainte volontà de Dieu soit Faite !

Oui, fia; ! tial î
Cependant cju’il me tarde d’aller au ciel ” ! Dans la dernière

semaine
de sa vie, elle eut le bonheur de communier chaque matin. Le jour

et
la nuit qui prÃcÃdèrent sa mort furent un colloque continuel

entre son
à me et le divin Maître. ” Vous voici, mon Dieu, disait-elle, je

m’en
vais, oui, je m’en vais, emmenez-moi. O JÃsus ! je vous aime

par-dessus
tout. Je suis tout à vous. Je souffre pour vous,je ne veux

respirer que pour
vous. Allons au ciel pour y demeurer toujours !” Le 26 janvier au

matin,
ses vÅ“ux furent exaucÃs ; elle Ãchangea les souffrances de

l’exil contre
les joies de la patrie “‘. Annales du Bou-Pastcur iP Angers Ã

MontrÃal,
1, 398 et 399.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 208

cle-Saint-Zcphirin, est entrÃe le 8 septembre 1883. Elle
est partie pour Lima, capitale du PÃrou, le 18 août
1892. Aujourd’hui elle est assistante-supÃrieure à La
Paz, en Bolivie.

SÅ“ur Marie-de-Saint-IIubert, nÃe AlmÃda Gaouet-
te, le premier janvier 18G6, est entrÃe le 17 octobre
1889, C’est elle qui ferme la liste des reli<çieuses de
Saint-Denis au Bon-Pasteur,où celles-ci sont encore au
nombre de quatre survivantes.

SÅ“ur Saint-Paul, nÃe Victoire BÃlanger le ‘3
juillet 1855, est l’unique fille de Saint-Denis entrÃe
dans l’institut des religieuses de Saint- Joseph, à Saint-
Hyacinthe (1). Elle y a Ãtà admise, le 14 août 1881,
après avoir Ãtà institutrice laïque à Saint-Jude, Ã
Saint-Charles et à La PrÃsentation. Plusieurs annÃes
durant, elle a Ãtà supÃrieure de la mission de Saint-
Dominique ; actuellement elle est à la tête de celle de
Saint-Robert.

Le 15 août 1883, on posait au collège de Saint-
Hyacinthe les assises d’une nouvelle famille religieuse
pour le soin exclusif de la maison (2). Saint-Denis
en fournit la fondatrice ou })remière supÃrieure dans
la personne de Marie-Honora Charron. La commu-
nautà prit le nom de Sainte-Marthe, de même que
la religieuse qui devait d’abord la diriger. Fille de
François Charron et d’AngÃlique Ayotte, cette S ur
est nÃe en 1826 ; elle demeurait à l’IIôtel-Dieu de la
même ville avant de s’en aller au collèsre. C’est en
1S89 qu’elle a dÃposà le fardeau de la direction gÃnÃ-
rale.

(I) — Cet institut a Ãtà fuiulà à Saiiit-IIyacintlie, le 12

seiil.
1877, par Mgr Moreau, puissamment secondà par M<,’r A.-X.

Bernard,
alors chancelier, puis vicaire -{gÃnÃral ; il compte aujourd’hui

14 Ãta-
l)lissements et 102 professes. Cadicux et Deronie, Le Canada

eccl. cU
‘905. 304-

(2) — Cndieux et Derome, Le Canada eccL de 1905, 307.

204 HISTOIRE DE

SÅ“ur Sainte-Croix, nÃe Victoire Chatel en 1841,
s’est rangÃe sous l’obÃissance de cette co-paroissienne,
(lès 1884.

L’annÃe suivante, SÅ“ur Sainte-Anastasie, nÃe
Ro?anna Bousquet en 1857, faisait de même ; elle est
dÃcÃdÃe en 1886. De toutes les religieuses de Saint-
Denis dans cet institut, elle est la seule qui ait ÃtÃ
appelÃe à la rÃcompense.

Au Carmel (1) de MontrÃal, Dieu a appelà de la
paroisse Sœur Kapbaël-de-la-Providence et Sœur
Marie-An)ie SÃrapliine-de-JÃsus, sa nièce. La tante,
nÃe et bnptisÃe sous le nom de CordÃlie Bousquet, Ã
Belœj], en 1860, est devenue peu après paroissienne de
Saint-Denis ; le marchand Wilfrid Bousquet est son
frère. Admise au noviciat en 1880, elle est aujour-
d’hui prieure de son monastère. Sa nièce, nÃe Marie-
Anne Dragon en 1887, est entrÃe en 1904.

Le PrÃcieux-Sang de Saint-Hyacinthe (2) a reçu
pour son partage d^-onisien SÅ“urs AimÃe-du-SacrÃ-
Oœur et Iraelda-du-Saint-Sacrement. La première,
Albina VÃzina, nÃe à MontrÃal en 1872, est arrivÃe
dans la paroisse à l’âge de vingt mois. Après ses Ãtu-
des au couvent de son village, elle est ei^trÃe en reli-
gion, à l’âge de vingt-un ans. Les trois abbÃs et le
Père VÃzina sont ses frères.

Quant à sa co-paroissienne, admise dans la même
communautÃ, l’an 1<S94, elle est nÃe Marie-Anne Laga-

(1) — Le premier monastère de CarmÃlites au Canada n’a ^tÃ
Ãtabli à MontrÃal que le 6 mai 1875. Il y a eu 27 professions

depuis
Jors. Son but est la vie contemplative. Cadieux et Derome, Le

Canada
eccl. de 1905, 303.

(2) — Les SÅ“urs adoratrices du PrÃcieux-Sang, dont l’unique

but
est la vie contemplative, ont Ãtà fondÃes à Saint-Hyacinthe, en

1861, par
Mère AurÃlie Caouette. Cadieux et Derome, Le Canada ceci, de

1905,
299.

SAIXT-DENIS-SUR-RICIIELIEU

205

iii^re, en 1875, cousine germaine de Sœur Rapbaël-de-
la-Providence, carmÃlite (1).

(l) — La liste des religieuses de Saint-Denis dans les diverses

com-
munautÃs plus haut mentionnÃes a Ãtà gracieusement fournie par

les
secrÃtariats gÃnÃraux de ces maisons.

CHAPITRE XXI

Saint-Denis et le monde politique. Les dÃputÃs
Chcrrier, GuÃrout et Bourdages. Le lieute-
nant-gouverneur de rillinois, MÃuard.
1791-1905.

En 1791, s’accomplissait dans le pay.s un ÃvÃne-
ment gros de consÃquences. Cette annÃe-là , la mère-
liîitrie octroyait à sa colonie un gonvernement en partie-
reprÃsentatif. Jusque-là tout y avait fonctionnà selon
le bon plaisir des mandataires de la Couronne. A la
.suite de la domination française, on avait vÃcu sous ht
loi martiale trois ans, sous le comnuiudement militaire
onze ans, puis sous le rÃgime civil absolu pendant dix-
sept ans (1). De 1760 à 1791, ” le peuple, dit Garneau,
n’avait fait que changer de tyrannie ” (2).

Maintenant, si l’ExÃcutif restait au choix du roi
ou de la reine ainsi que le corps lÃgislatif, il y aurait
au moins une Chambre Basse Ãlue par la nation.
C’Ãtait une Ãnorme amÃlioration sur le passÃ, quoiqu’il
y eût encore beaucoup à accomplir.

Dès le 7 mai 1792, Ãtait sanctionnÃe la division
des comtÃs (o), et Saint-Denis fut enclavà dans celui
de Richelieu, qui s’Ãtendait de Sorel à Saint-IIilaire
d’un côtÃetjusqu’à Xicolet de l’autre ; il renfermait le s
comtÃs actuels de Richelieu, de Saint-Hyacinthe et

(1) — KÃchanI, Biographie de P Honorable A, A’. Moriu, 96.

(2) — Histoire du Canada, III, 74.

(3) — Saint-Amant, L’Avenir, 113.

208 HISTOIRE DE

d’Yaraaska ; îa ville de Sorel en Ãtait cepeudant
sÃparÃe pour former «ne circonscription distincte (1).

Tout vaste que pût être une division Ãlectorale,
elle ne devait possÃder qu’un bureau de votation (2);
pour Richelieu il fut placà à Sorel (3) et y demeura
jusqu’à 1K42 (4), Dans le même temps, les gran-
des comices pour Saint- Denis et les paroisses envi-
ronnantes ne se tenaient qu’à la Pointe-à -Jacob. Cet
endroit, ainsi nommà à cause du propriÃtaire Jacob,
se trouvait dans la partie sud de Saint-Ours, au con-
fluent du ruisseau Laplante avec le Richelieu. La
place Ãtait belle, mais elle avait l’inconvÃnient d’être Ã
plus d’une lieue de tout village. NÃanmoins ce fut le
rivage en honneur durant un demi siècle. Après ces
misères du commencement, les bureaux de votation,
ainsi que les centres d’assemblÃes, sont devenus aussi
nombreux que les paroisses (5).

En 1853, Saint-Denis a Ãtà transfÃrà du comtà de
Richelieu à celui de Saint-Hyacinthe, dÃjà Ãrigà depuis
vingt-quatre ans.

Au premier jour du rÃgime constitutionnel, les
Dyonisiens se sont jetÃs avec ardeur dans la mêlÃe des
Ãlections. Aussi deux de leurs co-paroissiens, Benja-
min Cherrier et Pierre GuÃrout, ouvrirent-ils la liste
des dÃputÃs de Richelieu, ce comtà ayant alors droit Ã
deux membres (6), ce qui exista jusqu’à l’Union.

La paroisse a fourni encore deux de leurs succes-
seurs dans la personne de SÃraphin Cherrier, frère de
Benjamin, et dans celle de Louis Bourdages (7).

(1) — Sorel illustrÃ.

(2) — Ignotus, dans La Presse, de MontrÃal, S nov. 1S97.
( 3 ) — Horel illustrÃ.

(4) — ‘J’urcotte, Le Canada sons rUiiioti, I, 131.

(5) — Ibid..

(6) — Bulletin des recherches historiques, de LÃvrs, I, 122.

(7) — Voici la liste de tous les dÃputÃs de Richelieu, avec

l’annÃe

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU

209

A Saint-Hyacinthe, Saint-Denis n’a jamais donnÃ
ses votes qu’à des candidats qui lui Ãtaient Ãtrangers.

Benjamin Cherrier, baptisà à Longueuil sous le
nom de Benjamin-Hyacinthe-Martin le 17 novembre
1757, est arrivà à Saint-Denis à l’âge de treize ans ; il
en partait peu après pour le collège de MontrÃal (1).
Douà d’un bon talent, il n’aimait cependant pas l’Ãtude.
S’il se rendit à plus de le moitià du cours classique, ce
ne fut qu’à contre-cÅ“ur, parce qu’il avait des parents
Ãnergiques et justes apprÃciateurs de l’instruction.

Il fut ensuite poussà suivant ses aptitudes vers le
profession d’arpenteur, et s’y crÃa un avenir enviable.
Etabli comme tel à Saint-Denis, en ces temps de colo-
nisation il eut beaucoup d’emploi tant dans la localitÃ

e leur Ãlection, pour le temps

i que Saint-Denis a appartenu à i

1792 — GuÃrout

et

B. Cherrier

‘797 — Chs Millette

et

Chs Benoit-Livernois

1801 — E.-E. Hubeit

et

L. Brodeur

1805 — liourdages

et

H, -M. Delorme

1809 —

et

B. Cherrier

1810 —

et

H. -M. Delorme

1810 —

et

<<

1815 — S. Cheiiiei

et

F. Mailhot

1817 —

et

J. DÃsautels

1820— V. Saint-(^n^’e

et

1820— ”

et

<<

1825 — Ri)ch de SaiiU-O

urs

et

1827 —

et

li.

1830-

et

Dr Jacques Dorion

1834 — C.-S, de Rleury

et

i<

1841 — Denis-H. Viger

1844 — W. Nelson

1848 —

Baillie, Drame de la vie i

â– /elle, 82 et

:83.

(I) — En 1776, on reprÃsentait au collège de MontrÃal une

tragÃdie
en 3 actes, intitulÃe JONA’l HAS ET DAVID ; IJenjaniin Cherrier y
tenait le rôle d’Abiathar. Suite, Histoire des Cauiidkns-

l’rcutfin;. Vif,
146.

210 HISTOIRE DE

que dans les paroisses voisines. Il parvint même Ã
s’amasser une jolie petite fortune.

En ÃŽ792, il avait trente-cinq ans et n’Ãtait pas
encore mariÃ, lorsqu’on l’Ãlut un des deux premiers
membres de la Chambre Basse du Canada. C’Ãtait un
sacrifice qu’on lui demandait. Il sera obligà de nÃgli-
ger sa clientèle pendant une forte partie de l’annÃe,
de supporter seul les dÃpenses de ses voyages et de
son sÃjour à QuÃbec, et tout cela sans autre compensa-
tion que le plaisir d’avoir rendu service à ses compa-
triotes durant une Ãpoque difficile. Maison connaissait
son zële pour la cause des siens et on ne l’a pas
escomptà en vain. Il a siÃgà dans le premier parle-
ment, de 1792 à 1797, et dans le cinquième, de 1809
à 1810. Sa conduite en Chambre a toujours Ãtà noble,
constamment de nature à donner satisfaction à ceux
qui l’avaient choisi comme leur reprÃsentant.

C’est le 3 juin 1794 que son frère le cure a bÃnit
son union à Saint-Denis avec Marguerite Richer, fille
de la paroisse. Il Ãtait alors dÃputà du peuple Ã
QuÃbec depuis deux ans, quoique l’acte de mariage ne
le mentionne pas.

De ses enfants nous ne connaissons qu’EmÃlie,
entrÃe chez les SÅ“urs Grises de MontrÃal, Pierre-
Benjamin, Toussaint, Marguerite, qui a Ãpousà le 14
septembre 1835 LÃonard-Godfroi de Tonnancour, fils
du seigneur de Saint-Michel-d’Yamaska, et Luc, qui
s’est marià dans la paroisse le 20 dÃcembre 1821, après
avoir voyagà dans l’Ãtat de la Nouvelle- York ; ce
dernier fils a Ãtà ensuite assez longtemps un des chan-
tres du chÅ“ur formà par M. BÃdard.

Benjamin Cherrier est mort, le 13 juin 1^36.

Le Dr SÃraphin, son frère, a Ãtà son digne succes-
seur en Chambre, de 1815 à 1820.

Pierre-Guillaume GuÃrout, Ãlu membre pour

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 211

Richelieu en même temps que Benjamin Cherrier,
Ãtait nà en Allemagne, l’an 1753. C’est avec les troupes
lovÃes en ce pays par l’Angleterre, qu’il Ãmigra au
Canada vers 1780. Quand, parle licenciement de son
bataillon, il eut reçu sa libertÃ, il s’Ãtablit à Saint-
Antoine en qualità de marchand. Peu après, il Ãpousa
Madeleine Meyer, sa compatriote. Devenu veuf, il
convola en secondes noces avec Josephte Woolsey.
C’est avec celle-ci qu’il traversa à Saint-Denis, vers
1786.

Il accrut alors de beaucoup son commerce. Son
comptoir primitif devint un vÃritable entrepôt, où les
autres nÃgociants venaient même s’approvisionner de
loin. En retour, il remplissait d’immenses hangars
de toutes sortes de grains, surtout de blÃ. Aux eaux
hautes du printemps, il avait sa barge spÃciale, qui
montait de QuÃbec pour ravitailler le magasin et
charger les cÃrÃales. A cette Ãpoque, on Ãtait d’ail-
leurs k l’aurore des annÃes d’abondance, dont on rap-
pelle encore si souvent le souvenir.

Le succès ayant couronnà les transactions quoti-
diennes de GuÃrout, il fut bientôt riche autant en
argent qu’en propriÃtÃs foncières.

En 1791, quand fut inaugurÃe la nouvelle consti-
tution, il Ãtait dÃjà entrà de plein pied dans son âge
d’or. Ce n’est pas surprenant que l’on ait alors jetÃ
les yeux sur lui pour le dÃputer en Chambre, ayant
confiance qu’il conduirait la barque du pays aussi bien
qu’il gouvernait la sienne propre. L’attente n’a pas
Ãtà trompÃe. Il a Ãtà le mandataire du peuple riche-
lois durant tout le premier parlement, de 1792 à 1797.

On compte parmi ses enfants Julie, Louis et
Sophie; son fils a Ãtà son successeur dans le com-

212 HISTOIRE DE

mcrce (1), et Sophie a Ãpousà le Capitaine Antoine-
Louis Juchereau-Duchesnay,

La rÃsidence et le magasin de GuÃront Ãtaient
dans la même maison, situÃe sur l’emplacement de la
demeure actuelle du Dr Richard. C’Ãtait une longue
construction avec toit en croupe. Elle a Ãtà acciden-
tellement incendiÃe, en 1859.

Pierre-Guillaume GuÃrout est dÃcÃdà vers 1830
et a Ãtà inhumà à Sorel.

Louis Bourdages avait ses quarante-deux ans (2),
lorsqu’on lui plaça sur les Ãpaules le fardeau en même
temps que l’honneur d’être dÃputà au parlement pour
la première fois. Le comtà de Richelieu l’Ãlut pour
quatre parlements de suite. Il reprÃsenta ainsi cette
circonscription, de 1805 à 1815. Mais ;\ l’expiration
de son dernier mandat, ayant mÃcontentà les Richelois
par un excès de zèle comme lieutenant-colonel pendant
la guerre de 1812 à 1815, il en fut repoussÃ, quoiqu’il

(i) — Le 15 mars 1834, Ls GuÃrout avait en magasin 700 quarts
de plâtre de Paris pour engrais ; prix : $3 le quart. Voir

l’annonce de
ce jour dans les colonnes de “L’Ãcho du pays”, journal publià au
village Debarthzch (aujourd’hui Saint-Charles-sur-Richelieu).

(2) — Au recensement paroissial de 1801, Louis Bourdages (il

est
alors nommà Louis-Marie) avait 37 ans, son Ãpouse 36, ses enfants

:
Esther 11 ans, Sophie 8, Raymond 6, Zoà 4, RÃmi-SÃraphin 2, David

i
et Adèle i mois. — Esther a Ãpousà à Saint-Denis, le 18 mai

1824,
Emmanuel Couillard DesprÃs, arpenteur de Saint-Hyacinthe; ^L
Girouard, curà du contractant, avait tenu à prÃsider le mariage.

Sophie, Ã
l’Ã ^e de 17 ans, le 18 sept. 1809, Ãpousa Guillaume Bouthillier,

âgà de 27
ans, fils du marchand Guillaume Bouthillier, officier de la

Verge-Noire,
de Saint-Hyacinthe ; le curà M. Cherrier est mort le soir de ce

jour-là ;
elle-même est dÃcÃdÃe à 36 ans, le 26 janv. 1829, et son mari

lui survÃ-
cut peu ; leur fille Marie-Anne-Françoise Ãpousait à Saint-

Denis Joseph
Pratte, mÃdecin de Saint-Vincent-de-Paul, le 16 fÃvrier 1836.

Raymond,
menuisier Ãtabli à (QuÃbec, fut le père d’une religieuse du

PrÃcieux-Sang
à Saint-Hyacinthe et de Gaspard, avocat aux Trois-Rivières. ZoÃ

Ãpousa
le Capitaine Benjamin Richer, de Samt-Denis. RÃmi-SÃraphin, mÃde-
cin de Marieville, fut reprÃsentant du comtà de Rouville en

Cliambre :
une de ses filles a Ãpousà le dÃputà Poulin, du même comtÃ.

David fut

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 213

se soit obstine ;ï solliciter leurs suffrages (1). Il s’Ãtait
habituà à croire qu’il ne pouvait être vaincu par un
concurrent dans son patriote comtà de Riclielieu ; mais
s’il ne fallait rien moins que deux dÃfaites pour le
dÃsabuser,elles ne lui ont pas Ãtà mÃnagÃes, en 1815 et
1817.

Aux Ãlections suivantes de 1820, il abandonna la
partie et se prÃsenta dans le comtà de Bucking-
liamshire, qui comprenait les trois comtÃs actuels
d’Art liabaska, de Bagot et de Drummond.

Il fut reprÃsentant de cette division, pendant dix
ans Ãgalement (2). Puis il l’a ÃtÃ, le reste de sa vie,
de celle d’Yamaska, nouvellement crÃÃe. En sorte
qu’il siÃgea dans la Chambre durant un quart de siè-
cle. Aussi en Ãtait-il à sa mort le doyen depuis dÃjÃ
plusieurs annÃes (3).

Dès sa première session au parlement, Bourdages
se rÃvÃla tel qu’il devait se montrer pendant toute sa

un des ardents “patriotes” de 1837 à Saint-Denis. Adèle Ãpousa

dis Oli-
vier, marchand de Saint-Denis, le 21 octobre 1833. Plus tard, est

nÃe
Kachel, qui a Ãpousà Benjamin Benoit- Livernois, fils de Chs,

l’ancien
dÃputà de Richelieu en Chambre ; après son mariage cÃlÃbrà le 10

jan-
vier 1831, elle est allÃe demeurer à Saint-Hyacinthe.

(1) — Suite, Histoire des Canadiens-Français, VIII, 73.

(2) — Saint-Amant, L’Avenir, 401,

(3) — Le 6 aoiit 1833, Bourdages, notaire à ” Saint-Denis,

lieute-
nant-colonel commandant du second bataillon des milices du comtÃ

de
Richelieu et membre du parlement provincial de cette province du

Bas-
Canada” rÃdige son testament olographe. Après sa mort, le 3

fÃvrier 1835,
son fils David et Olivier Chamard, ses exÃcuteurs testamentaires,

procè-
dent à l’inventaire des biens du dÃfunt ; il laissait $8,000 en

argent, une
terre à l’Amyot, une autre au Bord-de-l’eau, 7 emplacements au

village
et 1200 acres de terrains dans le canton d’Ely à lui concÃdÃs

par lettres
patentes du Château Saint-Louis, en date du 27 fÃv. 1819. Ces

1200 acres
ont fait rÃaliser la somme de $720 pour les iiÃritiers. Bourdages

possÃ-
dait de plus une bibliothèque d’environ cent volumes, |)arnii

lesipiels 12
\olumesdes ” ConfÃrences d’Angers ” et 2 volumes des -‘Erreurs de
Voltaire “. Sa rÃsidence Ãtait des mieux meublÃes.

214 HISTOIRE DE

carrière politique (1), plein de force et de tÃnacitÃ,
harangueur ÃmÃrite. Ses discours Ãtaient aussi bien
nourris que vÃhÃments (2), mais dÃclamÃs d’une
manière dÃsagrÃable. Voici comment une poÃsie du
temps le peignait sous ce rapport :

” Ah ! si Bourdages
” Prenait un autre ton.

” Il parle en sage ;
” Mais j’abhorre le son,
” Qui fait tapage
” Et tombe eu faux bourdon ” (3).
Encore s’il n’avait rÃellement Ãmis et soutenu que
de bons principes (4), si, en un mot, son esprit eût ÃtÃ
droit, on n’aurait peut-être pas accordà autant d’atten-
tion à sa voix naturellement fatiguante.

Nombreuses, tout de même, sont les tempêtes qu’il
a soulevÃes pour dissiper les nuages amoncelÃs sur nos
têtes par les oppresseurs. Le gouverneur Craig,
fameux tyran au petit pied, en fut la première victime.

(i) — Bibaiid dit que Bourdages ‘-se fit connaître tout Ã

coup, le
7 mars i8ù6, lorsqu’il appuya la motion de BÃdard contre la

GAZETTE
DE M0NTRF:AL”. Le PanthÃon Canadien, 37 et 38.

(2) — Suite, hùtoire des Canadiens-Français, \l\, 73. — Le
même auteur ajoute que Bourdages ” rÃvÃla un talent d’orateur de

pre-
mière force “. Ibid., 72.

(3) — La poÃsie ayant titre ” LES ORATEURS CANADIENS ”
est de Michel Bibaud ; il l’a composÃe à l’occasion d’un

discours que
Bourdages prononça à un banquet, le 7 octobre 1822. La Presse,

de Mont-
rÃal, 19 fÃv. 1898, — Dans le même sens, une chanson tle

l’Ãpoque
disait :

” Bourdages est un ferme soutien,

” Prudent, plein de sagesse ;
” Son langage est tout canadien,

” Abhorrant la souplesse “.

Le Canadien, de QuÃbec, 26 uiars iSio.

(4) — Gatien, dans son Llistoire du Cap-SantÃ, dÃplore que des
hommes comme Bourdages et Papineau, ” dont les talents commandent

SAINT-DENIS-SUR-RICllELIEU 2 1 Ô

Ce potentat, qui en voulait à tout ce qu’il y avait de
français dans la colonie, n’eut probablement pas de
plus redoutable ennemi de ses mesures aussi iniques
que mal calculÃes. Quand Bourdages se lev^ait en
Chambre, le reprÃsentant de la Couronne Ãtait sûr
d’en recevoir de rudes coups. Aussi celui-ci le dÃtes-
tait-il cordialement. Jamais il ne put faire quoi que
ce soit pour l’amadouer. L’ardent patriote se tenait
constamment sur la brèche, toujours à l’affût de ce
qui pouvait compromettre la cause qu’il croyait bonne
et qu’il dÃfendait de toutes ses forces (1).

PrÃvost, le successeur de Craig, fut plus heureux.
Habile diplomate et connaissant le faible du terrible
jouteur, il lui offrit le poste de lieutenant-colonel dans
le bataillon de sa paroisse. C’en fut assez pour calmer
le faiseur du mauvais temps. Ceci se passait le 13
fÃvrier 1813. Bourdages dÃploya dans sa nouvelle
charge tant de zèle à satisfaire les volontÃs du gouver-
neur qu’il devint assez impopulaire dans son comtÃ
[)Our n’en plus être rÃÃlu. Quand il put retourner Ã
QuÃbec, venait d’arriver le gouverneur Dalhou-
sie. Celui-ci Ãtait dÃbarquà sur nos bords avec des
idÃes d’extinction pour la race française. Aussi au bout
«le quelques annÃes ne manquèrent-elles pas de percer.

l’ailleuis l’admiration”, se soient, dans la sÃance parlementaire

du 26
mars 1831, laissÃs “conduire et aveugler même par la jiassion et

les
prÃjugÃs jusqu’au point de s’oublier eux-mêmes pour insulter et

essayer
à attirer l’insulte et le mÃpris sur un clergÃ, qui jusqu’à ce

moment avait
paru être l’objet de leurs louanges et de leurs Ãgards “. Voir

Ln semaine
religieuse, de «QuÃbec, X, 174 à 204. — Le curà de Saint-

Denis se
plaignait, dès le 20 juin 1814, de ce que Uourdages dans la

paroisse
” avait la fureur de vouloir conduire tout le monde “. Archives

de rivà –
chà de S. -Hyacinthe.

(i) — Bibaud dit qu’il fut “le plus redoutable adversaire de
l’administration sous Craig et Dalhousie “, mais qu’il ‘-fit jieu

de bruit
sous PrÃvost, Sherbrooke et le duc de Kichmond “. Le Patithc’cn
canadien, 37 et 38.

216 HISTOIRE DE

De quel feu ne furent-elles pus saluÃes en Chambre?
Toute l’ancienne violence de notre tribun se rÃveilla
à leur apparition, et comme cette fois il avait à s’oppo-
ser aux projets radicalement mauvais de l’Union lÃgis-
lative des deux Canadas, il rendit les plus grands ser-
vices à ses compatriotes. Dalhousie, au cours de
cette lutte, le destitua de son grade militaire (1) ;
mais ce fut pour le rÃintÃgrer bientôt, quand la paix
eut Ãtà rÃtablie. Dans la suite, Bourdages ne joua
qu’un rôle passablement effacà (2).

Après les vives discussions du printemps de 1806
au sujet des feuilles francophobes ayant noms la
Gazette et le 3Iercury, s’imposait la fondation d’un
journal français et patriote, qui pût rencontrer ces
adversaires sur le même terrain. BÃdard, Borgia,
Blanchet, Taschereau, Plantà et Panet, tous dÃputÃs,
se mirent aussitôt en mouvement dans ce but. Bour-
dages Ãtait avec eux. Que de zèle ne dÃpensa-t-il pas
pour lui susciter des abonnements dans sa paroisse et
dans celles des environs ! A Saint- Denis, il parvint Ã
en recruter douze. Outre lui-même, s’engagèrent à le
recevoir,le curà M. Cherrier et ses deux frères Benja-
min et SÃraphin^ Pierre GuÃrout, Jean-Basile Mignault,
Jean Morin, Germain LespÃrance, le capitaine de milice
Louis Courtemanche, Pierre Besse, Simon Thibodeau
et Jean-Baptiste Gosselin. En expÃdiant ces abonne-
ments, il Ãcrivait : ” Quant aux messieurs de Maska

(I) — Gosselin, Le Dr Jacques Labrie, 82 à 84.

^2) — Bourdages a commencà par se livrer au commerce maritime
avant d’être notaire ; comme tel, il a même fait plusieurs

voyages aux
Antilles et ailleurs. En 1813, il s’est portà sur les frontières

pour les
dÃfendre à la tête du bataillon, dont il avait Ãtà constituà le

lieutenant-
colonel, l’uis, à la mort de Fmlay, il lui a succÃdà pendant

quelque
temps dans la charge de dÃputÃ-maître des postes et de

surintendant des
courriers ou postes de la province. Bulletin des recherches

historiques, de
LÃvis, XI, 244 à 246.

Ã

Collè&e

Tepre J[)o Cure

“RubDu Coti-e&E

S ^
— 1)

i) _

SAINT-DENIS-SUR-RICIIELIEU 217

(Saint-IIyacinthe), ils ne veulent pas souscrire qu’ils
ne soient assurÃs d’un courrier; ils ne sont pas les
seuls Allemands” (1).

Dans tous les cas, l’encouragement fut suffisant,
et le premier numÃro du journal canadien publià exclu-
sivement en français parut le 13 novembre 1806. Son
nom Ãtait ” Le Canadien “, et sa devise : Fiat justitia,
ruât cœlum (justice ou croule le ciel), annonçait la
ligne de conduite qu’il entendait adopter ; elle sentait
la poudre. Bourdages n’y dut pas être Ãtranger.

Jamais feuille ne fut plus fidèle à ce qu’elle avait
promis (2). Elle troubla si bien le sommeil du tyran
Craig qu’à la fin, il i-Ãsolut de la supprimer. Le rÃdac-
teur BÃdard et rim[)rimeur Lefrançois furent jetÃs en
prison, et tout le matÃriel fut saisi. La fondation
avait durà près de quatre ans (3).

Outre les quatre dÃputÃs que Saint-Denis a
envoyÃs à QuÃbec, il faut compter parmi les princi-
paux hommes politiques de la même paroisse Pierre
MÃnard, qui fut plus tard premier licutenant-gouvc-r-
neur de l’Illinois, dans la rÃpublique voisine. Jean-
Baptiste MÃnard-dit-Brindamour, son père,Ãtait origi-
naire de Saint-Hypolite, dans le diocèse d’Alais, en
France. C’est en qualità de soldat dans le rÃgiment
de Guyenne qu’il dÃbarqua à QuÃbec, en 1750. Il com-
battit les derniers combats de la Nouvelle-France (4).
ot quand la guerre fut terminÃe il se fixa à Saiut-

(1) — A/rAiîi’s de M. Jacques tSititu’i; de Saint-Antoine,

(2) — Gossclin, Le Dr Jacques Labrk, 33,

(3) — Cjaj^non, Essai de biblioj^raphU canadimne, 89 ;

Gosselin, Le
Dr Jacques Labiù, 31 ; Suite, Histoire des Canadiens- Français,

VIIl,
65 tt 66.

(4) — Tasse dit que MÃnanl ” lit,’ura imibalilenient à la

bataille
de la Mononj^ahÃla, où liiadilock Ãj)rouva une dÃfi\ile si

conjpiète “.
Les Canadiens de r Ouest, II, 56.

218 HISTOIRE DE

Antoine. L’ancien militaire s’y maria avec Françoise
CircÃ, le 14 fÃvrier 1763. La jeune Ãpouse ne savait
ni lire ni Ãcrire ; mais eu revanche elle possÃdait une
excellente Ãducation et un grand fonds de religion.
C’Ãtait là le meilleur gage de ce qu’elle serait comme
Ãpouse et mère de famille. MÃnard continua à demeu-
rer à Saiut-Antoine, encore quatre ans. 11 traversa
ensuite à Saint-Denis, en 1767. Ce vÃtÃran des der-
nières annÃes de la France en Canada n’a jamais ÃtÃ
que fermier sur les rives du Richelieu, bien qu’il ait
eu sa concession à Saint-Denis, en bas du cinquième
rang. De 1773 à 1774, il a travaillà pendant un an
près de la rivière Salvail sur le territoire actuel de
La PrÃsentation, tout en continuant à être desservi
de Saint-Denis ; en 1778 et 1779, il y est retournÃ,
mais fut de la paroisse nouvellement fondÃe de Saint-
Hyacinthe. Ses connaissances et ses aptitudes en
affaires militaires le dÃsignèrent bientôt comme capi-
taine de milice, quoiqu’il fût peu stable partout où il
passait. C’est en cette qualità qu’il servit sous Mont-
gomery au siège de QuÃbec, en 1775. Quatre ans
plus tard, il quittait pour MoutrÃal, afin de pouvoir
procurer des Ãtudes classiques aux aînÃs de ses fils,
qui commençaient à grandir. Après avoir sÃjournÃ
une dizaine d’annÃes en cette ville, il alla s’Ãtablir Ã
Saint-Philippe-do-Laprairie, puis à Laprairie même, où
il est mort ainsi que son Ãpouse. C’est le 19 septembre
1807 que celle-ci est dÃcÃdÃe (1).

Aux pieux et intelligents Ãpoux Dieu a confià une
nombreuse famille. A Saint-Antoine, leur sont nÃs
Françoise en 1763, Jean-Marie en 1765 et Pierre, le 7
octobre 1766. Les autres ont tous vu le jour Ã

(i) — Mason, dans la Chicago historical sociÃtÃs collection,

1\’, 144.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 219

Saint-DcMiis, moins la septième, nÃe à Salvail, alors
dans la paroisse de Saint-Hyacinthe, Voici du reste
la liste de ces derniers enfants : Philippe, nà en
1768 (1) ; Ilypolite, en 1770 ; Michel, en 1772 ;
Joseph-Marie, en 1773; Jean-François, en 1775;
Marie-Louise, en 1777 ; et Marguerite, en 1779. Fran-
çoise, Joseph-Marie et Marie-Louise sont morts en
bas âge. Les plus remarquables de ceux à qui il a ÃtÃ
prêtà vie sont Pierre, Hypolite et Jean-François, tous
trois partis pour l’Ouest.

Pierre n’avait qu’un an, lorsqu’il arriva à Saint-
Denis ; il en avait trei;<e, quand son père alla se fixer
à MontrÃal. Admis au nouveau collège des Sulpiciens,
il fut de ses frères celui qui profita le mieux de cet
avantage, sans qu’il atteignît toutefois la fin des cours.
A l’âge de dix-neuf ans, il partait dÃjà pour le pays
<le3 grands lacs. Il s’arrêta d’abord à Vincennes un
an, puis il s’Ãtablit dÃfinitivement à Kaskaskia. Il fut
dans les commencements agent pour un riche trafi-
(juant de pelleteries, ensuite munitionnaire d’une
armÃe amÃricaine destinÃe à arrêter les incursions des
Sauvages dans cette contrÃe. Chose surprenante ! il
Ãtait assez habile pour obtenir des nations pourchas-
sÃes les vivres dont il avait besoin (2). Cet emploi,
aussi bien que le prÃcÃdent, le plaça sur le chemin de
la prospÃritÃ. Il se lança pour le reste de ses jours
dans la traite avec les Indiens (8). Il y acquit une
grande richesse (4) et une infiuence des plus consi-

(i) — Sept signatures à l’acte de son baptême, qu’il a reçu

le len-
demain de sa naissance. Krgistics des bapiÃiiics, mariages et

sÃpultures
de Saint-Denis.

(2) — TassÃ, Les Canadiens de FOuesf, II, 57 et 58,

(3) — H)id., 60.

(4) — “.Son commerce avec les Sauvages, dit TassÃ, et d’heu-
reuses si>Ãculalions sur terrains lui avaient permis d’acquÃrir

une fortune

220 HISTOIRE DE

JÃrables (1). On peut attribuer l’estime et l’afFection
gÃnÃrales, dont il a joui, encore plus à sa conduite
d’excellent catholique qu’à ses succès dans le com-
merce.

Il a Ãtà lieutenant-colonel de la milice do son
comtà ; à la crÃation de l’Ãtat de l’Indiana, il en fut
pendant trois ans un des premiers reprÃsentants en
Chambre. En 1809, lorsque fut tirà de l’Indiana le terri-
toire de rillinois, il en a Ãtà le prÃsident du Conseil
pendant neuf ans ; puis, quand cette division est deve-
nue Ãtat, il en fut le premier lieutenant-gouverneur
et, comme tel, aussi le premier prÃsident du SÃnat, de
1818 à 1822. Avait-il à parler, ses observations Ãtaient
lucides, sans prÃtention et toujours assaisonnÃes d’anec-.
dotes pleines de sel autant que d’Ã -propos. Il Ãtait
calme et visait directement au but (2).

Marià d’abord avec ThÃrèse Godin, puis avec
AngÃlique Saucier, il a Ãtà le père de dix enfants (8),
dont l’un, son homonyme, a Ãtà Ãlu membre du parle-
ment de rillinois, en 1841 (4).

Il est mort à Kaskaskia, le 13 juin 1844. La recon-
naissance lui a Ãlevà une statue dans la capitale de
l’Ãtat, le 10 janvier 1888 (5), et un comtà porte mainte-
nant son nom (0).

conbidÃral:)le, dont il lit le plus noble usage “. Les Canadiens

de l’Ouest,
11,71.

(1) — ‘• L’influence considÃialde de MÃnaid lui valut d’êUe

nommÃ
agent des Indiens par le gouvernement amÃricain, et il conclut en

cette
ijualità plusieurs traitÃs imjîortanls “. Les Canadieus de

l’Ouest, II,
58 et 59,

(2) — TassÃ, Les Canadiens de T Ouest, II, 62 à 64.

(3) — Mason, dans la C/iiea^o /listorrval societ/s colleetion,

I\’, 145
à 148.

(4) — TassÃ, Les Canadiens de V Ouest, II, 71 et 72.

(5) — Mason, dans la Chicago historical societys colleetion,

IV, 145.

(6) — MÃnard “s’Ãteignit, en 1S44, à Kaskaskia,…. muni de

SAINT-DENIS-SUR-RICIIELIEU 221

De ses frères, aussi Ãtablis à Kaskaskia, Ilypolite
u Ãtà de même reprÃsentant à la Chambre illiiioise ;
mais il a Ãtà avant tout un cultivateur à l’aise. Quant
à Jean-François, il fut un des cÃlèbres navigateurs du
Mississipi. On rapporte qu’il ne s’embarquait jamais
pour un voyage sans se confesser et communier, que
jamais, à son retour, il ne manquait d’aller remercier Ã
l’Ãglise le Dieu qui l’avait prÃservà de malheurs. Ce
qui plus est, il avait assez d’influence sur les quarante
à cinquante hommes de son Ãquipage pour leur faire
accomplir le même devoir en corps. Il est dÃcÃdà en
1883 (11. Lafond, le premier mÃdecin de Saint-
Denis, avait Ãtà son parrain au baptême.

Cf

C^^

tous les secours de la religion catholique qu’il pratiqua

toujours avec
ferveur”. TassÃ, Les Canadiens de F Ouest, II, 72.

(I) — TassÃ, Les Canadiens de P Ouest, II, 73 à 81.

CHAPITRE XXII

Respectable vieillesse de l’Ãglise actuelle de Saint-
Denis. Originalità de son plan de construc-
tion. Parachèvement et restaurations. Ses
prÃservations contre le feu. 1788-1905.

Au Canada, un Ãdifice de pins de cent ans d’exis-
tence e»t une curiositÃ, une relique rare d’un âge
lointain. Nos hivers, avec leurs froids rigoureux,
dÃsagrègent le mortier, soulèvent tantôt un coin des
murs, tantôt un autre, et rÃussissent vite à dÃmolir ;
ils sont sans pitiÃ. La troisième Ãglise de Saint-Denis
a Ãtà nÃanmoins à l’abri de leur vandalisme, tant elle
avait Ãtà soigneusement bâtie. Elle est maintenant
vieille de cent-dix ans, doublant à elle seule le service
qu’ont fourni ensemble les deux temples qui l’ont
prÃcÃdÃe.

En 1788, on avait fortement agità la question de
l’Ãlever à la place du second dÃjà trop Ãtroit et peu
digne de nouvelles dÃpenses. L’Ãvêque-coadjuteur,
consultà à ce sujet au cours de sa visite partorale, le 31
mai, avait vivement conseillà et approuvà l’entreprise.
En dÃpit de cet encouragement, il n’y eut rien d’exÃ-
cutà pour le moment.

Ce n’est que le 5 fÃvrier 1792 qu’on aboutit à une
solution ; dans l’intervalle, avantages et inconvÃnients
avaient Ãtà discutÃs de part et d’autre avec attention.
Peu à peu la lumière avait apparu et, à la fin, cent

224 HISTOIRE DE

quarante-six voix contre quarante-huit se prononcè-
rent dÃfinitivement en faveur d’une rÃÃdification com-
plète, laissant de côtà le projet de rÃparer et agrandir
le vieux bâtiment, cause de toutes les hÃsitations (1).

Pour rÃaliser le vÅ“u de la majoritÃ, on avait
d’abord songà à ne se servir que des deniers de la
fabrique et à ne procÃder qu’au fur et à mesure qu’il
y aurait du nerf de guerre ; nÃanmoins, à la pensÃe
des nombreuses diflicultÃs que ce système ne manque-
rait pas d’engendrer, ceux qui l’avaient prÃconisà se
ravisèrent bientôt pour lui prÃfÃrer une rÃpartition
lÃgale (2). Mgr Hubert, qui avait acceptà à contre-
cœur le premier mode, lui vit substituer le deuxième
avec joie (3). Celui-ci Ãtait efiectivement plusprati-,
que et surtout plus expÃditif.

Le mardi de la Pentecôte, 21 mai 1793, fut bÃnite
la pierre angulaire de la nouvelle Ãglise (4). Mais on
n’avait pas attendu cette cÃrÃmonie pour se mettre Ã
l’Å“uvre. Dès le 2 juillet de l’annÃe prÃcÃdente (5), les
maçons Comtois et Louis Courtemanche avaient com-
mencà H asseoir les fondations, et lors de la susdite
fête religieuse, elles Ãtaient même finies. Depuis, les

(1) — Archives de l’ Ãglise Je Saint- Denis.

(2) — Pour les fins de cette rÃpartition, le 27 janvier 1793,

furent
Ãlus syndics : J.-B. Maheux, Jos.-Frs GariÃpy, Jos. Laganière,

J.-B.
Brault, Jos. Chatel, J.-B. Gosselin, les deux capitaines Ls

Courteman-
che et Ls Goulet ; ils firent homologuer leur rÃpartition, le 2

juillet sui-
vant. Archives de V Ãglise de Saint-Denis.

(3) — L’approbation Ãpiscopale a Ãtà accordÃe, le 15 juin 1792.
Archives de r Ãglise de Saint-Denis.

(4) — La collecte faite à cette occasion produisit la somme de

$05.
Archives de F Ãglise de Saint-Denis.

(5) — En cette annÃe 1792, on paya pour les fondations, Ã

Lafon-
taine, navigateur, 9 toises et un quart de pierre à chaux de

QuÃbec,
$116 ; à divers pour pierre et bois, $44 ; aux maçons pour

fondations Ã
7 pieds et demi de profondeur, 24 toises de maçonnerie, $167 j Ã

divers
autres ouvriers, $125 ; HUal, $452. Archives de l’Ãglise de S.-

Denis.

SAINT-DBNIS-SUR-RICIIELIEU 225

travaux se poursuivirent sans relâche, quoique sans
empressement.

Chaque propriÃtaire de ferme fournissait par
arpent de front de sa terre dix piastres payables en
cinq ans, une journÃe d’homme et de harnais, et une
demi-toise de cailloux à maçonnerie (1), de plus, une
fois pour toutes, une corde de pruche pour les four-
neaux et une lambourde longue de dix-huit à vingt
[»ieds (2). Chaque emplacitaire n’Ãtait tenu qu’à deux
piastres payables en trois ans et à trois journÃes
d’homme. En tout, cette rÃpartition se monta à la
somme de trois mille cinq cents piastres ; elle ne lais-
sait pas de marge, comme on le voit, pour les largesses.

La pierre à chaux, d’abord importÃe de QuÃbec,
le fut ensuite de Saint-Dominique-de-Bagot (3); pour
Ãconomiser, on la cuisait à Saint-Denis.

Egalement pour diminuer les dÃpenses, le curÃ,
tous les jours, circulait sur le chantier, le surveillant
et le dirigeant. Il s’Ãtait constituà l’entrepreneur an
profit de la fabrique, car à toutes ses autres connais-
sances, M. Cherrier joignait celles d’un architecte
entendu, ainsi que le prouve l’Ãglise, qui a Ãtà entière-
ment ÃlevÃe sous ses soins. Il engageait lui-même
les ouvriers ; c’est ainsi qu’ont travaillà sous lui, outre
Comtois et Courtemanche, les maçons Morin, tailleur
de pierre de MontrÃal, Louis Courtemanche, fils de

(1) — Les propriÃtaires devaient ainsi fournir un total de 183

toises
de cailloux. Archives de Pcglise Je S. -Denis.

(2) — Une telle lambourde Ãtait alors ÃvaluÃe à $0.50.

.In/tit’es de
P Ãglise de S.- Denis.

(3) — A noter au sujet du charriage de la pierre de Saint-

Uomini-
vjue : Jos. Cartier, le 9 fÃv. 1795, Ãcrit qu’il n’y a pas assez

de neige
l>our aller à la carrière. Archives Je M. yacques Cartier, de

Saint-
Antoine.

^26 HISTOIRE DE

son homonyme, Michel Martin, Charles Berthiaume,
Augustin Frichet, Andrà Tctreau, les menuisiers
Bourgeault, père et fils, François Jalbert, Latour,
Saint-Onge, LÃon ParÃ, Trudel, et le peintre Wolf.

Enfin la bâtisse Ãtait fermÃe après quatre ans de
travail et, le 30 octobre 1796, le curà la bÃnissait
solennellement (1). Tout cependant Ãtait loin d’être
achevà à cette date. Il y avait encore à poser le pla-
fond de la sacristie, la moitià de la voûte de l’Ãglise ;
dans le portail, pas encore de verres aux fenêtres.
En un mot, n’Ãtaient entièrement terminÃs que les
ouvrages de maçonnerie, la couverture et les plan-
chers, plus les bancs (2) et le maître-autel qu’on y
avait apportÃs de l’ancienne Ãglise. Les murs n’Ãtaient
pas crÃpis, il n’y avait pas de jubà (3), ni de galeries ;
au chœur, pas de stalles.

(1) — Rt’gistres des baptêmes, mariages et sÃpultures de S. –

Denis.

(2) — A rouverture de la troisième Ãglise, il y avait 95

bancs. Ils
ont ensuite graduellement augmentà avec la population. En 1807,

on en
comptait 156 ; en 1810, 204 ; en 1819, 211 ; en 1882, 272 ainsi

rÃpartis:
150 dans la nef, 80 dans le jubÃ, 22 dans les tribunes et 20 dans

les gale-
ries. Le 25 dÃc. 1791, il fut dÃcidà que les paroissiens qui

contribue-
raient fidèlement leur quote-part pour la nouvelle Ãglise y

auraient leurs
bancs d’autrefois transportÃs dans une place correspondante Ã

l’ancienne,
qu’ils verseraient une pistole ($1.68) en y entrant, puis $0,50

annuels,
qu’un de leurs enfants aurait le droit de .garder leur banc aux

mêmes
conditions d’une pistole d’entrÃe et de $0.50 annuels ensuite.
Puis le banc s’adjugeait au plus haut enchÃrisseur, qui le

conser-
vait, lui-même seulement, aussi longtemps qu’il en payait

annuellement
le prix de l’adjudication. Quant à l’enfant qui pouvait retenir
le banc paternel, il fut rÃsolu en 1820 que ce serait le plus Ã

¢gà des rÃcla-
mants, garçon ou fille. Le 25 dÃcembre 1873, ” ^^l^ statuà que

les bancs
seront dorÃnavant payÃs d’avance, avant le 15 fÃvrier ; faute de

quoi,
ils seraient censÃs remis à la fabrique. Pour les bancs

nouvellement
adjugÃs, on accordait cependant 8 jours de dÃlai, privilège qui

fut retran-
chà le 18 mars 1877. Archives de l’e’glise de S. -Denis.

(3) — Le jubà fut temporairement amÃnagà un peu plus tard.
L’an 1860 seulement, Alfred Choquette, menuisier de Saint-

Hyacinthe,
en exÃcutant des travaux pour $1,400 dans l’Ãglise, y mettait la

der-

8AINT-DENISSUR-RICHELIEU 227

En 1802, fut homologuÃe une seconde rÃpartition
(1) afin de continuer l’entreprise. On constatait main-
tenant de l’Ãmulation parmi les paroissiens. Trois raille
trois cents piastres tant en matÃriaux et main-d’Å“uvre
qu’en argent furent ainsi ajoutÃes à la somme de la rÃpar-
tition prÃcÃdente. Avec ces montants, ainsi qu’avec
les surplus de la fabrique et des dons particuliers,
le temple, sans être terminÃ, fut suffisamment complÃtÃ
pour le moment. Il avait alors coûtà treize mille quatre
cents piastres seulement (2), quoiqu’il comptât à l’extÃ-
rieur parmi les plus beaux et les plus vastes de l’Ãpo-
que ; l’intÃrieur ne fut parachevà qu’après les travaux
de 1813 (3) et de 1844 (4). De cent-vingt-trois pieds
de longueur sur quarante-neuf de largeur, il en mesure
vingt-huit de hauteur daus ses parties les plus
basses (5).

nière main. Il y installait 64 bancs, ” peinturÃs et imitÃs

comme ceux
d’en bas”, et perçait une porte dans chaque tour au second

plancher
pour y transporter les escaliers de la nef. Archires de l’Ãglise

de S. -Denis.

(1) — Les syndics Ãlus, le 3 octobre 1802, pour cette seconde
rÃpartition furent : Ls liourdages, Frs Jalbert, Chs GariÃpy, Ls

Gou-
let, Jr, Athanase Richer, Pierre Hourque, Pierre Leblanc, Chs-

Abel
Michon, Jos. Grenier, Michel Garand et Pierre Basse. La

rÃpartition
qu’ils firent homologuer Ãtait payable en 3 ans, les premiers

mars 1803.
1804 et 1805. Archives de FÃglise de S. -Denis.

(2) — Voici le dÃtail de ce qui a Ãtà dÃpensà sous M. Cherrier

pour
la construction de l’Ãglise actuelle : première rÃpartition,

$3,500 ;
seconde rÃpartition, $3,300; la fabrique a fourni $5,400 ;’ et le

curÃ
avec d’autres gÃnÃreux bienfaiteurs, $1,200 ; total, $13,400.

Archives
de r Ãglise de S. -Denis.

(3) — Les travaux de 1813 ont Ãtà exÃcutÃs par Urbain Durochcr,
maître-architecte delà Pointeaux-Trembles de MontrÃal, pour la

somme
de $3,536. Archives de P Ãglise de S. -Denis.

(4) — Les travaux de 1844 furent exÃcutÃs par Augustin I^blanc,
maître-sculpteur de Saint-GrÃgoire, près Nicolet, pour la somme

de
$4,600. Archives de P Ãglise de S. -Denis.

(5) — Voici diffÃrentes mesures de l’Ãglise, telles que donnÃes

par
le curà Kelly, le 28 avril 181 1 : longueur à l’intÃrieur, 116

pieds, Ã
PextÃrieur, 123 pieds ; largeur à l’intÃrieur, 49 pieds, Ã

l’extÃrieur, 55

228 HISTOIRE DE

Il paraît de prime abord plus considÃrable encore
qu’il n’est rÃellement, à cause des deux tours dont sa
façade est flanquÃe ; elles l’Ãlargissent de toute leur
Ãpaisseur. Malbeureusement leur tendance à s’Ãloi-
gner l’une de l’autre dès les jours de leur construction
les empêcha d’être lancÃes dans les airs comme le vou-
laient les plans. On les relia alors solidement à tra-
vers l’Ãdifice et, au lieu d’ÃlÃgantes flèches, on ne les
orna que de modestes clochetons. Avec celui qui a
Ãtà apposà sur le transept, l’Ãglise se trouve à en pos-
sÃder trois. Les cloches, au reste, n’ont jamais sonnÃ
que sur la tour du nord, ce qui prête au jeu de mots,
souvent rÃpÃtà parmi les voyageurs, que ce temple a
trois clochers, mais deux sans cloche (deux cents
cloches).

En dÃpit de l’Ãchec subi au sujet des tours, le monu-
ment jouit d’un imposant aspect ( ). Lorsque, vingt-
six ans après qu’il eût Ãtà ÃlevÃ, Mgr Lartigue dÃcida
de s’Ãriger une cathÃdrale à MontrÃal, il vint en pren-
dre le modèle à Saint-Denis, sur l’Å“uvre de son oncle.
Seulement le neveu avait l’intention de voir à la soli-
dità des assises pour n’être pas obligà de s’arrêter Ã
mi-chemin.

NÃanmoins les tours des bords du Richelieu
n’ayant pas bronchà depuis le jour où elles avaient ÃtÃ
reliÃes, on songea en 1893 à les surmonter de superbes

pieds ; Ãpaisseur des longs pans,3 pieds, du pignon, 4 pieds ;

hauteur de>
murs au-dedans jusqu’aux sablières, 28 pieds, en dehors 29 pieds

; lon-
gueur des chapelles, 25 pieds, leur profondeur, 16 pieds;

longueur du
sanctuaire depuis la balustrade jusqu’à la porte de la

sacristie, 38 pieds ;
sa largeur d’un angle à l’autre, 34 pieds ; hauteur du jubà et

des gale-
ries, 15 pieds ; profondeur du jiibe’, 15 pieds; largeur des

galeries, 7
pieds, leur longueur, 47 pieds. Archives de V ÃvÃchc Je Saint-

Hyacinthe.
(l) — Bouchette, en 1815, la qualifie de “très belle Ãglise…

avec
r^ beaux clochers”. Description topographiqne de la province du

Bas-
Canada, 216 et 217.

SAINT-DENIS-SUR-RIlMIELIEir 220

clochers. Les plans eu furent même dressÃs (1),
mais ;\ la dernière heure l’architecte s’aperçut qu’elles
ne pouvaient rien supporter de plus que leurs cloche-
tons sans danger de crouler. Après cette constatation,
il est certain que si l’on dÃsire doter l’Ãglise d’un por-
tail achevt’, il faudra l’Ãdifier entièrement à neuf

La construction ayant double rangÃe de fenêtres,
on lui a reprochà d’offrir un peu l’apparence d’un
thÃâtre. Voici comment M. Cherrier justifia cette
partie de son plan en Ãcrivant à l’Ãvêque, le 28 mars
1792: “Les fenêtres à double Ãtage Ãtant moins
larges, le mur est plus facile à lier, et le foulage en est
moins irrÃgulier par les piliers dans un bâtiment largo,
hi chapentefiitiguera moins. Les tours. . . . sont. . . .
les contreforts de la devanture et des longs pans, sur-
tout si ou les laisse assurer avant de les monter à leur
hauteur, et le pignon de même. Les fenêtres porteront
trois pieds et trois pouces sur double hauteur ;. . . . et
par là le haut et le bas de l’Ãglise eu seront plus Ãclai-
rÃs. Deux de ces fenêtres ne coûtent que la façon
d’une grande, et tout forcera moins au vent. Les fenê-
tres d’en haut seront un peu moindres que celles d’en
bas” (2).

Nous avons dÃjà une bonne idÃe de l’extÃrieur ;
pour achever de le faire connaître,disons que le temple
est tout construit eu cailloux, que sa façade a ÃtÃ
cimentÃe en 1856 (3), et que les chapelles de sou transept
ressortent en saillies assez prononcÃes, qu’il se termine

(1) — Mgr Moreau a approuvà ces plans, le il dÃc. 1S92.

^i’^’/j-
fies des dÃlibÃrations de la fabrique de Saint-Denis,

(2) — Archives de rÃfcchà de Saint- I/yacint/ie.

(3) — Par Ths Rousseau ])our la somme de $780. .-//v///rt’.> de
rà l’Use de St- Denis.

230 HISTOIRE DE

eu roncl-point et que depuis 1880 la tôle a remplacà le
bois delà couverture (1).

A l’intÃrieur s’Ãtend nn vaste chÅ“ur, dont la
balustrade en ligne droite court du fond d’une cha-
pelle au fond de l’autre. Le maître-autel hombÃ,
sculptà et dorà des anciens jours en a longtemps formÃ
le principal ornement ; il n’a Ãtà supplantà qu’en 1883,
mais par une magnifique pièce d’art en marbre blanc ;
deux autels latÃraux en marbre pareillement lui ont
Ãtà adjoints en 1891, aux coins que dÃtermine le rond-
point avec les chapelles ; celui du côtà de l’Ãvangile
est consacrà au SacrÃ-CÅ“ur de JÃsus et l’autre à la
sainte Vierge. Ces trois coûteux chefs-d’Å“uvre, ciselÃs
en Italie, sont dus à la pieuse gÃnÃrosità de quelques
paroissiens à l’aise. Un quatrième et un cinquième
autel, construits par l’architecte Quevillon, à Saint-
Vincent-de-Paul de l’île JÃsus, et installÃs dans les
chapelles en 1806, y subsistent encore, mais il faut
convenir qu’ils font maintenant piteuse mine, quoi-
qu’ils aient bien coûtà la jolie somme de neuf cents
piastres. Ils sont dÃdiÃs, l’un à sainte Anne, l’autre Ã
saint AndrÃ. Des stalles, des statues et des tableaux
complètent l’ornementation du chÅ“ur.

Dans la nef, des galeries dans toute sa longueur,
un spacieux jubà et deux tribunes dans les chapelles
latÃrales composent comme un second Ãtage.

En 1818, on Ãrigea les fonts baptismaux, qui se
voient encore k l’arrière de l’Ãglise, mais qui ne ser-
vent plus ; on introduisit une chaire ambulante, rem-
placÃe en 1881 par la chaire fixe actuelle, et on sculpta

(I) — Quant aux marches de pierre du peiron, eUe> reuioiUent Ã
l’annÃe 1850. Archives de T Ãglise de S.- Denis.

SAlXT-DENIS-SUR-RICIIELIEa 231

un banc d’Å“iivre plus en harmonie avec les attentions
qu’on voulait accorder aux marguilliers (1;.

Vingt-six ans plus tard, tente la bâtisse reçut
d’importantes restaurations en nifime temps que son
parachèvement, mais c’est eu 1881 surtout que l’on a
le plus dÃpensà pour son embellissement. Alors Joseph
Rousseau, intelligent jeune peintre de Saint-Hugues,
pour la somme de trois raille quatre cents piastres,
peintura et dÃcora tout et substitua même des fres-
ques à quelques tableaux d’un goût douteux. Bref,
l’Ãglise parut être après cela un temple rÃcemment
livrà au culte. Aussi le curà en proiita-t-il pour lui
procurer les honneurs de la consÃcration, en 1883 (2).
On avait pensà à cette dÃdicace en l’annÃe 1819 (3),
mais le projet n’avait pas eu de suite.

La primitive sacristie Ãtait petite, basse et mal
ÃclairÃe. En 1870 et 1871, elle subit une entière
transformation sous la main des habiles entrepre-
neurs associÃs Joseph-Hercule Lapalisse et Elie Giard.
l’our deux mille sept cent cinquante piastres, ils l’allon-
gèrent de vingt pieds, l’exhaussèrent de quatre pieds,
lui ajoutèrent deux fenêtres et agrandirent les autres ;
un vestiaire et des confessionnaux lui furent confec-
tionnÃs, et le reste fut restaurà au point de paraître
neuf (4). C’Ãtait là une amÃlioration d’urgence, vu

(i) — Ces travaux de 1818, comme ceux de 1813, ont Ãtà exÃcutÃs
par Urbain Durocher. Registres des dÃlibÃrations de la fabrique

de Saint.
Denis.

(2) — Ce sont “des reliques de saints Zenon et l’rosper, mar-
tyrs “, que l’on plaça alors dans le maître-autel. Registres

aes dÃlibÃra-
tions de la fabrique de Sai7it- Denis.

(3) — Lettre du curà BÃdard à Mgr IMessis, en date du 17 mars
18 19. Archives de l’ÃvÃekà de Saint- Hyacinthe.

(4) — Le contrat de cette entreprise fut conclu au presbytère

de
Saint-Denis, le 12 fÃv. 1870, par-devant le notaire O. Marin.

.Archives de
M. Elie Giard, de Sherbrooke.

HISTOIRE DE

le frÃquent usage qu’on fait maintenant de cet appen-
dice.

Cependant la restauration de 1844 faillit coûter
tout l’Ãdifice. L’enlèvement des Ãchafauds s’effectuait,
le 20 août, lors’^ue l’imprudence d’un fumeur provo-
qua un commencement d’incendie. Après avoir allumÃ
son calumet dansla tour du sud, il y jeta son reste de feu
sans prÃcaution et ferma la ])orte derrière lui. Un
tonneau de tÃrÃbentliine Ãtait là comme rÃceptacle.
Quelques minutes plus tard, Ton se trouvait en prÃ-
sence d’un foyer ardent des plus tenaces. Ce fut le
marchand G. Steiger qui sauva l’Ãdifice de sa destruc-
tion par sa manière d’agir vraiment admirable.

Le 13 juin 1905, c’est le feu du ciel qui s’attaque
au vieux temple. Au milieu d’un violent orage Ãlec-
trique, la foudre frappe la tour du nord, en dÃtache
quelques pierres et se promène un peu partout dans
l’Ãdifice, rÃduisant en Ãclats le support central des
tuyaux, brisant une fenêtre du chœur, endommageant
les moulures de l’autel Sainte-Anne, Mais ce n’est
pas tout ; trois-quarts d’heure après, le feu se dÃclare
dans la lanterne de la tour ÃprouvÃe. N’eussent Ãtà le
sang-froid et la bravoure des paroissiens, c’en Ãtait fait
de toute l’Ãglise, car les flammes se propageaient
rapidement et n’Ãtaient pas faciles à atteindre ; enrayÃes
à temps, elles n’ont heureusement causà que d’insigni-
fiants dommages (1).

Une autre fois encore, il n’en fallait pas davantage
pour rÃduire l’Ãdifice en cendres. Une Ãtincelle, par-
tie de la cheminÃe d’un moulin voisin, vint ouvrir sa
trouÃe dans la couverture alors en bois. Elle s’y crÃa un
foyer assez Ãtendu et s’Ãteignit d’elle-même à l’insu do

(!) — La Tribune, de Saint- Hyacinilie, juillet 1905.

Eglise iietucllo de S.-Deiii:^ (Page 229).

Colli’ge (•l:tssi(iiic (le S. -Denis (Tage 24(;).

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 233

tout le monde. Ou ne constata que [)lus tard le dan-
ger encouru.

Vraiment il existe une protection spÃciale pour
l’antique Ãglise contre les flammes. Dieu la garde long-
temps en effet à la piÃtà des Dyonisiens. Qu’ils y aillent
encore, durant de nombreuses gÃnÃrations, respirer les
parfums de ferveur des anciens jours, s’agenouiller et
prier sur le parvis, où un si grand nombre de leurs
ancêtres les ont prÃcÃdÃs en leur prodiguant l’exemple
de la vÃritable piÃtÃ. Là , que d’êtres chers sont venus
faire consacrer leur entrÃe dans le monde, se former
en familles chrÃtiennes et recevoir une dernière bÃnÃdic-
tion sur leurs dÃpouilles mortelles. Temple, tÃmoin de
tant de joies, de deuils et de serments de fidÃlitÃ, cha-
cune” de tes pierres parle au cÅ“ur de ceux qui t’entou-
rent, reste-leur longtemps.

CHAPITRE XXIII

Les poêles dans l’Ãglise de Saint-Denis. Ses
tableaux. La poste. 1796-1905.

Si ce n’Ãtait un fait, dont les vieillards se souve-
naient encore il y a quelques annÃes pour en avoir ÃtÃ
les tÃmoins ou plutôt les victimes,on ne croirait pas que
les Ãglises du Canada n’ont Ãtà chauffÃes que depuis
l’an 1800 environ. Rien de plus vrai pourtant. Cela
dÃmontre une fois de plus que nos ancêtres Ãtaient plus
mortifiÃs que nous et combien il est difficile de dÃra-
ciner une habitude. En France, on ne chauffait pas
ces Ãdifices ; au Canada, quoique le climat fût beau-
coup plus rigoureux, on voulut agir de même et il ne fal-
lut rien moins que deux siècles pour revenir de cette
erreur.

Durant la saison froide, les hommes portaient
le calotte (1), les femmes d’Ãpaisses coiffes ; au chÅ“ur,
on usait de la barrette et du camail, qui couvrait et la
tête et les Ãpaules (2). Quelquefois, à part cela, il y
avait dans les bancs des chaufferettes pour les pieds (3);
on en plaçait une le plus souvent sur l’autel (4) pour
que l’onglÃe ne s’emparât pas trop impÃrieusement des
doigts de l’officiant et ne congelât pas le vin. Dans la
sacristie, on ne trouvait pas plus de chaleur. D’ailleurs
oet appendice Ãtait rarement une chapelle comme

( I ) — fountal des JÃsuites^ 34.

(2) — Heaubien, Le Sault-au-RÃcollct, 333 et 334.

(3) — Suite, Histoire des Canadims- l’rançais, III, I18.

(4) — yournal des yc’suites, 74.

236 HISTOIRE DE

aujourd’hui, et la messe, en semaine, de même que le
dimanche, n’y Ãtait cÃlÃbrÃe que pour de graves
raisons (1).

En certaines circonstances, on enleva toutefois le
piquant de l’atmosphëre du lieu saint, en entretenant
des braises dans des chaudières (2). Mais quelle
fumÃe ! C’est Ãgalement ce que l’on redoutait avec
les mauvais poêles alors en usage. Les pauvres pein-
tures, qui avaient coûtà si cher, en auraient Ãtà ava-
riÃes. NÃanmoins M. Deschenaux, curà de l’Ancienne-
Lorette, fit à ses frais l’essai de poêles dans son Ãglise.
Les marguilliers n’auraient jamais consenti à cette
dÃpense, qu’ils Ãtaient sûrs de ne pas voir profiter à la
paroisse (3). Or la tentative, à leur surprise, obtint le
plus heureux succès, et ce fut ainsi, vers 1800, le com-
mencement de la belle amÃlioration, qui s’imposait
depuis la fondation de la colonie.

A Saint-Denis, l’Ãglise toute neuve n’avait pas ÃtÃ
amÃnagÃe pour entrer de plein pied dans la voie si
bien ouverte. Il y existait bien une cheminÃe, faisant
le pendant de la porte de communication entre la nef
et la sacristie, mais elle Ãtait destinÃe au large et fameux
luminaire du Saint-Sacrement. Le foyer en Ãtait fermÃ
par une porte vitrÃe, à travers laquelle on apercevait

(i) — Mgr Hubert, le 24 oct. lygô.Ãcritau curà malade de

l’Ancien ne-
Lorette : ” Il vous est permis par ces prÃsentes de bÃnir la

sacristie et d’y
dire la messe les jours qui ne sont point chômÃs seulement et

encore
Jans les froids où votre santà pourrait en être diminuÃe. Si

cette rÃponse
vous paraît stricte, c’est afin de ne pas donner occasion Ã

d’autres prê-
tres de demander pareille dispense, ce qui me paraît être

contre les
règles, à moins d’une grande utilità pour la santà “. Trudelle.

Paroisse
de Charksbourg, 17.

(2) — Beaubien, Le Sault-au Rccollet, 334 et 335.

(3) — Trudelle, Paroisse Je Charksbourg, 16 et 17.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIËU 23′

le feu d’un fanal aux Ãuormes proportions, ouvrage ù
grands coups de ciseau (1).

Toutefois M. Oherrier ne s’Ãteignit pas avant
d’avoir introduit les bienfaits de la chaleur dans le beau
temple qu’il venait d’Ãlever à la gloire de Dieu. C’est
vers 1805 que l’installation eut lieu (2). Malheureu-
sement, jusqu’en 1864, l’Å“uvre des deux poêles a Ãtà en
bonne partie paralysÃe parle froid que laissaient pÃnÃ-
trer les fenêtres. Ce n’est qu’en cette dernière annÃe
qu’on a obvià à l’inconvÃnient par la confection de
doubles châssis (3).

A Saint-Denis, les tableaux, que l’on aurait pu
craindre de noircir par la fumÃe des poêles Ãtaient de
peu de valeur. Moins trois, ils ont tous Ãtà renouvelÃs
depuis cette Ãpoque (4) : aujourd’hui ils sont au nom-
bre de neuf. Ceux de sainte Anne et de saint AndrÃ
sont les plus anciens, ils ont Ãtà acquis en 1780. ExÃ-
cutÃs dans le pays par des peintres de second ordre,
ils sont loin d’être des chefs-d’Å“uvre ; aussi les deux
ensemble n’ont-ils coûtà que quarante-trois piastres.
Celui de saint Denis,quoique aj’ant droit d’être le plus
beau, est encore plus mÃdiocre. Egalement peint dans
la colonie, il a pourtant Ãtà payà une somme considÃ-

( 1 ) — On |)eut encore contein|iIer ce nioiuinient dans le

grenier de ia
sacristie de Saint-Denis.

(2) — D’autres paroisses ont beaucoup plus retardà Ã

bÃnÃficier de
l’amÃlioration. C’est ainsi que Sainte-iVnncdes- Plaines, fondÃe

en 1787,
n’y a participà qu’apiès 1841. Alors on acheta un grand poêle,

dont le?
[)laques mesuraient un demi-jiouce d’Ãpaisseur, on le plaça au

milieu ck-
l’Ãglise, et le bedeau fat prÃposà à son bon fonctionnement,

moyennant
ilix sous par dimanche. Dugas, Ilisloiie de la paroisse de

Sainte- Aittie-
des- Plaines, 90 et 91.

(3) — Ils sont le rÃsultat d’une rÃsolution defabiique, en date

du 3
juillet 1864. Registres des dclibcralions de la fabrique de

Saint-Denis.

(4) — Parmi les tableaux mis au rebut Ãtaient ceux de

l’Annoncia-
tion et de sainte Madeleine, hneniaire de 17SS. Archives de P nÃe

hà de
S. – Hyacinthe.

238 HISTOIRE DE

rable pour le temps. Il reprÃsente le martyre du saint
patron et de ses deux compagnons.

Autant nos Ãglises Ãtaient jadis dÃpourvues de
jolis tableaux, autant en surabondaient les sanctuaire»
de France. Mais voici que la plus terrible des rÃvo-
lutions va dÃpouiller celle-ci au bÃnÃfice de notre pays.
LÃ -bas, l’impie envahira le lieu saint, en arrachera des
murs les plus riches toiles et s’en ira stupidement les
jeter dans quelque arrière-boutique. Plus tard, on les
en tirera pour les vendre au rabais. Heureusement,
alors il y aura sur place un ami du Canada aussi sincère
que vÃritable connaisseur, qui en fera l’achat pour nous.
Cet homme de la Providence est le grand-vicaire même
de Paris, l’abbà Philippe Desjardins. Proscrit par les
spoliateurs sacrilèges en même temps que son frère
Louis- Joseph Desjardins (l) au plus fort de l’orage
rÃvolutionnaire, il vint chercher asile sur nos bords.
Le bienveillant accueil qu’il y reçut nous l’attacha.
Quand, huit ans après, il retourna dans sa patrie, il no
chercha plus que l’occasion de nous tÃmoigner sa gra-
titude. C’est ainsi qu’il se mit à notre service pour
nous doter des trÃsors que gaspillaient les persÃcu-
teurs. Son frère, dÃfinitivement fixà au milieu de nous,
y devint son agent. Mais pour arriver à poursuivre
ce trafic sans entraves, il lui fallait induire les toiles
d’une Ãpaisse couche de colle et les expÃdier comme
enveloppes de colis.’ Rendues à QuÃbec, les peintures
Ãtaient nettoyÃes et distribuÃes aux diverses paroisses,
qui en avaient fait la demande. Les deux frères exer-
cèrent longtemps ce mÃtier (2).

(i) — Le journal des receltes et ilcpenses de la fabrii|ae de

Samt-
Denis, à l’article de l’achat de tableaux, dÃsigne ce second

abbÃ
Desjardins sous son autre nom de Desplantes. — Cf. Tangnay,

RÃper-
toire du clergà canadien, seconde Ãdition, 159,

(2) — Casgrain, Histoire’ de l’ Hôtel- Dieu de QuÃfiee, 496 .\

499. —

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 239

C’est ainsi que Saint-Denis a i)u se payer le luxe
desessix plus beaux tableaux, en 1817 (1). Leurs sujets
sont : ” La descente de la croix “, ” Le martyre do
saint BarthÃlemi “, une seconde ” Saiiite Anne “, ” La
sainte famille “, ” La fuite en Egypte”, et “La nuit
de Noël “. Tous sont exÃcutÃs avec talent. Surtout
le dernier est une pièce des mieux rÃussies du cÃlèbre
artiste Antoine Coypel ; il est le seul signà de ceux
que nous contemplons à Saint-Denis. Ce peintre a
Ãtà fort en vogue de son vivant, quoique ses composi-
tions sentent le bel esprit. S’il ne possède pas le gÃnie
du grand, il sait relever ses scènes par un coloris
animÃ, une expression vive, pathÃtique et frappante.
Il a vÃcu à Paris, de 16G1 à 1722 ; il ne s’en est
absentà que pour aller à Rome se former sous la direc-
tion de son père, en prÃsence des admirables travaux
italiens (2).

Aujourd’hui l’Ãglise d^’^onisienne est, on peut dire,
riche en peintures de prix, grâce aux frères Desjardins.
Ses six derniers tableaux ne lui ont coûtà que
neuf-cent-trente piastres (3),

Saint-Denis n’a pas Ãtà aussi avantageusement
partagà sous le rapport de la malle. Il lui fallut d’abord
commencer par aller dÃposer ses lettres à Sorel, le plus
proche bureau de poste, et cela pendant les soixante
premières annÃes. On n’Ãtait pas ainsi portà à Ãcrire
souvent à ses parents et amis ; il n’en coûtait guère
plus de se rendre jusqu’à QuÃbec pour les aller voir.

iSibaud, Le panthÃon canadien, 74. — Dioiinc, dans V Annuaire

di.
r Università Laval de QuÃbec, annÃe 1894-5. ,

(1) — L’achat de ces tableaux a Ãtà rÃsolu dans une assemblÃe

de-
fabrique, en date du 5 juin 1817. Registres des dÃlibÃrations de

la fabrique
de Saint-Denis.

(2) — EncyclopÃdie du XIX siècle, quatrième Ãdition, XIII,

243.
— Fellei”, Biographie universelle, Ãdition de 1848, V, 8o>

(3) — Registres des dÃlibÃrations de la fabrique de S. Denis.

240 HISTOIRE DE

C’est à l’initiative privÃe qu’est dii le premier
courrier de la vallÃe du Richelieu. Saint -Ours
se mit en relation avec Sorei ; puis Saint-Denis
et Saint-Antoine en firent autant avec Saint-Ours.
Ceci se passait un peu avant 1800 (1). En même
temps on avait organisà un autre courrier entre Saint-
Denis et Saint-Hyacinthe ; mais celui-ci n’a pu subsis-
ter qu’environ un an. Jacques Cartier, de Saint-
Antoine, paraît avoir Ãtà le chef de ce mouvement
vers le progrès. Toujours est-il que c’est à lui que l’on
s’adressait quelques annÃes plus tard pour le main-
tien de la poste le long de la rivière et le rÃtablisse-
ment de celle de Saint-Hyacinthe (2).

Vers 1815, le gouvernement prit enfin le service
en mains et l’Ãtendit de Sorel à Chambly. De men-
suel, le courrier Ãtait devenu bi-mensuel, puis hebdo-
madaire ; il devint alors bi-hebdomadaire. Ce dernier
Ãtat de choses dura ensuite jusqu’à la construction du
Grand-Tronc entre MontrÃal et Saint-Hiîaire, en 1854.
De cette annÃe à 1897, le postillon de Saint-DÃnis
n’eut plus à desservir que Saint-Hilaire, Sorel et les
paroisses intermÃdiaires, mais en revanche il Ãtait tenu
d’effectuer le trajet, aller et retour, dans chaque vingt-
quatre heures. Ordinairement, l’engagement annuel
Ãtait conclu pour la somme d’environ mille piastres.

(1) — Archives de M. Jacques Cartier, de Saint- Antoine.

(2) — Le notaire Bouidages Ãcrit à Jacques Cartier, le 8 oct:

1809,
au sujet de la malle : •’ l’ermettez-moi de vous dire que

l’offre, que vous
leur avez faite ( aux gens de Saint-IIyacintlie ), sent un peu de

l’aristo-
cratie mercantile…. Pourquoi exiger d’une seule paroisse la

moitià de
la somme qu’il faut pour former un courrier nÃcessaire pour 5 ou

6 parois-
ses? L’offre, qu’ils auraient à vous faire, me paraît plus

raisonnable de
leur part, qui serait de fournir $30 pour aider pour leur

paroisse Ã
former un courrier pour toute la rivière Chambly. Pour apporter

leurs
gazettes et toutes leurs lettres à Saint -Denis, faites

attention qu’il faudra
qu’ils paient un autre courrier de Maska (Saint-Hyacinthe) j^our

Saint-

SAINT-DENIS-SUR-RICIIELIEU 241

Depuis 1897, Saint-Denis jouit de deux malles cha-
que jour. L’ancien itinÃraire a Ãtà abandonnÃ, et l’on a
adoptà celui du chemin de ter jusqu’à ContrecÅ“ur,
d’où un postillon arrive au village dyonisien à midi et
à neuf heures du soir. La paroisse se croit mainte-
nant rendue au plus haut degrà de perfection sur ce
point. Elle peut, par exemple, Ãcrire à MontrÃal le
matin et recevoir sa rÃponse à la fin du même jour.
Le seul inconvÃnient, c’est que le second courrier n’est
distribuà que tard dans la veillÃe, mais à cela il est
difficile de remÃdier, et nul de songera de sitôt à s’en
plaindre.

Les directeurs connus du bureau de poste de
Saint-Denis ont Ãtà François Mignault, aubergiste, le
marchand Jean Chamard, François-Xavier Laforce,
père et fils successivement, Michel Laprise, le notaire
Mignault, Henri Page (1), aujourd’hui au même

Denis, qui leur coûtera encore $30, ce qui leur formera $60,

pour laquelle
somme ils peuvent former un courrier de Maska à Sorel. Ainsi en

se
joignant à vous, ils n’y gagnent rien, vous seul gagnerez $30,

pour dimi-
nuer le paiement de votre postillon. Les messieurs de Maska sont

partis
très sensibles à la duretà de votre ]>roposition, bien rÃsolus

de former
entre eux un courrier, offrant aux messieurs de Saint-Denis de se

joindre
à eux, se faisant fort de leur apporter leurs gr.zettes et même

toutes leurs
lettres pour le même prix que vous nous faites venir nos

gazettes seule-
ment “. Archives de M. yacques Cartier, de Saint- Antoine.

(i) — La famille de M. H. Page est originaire du Cap-SantÃ. Son
lîeul Pierre en vint à Saint- .\ntoine, vers 1790. De là , il

est traversÃ
à Saint-Deni?, peu après, pour devenir l’homme de confiance du

mar-
chand GuÃrout. Il est dÃcÃdà assez jeune, vers 1812. Son Ãpouse

Marie-
Louise Lamothe a succombÃ, de son côtÃ, au cholÃra de 1832. De

ses
enfants, Louis, nà le 25 août 1802 et arrivà en bas âge Ã

.Saint-Denis, est
le père de M. Henri ; durant 60 ans, il a Ãtà marchand, d’abord

en bas
du village dyonisien, puis en face de l’Ãglise. En 1837, il s’est

montrÃ
patriote ardent, ce qu’ensuite n’ont pas manquà de lui faire

expier les
Anglais. Il s’est marià deux fois, le 24 avril 1826 à Saint-

Antoine avec
AdÃlaïde Bourassa, morte du cholÃra comme sa belle-mère en

1832, et
vers 1835 avec AiioUine LÃtourneau à Saint- Marc. C’est celle-ci

qui est

242 HISTOIRE DE SAINT-DENIS

emploi à Saint-Hyacinthe, l’instituteur Dupuis, EmÃlie
Leblanc, modiste, le notaire Durocher, et Victor
Gareau pendant six ans. Le notaire Dauray, leur suc-
cesseur, occupe actuellement cette fonction, depuis
1898.

la mère de M. Henri. Louis est devenu veuf la deinièie fois le

27 nov.
1876, son Ãpouse s’Ãtant Ãteinte à l’âge de 68 ans. Il est

lui-même dÃcÃdÃ,
en 1886, à l’flge de 84 ans. (Quelques annÃes avant sa fin, il

avait cÃdÃ
son magasin à son fils unique Henri. Celui-ci, après avoir ÃtÃ

marià avec
Herminie Morin, l’est aujourd’hui avec Caroline Cayer. Il a

quittà Saint-
Denis, et toute sa famille avec lui, en 1886. C’est le 18 mai

1898 qu’il
a Ãtà assermentà comme directeur de la poste à Saint-

IIyacintlie.

I

CHAPITRE XXIV

Les dÃbuts d’un collège classique à Saint-Denis.
Ses Ãpreuves. Sa fin. 1804-1905.

Nul n’a compris mieux que M. Cherrier cette
parole d’un penseur : ” Qui a l’enseignement a l’ave-
nir” (1). Il savait que l’enfant est tout d’une pièce,
que ” si l’enseignement religieux ne lui arrive pas
fondu en quelque manière avec l’enseignement sco-
laire, le premier est condamnà à une sorte d’infÃrioritÃ
qui le prive de tout attrait et de toute solidità ” (2).

Avant comme après la fondation du couvent, il
n’avait cessà pendant environ deux mois par annÃe
d’expliquer patiemment le catÃchisme à la jeune
gÃnÃration ; combien souvent il exhortait les parents
à le seconder ! mais il sentait que ce n’Ãtait pas suffi-
sant. Quand pourra-t-il donc accomplir pour les gar-
çons ce qu’il Ãtait parvenu à exÃcuter pour les filles ?
Ici la tâche paraissait plus ardue, aussi tarda-t-il
davantage à l’entreprendre. Cependant les dîmes
augmentaient assez rapidement d’annÃes en annÃes
et, après avoir Ãconimisà pour son couvent, il mettait
le plus possible en rÃserve pour donner autant aux
garçons.

Pendant qu’il thÃsaurisait ainsi, son attention fut

(i) — Ces paroles sont d’un prÃsident de la Chambre française.
Blanqui avait auparavant exprimà cette vÃrità primordiale avec
plus de brutalitÃ, en s’Ãcriant : “La rÃvolution n’est pas Ã

l’atelier, elle
est à l’Ãcole”. L’Ãcho de Plaisance, France, en 1897.

(2) — V Ãcho de Plaisance, France, en 1897.

244 HISTOIRE DE

attirÃe sur le besoin de favoriser le recrutement du
clersrà canadien, A la suite de la rÃvolution fran-
çaise, beaucoup de prêtres pourchassÃs s’Ãtaient retirÃs
dans la capitale de 1′ A.ngleterre, à l’ombre du drapeau
de ce pays. Or, en 1798, ceux-ci venaient d’obtenir la
permission de passer au Canada (1). C’Ãtait une magni-
fique aubaine pour notre peuple, mais elle n’Ãtait pas
sans prÃsenter ses inconvÃnients. Tous Ãtaient d’excel-
lents ouvriers qui demandaient de l’emploi ; nÃan-
moins, connaissaient-ils suffisamment le genre pÃnible
de ministère qu’ils dÃsiraient ? Resteraient-ils long-
temps? DÃgoûtÃs de leurs nouvelles positions et atti-
rÃs dans leur patrie par le rÃtablissement de la paix,
ne se hjtteraient-ils pas de rentrer dans leurs diocèses
respectifs, laissant sans pasteur une foule de paroisses,
où l’on se serait imposà de gÃnÃreux sacrifices pÃcu-
niaires dans l’espoir de le garder indÃfiniment ?

Dans ces perplexitÃs, l’Ãvêque, Mgr Hubert, Ãcri-
vit entre autres au curà de Saint-Denis pour le con-
sulter. M. Cborrier, se plaçant à un nouveau point de
vue, lui rÃpondit par une longue lettre, qui se rÃsume
dans le passage suivant : ” Je remarque qu’une troupe
auxiliaire, quelqu’avantageuse qu’elle paraisse, est
toujours de courte durÃe et peu stable, quand elle
n’est appuyÃe que sur les ressources d’une politique
humaine dans ceux qui la procurent. Je fais abstrac-
tion, pour le moment, des talents, de la vertu et des
mÃrites des pieux ecclÃsiastiques, que la Providence
nous destine, et des avantages que ces ÃmigrÃs vont
procurer ; mais si ce secours affaiblit, dÃcourage,
dÃprime et interrompt la gÃnÃration et la progression
du clergà canadien,. . . ce secours manquant, où aura-
t-on recours? Les prêtres canadiens doivent être

(I ) — Te tu, Les Ãi’cques de QuÃbec, 293.

SAINT DENIS-SUR-RICIIELIEU 245

mÃnagÃs dans leur pays. La rÃforme est toujours prÃ-
fÃrable à la destruction. Il sera toujours plus facile de
perpÃtuer la succession des prêtres canadiens par l’en-
couragement que de le faire renaître, quand il fau-
dra y avoir recours ” (1).

Faciliter les vocations des iils de famille du pays,
voilà toute la pensÃe de M. Cherrier. Il n’Ãtait pas
opposà à un certain renfort, mais ce qu’il redoutait,
c’est que pendant quelques annÃes on pourvût si bien
à tous les besoins du diocèse que le zèle à pousser les
jeunes gens aux Ãtudes ne se ralentît, ne s’Ãteignît
même. Et c’est sur cette initiative privÃe qu’il fallait
pourtant compter encore longtemps. On l’avait crÃÃe
fort pÃniblement, il ne fallait pas s’exposer à recom-
mencer. Bien entendu toutefois que ce rôle de dÃvouÃs
protecteurs Ãtait presque exclusivement dÃvolu aux
membres du clergÃ. Le curà de Saint-Denis avait
dÃjà fourni sa part, et il espÃrait offrir davantage, aus-
sitôt que sa caisse d’Ãpargne le lui permettrait. Peut-
être lui vint-il alors pour la première fois à l’esprit de
faire de sa future Ãcole des garçons vin collège classi-
que? Dans ce cas, il lui faudrait se jeter dans de plus
lourdes dÃpenses, et il Ãtait obligà d’attendre que son
amas fût plus considÃrable.

Enfin, au dÃclin de l’annÃe 1804, après avoir cal-
culà une dernière fois ses chances de succès, il avertit
son Ãvêque qu’il serait prêt à ouvrir une Ãcole de latin
dans sa paroisse dès l’automne suivant, si le projet lui
Ãtait agrÃable. Mgr Denaut, qui avait encouragà une

(i) — Avant ces rÃflexions, M. Cherrier avait Ãcrit au

commence-
ment de sa lettre : ” La maison que j’occupe sera toujours un

lieu d’hos-
pitalità pour les infortunÃs et honnêtes ecclÃsiastiques. . , ,

, et la paroisse
que je de dessers un cliamp, où elle (Sa Grandeur) peut. . ..

envoyer les
ouvriers qu’elle croira nÃcessaires ou utiles”. Archives Je

VÃvcchà de
Saint- Hyacinthe.

246 HISTOIRE DE

semblable iustitutiou à Nicolet l’annÃe prÃcÃdente, pro-
mit appui au gÃnÃreux pasteur. Il s’engagea même
H lui envoyer un ecclÃsiastique comme professeur.
Là -dessus M. Cherrier se mit hardiment à l’Å“uvre. Il
possÃdait dÃjà le terrain nÃcessaire sur la rue Sainte-
Catherine, aujourd’hui en face du jardin de l’hôpital.
L’Ãtà suivant, il y Ãleva une humble maison, destinÃe
à devenir pensionnat et . . . grand collège classique.
Il voulait d’abord, avant de se lancer dans ces hautes
sphères, essayer ses ailes, et il n’avait parlà à son
Ordinaire que de prÃparer des Ãlèves pour MontrÃal et
Nicolet ; les succès devaient conquÃrir le reste.

A l’automne de 1805, tout Ãtait disposà pour
l’ouverture des classes, lorsque l’Ãvêque manda à M.
Cherrier qu’il Ãtait dans l’impossibilità de tenir sa
]iarolepour cette annÃe au sujet du professeur promis.
C’Ãtait un contre-temps des plus graves, vu la pÃnurie
des personnes capables d’occuper un tel poste. NÃan-
moins, le fondateur fut assez heureux pour engager un
professeur, quoique plus ou moins qualifiÃ. Les Ãlèves
se prÃsentèrent assez nombreux ; il y eut même quel-
ques pensionnaires. Mais, pour continuer à compter
sur l’encouragement public, il n’y avait pas moyen de
conserver le maître de cette première annÃe, et il fut
remercià à la tin du deuxième semestre.

Avant cette dÃmarche, M. Cherrier n’avait pas ÃtÃ
sans songer à la seconde annÃe. Pour ne pas être pris
au dÃpourvu, il avait retenu les services de son parois-
sien le cultivateur Je&n-Basile Mignault. Cet homme
offrait toutes les garanties morales, mais il ne savait pas
le latin et, pour le reste, il ne pouvait pas conduire ses
Ãlèves bien loin. Aussi n’avait-il eu de pourparlers
avec lui que pour le cas où l’on ne pourrait rencontrer
mieux, car le curà avait en vue un antre sujet autre-
ment plus prÃcieux.

SAINT-DE\IS-SrR-RirFIELIEU 247

Mignault, prêt à subir l’ennui de quitter tempo-
rairement rexploitation de sa ferme ]>our rendre
service, avait un fils, que M. Cherrier avait protÃgà et
qui venait de terminer ses Ãtudes au collège de Mont-
rÃal. RÃpondant à l’espoir fondà sur lui, cet Ãlève
devait revêtir l’habit ecclÃsiastique à la fin de ses
vacances. C’est sur lui que le pasteur jetait les yeux.
” Ne pourrais-je pas prÃtendre à mettre ce jeune
homme sage…. pour rÃgir mon Ãcole sous ma
vue”, Ãcrit-il à son Ãvêque, en date du 19 août (1) ?
La faveur ayant Ãtà accordÃe,le futur curà de Chambly,
M. Pierre-Marie Mignault, endossa en eft’et la soutane
et fut laissà à son bienfaiteur, qui sera et son directeur
et son professeur de thÃologie. L’Ãcole allait entrer
dans une ère de grande prospÃrità sous ce maître. Il
s’y dÃvoua avec toute l’ardeur dont il Ãtait capable ;
ne travaillait-il pas en eflfet pour sa paroisse natale et
pour son gÃnÃreux protecteur en même temps que
pour Dieu ? Dès lors s’affirmèrent ses talents d’homme
de tact et de dÃvouement. Pas plus tard que le 14

(l) — Après avoir, le premier août 1806, remercià son

professeur
de l’annÃe expirÃe, M. Cherrier, le 19 suivant, Ãcrit Ã

l’Ãvêque :
•’ L’Ãcole n’est point censÃe tombÃe, chaque Ãcolier ou jeune

pensionnaire
a Laissà son bagage et ses livres pour revenir à la fin des

vacances. J’ai
retenu un maître honnête de pension, qui prendra ma maison ;

c’est un
nommà Mignault, père d’un Ãcolier sage de MontrÃal, qui a fait

son cours
de philosophie. . . Ne pourrais-je pas prÃtendre à mettre ce

jeune iiomnic
sage… pour rÃgir mon Ãcole sous ma vue et donner les i)remiers

ÃlÃ-
ments de la langue latine à ceux de mes enfants f|ui en seront

suscepti-
bles, afin d’en prÃparer aux sÃminaires de MontrÃal et de Nicolet

quelques-
uns. Si \’otre Grandeur l’approuve, je prendrais ce jeune homme,

qui
paraît se disposer à l’Ãtat ecclÃsiastique…; il dirigerait…

mon Ãcole
au moins un an ou deux, et pourrait suivre en partie quelque

traità de
tiiÃologie. ..; mais je voudrais qu’il rÃgît sous un habit qui

en imposât,
c’est-à -dire qu’il prît la soutane avant de commencer, comme il

s’atten-
dait la prendre cet automne en entrant au sÃminaire”. Archives de

rÃvê-
chà de Sainl-Ifvaciuthe.

248 HISTOIRE DE

octobre’, l’heureux fondateur Ãcrivait à Mgr Plessis :
” Mon Ãcole paraît aller bon train, mais le maître ne
pourra qu’effleurer la thÃologie ” (1). L’annÃe s’acheva
comme l’avait fait prÃsager le commencement, au
milieu des plus solides succès.

La troisième annÃe s’ouvrit sous de plus brillants
auspices encore, puisque le même professeur revenait
avec plus d’expÃrience. Malheureusement sa santÃ
refusa de marcher de pair avec son zèle aussi long-
temps que tous l’auraient souhaitÃ. Au mois de jan-
vier, il Ãtait dÃjà Ãpuisà ; il fallait donc songer à un
changement. L’Ãvêque dÃcida d’abord de l’envoyer Ã
MontrÃal, mais ce projet n’eut pas de suite et, le 20
fÃvrier, le jeune clerc, remplacà dans son Ãcole par un
autre ecclÃsiastique, partait pour Xicolet ( ), où il con-
tinuerait à se dÃvouer avec moins de surmÃnage. LÃ
ne lui incomberait pas le soin de tout un pensionnat
comme à Saint-Denis (3). Sous son successeur,
l’annÃe se termina avantageusement. Au lendemain
du dÃpart des Ãcoliers, le 18 août, M. Cherrier envoie
à Mgr Plessis des nouvelles de sa maison : ” J’ai fait
l’examen de mes petits syntaxiens, dit-il. J’en suis
assez content “. C’Ãtaient bien deux annÃes finies
pour le cours classique proprement dit. Les deux plus
avancÃs, seuls capables de poursuivre pour le moment,
entreprendront-ils leur troisième annÃe sous le même
toit ? Dommage qu’ils n’aient pas Ãtà plus nombreux !
Pour deux on crut qu’il ne valait pas la peine d’ouvrir
une troisième classe, vu la difficultà de se procurer des
maîtres, et on leur signifia d’aller poursuivre leurs

(1) — Archives de Vcvcchà de S. -Hyacinthe.

(2) — Lettre du curà Cherrier à Mgr Plessis, en date du 19

fÃvrier
1 80S. A rchives de rÃvêchà de S. -Hyacinthe.

(3) — A Nicolet, l’abbà Mignault fut Ãconome du collège, 4 ans
et demi, de 1807 .î 1812. Douville, Histoire du collège-

sÃminaire de
Nicolet, II, 3* à 7*.

i;al.l)à ].-0. Tarà (p. 256),

l.’abl à P.-l . l’n'<^- IP- 27->

L’abbà T.-E.-N. Mignaull (p. 258). l/ab^ à C.-A. Mignault (p.

259.)

l.’abbc 1.-15.C). Guy (p. 264\

K. r. I.-A. Guy (p. 2651.

SAIXT-DENIS-SUR-RICHELIEU 249”

Ãtudes ailleurs. Ces ôlèves Ãtaient Isidore Poirier, de
Saii’t-Charles, et Moïse Bourque, de la paroisse. Le
premier est alors parti pour MontrÃal, où le sacerdoce
îi plus tard couronnà ses ettorts ; il a Ãtà curà notam-
ment de Saint-CÃsaire (1) et de Saint- JÃrôme. L’autre
a Ãtà dirigà vers Nicolet (2).

La quatrième annÃe eut Ãgalement un ecclÃsiasti-
que pour l’enseignement. AndrÃ-Toussaint Lagarde,
de Verchères, et un nommà Bessette finirent leur
syntaxe latine sous sa direction. Devenu aussi prêtre,
Lagarde a Ãtà dans la suite curà de BelÅ“il ; le second
n’a pas terminà son cours. A la fin de l’annÃe, le zÃlÃ
curà suivait son Ãcole de loin seulement. Pendant
que les joyeux Ãlèves entrevoyaient les jouissances du
repos, lui se recueillait pour entrer dans son ÃternitÃ.
Sa chère Ãcole, hÃlas î il n’avait pas eu le temps d’en
affermir sufiisamment les assises pour assurer son exis-
tence sur le pied où il l’avait mise ; mais il n’avait
travaillà que pour Dieu dans cette entreprise. Si elle
n’allait pas se maintenir, c’est que Celui-ci ne la voulait
[)as, et la volontà du serviteur se confondait à cette
heure plus que jamais avec celle de son divin Maître.
Les Ãcoliers n’Ãtaient pas au terme de leurs quatrièmes
vacances que le fondateur de leur aima mater avait
pieusement quittà la terre. Ce fut un coup fatal pour
la jeune institution. Cet automne, les classes ne se rou-
vrirent pas. Pendant un an, il n’y eut plus ensuite
qu’un desservant dans la paroisse, et ce prêtre, ne
sachant pas combien de temps il y rÃsiderait, ne pou-
vait pas plus escompter l’avenir que prendre sur des
Ãconomies. Donc l’Ãcole de M. Cherrier fut par là inÃvi-

(I ) — Leroy, llistoiiqttc de lu paroisse de SaitU-CÃsairc et

de son colli-

AV, 13-

(2) — M. Houiciue est clemeiiià 2 ans an collège de Nicolet,

de
1808 à 18 10. Douville, Histoire du collège-sÃminaire de

Nieolet^Wy 130*.

250 HISTOIRE DE

tablement condamnÃe à la fermeture pendant ui>e
annÃe.

Au mois d’octobre 1810, M. Kelly Ãtait arrivà Ã
Saint-Denis comme troisième curÃ. Mais, en même
temps que lui, Ãtaient venues s’y caiitonner une partie
des troupes du roi et, au nom de ce dernier, elles
s’Ãtaient emparÃes du logement scolaire. Tant que ces
occupants seront là , il n’y aura rien à essayer
pour la reprise des cours (1). Ce n’est qu’en mai-s-
1814 que les dÃfenseurs de la patrie menacÃe Ãvacuè-
rent le village. Alors le curà Ãcrit à l’Ãvêque pour
lui dire qu’il pourrait donner la nourriture et le loge-
ment, plus cinquante piastres annuelles et les revenus
de l’Ãcole à l’ecclÃsiastique, qu’il lui plairait d’envoyer
pour la rÃouverture de l’Ãtablissement de son prÃdÃ-
cesseur (2). L’oiFre fut acceptÃe, et Mgr lui accorda

(1) — Le curà Kelly Ãcrit à l’Ãvêque, le 6 nav. 1812 : “Je

m’at-
lends que l’Ãcole sera peu de chose, cette annÃe.. . La maison

est libre <
il y 2 ans qu’elle est occupÃe. Si je laisse aller cette annÃe,

j’ai bien
l’arr de ne pas mettre la main sitôt dessus “. — Le 23

dÃcembre iuivant.
il Ãcrit au même : ” Mon Ãcole a encore essuyà des contre-

temps..,,
malgrà moi, la maison,… est devenue un logement d’officiers “.

— Le
premier janvier 1813, encore le même au même: ” Je crois bien

que
mon Ãcole va être encore retardÃe pour une annÃe”. — Le 6 nov.

sui-
vant, de nouveau le même Ãcrit au même que l’Ãcole Ãprouvera ”

encore
une annÃe de retardement “. Arch’n’i’s de rêzêchà de S.-

Hyacinthe.

(2) — Le curà Kelly Ãcrit à Mgr Plessis, le 5 mars 1814, au

sujet de
de la rÃouverture de l’Ãcole : ” Ma table, un logement et 300

chelins
($50)) j*^ donnerais tout cela avec plaisir à un ecclÃsiastique,

que Votre
Cirandeur voudrait m’envoyer, sans compter le profit de l’Ãcole

“. Sur ce,
Mgr lui prÃsente 2 sujets, dont l’un ou l’autre est au choix du

curÃ.
Celui-ci rÃpond, le 15 suivant: “Je ne suis guère prÃparÃ

prÃsentement
pour lecevoir un magister, ce ne serait tout au plus qu’au

printemps.
Simon serait celui des deux qui me conviendrait le mieux. Ma

table et
300 chelins avec le revenu de l’Ãcole, voilà ce que je poui rais

lui promet-
tre. Ce revenu de l’Ãcole serait peu de cho.~c | our la première

annÃe”.
En dÃpit du dÃlai demandÃ, l’Ãcole fut ouverte sans retard j mais

ce fut
l’ecclÃsiastique Pelletier qui y enseigna, et non Simon, tel

qu’espÃrÃ.
Archives de rÃvÃchà de S.- Hyacinthe.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIETI 251

î’abbà Joseph Pelletier, qui termina l’annÃe si large-
ment entamÃe. C«’ professeur est ensuite retournÃ
dans le monde (1).

L’institution a vÃgÃtà a[>rës cela jusqu’à la fin du
règne de M. Kelly (2). Ce n’Ãtait plus la vigoureuse
tige d’autrefois, si pleine de sève.

Quels sont don<îles ÃlÃments qui semblent en avoir
Ãtouffà les progrès? Ne paraît-il pas s’être Ãtabli une
opposition qui lui ait Ãtà nÃfaste? En effet, l’annÃe
même que l’Ãcole de Saint-Denis se fermait par suite
de la mort de M. Cherrier, le curà de Saint-II^’acinthe,
M. Girouard, ouvrait dans son presbytère un cours
tout à fait semblable (3) à celui qui venait de subir
un Ãchec sur les rives du Richelieu. Cette nouvelle instal-
lation avait poussà de profondes racines sous les soins
assidus de son promoteur, pendant l’interrègne dans
la cure dyonisienne. Aussi, quand M. Kelly reprit le
travail interrompu, avait-elle la première place assurÃe.
Après cela, il fallait bien s’attendre à voir disparaître
l’institution qu’elle supplantait. Le successeur de M.
Cherrier rÃsista cependant jusqu’à 1817, mais le prêtre
qui le remplaça à la tête de la paroisse abandonna la
partie.

(1) — M. Pelletier, nà à Nicolet, entra au collège de sa

paroisse
Jiatale, en 1804, à l’âge de il ans, et y finit son cours en

i8ii. Il porta
la soutane 4 ans, puis la quitta. Douville, Histoire du

collège-sÃminaiie
de Ni£okl, II, 7*.

(2) — Le curà Kelly, au sujet de l’ecclÃsiastique chargà de

l’Ãcole
de Saint-Denis, Ãcrit à Mgr Flessis, le 8 oct. 1815 : ” Ayant

entendu
<iire que Davignon Ãtait encore pour laisser l’Ãcole de Saint-

Pierre(-du-
Sud ; Cf. Dionne, Vie de CI”. Painchaud, 115), je lui…. ai

fait de^
j)ropositions pour mon Ãcolt-. Il ne m’a point encore rÃpondu “.

LÃ -des-
sus, Mgr offre un M. Brousseau. Le curà rÃpond, le 19 octobre

suivant :
‘•J’ai entendu i)arler de ce M. Hrousseau … ; il ne me

conviendrait guère.
Un homme grave comme IJavignon aurait pu être mon affaire. Mais

puis-
fpi’il fait bien où il est, il vaut mieux l’y laisser ; il

pourrait faire nioiii-
bien ailleurs “. Archives de l’cvÃïAà de S.- Hyacinthe.

(3) — Raymond, Histoire lUiecdotitjue du collège, de Saint-

Hyacinthe.

252 HISTOIRE DE SAINT-DENIS

Dès lors, le collège de Saint-Hyacinthe est devenu
la maison de Saint-Denis pour ses enfants qui se
destinent aux Ãtudes classiques. Les sept premiers
d’entre eux s’y sont dirigÃs en 1820 (1), et au delÃ
de cent les ont suivis dans la même voie depuis cette
Ãpoque (2).

(^\S)(§\Â

(1) — Ces 7 premiers Ãlèves de Saiiit-Deiits au collège

classique de
Saint-Hyacinlhe sont : Ambroisc Brunelle, Ls Bluteau, Ls Chaput,
Ambroise Goulet, Frs tiueitin, Victor Mignault et Antoine

Tonilette,
Catalof;ue des Ãlh’cs du sÃminaire de S.- Hyacinthe.

(2) — Voici leur liste complète jusqu’à 1874. Sont entrÃs :

en 1821.
Jos. et J,-Ble Allard, eljos. Pratte ; en 1822, Richard et David

Hubert ;
en 1823, Nazaire Thibodeau ; en 1S26, J,-Bte Masse ; en 1827,

Alexan-
dre Bousquet, Edouard Chaput, Edouard Masse et Octave Parà ; en
1828, F.-X. Hubert , en 1831, Jean Chamard ; en 1834, SÃraphin

Chn-
niard, Narcisse Cusson, Ls DuprÃ, Jalbert, Wenceslas et Antoine
Masse, et Antoine Saint-Jacques ; en 1835, Chs-Arthur et Horace

Nelson,
Oxibie et Avellin Saint-Germain ; en 1836, Ls Archambault et

Hercule
Page; en 1839, Paul Leblanc et Nap. Mignault; en 1840, Ludger
Caouette et Olivier Cherrier ; en 1841, Ronuiald Saint-Jacques ;

en 1842.
Geo. Deschambault, Julien Leblanc et Jacques-Denis Michon ; en

1843,
Raphaël Larue ; en 1844, Olivier DuprÃ, F.-X. Laforce, Magloire
Leblanc et Arthur Mignault ; en 1846, AmÃdÃe Larue; en 1848, Paul
Girouard ; en 1849, AmÃdÃe Saint-Jacques; en 1850, Jos. et Octave
Leblanc, Alfred Mignault; en 1851, Pierre Leblanc et Ths Larue;

en
1852, Geo. Gaudette et Henri Lamoureux ; en 1853, Jos. LÃvître,

J.-Bte
Leblanc, Henri- Adolphe Mignault et Alphonse Phaneuf; en 1856,
Alphonse Leblanc et Edmond Paradis ; en 1857, Eugène Saint-

Jacques ;
en 185S, Ls Leblanc; en 1859, Alphonse Larue ; en 1S60, A. Bous-
quet ; en 1861, Paul Bonin, Toussaint et Magloire Laflamme ; en

1862,
Henri Page ; en 1863, Frs Desrosiers et Odilon Lacombe ; en 1865.
PhilÃas Gravel ; en 1866, PhilÃas Huard ; en 1867, Arthur Parà ;

en
1868, Jos. Bonin; en 1869, Orner Paradis; en 1870, H. Paradis; en
1871, Emile Saint-Jacques ; et en 1874. Robert Saint-Jacques.

Catalo-
Ziie des Ãlèves du sÃminaire de S.-Hvacinthe.

CHAPITRE XXV

Les prêtres originaires de Saint-Denis. Les abbÃs
Mignault,Quertier, ParÃ, Leblanc, M ichon,Larue,
DÃrome, Guy, Phaneuf, Durocher, Laflamme,
Desrosiers, Guertin, Gravel, VÃzina, Richard.
Archambault et Lussier. 1812-1905.

Saint-Denis, après soixante-douze ans d’existence,
n’avait pas encoîe contribuà au recrutement du clergà ;
c’est qu’à cette Ãpoque, vu la pauvretà des familles
canadiennes, Dieu ne semait le [ilus souvent les voca-
tions ecclÃsiastiques qu’à l’ombre des deux collèges de
QuÃbec et de MontrÃal, afin de faciliter aux sujets
choisis les moyens do correspondre à ses desseins sur
eux.

M. Cherrier, durant ses quarante annÃes de règne,
ne manqua pourtant pas de zèle pour dÃcouvrir et
seconder celles de ses ouailles que l’on pouvait croire
appelÃes au sacerdoce. Plusieurs fois, il a poussà aux
Ãtudes de ses jeunes paroissiens, en qui il constatait des
talents et de la piÃtà ; mais, vains efforts : c’est seule-
ment l’un des derniers qui a rÃalisà son attente.
Depuis lors, la località dyonisienne a fourni à l’Eglise
vingt-quatre de ses prêtres, dont quelques-uns des plus
distinguÃs. Douze sont morts et les douze autres sont
de fervents ouvriers dans la vigne du Seigneur. L’un
est clerc Sainte-Croix, un second JÃsuite, un troisième
Oblat et un quatrième Viateur ; tous les autres ont ÃtÃ
enrôlÃs dans les rangs du clergà sÃculier.

Outre ceux-là , cinq, après être nÃs dans des
paroisses Ãtrangères, ont Ãtà ÃlevÃs à Saint-Denis et

254 HISTOIRE DE

sont ainsi gÃnÃralement regardÃs comme ses
enfants. De plus, il y a deux sÃminaristes, dont Vuu,
dÃjà diacre, sera bientôt promu à la prêtrise.

La paroisse peut être fière de la couronne que lui
tressent un aussi bon nombre d’embassadeurs de Dieu
sur la terre.

L’abbà Pierre-Marie Mignault, que nous avons vu
à la tête de l’Ãcole du village, est le premier prêtre
djonisien. Nà le 8 septembre 1784, il a Ãtà ordonnÃ
le 18 octobre 1812. Ensuite, de même que pendant
sa clÃricature, il n’a plus occupà que des postes de
confiance.

D’abord il a Ãtà deux ans vicaire à la cathÃdrale
de QuÃbec, puis il acheva de s’initier à l’esprit
de sacrifice sacerdotal comme missionnaire à Halifax.
Quand il en revint, après trois ans d’un ministère ardu,
il fut nommà à la cure de Chambly. C’Ãtait alors une
des positions les plus importantes du diocèse de QuÃ-
bec ; il succÃdait à M. BÃdard, qui, ce même automne,
devenait curà de Saint-Denis. Pendant rien moins
qu’un demi-siècle, M. Mignault fut après cela le pasteur
ausfii intelligent que dÃvouà de sa nouvelle paroisse.
Il y fonda un collège classique en 1828, un couvent
en 1855 et nn hôpital quatre ans plus tard ; sa maison
d’instruction pour les garçons ne lui a malheureuse-
ment pas survÃcu. Entre-temps, il s’occupait active-
ment des Canadiens ÃmigrÃs aux Etats-Unis, pour-
voyait à leur desserte, s’appliquait à leur procurer la
rÃsidence de chefs religieux de leur nationalità et Ã
leur bâtir des Ãglises distinctes. Lorsqu’il a pris sa
retraite, en 1867, à l’âge de quatre-vingt-trois a;ns, il
Ãtait grand-vicaire de l’Ãvêque de MontrÃal, comme il
l’avait Ãtà auparavant de ceux de Boston, d’Albany

SAIXT-DEXIS-SUR-mCHEMEU 25^

et de Burlington (1). Il est mort à MontrÃal, le 6
novembre de l’annÃe suivante (2), mais fut inhnnià Ã
Chambly, selon ses dÃsirs (3).

L’abbà Edouard Quertier, tils du bedeau IlÃlier
Quertier, est le deuxième prêtre de Saint-Denis ; il y
naissait, le 5 septembre 1796. Quoiqu’il ait terminÃ
ses classiques en 1815 à Xicolet (4), il n’a Ãtà ordonnÃ
que le 19 août 1829, après avoir reçu sa formation

(1) — Mgr Goesbriancl, Ãvêque <le Hurlington, passant en revue

ce
<iui avait Ãtà accompli en faveur des Canadiens des Etats-Unis,

avant son
ÃvÃnement à l’Ãpiscopat. Ãcrit, le il mai 1869: ” l’armi ceux

qui se
<lÃvouèrent alors à l’Ãvai-.gÃlisation des Canadiens ÃmigrÃs,

il est un nom
que je ne prononce qu’avec respect et reconnaissance, c’est celui

du
KÃv. Père Mignauli, de Chambly, qui avait un vÃritable cÅ“ur de

père
pour les Canadiens immigrÃs et qui vers cette Ãpoque venait les
visiter, leur administrer les sacrements. Il est bien connu que

nosÃvêques
Hughes, Fitzpatrick, McCIoskey entretenaient envers ce bon

prêtre dc.-
senliments d’une profonde vÃnÃration. Aussi il fut nommà par eux
grand-vicaire d’Albany et de Bo>ton, et par nous-rriÃme grand-

vicaire de
Burlington. Ce fut le P. Mignault qui procuia à Burlington en

185 1 le
KÃv. Jos. (^luÃvillon, que nous pouvons considÃrer comme le

premier prê-
tre canadien rÃsident de la Nouvelle-Angleterre, car depuis lui

la paroisse
de cette ville n’a jamais Ãtà sans pasteur de langue française.

Nous pen-
sons que c’est aussi le P. Mignault, qui ht venir le P. Drolet Ã

Montpel-
lier et qui contribua à commencer une Ãglise à Biandon, où se

trouvaient
quelques familles canadiennes, et je pense, quelques autres

Ãglises dans le
nord de New-York “. (joesbriand. Les Canadiens des Etats-Unis,

dans
Ilamon, Les Canadiens- Français de la Nonvelk-Angleter7-e, 165

et 166.

(2) — Uouville, Histoire du cûllèi^e-sÃininain’ de Xicolet,

[1,4*.

(3) — Tanguay, RÃpertoire gÃnÃral dn clergà canadien, seconde

Ãdi-
tion, 275. — Leroy, Historique de la paroisse de S. – CÃsaire

et de son collège,

(4) — Voici la liste complète des Ãlèves que Saint-Denis a

fournis
au collège de Nicolet depuis ^on origine jusqu’à ce jour :

Moïse Bour-
que, de 1808 à 1810 ; Raymond et KÃmi-SÃraphin Bourdages, de

1808
à 181 3 ; Ls-Marie Lefebvre et Edouard (^ueitier, prêtres, de

1809 Ã
1815 ; David BourJages, de 1810 à 1816 ; Augustin Kelly, de 1813

Ã
1817 ; Jos.-Edouard Mignauli, notaire, de 1813 à 1815 ; et

Pierre
Lapointe, île 1850 à 1S52. Douvillc, Histoire dit collège-

sÃininaire de
Nicolet, 1 1

258 HISTOIRE DE

Il possÃdait une voix exceptionnellement avan-
tageuse, et il en a usÃe sans Ãpargne pour le rehausse-
raent des cÃrÃmonies du culte. Quoiqu’il ne la mÃna-
geât pas, elle est restÃe jusqu’à la fin aussi sonore et
harmonieuse, aussi onctueuse et pÃnÃtrante que dans
ses jeunes annÃes (1).

Tj^pe du parfait gentilhomme et du prêtre modèle,
il a Ãtà partout un des plus puissants auxiliaires de
Mgr Bourget (2). Sa haute sagesse et son immense
dÃsir d’opÃrer le bien (3) furent constamment à la
disposition de ce dernier.

Retirà avec lui à la rÃsidence Saint- Janvier du
Sault-au-RÃcollet en juin 1877, il y est mort, le 20 jan-
vier de l’annÃe suivante (4),

Les abbÃs Joseph-Edouard-îTapolÃon et Charles-
Arthur Mignault, fils du notaire Josepli-Edouard et
neveux de l’abbà Pierre-Marie Mignault, quoique d’une
Ãpoque moins ancienne, sont aussi dÃcÃdÃs tous deux.

Le premier est nà le 17 septembre 1826. A l’âge
de treize ans, il entra au sÃminaire de Saint-Hyacinthe
et, après y avoir terminà ses classiques, il Ãtait admis
au noviciat des Oblats, en 1844. Il prononça ses vœux
dans cette congrÃgation et y fut ordonnà à Ottawa, le
24 dÃcembre 1849 (5), par Mgr Guignes. De 1845
à 1850, il fut directeur des Ãlèves du collège naissant
de la future capitale canadienne et, de 1850 à 1851,

( I ) — MÃmoires pour servir à V histoire du chapitre de la

cathÃdrale
de Saint-Jacques de MontrÃal, 157 à 165.

(2) — Beaubien, Le Sault-au-RÃcollet, 471 et 472.

(3) — Mère de la NativitÃ, 121.

(4) — Tanguay, RÃp. gÃn. du clergà canadien, 226. — “Il Ãtait

si pauvre des biens de ce monde que quand, à la veille de sa

mort, on
lui a parlà de faire son testament, il n’a fait que sourire”.

MÃmoires
pour servir à l’histoire dit chapitre de la cathÃdrale de Saint

Jacques de
MontrÃal, 168.

(5) — â–  Tanguay. RÃpertoire gÃnÃral du clergà canadien, 276.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 259

le supÃrieur. En abandonnant cette charge, il laissa
aussi la communautà et devint curà dOrignal, oii il
demeura de juin à septembre de la même annÃe (1) ;
puis il est parti pour le Massachusetts. Aux Etats-
Unis, il essaj^a d’abord de doter les Canadiens de
Worcester d’une desserte spÃciale ; en dÃpit de deux
ans de labeur (2), il n’y parvint pas. Dans la suite,
il fut surtout quatre ans aumônier du soixante-
seizième rÃgiment amÃricain, qu’il suivit dans ses
campagnes de la guerre de SÃcession. AccablÃ
d’infirmitÃs, consÃquences de ce ministère pÃnible, il
n’a plus guères travaillÃ. A la fin, par reconnaissance
pour ses services, le gouvernement de la rÃpublique
voisine lui paj^ait une pension de douze piastres par
mois. Il Ãtait retirà à la mÃtairie des SÅ“urs Grises de
Saint-Hyacinthe depuis un an, lorsqu’il y mourut le
15 dÃcembre 1895, à l’âge de soixante-neuf ans. Deux
jours plus tard, il Ãtait solennellement inhumà dans le
cimetière de sa paroisse natale.

Quanta l’abbà Charles-Arthur, il est nà le 4 jan-
vier 1831. Il dut Ãgalement ses Ãtudes classiques au
sÃminaire de Saint-Hyacinthe et sa clÃricature à Otta-
wa. Il professa au collège de cette ville-ci, de 1849 Ã
1850, et fut ordonnà par Mgr Guignes, le 8 janvier
1854. Au lendemain de son ÃlÃvation au sacerdoce,
il fut nommà à la cure de Montebello avec desserte de
Papineau ville. Deux ans après, il Ãtait transfÃrà au
poste de Gren ville (3) avec desserte de Saint- Philippe-
d’Argenteuil. Ce dernier centre oflTrant plus d’avan-
tages pour le sÃjour du missionnaire, il s’}’ transpor-

(1) — R. P. Alexis, Histoire de la pro~<‘ince ecclÃsiastique iV

OttiUiuiy
I. 299′ 305. 306 et 328.

(2) — Hamon, Les Canadiens-Français de la Nouvelle-

Angleterre,
245-

(3) — Tanguay, RÃpertoire gÃnÃral du clergà canadien, 276.

260 HISTOIRE DE

tait l’annÃe suivante tout en conservant le soin de
Grenville. Au raois de mai 1856, il partait (1) pour
le Wisconsin ; il y fut curà du Lac-des- Chênes et
missionnaire des Pieds-ÃŽ^oirs. Enfin, devenu infirme
lui aussi, il se retirait à la Baie-Verte, où il est mort Ã
l’âge peu avancà do quarante-cinq ans, le 20 janvier
1876.

Si la famille Mignault, de Saint-Denis, a fourni
trois prêtres à l’Eglise, celle des Leblanc a renchÃri
en lui en consacrant quatre, tous issus de Louis
Leblanc, cultivateur, et de Sophie ParÃ. Leur mère
Ãtait la sÅ“ur de l’abbà Joseph- Octave Parà et du pros-
])ère marchand de fer de MontrÃal, Hubert ParÃ.
Ceux-ci ont largement contribuà à l’instruction de leurs
neveux, les abbÃs Paul, Julien, Joseph-Octave et le
Père Louis Leblanc (2).

L’abbà Paul, nà le 18 juillet 1827, a commencà ses
Ãtudes au sÃminaire de Saint-Hyacinthe, à l’âge de
douze ans. Les ayant terminÃes en 1847, il embrassa
aussitôt l’Ãtat ecclÃsiastique et fut retenu à son aima
mater pour y enseigner pendant sa clÃricature. Il Ãtait
ordonnà le 13 octobre 1850 par Mgr Bourget. L’Ãvê-
que l’employa ensuite en son palais Ãpiscopal, et comme
son oncle, se l’attacha pour le reste de sa carrière. Il
a d’abord Ãtà utilisà à la rÃdaction des ” MÃlanges
religieux ” deux ans durant, en qualità d’assistant-

(i) — R. P. Alexis, Histoire de la province ecclÃsiastique (T

Otta~iOii,
I. 300, 302, 306, 472, 479 et 485.

(2) — Voici la gÃnÃalogie canadienne des 4 prêtres Leblanc : I

—
Jos., dont il est question à la page loo ; II — CajÃtan, mariÃ

avec
Marie-Amable Martin, à S. -Denis, le 16 août 1772 ; III —

Louis, mariÃ
avec Josephte Vigeant, à S. -Denis, le 14 sept. 1801 ; IV —

Louis, marià Ã
S. -Denis, le 2 août 1825 ; V — Les 4 frères prêtres ; Sœur

Marie-du-
Cceur-de- Marie, du Bon-Pasteur; SÅ“ur Sainte-AiirÃlie, de la

CongrÃga-
tion de Notre-Dame, de MontrÃal ; le notaire Jean-Baptiste ; et

Pierre,
marià à S. -Denis, le premier avril 1856, avec Edwige

Archambault.
Registres des baptêmes, mariages et sÃpultures de S. Denis.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 2G1

secrÃtaire cinq ans, de procureur douze ans, et, depuis
lors il s’est occupà principalement du rainistëre de la
prÃdication et de la confession (1) ; il avait Ãtà crÃÃ
chanoine titulaire, le 9 janvier 1860 (2). Rude tra-
vailleur, il a snccorabà plus à l’Ãpuisement qu’à une
maladie chronique, le 30 septembre 1897 (3).

L’abbà Julien, nà le 21 janvier 1829, alla rejoindre
son aînà au sÃminaire de Saint-Hyacinthe, à l’âge de
treize ans. Plus favorisà que lui, il fut promu au
sacerdoce dans sa paroisse natale, au milieu des
nombreux membres de sa famille, le 2 octobre 1858.
C’Ãtait la seconde ordination à Saint-Denis ; la pre-
mière y avait eu lieu du temps de M. Cherrier pour
son neveu, Mgr Lartigue, le 21 septembre 1800.
L’abbà Julien a d’abord Ãtà vicaire à Stukely un an,
curà d’Ely avec desserte de Bolton un an, de L’Ange-
Gardien cinq ans et de Saint- AimÃ-su r-Yamaska (4)
trois ans ; puis il s’est retirà (5) aux Etats-Unis, où
il est mort vers 1880. C’Ãtait ” un grand ami de l’Ãdu-
cation “, nous assure l’auteur de la vie du Père Lefeb-
vrc (6).

L’abbà Joseph-Octave, nà le 8 janvier 1835 et
entrà au sÃminaire de Saint-Hyacinthe en 1850, a ÃtÃ
ordonnà à Saint-AimÃ, oii son frère Julien Ãtait curÃ,
le 11 octobre 1863. Il fut ensuite vicaire à Sorel
cinq ans, directeur du collège classique de la même
ville un an, vicaire à Saint-Aimà un an, curà de

(1) — MÃmoires pou7- servir à V histoire du chapitre Je la

cathÃdrale
de S. -Jacques de MontrÃal, 184.

(2) — Tanguay, RÃpertoire gÃnÃral du clergà canadien, 279.

(3) — La Minerve, de MontrÃal, premier octobre 1897.

(4) — C’est l’abbà J. Leblanc, qui fonda le collège des

religieux de
Sainte-Croix à Saint- AimÃ, en 1860. Poirier, Le Père Lcfebvre,

62.
(5) — Tanguay, RÃpertoire gÃnÃral du clergà canadien, 279.
(6) — Poirier, Le Père Lefebvre, 62.

262

HISTOIRE DE

Compton (1) avec desserte de Sainte-Edwige sept
ans, puis de Saint-HermÃnÃgilde jusqu’à sa mort, arri-
vÃe le 4 avril 1891 (2).

Quant au Père Louis, le plus jeune et le seul sur-
vivant des quatre frères Leblanc, il est nà le 11 octobre
1846. Après avoir suivi les traces de ses aînÃs au
sÃminaire de Saint-Hyacinthe, il est entrà dans la
sociÃtà de JÃsus et y a Ãtà ordonnà à “Woodstock, dans
le diocèse de Baltimore, le 23 avril 1881. De 1882 Ã
1883 il a Ãtà vicaire à Notre-Dame de Worcester (3),
de 1888 à 1890, curà de Labelle avec desserte de La
Conception (4), et, actuellement, il exerce le minis-
tère à Tampa, en Floride.

L’abbà Jacques-Denis Michon, nà le 28 mars 1827,
fils d’Abel Michon, cultivateur, et de Constance

(1) — Denis, Album photo-biographiqiie du clergà catholique du

dio-
cèse de Saint- Hyacinthe.

(2) — Tanguay, RÃpertoire gÃnÃral du clergà canadien, 431.

(3) — Le P. Hamon rapporte qu’à Worcester le P. Leblanc s’est
ԉۢ rendu populaire parmi les jeunes gens et surtout aupr̬s des

enfants “.
Il Ãtait vicaire de son confrère le P. Isidore Beaudry. Les

Canadiens-
Français de la Nouvelle-Angleterre, 247,

(4) — En 1884, le P. Leblanc reçut à Labelle la visite du

spirituel
recorder de Montigny. Voici ce que dit ce dernier dans son rÃcit

de
voyage, La colonisation : ” Le curà de la paroisse, qui Ãtait

aussi mis-
sionnaire à La Conception, Ãtait le R. P. Leblanc, jÃsuite, qui

semblait
prendre son rôle à cœur. Dans ses heures de loisir, il

travaillait comme
un colon. Il prenait la pioche et le râteau et cultivait son

jardin, qu’il
avait embelli d’une palissade faite de ses mains. Son presbytère

Ãtait
d’une simplicità Ãvangilique. Quand il avait plus de deux

visiteurs, il
leur offrait de bons bancs qui pouvaient en asseoir dix. Il Ãtait

muni de
bons calumets de paix. Si je me rappelle bien il fumait lui-

même. Le>
fumeurs seront consolÃs d’apprendre qu’un de leurs caprices est

partagÃ
par un jÃsuite. Si, au moins, il avait du bon tabac ! Car

quelquefois,
dans ces endroits, le missionnaire est obligà de fumer pour

apaiser la
faim, et aussi pour ne pas se laisser manger par les moustiques.

Dom-
mage qu’on ne puisse pas faire une fricassÃe de ces petites

bêtes, qui
rendraient ainsi à CÃsar ce qu’elles prennent à CÃsar. Quoi

qu’il en soit,
le P. Leblanc se portait bien, et il n’aurait pas changà sa place

pour un
Ãvêchà “. Montigny, La colonisation, 228 et 229.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 263

LebÅ“uf, fut ordonnà à la même messe que l’abb»^
Julien Lebhmc, le 2 octobre 1853. Il a Ãtà ensuite
vicaire à Saint-CÃsaire un an, curà de Roxton quinze
ans, de Saint-Ours (1) sept ans et de Saint-Charles-sur-
Richelieu douze ans (2). Après ces annÃes de minis-
tère, il est aujourd’hui à l’hospice Gamelin de
MontrÃal.

L’abbà Raphaël Larue (3), nà le 19 octobre 1829,
est le huitième prêtre de Saint-Denis. Il a fait ses
Ãtudes au sÃminaire de Saint-Hyacinthe et a ÃtÃ
ordonnà le 27 août 1854. Il fut ensuite vicaire Ã
Sorel un an, professeur à son aima mater dix-huit
ans (4), assistant-curà de Belœil (5), puis, à partir de
1876, curà de Roxton jusqu’à sa mort. C’est dans
l’incendie de son presbytère qu’il a trouvà sa fin tra-
gique (6), le 18 juillet 1881 (7).

(1) — Denis, Album phcto-biogiaphique . . . .

(2) — Tanguay, RÃpertoire gcnÃi-al du cierge canadien, 294.

(3) — Voici la gÃnÃalogie de la famille de l’abbà Larue depuis

son
arrivÃe à Saint- l^enis : I — Etienne, voir page 20 ; II —

Jean, Ãpoux
de Geneviève Huguay ; III — Thomas, marià en secondes noces Ã
S. -Denis, le 10 août 1795, avec AngÃlique Gosselin ; IV —

Antoine,
marià à S. -Ours, le 26 sept. 1826, avec Antoinette Duprà ; V â

€” Le
maître-chantre Misaël et l’abbà Raphaël. Registres des

baptêmes, mariages
et sÃpultures, de S. -Denis et de S. -Ours.

(4) — Au sÃminaire de S. -Hyacinthe, l’abbà Larue a Ãtà surtout
professeur de musique.

(5) — Denis, A lùu//i photo-biographique. …

(6) — Tanguay, RÃpertoire gcnc’ral du clergà canadien, 300.

(7) — Voici comment, quelques jours plus tard, un journal

racon-
tait sa fin : ” Vers 11 hrs (du soir), un incendie a Ãclatà dans

le presby-
tère de Roxton, qui a Ãtà rÃduit en cendres.,.. L’abbà Larue..,

qui a
pÃri dans les flammes, Ãtait indisposà depuis quelques jours,

bien qu’il
ne fût pas retenu au lit. Son mÃdecin venait de le quitter dans

la biblio-
thèque, et on suppose qu’il aura perdu connaissance et renversÃ

sa lampe,
vu que c’est dans cette pièce que le feu s’est dÃclarÃ…. Le

père et la
mère de l’abbà I^rue demeuraient au presbytère, mais ils

Ãtaient en
promenade à Saint Denis depuis quelques jours. Le corps n’a pas

ÃtÃ
entièrement consumà “.

264 HISTOIRE DE

L’abbà Georc^e-Stanislas DÃrorae, nà le 8 avril
•1832, fils de Jean-Baptiste DÃrome, cordonnier, et de
Julie PÃpin, a Ãtà un des protÃgÃs du curà Demers.
Avec l’aide de ce prêtre charitable, il a pu faire toutes
ses Ãtudes à Saint-Hyacinthe et y être ordonnÃ, le 12
juillet 1857, Il a Ãtà ensuite vicaire à Saint-Hugues
un an, curà d’Ely deux ans, et vicaire après cela Ã
Saint-Pie-de-Bagot un an, à Henryville un an, à Marie-
ville six ans, dans la îTouvelle-Angleterre quatre ans, Ã
Saint-Antoine-sur-Richelieu (1) trois ans, à Saint-
Hugues trois ans, à Saint-Jude cinq ans, h Saint-
CÃsaire sept ans et enfin à L’Ange-Gardien (2) jus-
qu’à sa retraite en 1897. S’Ãtant alors retirà à Saint-
Damase, il y est dÃcÃdà soudainement, le 10 mars
1899.

Une famille, de passage à Saint-Denis pendant
une dizaine d’annÃes seulement, y a nÃanmoins gravÃ
son souvenir par la naissance de deux prêtres (3).
Le père, cultivateur de sa professsion, s’appelait Oli-
vier Guy et la mère, Julie Saint-Jacques ; celle-ci
dans la suite a Ãtà longtemps institutrice. Leurs deux
fils ÃlevÃs au sacerdoce se nomment Jean-Baptiste-
Olivier et Toussaint- AmÃdÃe.

L’aînà a vu le jour le premier juin 1837 ; entrÃ
au collège de Saint-Hyacinthe en 1851, il a Ãtà ordonnÃ
en cette dernière ville, le 13 octobre 1861. Il fut
ensuite vicaire à îTotre-Dame de Saint-Hyacinthe cinq
ans, à Marieville deux ans, curà de Saint- ValÃrien
sept ans et, depuis 1875, il l’est de Sainte-Rosalie (4).

( I ) — Denis, Album photo-biographiqne , . , .

(2) — Tanguay, RÃpertoire gÃnÃral du clergà canadien, 313.

(3) — Ils ont quittà la paroisse, l’aînà à l’âge de 7 ans,

le plus
jeune à l’âge d’un an seulement.

(4) — Tanguay, RÃpertoire gÃnÃral du clergà canadien. 340.

LES PRÊTRES LEBLANC (Pagre 260).

];al)l)t’ Paul

Ji”aV)l)t” Julien

ll.-V. Louis

J/altl»»’ .1. -Octave

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 265

Quant au second, nà le 13 dÃcembre 184â, il est
•clerc proies de Sainte-Croix. Il a Ãtà ordonnà dans
•cette •con«rrÃ2:ati<)ti à MontrÃal.le 18 dÃcembre 1870. De
1871 à 1881, il H Ãtà directeur du noviciat à Saint-
Laurent, de 1881 à 1886 supÃneur du collège de Saint-
CÃsairo, de 1886 à 1888 de celui de Farnbara, de 1888
A 1898 de nouveau directeur du noviciat, mais cette
â– second’e foi« à la Côte-des-Neiges (1), et, après avoir
â– Ãtà chaj>elain à la maison de Saint-CÃsaire de 1898 ;\
1899, puis encore supÃrieur de 1899 à 1901 (2), il a ÃtÃ
assistant-supÃrieur à Tuniversità de Meraramcook,dans
les proviiices maritini’es, jiisqu’en 1901. Depuis loi^s,
il est le supÃrieur de cette imijortante institution.

L’abbà Louis-Alphonse Phaneuf, neveu de l’abbÃ
Jacques-Denis Michon, est nÃ, le 17 octobre 1810, du
mariage de Christophe Phaneuf, menuisier, et de
Marie-Constance Michon. Il a commencà ses Ãtudes Ã
Saint-Hyacintiie en 1853 et y a Ãtà ordonnà au monas-
tère du PrÃcieux-Sang, le 18 septembre 1864. Il a
d’abord Ãtà vicaire à Koxton chez son oncle quelques
mois, puis à Compton le reste de l’annÃe. De 1865 Ã
1867, il a Ãtà un an vicaire à Sainte-Rosalie et à Sher-
brooke successivement, et autant de temps directeur de
l’acadÃmie d’Iberville, Puis, après avoir Ãtà desservant
de cette dernière paroisse peu de mois, il alla finir
î’annÃe à la cure d’Ely, qui lui a servi de transition Ã
celle de Waterloo, en 1868 (3), Il a dotà de son cou-
vent et de sa magnifique Ãglise l’intÃressante petite
ville, qui lui ÃchÃait alors en partage. C’Ãtait un prêtre
d’un zèle ardent et persÃvÃrant. Il est tombà les armes
il la main, le 15 mai 1883 (4).

(i) — Tanguay, RÃpertoire gênerai du clergà canadien, 394,

(2) — Leroy, Hisioriqiu d<; la paraisse di: Haiv-t-Cciaire et

de son <rol~
Ãège, 56 à 64, et 109 à 1 1 1.

(3) — Denis, Album pholo-biographiqne . . .,

(4) — Tanguay, KÃperloire gÃncra2 du <lergÃ<anadien, 354 et

355.

266 HISTOIRE DE

L’abbà Joseph Dorocher os plutôt Brien-Desro-
eiiers, fils.de Joseph. Briei>-I>esr.oci>ers,’ menuisier, et
de Sophie Rousseau, est uà le & m’ai 1841. Il a fait,
ses Gtiades à Marieville et., après avoir Ãtà ordonnà k
Saint-Hyaeintlie^, le preijiier septembre 186-7 (1), eon-^
tînna trois ans de demeurer à sou aima, water eu
qualità de professeur vet , de -directeur des Ãlèves.^.
Ensuite il a Ãtà i vicaire.à SaintrAimà deux îii>8, à .
Saint-Simou-de-Bagot quelques mois, Ã .Saint-Jude le
reste de l’annÃe^ Ã – Coaticook quelques aiQois aussi-
Puis, à partir de 1873, il, fut quatre ans-curà de Bol*,
t^n et gept.ans.de ;SaiotrVeuà i.it (2). .Ayati-t pris sa
retraite aux Etats-Unis en 1884, il y- est niort à Nortli-,
amptoUy Massachusetts^ le 11 septem,bre 18&9 ; ses
funÃrailles oi>t eu lieu à Marieville, ,-, , â–  ‘
• • L’abbà Joseph-Magloire Laflà mrtie, n-à le IJ^
dÃcembre 1848 et entrà au sÃminaire de ‘Saint-Hya-
cinthe en 1861, fut le sujet dÃjà troisième ordinatioit .
à Saint-Denis, le 27 octobre 1872. Il a Ãtà ensuite
l>endant quatre ans successivement vicaire à Saint-:
Out-s, à Snint-Robert, à Sorel, à Saint-Aimà et à Sorel
encore, puis curÃ-fondateur de Saint- Louis-de-Bonse-
cours, un an, et curà d’Upton, huit ans (3). Durant.
ce dernier stage avaient surgi de graves diflerends
là – bas, au sein de la paroisse canadienne-française de
îîotre-Dame de Fall-River, dans le • Rhode-Island.
L’Ãglise avait Ãtà dÃsertÃe par le peuple mÃcontent, et.
l’aftaire même portÃe devant les tribunaux de Rome.

(1) — Ordonnà en mênie temps qiie l’abbà Wilfrid Liissier.

Tan-
guay, K’pcrtoire gÃnÃral du clergà canadien, 372.

(2) — Lefebvre, Mgr Paul Larocquc, 13S.

(3) — A Upton, l’abbà Laflamme contribua à la conversion de

plu-
sieurs catholiques qui avaient abandonnà la pratique de la

religioii Ã
l’occasion du dÃplacement de l’es; ise. La jwroisse lui doit la

fondation
de son couvent, en 1878.

“SAINT-DENIS-SUH-RICHELIEII 267

Pour faire face à la position par trop corapliquÃe, il
fallait «n homrae de tact ^ l’abbà Laflamme fat cboisi.
â– Entrant dans les intentions’ de ses supÃrieurs, W
i\’hÃè\tsi pas à quitter le beau postà qu’il occupait et
^e pendit auprès de l’abbà Foroii, curà de la paroisse
-eïi question, à la fin de “dÃ<ïembie 1885. ïl y fut
•fl’abord vicaire ou, assistant, et, en avril suivant, il en
devenait curÃ, avec l’abbà Payan pour aide. Ce qu’il
a travaillà au milieu dos ruinÃs accviraulÃes, on peut
iiisÃment l’iniaginer (l). Quand, sa mission remplie-,
prèS’ de trois ans pins tarjd, il quittait ce champ du
Père de famille, son Ãvêque, Mgr Harkins (2), lui
â– Ãcrivant pour le remercier, rÃsumait ainsi son Å“uvre ;
•”iC-eux-là seulement qui sont au. courant des cir<2ons-
tan<3es difB^ciles et du ‘temps cnti<[U.e, dans’ lesquels
v.ôus avez dirigà la paroisse, peuvent estimer, .comme
il faut, ce qu’il vous a fallu de zèle, de prudence, de
dÃvouement pour administrer les affaires spirituelles
et temporelles de raalnière à les laisser dans l’Ãtat
excellent, où elles se trouvent à votre dÃpart. Vous
‘laissez un peuple uni, animà d’un bon esprit, les Ãdi-
fices consacrÃs au culte et à l’Ãdiication en bon Ãtat, et
• «ne. petite dette, qu’on pourra facilement liquider” (3).
De retour à Saiut-Hyaciuthe,après ces annÃes de labeur,
il fut durant près de six ans chapelain du monastère
du PrÃcieux-Sang (4), dans la ville Ãpiscopale. En

(i) — Ilamon., Les Cnuaçtùn s Français de la Nouvelle^

Angleterre,
3’5 à 320. ,

(2) — C’est Mjjr Hendiicken, qui avait appelà l’abiià Lallamme.
Peu après, cet Ãvëque avait Ãtà remplacà jiar Mgr Harkins sur

le siège
Ãpiscopal de Providence.

(3) — Voir La Presse^ de MontrÃal, 7 sept, 1895. ‘

(4) — Au PrÃcieux-Sang de Saint- Hyacinthe, l’abbà Laflamme,
Comme premier chapelain rÃgulier, eut à Ãtablir les coutumes de

la mai-
son jmr rappoit à ce dernier. Il a fourni sa bonne part de

travail dans
les fondations de la communautà aux Tiois-Rivières, à P)rooklyn

et Ã
l’orlland-d’OrÃf’on.

26S

HISTOIRE DE

avril 1894, il redevenait eiwà ; il !e fut d^abord de
Saint-Hilaire-siîr-Ricbeliei>, et, depuis- 1900, il t’e&t de
Farnbam (1). Après avoir maop^iquement restaurÃ
l’iiitÃrieur de l’Ãglise de Saint-Hilaire (2), il vient
d’Ãlever dan& sa paroisse actuelle le plus spleudide
temple du diocèse en même temps que l’un des p)u&
remarquables de to-utes- no^ campagnes^ canadien-
nes (.3.).

L’abbà François Desrosiers (4), fils de Magîoire
Desrosiers, cultivateur^et de Marie-ThÃotiste Duprà (5)^
est nà le 28 no-vembre 1849. Ayaut terminà ses Ãtudes
au sÃnïinaire de Saint-Hjacintbe, il a Ãtà OTdonnÃ
en cette ville, le S septembre 18-76-. Ensuite il a ÃtÃ
vicaire à Saint-Pie-de-Bagot deux ans, à Sorel un an,
ù Saint-ThÃodore un an, à Bedford et à Acton quel-
ques mois ; puis, à partir de 1880, il a Ãtà curà de La
Patrie huit ans, de Saint-Romain cinq ans et de Saint-
Frauçois-Xavier-de-Bronapton (6) cinq annÃes Ãgale-
ment. Il administrait cette dernière paroisse, lors-
qu’une malheureuse collision en cberrvin de fer au cours-

(1) — L’abbà LaSarome a eu le bonlieiir de fane deux fois le

pèle-
rinage de Rame, en 188^8 et en 1895 r ^”^ dertvier, il s’est

renxlu j,usqu’ett
Teire Samle,

(2) — La Presse, de MontrÃal, I9dÃc. 1S96,
(5) — Ibid,, ï2 dÃc, 1905.

(4) — Le nom patronymique de cette famille estPstorle ou

Patonie-
dit-Desrosïeis. Elle fut Ãtablie à QuÃl>ee vers 1720 par Jean-

Nicolas,
venant de Paris, capitale de la France. Un de ses descendants,

nommÃ
Pierre et marià avec CÃcile Trahan, Ãmigra à Saint-Antoine-sur-

Riche-
lieu, vers 1800. Parmi ses enfants sont : Jean- Baptiste, que

nous avons
comptà au nombre des mÃdecins de S, -Denis, et Magîoire, père

de
Magîoire II, du maître-chantre Jean-Baptiste et de l’abbÃ

François.
T&ngwzy, Diclionnaij-e gÃnmlogùjiie, VI, 260 > et Registres des

CHiptâneSr
mariages et sÃpultures de S,- Denis.

(5) — Auparavant elle avait Ãtà mariÃe avec Olivier Allaire, de
S. -Denis, frère du Usaîeul de l’auteur de ce travail, l’abbÃ

J,-B.-A.
Allaire.

(6) — Lefebvve, Mgr Paul LaRecque, 140.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 263

d’un pèlerinage à Saiiite-Anne-de-BeauprÃ-, le ,9 juillet
1895, à Oraig’s-Road, le rait soudainement hors de
•service. Continuant à -compter sur le retour à la santÃ,
il perst^vÃra nÃannioins à garder sa cure pendant encore
trois ans, se reposant sur l’aide d’un vicaire, mais force
‘lui fut enfin de «Ãder, et il se retira h Sorel. A l’expi-
ration d’une annÃe, il voulut essayer de reprendre l’ou-
vrage, et l’Ãveque le n-oînma à la cure naissante de
Saint-Etiewne-de-Bolton, mais inutile effort. Six
mois plus tard, il renonça pour toujours au travail et
retourna dÃfinitivement à Sorel. Le Grand-Tronc,
-coupable de ses infirmitÃs, lui a versà une indemnitÃ
d’environ quatre mille piastres.

L’abbà Joseph -Ludger Guertin, nà le 2 octobre
1855 (L, a Ãtà ordonnà par Mgr Moreau le 21 sep-
tembre 1884, au sÃminaire de Saint-Hyacinthe (2),
après 3′ avoir fait ses Ãtudes classiques et une partie de
«a thÃologie, qu’il avait Ãtà achèvera MontrÃal sous la
direction des Snlpiciens. A [lurt une absenee de deux
iins, de 1890 à 1892, pour aller conquÃrir à Rome
iii science et le titre de docteur en philosophie (3), il
est ensuite demeurà à son aima mater des bords de
l’Yamaska jusqu’à la Saint-Michel de 1902. Cette

(!) — Voici la gÃnÃalOjià e canadienne de Tabbà J.-L. Guertin :
i — Louis, dont il est parlà à la page 146 • II — Paul,

Ãpoux de Made
Jeine Plouf; III — François, marià à Saint-Denis, le premier

fÃvrier
1745, avec Catherine Dudevoir, fille du pionnier Philippe ; IV â

€” Pierre,
niaiià à Saint-Antoine, le 20 oct. 1772, avec AngÃlique Allaire,

cousine
germaine du trisaïeul de l’abbà J.-B.-A. Allaire ; V — Michel,

mariÃ
avec Euphrosine Hrière à Saint-Denis, le 11 nov. 1799 ; VI —

Edouard,
marià en secondes noces à S. -Denis avec EmÃlie Goulet, le 16

août
1853 ; VII — L’abl« Joseph-Ludger ; SÅ“ur Maiie-de-Loufdes,

des
Soeurs*Grises de S. -Hyacinthe ; Louis et George. Registres des

baptêmes,
mariages et sÃpultures, de S. -Denis et de S. -Antoine.

(2) — Tanguay, RÃpertoire gÃnÃral du clergà canadien, 480.

(3) — Le litre de docteur en pliilosoiihie a Ãtà confÃrà Ã

l’abbÃ
Guertin, le il juin 1892.

270 HISTOIRE DE

même annÃe, il s’en Ãloignait pour aller prendre pos-
session de la cure de Sainte-Madeleine, qu’il conserva
deux ans, et, depuis lors, il est à la tête de celle de
Siiinte-Liboire, Au sÃminaire, il a surtout enseignà la
thÃologie quatre ans et la pliilosophie six ans. Ses
Ãlèves irardentle meilleur souvenir de son dÃvouement.

L’abbà ElisÃe Gravel, fils de Godfroi Gravel (1),
cultivateur, et de Rose Cormier, est le neveu de l’an-
cien Ãvêque de Nicolet. Nà le 23 mars 1864, il a com-
mencà ses Ãtudes chez les Sulpiciens à MontrÃal et les
a terminÃes au collège de la Propagande à Rome, où
il a Ãtà ordonnà le premier novembre 1889. Il est
ensuite revenu exercer le saint ministère dans les dif-
fÃrents diocèses canadiens de Saint-Alberf, de Saint-
Bonifacc et de Nicolet. Il est aujourd’hui curà de
L’Avenir, en ce dernier diocèse, depuis 1900.

Le Père Joseph-Wilbrod VÃzina, nà le 2 dÃcem-
bre 1875, fils de Magloire VÃzina, marchand, et
d’EmÃlie Charron, est passà du sÃminaire de Saint-
Hyacinthe au noviciat des Oblats, à Lachine, le 21
juillet 1893, Il a Ãtà ordonnà dans cette congrÃgation
à Ottawa par Mgr Duhamel, le 17 dÃcembre 1898.
Depuis cette date, il a Ãtà vicaire au SacrÃ-CÅ“ur d’Ot-
tawa un an, à Saint-Sauveur de QuÃbec, cinq ans, et
depuis le 27 novembre 1904 il rÃside à Mattawa en
qualità de vicaire chargà de mit^sions.

(I) — GoJfiot (irave’, Trère de Mgr Elphège Gravel, Ãvêque

de
Nicolet, est nà à S. Antoine, le 9 sept. 1S20. En 1840, il

quittait la
maison paternelle et venait se fixer pour le reste de ses jours Ã

S. -Denis,
en bas du Bord-de-l’eau, puis au village. Son Ãpouse est dÃcÃdÃe,

le 7
mai 1876 ; lui même tst p^.s^à de vie à trÃpas, tn mai 1900. Il

est le
père de 13 enfants, dont 5 vivent encore : l’abbà ElisÃe ;

SÅ“urs ^Marie-
Ludivine et Marie-de-la- Providence, de la communautà de la

Providence,
de MontrÃal ; Isùiore, de S. -Denis, père de SÅ“ur Marie-des-

Sept-Dou-
leurs, de la même congrÃgation que ses tantes susdites ; et Dame

A.
Cormier. Le yotirnal, de MontrÃal, 28 mai 1900.

SAINT-DENIS-SUR-RICIIELIEU 271

Le Père Donat Richard, nà le 26 novembre 1866,
fils de Michel Richard, marchand, et de Julie Chatcl, a
reçu sa première instruction dans les classes du collège
de son village natal. Il y demeura quatre ans ; après
quoi il fut, encore jeune, admis au noviciat des Viateurs,
le 12 juillet 1882. L’initiation à la vie religieuse finie,
on le poussa aux Ãtudes classiques et clÃricales. II les
terminait à Paris, lorsqu’il y fut ordonnÃ, le 23 dÃcem-
bre 1899, par le cardinal archevêque de cette ville,
Mgr Richard, peut-être son lointain petit cousin.
Revenu au Canada, il a enseignà la philosophie au
collège de Rigaud deux ans, et depuis 1901, il est le
supÃrieur de cette institution.

L’abbà Joseph-Albert VÃzina, frère du Père
Joseph- Wilbrod, est nÃ, le 6 dÃcembre 1876. Après
avoir bÃnÃficià des avanta2;es du collèçre de son vil-
lage natal comme pensionnaire pendant trois ans, il
est entrà au sÃminaire de Saiiit Hyacinthe, en 1889.
Il n’a quittà cette aima mater que pour aller suivre les
cours de philosophie et de thÃologie à MontrÃal sous
la direction des fils du VÃnÃrable Jacques Olier. Il est
revenu à Saint-Hyacinthe achever sa formation ecclÃ-
siastique et recevoir de Mgr Decelles s’a promotion au
sacerdoce, le 25 juillet 1902. Depuis lors, il est vicaire
à Saint-Hugues.

L’abbà NapolÃon Archambault est le vingt-qua-
trième et dernier prêtre natif de Saint-Denis. Il a fait
ses Ãtudes dans sa paroisse d’origine, ainsi qu’à Saint-
Hyacinthe et à MontrÃal. Depuis son ordination, le
23 dÃcembre 1905 (1), il est vicaire à Saint-Albans,
dans le Vermont.

Les cinq prêtres ÃlevÃs seulement dans la paroisse
sont les abbÃs Louis-Marie Lefebvre, Piorre-Ludger

(I) — La sc’Wdine religùiise, de MontrÃal, XL\’1I, 4 à 6.

272″ HISTOIRE DE

ParÃ, Wilfrid et Louis-Ferdinand Lus&ier, et Joseph-
Arthur- AldÃric VÃana,

L’abbà Lefebvro est nà à Saint-Antoine, Te IS
juillet 1792. Entrà au collège de Nicolet en 1809, le
même jour que l’abbà Quertier, il fut son coirfrère
de classe jusqu’en 1815, Après son ordination, le 18
octobre 1818, il a Ãtà vicaire à QuÃbec cinq ans, curÃ
de Flle-aux-Coudres trois ans, de Saint-Laurent, près
MontrÃal, trois ans Ãgalement, et finalement dans la
paroisse voisine de Sainte-Geneviève, trente-un ans^
jusqu’en 1860. Il est dÃcÃdÃ, le 3 avril 1872 (l).

L’abbà ParÃ, nà à Saint-Ours, sur les confins de
Saint-Denis, le 18 avril 1836, est le neveu de l’abbÃ
Joseph-Octave ParÃ. Après avoir fait ses Ãtudes Ã
Saint-Hyacinthe, il a Ãtà ordonnà le 15 août 1858 (2).
Il est aujourd’hui curà de La PrÃsentation.

L’abbà W. Lussier, nà à Saint-Antoine le 21
janvier 1841, a Ãtà ordonnà le premier septembre
1867 (3). Il est dÃcÃdà le 2 janvier 1883, curà de
Coaticooke, emportant la profonde estime de ses
paroissiens. Son Ãvêqtie la lui avait tÃmoignÃe depuis
longtemps en l’honorant du titre d’archipretre.

L’abbà L.-F. Lussier, nà à Saint-Antoine le 30
janvier 1849, a Ãtà ordonnà à Marieville le 26 janvier
1873 (4). Après avoir Ãtà curà de Sainte-Edwige,
dans le diocèse de Sherbrooke, il l’a Ãtà de Chasm-
Falls, dans le diocèse d’Ogdensburg. Aujourd’hui il
est retirà en cette dernière ville Ãpiscopale.

L’abbà J.-A.-A. YÃzina, frère de l’abbà Joseph-
Albert et du Père Joseph-Wilbrod, est nà à MontrÃal,

(1) — Douville, Iliitoire du collige-sÃininairc de A’icokt, II,

II* et
131^

(2) — Denis, Album photo-biographique . . , .

{3) — Tanguay, KÃpcrtoirc gcncraî du clergà eaitadien, 372.
(4) — Ibid., 405.

SAINT-DENIS-SUR-RICUELIEU 273

le 11 octobre 1869, avant l’arrivÃe de la famille Ã
Saint-Denis. Ayant fait ses Ãtudes à Saint-Hyacin-
the, il y a Ãtà l’un des premiers ordonnÃs de Mgr
Decelles, le 3 mai 1893. Il fut ensuite vicaire à Iber-
ville deux ans, chapelain aujuvÃïiat des Maristes de
la même localitÃ, quatre ans ; et, depuis, il est profes-
seur à son aima mater.

Les seuls aspirants de Saint-Denis au sacerdoce
sont actuellement les abbÃs Ernest YÃzina et PhilÃas
Jalbert. Le premier est le frère des prÃcÃdents abbÃs
et Père VÃzina. En sorte que bientôt ils seront dans
cette famille, comme dans celle des Leblanc, quatre
frères prêtres ; leurs deux sÅ“urs sont entrÃes en reli-
gion. Il ne leur reste plus dans le monde qu’un frère,
nommà Josaphat, qui succÃdera au père dans le com-
merce.

L’abbà Jalbert, nà le 22 juin 1883, lils d’Isidore
Jalbert, cultivateur, et d’Odile Girard, est entrà au
sÃminaire de Saint-Hyacinthe en 1897, après avoir ÃtÃ
Ãlève interne au collège de sa paroisse natale pendant
trois ans. Actuellement il poursuit sa prÃparation
ecclÃsiastique à l’università de Louvain, en Belgique.

(HxV^’\^A^

CHAPITRE XXVI

Vertus de M. Cherrier : son humilitÃ, son amour de

Dieu et du prochain. Son influence sur la

paroisse. Confiance de ses Ãvêques

en sa sagesse. 1769-1809.

Si l’abbà Cherrier a imprimà dans la paroisse, qu’il
a dirigÃe pendant près de quarante ans, un souvenir
aussi durable, c’est qu’il a Ãtà dans la force du mot un
homme de Dieu. Quel respect, quelle vÃnÃration
même pour sa mÃmoire encore un siècle après sa dispa-
rition !

En première ligne de ses vertus nous remarquons
sa profonde humilitÃ. Jamais prêtre ne fut mieux
convaincu de son indignità et il Ãtait toujours sur-
pris de voir son Ãvêque le consulter dans ses embarras,
puis lui confier des missions dÃlicates. Après avoir
donnà son avis par obÃissance, il ajoutait presque tou-
jours des phrases comme celle-ci : ” Je laisse ce sujet
susceptible de bien des objections, c’est aux sages Ã
les tirer et non pas à moi ” (1).

Mais ses plus vives alarmes lui sont venues avec la
charge de grand-vicaire, le 9 dÃcembre 1797. Il ne l’ac-
cepta et ne la conserva qu’au milieu des plus sincères
apprÃhensions. Mgr Denaut, qui avouait n’avoir point
de secrets pour M. Cherrier, ne pouvait Ãcouter ces
craintes, qui d’ailleurs n’existaient que dans l’esprit
du bon curÃ. A la mort de l’Ãvêque, l’humble pasteur

(I) — Lettre de l’abbà Cherrier à Mgr Hubert, en date du 6

juillet
1 793. Archives de CÃvcckà Je S. -Hyacinthe.

276 HISTOIRE DE

de Saint-Denis vit tomber son pesant fardeau avec
d’autant plus de plaisir qu’il ne croyait pas qu’on le
relèverait pour lui, vu son manque de capacitÃs.
Encore une fois, sa vertu le trompait sur sa valeur
rÃelle. Mgr Plessis, qui connaissait son sujet, ne voulut
pas le rÃintÃgrer dans ses fonctions sans lui prÃsenter
en même temps toutes les pièces à conviction pour le
forcer à en reprendre l’exercice. ” Yoici, dit-il, des
lettres de grand-vicaire. Jamais il n’en a Ãtà donnÃ
avec plus de confiance, raison de plus pour que vous
surmontiez une rÃpugnance que je respecte, parce que
j’en connais le motif, mais à laquelle vous ne devez
pas exiger que je souscrive. L’amour du bien public,
le zèle de la gloire de Dieu, l’intÃrêt que vous prenez
à une Ãglise où le Seigneur a encore des Ãlus, le besoin
incontestable d’un Ãvêque qui se trouve à la tête d’un
troupeau quinze ans plus tôt qu’il ne comptait, l’ap-
plaudissement universel avec lequel je sais que vous
avez prÃcÃdemment rempli cette mission, tout cela
m’engage à vous la renouveler, et le diocèse ne me
pardonnerait pas d’en agir autrement. Recevez-les
donc comme venant de Dieu, car si vous êtes persuadÃ
qu’il donne son esprit à ceux qu’il cbarge de gouver-
ner les autres, vous devez croire aussi qu’il les inspire
sur le choix de ceux qu’ils doivent s’associer dans l’ad-
ministration soit particulière soit gÃnÃrale ” (1).

L’humilità de M. Cherrier lui persuadait qu’en
occupant un emploi aussi important, il Ãtait un obsta-
cle à tout le bien qu’aurait opÃrà un autre à sa place.
Il se redoutait lui-même extrêmement. ” A tout

(I) — Archives de rÃvÃchà de S.- Hyacinthe. — L’abbà Cherrier
rÃpondit à cette lettre de son Ãvêque : ” Quoique vous ne

donniez pas
avec les pouvoirs la grâce et les talents, je vois qu’il faut

obÃir sans
rÃ))lique “. Ibid. .

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 277

moment, dit-il, je peux faire des fautes irrÃpara-
bles ” (1).

Toujours est-il qu’après avoir assumà de nouveau
les responsabilitÃs de grand-vicaire, en 1806, il deman-
dait instamment deux ans plus tard d’en être relevà Ã
cause d’infirmitÃs sans cesse croissantes (2). Il espÃrait
bien être exaucà cette fois, mais l’Ãvêque se contente
de lui rÃpondre : ” Effacer votre nom de la liste de
mes grands-vicaires serait faire une tache à mon Ãpis-
copat. Vous auriez beau dire que c’est vous qui avez
rÃsignà cette place, vous ne crieriez pas assez haut
pour empêcher de croire que vous avez Ãtà destituÃ. . .
Le seul parti que je puisse prendre. . . ., c’est de vous
donner. . . . un adjoint sur lequel vous pourrez vous
dÃcharger de toutes les affaires qui peuvent embar-
rasser votre conscience dans l’exÃcution de votre
emploi…. Quant à reprendre les pouvoirs que je
vous ai donnÃs, c’est un sacrifice auquel je ne saurais
me rÃsoudre et que, j’espère, vous n’exigerez pas de
moi ” (3). M. Conefroy, curà de Boucherville, dÃjÃ
grand-vicaire, lui fut accordà comme auxiliaire, le
25 novembre 1708. Le curà de Saint-Denis aurait
bien voulu lui remettre toutes ses affaires de la com-
pÃtence du grand-vicaire et pour toujours. L’Ãvêque
rÃpondit à celte demande : ” Je compatis bien sincè-
rement à vos infirmitÃs et ne saurais trouver mauvais
que vous renvoyiez à M. Conefroy toute affaire propre

(1) — Lettre de l’abbà Clienier à Mgr Plessis, en date du 29

mai
1808. Archives de l’arckez’ÃcAÃ de QuÃbec, Registre VI, page 256.

(2) — Le 29 mai i3o8, l’abbà Cherrier Ãcrivait à Mgr Plessis :

“Je
sollicite ma retraite du grand- vicariat auprès de Vo(re

Grandeur, me
flattant qu’il n’y a plus d’obstacle apparent…. J’exerce de

plus en
plus avec perplexità et rÃpugnance ” cet emploi. Ai-chires de

VciUkÃ
de S.- Hyacinthe.

(3) — Archives de l’archevêchà de QuÃbec, Registre VI, page

256.

278 HISTOIRE DE

à VOUS fatiguer, sauf à reprendre, si Dieu vous envoie
.(les jours sereins ” (1).

Le suppliant moui-ut soumis à cette sentence. Tï
faut se rappeler qu’alors le fardeau du grand-vicariati
Ãtait onÃreux, à cause de l’Ãloignement de l’adminis-
trateur diocÃsain et des nombreuses questions dont le
règlement lui ÃchÃait. Le titulaire de cette position,!
dans son arrondissement, Ãtait un vÃritable Ãvêque-
eoadjuteùr, moins les pouvoirs d’ordre (2). â– â–  ‘ â–  \

Uîi prêtre aussi humble que l’abbà -Cherrier pou-
vait-il ne -pas reporter sur les autres et particulière^
ment sur Dieu l’estime qu’il se refusait à lui-^même ?
Plus le serviteur se repetisse, plus il voit son maître
grand, et lorsqu’il s’agit du Souverain Maître, plus il
Le considère digne de tout honneur.
– La piÃtà de M. Gherrier fut exemplaire. Il Ãtait
homme d’action, mais- aussi homme de prière. Son
amour envers Dieu se traduisait surtout par son zèle
pour la maison du Seigneur. Lorsque c’Ãtait pour
celle-ci, rien n’Ãtait assez beau, mais il fallait bien pro*
portionner les dÃpenses aux moyens de ses paroissiens.
Alors il payait de sa personne et de sa bourse. C’est
ce que l’on a admirà au milieu des travaux do cons-
truction de l’Ãglise actuelle. Four la splendeur du
culte, il ne se montra pas moins libÃral. Il a achetÃ,
par exemple, de ses propres deniers, plusieurs chapes
et dailmatiques. Aussi frÃquemment que les circonS’
tances le permettaient, il ne manquait pas de se servir
de celles-ci en cÃlÃbrant solennellement des messes
avec diacre et sous-diacre. – .

• De Dieu la charità du curà de Saint-Denis descen-

(i) — Aichivei de f archevêchà de QuÃbec, Registre VI, piage

302.

(2) —En r.804, les grands-vicaires du <;liocèse de (^)uÃbec

Ãtaient les
abbÃ^s Desjardins, à QuÃbec, Roux, à MontrÃal, Noiseux, aux ,

Trois-,
Kiviè.rçs,, Buike,eji Acadije et.Cherrier, à Saint-Denis.

Neilson, Almanach
de. QuÃà jÇf ^our l’annÃe l8o4,à aihs \t Propagciteitr, de

MontrÃal, XI, 382.

SAINTP-BEÃŽJIIS-SUR-RICJIELIEU 279

ij

(lait sans. effort vers leprocha’in, qu’il tâchait no u seu-
kraent de porter- vers le eiel, mais qu’il s’Ãtudiait aussi
à rendre eu ce monde le plus heureux possible. Les
misères, du pauvre l’Ãmouvaient, et il lui distribuait
volontiers une part de -ses Ãpargnes. C’est surtout
pendant la disette de 1788 et de 1789 qu’a Ãclatà sa
compassion à l’Ãgard des malheureux. Il alla, en ces
jours de. privation, jusqu’à emprunter pour soulager
l’ind^geuçe. ,, ,,-.-. …••., .

• 1 Ut que ne proclament point ses œuvres du couvent
otd’i collège’ classique ? En consacrant ses Ãconomies
à rÃpandre l’instruction,’ il ‘savait .à quelles dÃpenses
d’ut’ilitÃ’publiqiie il pourvoj^ait, et rien n’y fut ÃpargnÃ.
Môme en dehors de sa paroisse,^que n’a-t-il pas accom-
pli en ce sens ? Il a alimentà des pe^isions en faveur
d’enfants pauvres dans les sÃminaires, et quand, en
1806, le couvent des Urt>ulines aux Trois-Rivières t’nt
incendiÃ,, il.asouscritsoixante-.quiqze piastres pour son
rÃtablissement (1). A «ette Ãpoque, c’Ãtait une offrande
considÃrable, pour -lui: spÃcialement, qui avait dÃjÃ
d’autres entreprises coûteuses à sustentera

Il est impossible qu’un tel curà n’ait pas exercÃ
i^ne profonde influence sut -sa’ paroisse. On la cons-
tate encore partout dans l’esprit de foi, d.es gens, dans
leur piÃtà et leur’ gÃnÃrosità pour Dieu.’ Aussi, pen-
dant ses quarante ans, M. Cherrier s’est-il constam-
ment appliquà à bten^ pÃnÃtrer de ces vertus chacune
de ses ouailles. Le succès a Ãtà si complet que ceux
qui sont venus après lui n’ont eu, pour ainsi parler,
qu’à maintenir le mouvement qu’il avait crÃÃ. Sans
être d’une Ãloquence qui Ãlectrise les masses, il ins-
truisait bien et surtout il prêchait, comme son saint
patron, autant par ses exemples que par ses paroles.

(I) — Les Ursulincs des Tr ii Rkièrcs, II, 9.

280 HISTOIRE DE

Les vieillards, qui eurent le bonheur de vivre sous sa
houlette, rÃpÃtaient encore à sa louange, ces annÃes
dernières, qu”‘il n’y avait rien de mieux que ce
curÃ-là ” ; ce sont ici leurs propres expressions.

Les Ãvêques de QuÃbec n’apprÃcièrent pas autre-
ment ce prêtre modèle. Ils savaient ses succès comme
pasteur et la sûretà de son jugement. Ils n’igno-
raient pas non plus que ce n’est qu’après avoir priÃ
Dieu fervemment qu’il donnait son avis. Aussi recou-
raient-ils frÃquemment à ses lumières. Des cinq Ãvê-
ques, qui administrèrent le diocèse pendant son règne
curial, le premier, Mgr Briand, après l’avoir ordonnÃ,
lui prodiguait la plus franche amitià ; sous Mgr
d’Esglis, il accompagna son coadjuteur en visite pas-
torale ; Mgr Hubert le consulta sur une foule de ques-
tions Ãpineuses de son Ãpiscopat ; Mgr Denaut et Mgr
Plessis le nommèrent leur grand-vicaire.

De 1791 à sa promotion comme grand-vicaire, il
a souvent exercà l’office d’archidiacre dans diverses
paroisses. Une des plus difficiles missions qu’il ait eu
à remplir en cette qualità est celle de la fondation de
Saint-Marc, en fÃvrier et mars 1792. Il y rÃussit si
parfaitement qu’il s’attira en cette occasion les plus
chaleureuses fÃlicitations de son supÃrieur. ” Je me
mettrais, lui Ãcrit Mgr Hubert, en frais de vous faire
des remerciements des soins que vous vous êtes don-
nÃs pour l’avancement et le succès de toute cette
affaire, s’il n’y avait au ciel un Dieu juste, qui rÃcom-
pense ses ministres fidèles des travaux qu’ils entre-
prennent pour l’accroissement de la religion ” (1).

Outre la question des prêtres français, M. Charrier
eut à envoyer son avis sur celle de la fondation d’une
università mi-protestante et mi-catholique, que dÃsi-

(I) — Archives de rarchcvcchà de QuÃbec, Regislre I, pp. 303 et

315.

L’.iblit Dcronie (p. 264). L’abbà Laflamnie (p. 266

L’abbà Gueitiii (p. 269)

L’abbc Gravel (p. 270). K. 1′. Kichartl (p. 271)

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 281

rait un groupe anglais pour la ville même de
QuÃbec (1). Par la sagesse de sa rÃponse, il n’y a pas
<le doute qu’il aidât beaucoup son Ãvêque à s’en tirer
avantageusement (2). C’Ãtait en novembre 1789.

Sous prÃtexte d’exÃcuter la volontà du roi et de
ramener ou de maintenir le peuple dans l’obÃissance,
]e procureur-gÃnÃral du. Canada, au commencement
du dernier siècle, avait inaugurà toute une sÃrie d’exi-
gences vexatoires à l’Ãgard du clergà ; il semblait, en
tout cela, ne viser d’autre but que de rÃvolter les
catholiques habitants des rives du Saint-Laurent con-
tre le gouvernement de la mÃtropole pour mieux
t^’arroger ensuite le droit de les tyranniser. Dans ces
conjonctures, Mgr Plessis Ãcrivit à [>lusieurs curÃs,
entre autres à celui de Saint-Denis, pour leur demander
quelle ligne de conduite serait opportune. M. Cherrier
rÃ[>ondit, le 24 novembre 1806 : ” Je prêcherai la
soumission, le respect, la fidÃlità à notre gracieux sou-
verain en sa personne et eu ceux qui la reprÃsentent ;
mais je ne me crois pas obligà de respecter et de sui-
vre les caprices de ceux qui chercheront à nous rendre
insupportable la protection d’un prince gÃnÃreux qui
ne veut que le bien, la paix et le contentement de tous
ses nouveaux sujets. Le zèle prÃtendu pour dÃfendre
les droits de la couronne de notre bon prince, qui
n’est employà qu’à tourmenter par des chimères ses
plus fidèles sujets en ce pays, n’est qu’un fanatisme
rafiinà qui ne doit point Ãpouvanter des hommes qui
savent se tenir dans les justes bornes du devoir :
à Dieu ce qui est à Dieu, à CÃsar ce qui est Ã
CÃsar “(3).

Continuellement sur ses gardes pour ne pa3 bles-

(1) — Têtu, Z« Ãvêques Je QuÃbec, 392 à 397, et 459.

(2) — Archives Je l’i-vèchê Je S.- Hyacinthe.

(3) — Ibid..

282 HISTOIRE DE SAINT-DENIS

ser un gouvernement excessivement ombrageux, Mgr
Plessis consulta M. Cherrier, en octobre 1808, sur la
manière dont il devait user de son droit d’Ãtablir
de nouvelles circonscriptions ecclÃsiastiques et d’y
mettre des pasteurs. La rÃponse fut aussi catÃgorique
que bien appuyÃe (1).

Avisà delà sorte, l’Ãvêque jouissait plus de moyens
pour passer à travers les embarras, que ne cessait de
lui susciter le civil. A un reprocbe qu’on adressait
cependant à Mgr Plessis d’agir trop selon ses propres
idÃes, celui-ci pouvait un jour rÃpliquer : ” Vous seriez
Ãtonnà si je vous donnais une liste de mes consulta-
tions, encore plus si j’y ajoutais la liste des rÃponses
qui me sont venues ” (2).

Beaucoup de ces rÃponses Ãtaient du curà de Saint-
Denis. Nous n’avons pu donner ici que les principa-
les ; mais nous en avons dit suffisamment pour faire
comprendre toute la confiance dont M. Cherrier Ãtait
le dÃpositaire de la part de son Ãvêque.

(1) — Archives de VÃvêchê de S. -Hyacinthe.

(2) — Dionne, Vie de Cf. Painchaud, 94.

CHAPITRE XXVII

Les vicaires de M. Cherrier : les abbÃs Thavenet,

Lètang, Germain et Brouillet. Maladie,

mort et obsèques du curÃ. 1897-1809,

Jusqu’en 1797, moins quatre semaines, en 1766, il
n’y avait pas eu de vicaire à Saint-Denis. L’abbà Fri-
chet, ce mois exceptÃ, Ãtait toujours restà seul dans
l’exercice de son ministère, et M. Cherrier l’imita
tant que ses forces le lui permirent. Ce n’est pas
que l’ouvrage ait manquà à ce dernier pour employer
«n assistant ; mais il se multipliait et suffisait ainsi à la
besogne. Dans les commencements, il eut à desservir
même les gens de la colonie naissante de M. Delorme
A Saint-Hyacinthe; plus longtemps, il garda le soin
des habitants de Salviiil sur le territoire actuel de La
PrÃsentation. Et, à la mort de l’abbà Youville, il
supplÃa ce voisin à Saint-Ours, de la fin de janvier
1778 au 4 octobre suivant (1). Cela sans compter que
ses propres paroissiens, dÃjà nombreux, augmentaient
rapidement d’annÃes en annÃes. Encore, s’il se fut
contentà du travail nÃcessaire, mais son ardent dÃsir
de produire sans cesse une plus abondante moisson
le poussait à se crÃer une foule d’occupations de
simple utilitÃ. Il tenait ainsi continuellement sur le
mÃtier quelqu’entreprise surÃrogatoire. Eh bien ! en
dÃpit de toute cette activitÃ, sa santà a pu se soutenir
pendant vingt-huit ans, mais alors sa robuste consti*
tution Ãtait considÃrablement ÃbranlÃe ; la maladie
allait maintenant en avoir raison assez facilement.

(I) — Regislres des baptêmes, mariages et sÃpultures Je

Saittt-Onrs,

284 HISTOIRE DE

A l’approche du carême de 1797, il se trouva
gravement indisposà et demanda de l’aide. Mgr
Hubert, sans sujet disponible dans le moment, s’adressa
aux Salpiciens pour ce besoin aussi pressant qu’im-
prÃvu, et l’un d’eux, l’abbà Jean-Baptiste Thavenet,
fut envoyà à l’invalide le dernier jour de fÃvrier. Cet
assistant Ãtait nà en France, l’an 1763, y avait ÃtÃ
ordonnà dans la compagnie de Saînt-Sulpice, le 11
avril 1789, et, depuis 1794, il se dÃvouait en Canada.
Sur nos rives, jusqu’à son arrivÃe à Saint-Denis, il
avait Ãtà employà à la cure d’Oka. Prêtre zÃlÃ, il
assuma volontiers sur ses Ãpaules tout le fardeau
pastoral de son confrère. Malheureusement, il ne
peut lui rester longtemps ; sa coramanautÃ, qui nu
pensait l’avoir prêtà que pour quelques dimanches, le
rÃclamait au bout de deux mois. L’abbà Thavenet
quitta en effet la paroisse à la fin d’avril. Il fut
ensuite occupà à î^otre-Dame de MontrÃal, puis en
octobre 1815 il se rembarquait pour l’Europe. Notre
pays ne cessa pas alors de bÃnÃficier de ses services.
A Rome et à Paris, il se constitua charitablement
l’avocat de nos congrÃgations de femmes et jiarvint
après bien des dÃmarches à leur faire recouvrer des
sommes considÃrables, qu’elles croyaient avoir perdues
sans retour au milieu des bouleversements de la RÃvo-
lution française (l). Il est dÃcÃdà dans la Ville Eter-
nelle, le Ifi dÃcembre 1844 (2).

L’indisposition de M. Cherrier se transformant en
infirmitÃs chroniques, qui pouvaient se prolonger de
nombreuses annÃes, l’Ãvêque fut obligà de remplacer
M. Thavenet par un vicaire rÃgulier. Ce prêtre fut
M. ThÃodore LÃtang, nà à MontrÃal le 9 novembre
1773, fils de Dominique LÃtang et de Catherine ParÃ,

(1) — Les Ursulines des Trois Rivières, II, 336.

(2) — Tanguay, RÃpertoire gcncral du cierge’ canadien, 160.

SAINT-DENlS-SUlMlIClllilLIEL” 285

€t ordouiic le 11 mars 179″. Il ariHva à Saijit-Deniï::,
il la mi-mai suivante.

Ce fut avec cot ai(l<î que le curà rÃussit à se rÃta-
l)lir tant bien (juc; mal. Quelques jours avant la Toqs-
siiiut (le 1798, il en avait assez regagjià pour le remet-
tre à l’Ãvêque.

M. LÃtang remplit ensuite divers emplois et, de
1814 à sîi mort, fut curà de Beaumont, Il est dÃcÃdÃ
à l’âge de soixante-quatre ans, le 8. avril 1838 ^l).

Poudant un an, M. Cherrier put ensuite demeu-
rer seul. Mais à , l’automne de 1799, il sentit de nou-
veau SCS forces faiblir, et redemanda du secours à Mgr
3J)enaut. M. Charles Germain, frère des abbÃs Louis-
Antoine et Pierre-Olivier, lui fut ausdtôt accordÃ.

Ce prêtre, fils <ie Louis Langlois-Germain et de
Catherine Sanvageau, Ãtait nà à QuÃbec, le 2 octobre
1772, Ordonnà le 17 août 1798, il avait Ãtà d’abord
lin an vicaire à la cathÃdrale d<i sa ville natale avant
<ie le devenir à Saint-Denis, à la Saint-Michel de 1799.

II «e sÃjourna -qu’un an auprès de M. Cherrier,
<[ui aurait souhaità jouir <le ses services plus long-
temps ; muis le jeune lÃviie,. qui n’Ãtait pas heureux
^lans le ministère paroissial, soupirait apr^s un chan-
gement et c’est ce dÃsir d’un dÃplacement que l’Ãvêque
exauçait en lui assignant le vicariat des Trois-Rivières,
à ia fin de septembre 1800.

Une annÃe passÃe à ce dernier poste, il clevint
curà de Saint Sulpice un an, de Lacheuaie quatre
ans, de Saint-Jean-Baptiste-(^e I^ouville huit ans et de
Lachine un au. Puis il est entrà dans la SociÃtà de
JÃsus à Laval, en France. Enfin il avait trouvà sa
}ilace. Il est mort à Laval même après treize ans de
vie religieuse,’ le 12 dÃcembre 1828 (2).

(I) — ‘rantjuay, Kcpeiiotn gt’uÃral du clergà canadkit^ 164.
(.2) — Il.irl.. 165.

28Ô HISTOIRE DE

L’abbà Charles- A rnbroise Brouîllet a Ãtà le suc-
cesseur de l’abbà Germain dans le vicariat de Saint-
Denis. Nà à la Pointe-aux-Tremble;*, près MontrÃal,
le 4 raai 1768, de Charles Brouillet et de Marie Jean-
notte, ce nouvel auxiliaire a Ãtà ordonnà à Saint-
Denis même, le 21 septembre 1800, en même temps
que Mgr Lartigue. Après de courtes vacances, il est
revenu auprès de M. Cherrier. Bon prêtre, con-
servant la ferveur de ses dÃbuts dans le sacerdoce,
il est demeurà cinq ans à ce poste. Il ne l’a quittÃ
que pour aller prendre possession de la cure de Saint-
François-du-Lae, vers le milieu de raai 1805.

Il a occupà cette position pendant douze ans ;
puis, devenu infirme, il a Ãtà vicaire à Saint-Philippe-
de-Laprairie huit ans et à Marieville le reste de sa vie.
Il est dÃcÃdà en cette dernière località à l’âge de
soixante-un ans, le 20 novembre 1829 (1).

L’Ãtat de santà de M. Cherrier s’Ãtant amÃliorÃ
pendant le long sÃjour do M. Brouillet à Saint-Denis,
le pasteur Ãprouvà crut devoir essayer de suffire encore
seul à la desserte de sa [laroisse ; il y tint environ un
an et demi. Après quoi, flÃchissant plus que jamais
sous le fardeau du mal, il reçut l’abbà Pierre Martin
comme vicaire. Ce compagnon de labeur arriva au
commencement de septembre 1806 et lui resta d’abord
jusque vers le 20 novembre suivant.

M. Jean-Baptiste Kelly, rÃcemment ordonnÃ, le
remplaça alors. Le curà appelait ce jeune confrère
son “charmant lieutenant vicaire” (2). Au dÃpart
de M. Kelly sur la fin d’août 1808, M. Martin revinr.
La plus grande expÃrience de celui-ci et les progrès de
la maladie de M. Cherrier requÃraient ce retour. Kn

(1) — r.int^uay, RÃpertoire f^Ãni rai dit cierg; canadicu. 167.

(2) — Lettre de l’abbà Chenier à Mgr l’iessis, en date du 14

uct.
1 L’o6. –/ rchhes de f cire hà de S. â–  Hvaehithe.

SAINT-DKNISSUU- RICHELIEU 287

vWct, (Ic’S le 16 fÃvrier 1809, le pauvre invalide Ãcri-
vait à l’Ãvèquc : “• Tout le poids du ministère est
tombà >ur Tiibbo Martin qui s’en acquitte avec zèle
ot succès, malgrà son faible tempÃrament ” (1). Ce
Itrèfre, qui lui procurait si [«leiue satisfaction, fut l’aji-
pni des derniers jours du curà de Saint-Denis,

C’est durant TÃtà de 1806 que le mal, qui devait
conduire M. Chori-ier au tombeau, entra dans sa
pÃriode aiguë. Le 7 août de cette même annÃe, il en
parle à l’Ãvecpie pour la première f<Ms, en le piiant
de ne pas le ]»river plus longtem[»s du secours d’un
confrère. L’infirmità «lont il ^e jtlaint est la stian-
gurie (2), ai»[)elÃe communÃ>raent le tranchement
d’urine. Le 14 octobre, il Ãcrit incidemment à son
Ordinaire : ” Je souflVe à Saint-Denis des gros tem[>s
d’automne ” (3). Comme Mgr Plessis demandait Ã
recevoir souvent des nouvelles de son cher collabora-
teur, celui-ci lui adresse une autre lettre au bout d’un
mois ; ” Ma santÃ, y dit-il, n’est ni des plus mauvaises
ni des meilleures. Elle est un almanach assez, incom-
mode des gros temps ; gare l’hiver” (4).

L’annÃe 1807 fut une annÃe de rÃpit. Mais à la
lin de l’ÃtÃ, il 3′ eut rÃduite ou plutôt les douleurs, un
instant endormies, se rÃveillèrent plus redoutables que
jamais. Mgr Plessis, qui aimait tous ses prctres et
tout particulièrement son grand-vicaire de la vallÃe du
Richelieu, sÃmut vivement ; il en Ãcrivit à la pauvre
victime pour la consoler et lui rÃitÃrer son dÃsir d’être
tenu au courant de ce qui se [tassait au sujet d’une

(1) — Archiics de rh’êchà de S,- Hyacinthe.

(2) — I-eltie lie l’abbà Chenier à Mgr IMessis, cii d.U-.-

ilii i6 fÃv.
1809. Archives de fcvcchi de S.- Hyacinthe.

(â– i^\^ Archive s de l’cvcchà de S.- Hyacinthe.

(4) — Lettre on date du 12 imv. tSo6. Archives de l’ÃvèJic de

.S, –
Hvaciuthe.

288

HISTOIRE DU

Hante anssî prÃcieuse ; îl priait fervemmeivt pour sa
eonservation.

M. Oherrier rÃpondit le 25’ novenibre 180<* Ã
cette marque d’attention de la part de son Ordinaire :
” Vous êtes plein de charitÃ, lui exprime-t-il, de prendre
tant d’intÃrêt à ma santÃ, j’en suis des plus reconnais-
sants : priez TÃ Dieu des misÃricordes de m’accorder le
bonheur de souffrir avec TÃsii2^Tiation et n>ÃrTte, car je
crois que c’est le seul bien qui me reste pour la suite
<‘e mes jours. Je ne sTiis plus appliquà et applicable
maintenant qu’à la langueur et à la douleur. La dou-
leur pouitant depuis un certnin tornps est tolÃrable.
mais la racine n’en est nullement dÃtruite^ en sorte
qu’an premier moment je suis exposà aux plus cruels,
excès. Dieu soit louà l Je sais qu’il f-iut souffrir.
Depuis le 17 novembre, je n’iii pu aller à l’Ãglise. Je
suis dÃterminà à me faire apporter cette semaine la
sainte communion au presbytère” (1).

Cette dernière partie de la lettre provoqua le
privilège suivant, le 19 dÃcembre 1808 : ” Plutôt,
rÃpliqua l’Ãvêquej’que d’être si longtemps privà de la
consolation d’offrir le saint sacrifice, vous feriez trè*
bien d’Ãlever un petit autel dai>s votre chambre et de
cÃlÃbrer autant de fois que votre Ãtat de souffrance le
pourrait permettre. Je prie Dieu de vous conserver
pour sa gloire et pour le bien des âmes ” (2).

Le 16 fÃvrier 1809, M. Cherrier entrevoit une
lueur d’espÃrance et trace ces mots à l’adresse de son
Ãvêque ; ” Je suis mieux et il me semble pour le
moment être hor.4 de danger, mais je crains d’être
tout-Ã -fait inutile “. Un n>ois et den>i se passe, puis
il reprend la plume le jour de Pâques, 2 avril : ” Depuis
plus de deux semaines, dit-il, j’ai renoncà à la mÃde-

( I ) — Ankives de rf’i’i’chc de S.- Hyacinthe,

(2) — Archives de PtirchcvÃchà de Qiifbec, Rey:istie VI, p.

302.

SAINT-DENIS-SU R-RJCUELIEU 280

cine et aux modeciiis, qui ont bien rÃussi à purger
ma bourse et non mon corps. … Je serai donc mon
mÃdecin moi-même. J’ai le bonheur do dire la messe
en une cliapelle intÃrieure presque tous les jours et
le Jeudi Saint j’ai eu celui de communier à l’Ãglise.
J’entends tous les jours quelques confessions. Je ne
chante pourtant pas victoire, car mon ancienne infir-
mità continue, mais avec moins de douleur” (1).

A la fin d’août 1809, la maladie s’est de nouveau
aggravÃe. Le 27 de ce mois, il Ãcrit pour la dernière
fois à son Ãvêque, d’une main forme encore : ” Une
langueur continuelle m’accabl^!, j’affaiblis tous les
jours. Je n’ai [tas même hasardà de monter à l’autel
cette si’maine dernière, à cause de la faiblesse de mes
jambes” (2).

S’Ãtant alità peu après avoir expÃdià cette lettre,
il expirait lundi, le 18 septembre 1809, Ã ‘ dix heures
et demie du soir, en rÃpÃtant qu’il comptait sur la
misÃricorde divine. Jusqu’à l’annonce de l’heure
suprême il avait envisagà la mort et le jugement de
Dieu avec la plus dÃsolante fraj^èar. Toujours il
avait prÃsentes à l’esprit ces paroles peu rassurantes
du livre de la Sagesse : ” Judicium durissimum liis
qui prÅ“sunt fiet ” (ceux qui commandent les autres
seront jugÃs avec une extrême rigueur) (3). Mais
à la fin le calme Ãtait revenu h cette iîme tourmentÃe,
et le moribond ne songea plus qu’avec confiance à la
sentence de celui pour qui il avait Ãtà un bon et fidèle
serviteur; n’avait-il pas droit de se dire avec l’Apôtre :
” J’ai bravement, combattu, j’ai soigneusement fourni
ma course, j’ai gardà ma foi ” (4) ? Sans doute qu’il

(1) — Archives dg Fc-jcche de S.-I/y,i.:iitt/tc.

(2) — Ibid..

(3) – VI, 6.

(4) — II Tim., I\ . 7.

290 HISTOIRE DE SAINT-DENIS

îiurait pn s’encourager par ces pensÃes, mais son bumi-
lito le lui interdisait, et il ne parlait que de y)ardon Ã
son Maître. Aussi a-t-il probablement Ãtà surpris Ã
son entrÃe dans l’Ãternità de s’entendre appeler plus
Laut.

Trois jours après sa mort, jeudi le 21 septembre
1809, M. Cherrior Ãtait solennellement inbumà sous
le sanctuaire de son Ãglise, du côtà de l’Ãpître. Le
grand-vicaire Rocque, de la compagnie de Saint-Sul-
}»ice à MontrÃal, cÃlÃbra le service, et l’abbà Pouget,
curà de Berthierville et condisciple de collège du
dÃfunt, prononça l’oraison funèbre. Outre un immense
concours de peuple, il y avait aux funÃrailles vingt-
cinq prêtres (1), dont vingt, à part le cÃlÃbrant, ont
signà l’acte mortuaire. Ce sont les abbÃs Pouget ;
DÃguise, curà de Varenvics ; PrÃvost, curà de Saint-
Mathias ; Conetroy, grand-vicaire et curà de Bou-
cberville ; Keller, curà de Saiute-Elizabetb, du nord
de MontrÃal ; Arsenault, curà de ContrecÅ“ur ; HÃbert,
curà de Saint-Ours ; ValîÃ, curà de Saint-CîJjarles ;
Lajus, curà de Saint-Jean-Baptiste-de-Roiivillo ; Cha-
boillez, curà de Longueuii ; Kimber, curà de Vercliè-
res ; Robilaille, curà de Saint-Pliilippe-de-Laprairie ;
Deguire, curà de Lavaltrie ; Papineau, neveu de M.
Chcrrier ; Germain, son ancien vicaire ; Joyer, curÃ
de Saint-Sulpice ; Girouard, curà de Saint- Hyacinthe ;
Bardy, curà de La PrÃsentation ; Boissonnault, curÃ
de Sorel; et Martin, vicaire (2).

M. Cherrier est le premier prêtre dÃcÃdà et in-
humà à Saint-Denis (3).

(1) — L’utile (le l’aljbà Joyer à Ms;i l’iessis, en tlate tlu

21 sept.
1S09, Archives de ParchevÃcliè de M oui > fui.

(2) — Kcgistie.^ des baplÃnies, iimiiiiges et scp’dtioes de

Saint- Denis.

(3) — l^’ablià Cherrier lÃgua sa iiiagnifique bibliothèiiiie

lie 400
volume» au collège de Nicolet. L’abbà Compain, son voi-in de

Saint-
Antoine, avait fait prendre la même voie à ses 164 volumes, 3

atis aupa-
ravant, en 1806. Douville, Histoire du coUci^einninaire de

Nicolet, 1,
63-

CHAriTRE XXVIII

Coup-d’Å“il sur la paroisse a la mort de l’abbe Cher-
rier. Les nouvelles familles : Fhaneuf, Loi-
seau, Hamelin-Laganière, Benoit, Jalbert,
Valin, Bergeron, Huard, Besse, Jean-
son, Bonin, Morisseau, Laflamme,
Angers, Durocher et Charron.
1809.

Quand, sur sou lit (ie mort, l’abbà Cherrier eut
repris confiance en la misÃricorde de Dieu, il a du
entrevoir au ciel la phalange des Ãlus, qui lui Ãtaient
redevables de leur Ãternelle fÃlicità ; il a pu constater
Ãgalement en quel excellent Ãtat il laissait son chani})
d’opÃration ici-bas, tant sois le rapi)ort matÃriel que
spirituel. Non seulemeiit sa paroisse Ãtait ” discipli-
nÃe de longue main ” (1) dans sa marche vers le bon-
heur sans fin, comme l’Ãvêqne lui en rendait le tÃmoi-
gnage au lendemain de sa dis[iarition ; mais Dieu la
bÃnissait visiblement aussi dans les biens terrestres.
Tout y avait progressà ÃnormÃment depuis quarante
ans ; c’Ãtait maintenant l’âge d’or qui s’ouvrait. Le
village promettait d’être bientôt une florissante petite
ville. S’y dressaient fièrement l’Ãglise actuelle, un
bon presbytère, le couvent et une Ãcole prospère pour
les garçons ; y naissaient des industries prenant tous
les jours une plus large importance. Enfin l’ancien
bourg dyonisien, dÃbordant de toutes parts, contenait

(I) — Lettre tic Mj^r Plessis à ral)hà Rohitaille, curà de

SaiiU-
l’hilippe-de-Laprairie, en date du 25 dÃc. 1S09. Archives de

l’archi-
icchà Je QuÃbec, Registre VII, page 79.

292 HISTOIRE DE

dÃjà soixante-dix familles. La campagne, de son côtÃ,
ne s’Ãtait pas peuplÃe avec moins de rapidità ; le liant
et Je bas d,n Bord-de-l’eau comptaient quatre-vingts
familles, à TAmyot en vivaient soixante-dix, au qua-
trième rang quatre-vingt-dix” et au cinquième vingt
environ. Dans toute la paroisse le recensement rele-
vait deux mille trois cents âmes et le nombre de mille
trois cents communiants.

M. Cherrier n’avait pas Ãtà Ãtranger, tant s’en
faut, à tout ce progrès ; volontiers lui en attribuait-on
la plus forte partie du mÃrite, et l’affluence du peuple
à ses funÃrailles a publià Ãloquemment la gratitude
dont on Ãtait rempli à son Ãgard.

Jusque dans la culture des terres il avait prêchÃ
d’exemple. Il avait achetà quelques propriÃtÃs et en
avait reçu ]ilu<ieurs en concession (1). 11 le^^ avait
constituÃes autant de foyers de stimulation pour les
pauvres colons qui peinaient sur les leurs. Si je curÃ
n’y .a pas rÃalisà sa propre fortune, c’est qu’il Ãtait
obligà de les exploiter à prix d’argent. D’ailleurs,
visait-il à ce but ? Il ne voulait que mettre les autres
sur le chemin de la prospÃritÃ, et l’on peut affirmer
que rarement l’on a contem^ilà un succès aussi entier.

Sous son règne, beaucoup de fomilles nouvelles
sont venues se joindre aux anciennes. Rien de sur-
prenant dans cette immigration, L’es[)ace ne man-
quait pas et les brilhints rÃsultats obtenus par les
devanciers attiraient de ce cotÃ. La vallÃe du Riche-
lieu Ãtait, du reste, à cette Ãpoque, ce que sont aujour-
d’hui les bassins des lacs Saint-Jean et TÃmiscamin-
gue. On s’y jetait avec la perspective du ti-avail ardu,
mais aussi avec celle plus encourageante de sa rÃcom-
pense. Parmi ceux qui ont alors abordà à Suint-

(I) — Arc/iiz’i’s sii^i^ncttriaics, cliez le Dr II. -A.

.MiguaiiU, de S.-
llyaciiUhe.

SA1NT-DBNI8-SUR-RICHELIEU 293

Denis, notons les vigoureux buclierons : Phaneuf,
Loiseau, Hamelin-Laganière, Benoit, Jalbert, Valin,
Bergeroii, Huard, Besse, Jeanson, Bonin, Morisseau,
Laflamme, Angers, Durocher et Charron. Tous ces
valeureux chevaliers de la hache ont dÃpassà les bornes
de leur attente ; ils ont fait souche dans la paroisse,
et leur descendance s’y perpÃtue dans le bonheur,
vÃnÃrant la mÃmoire des braves ancêtres qui le leur
ont prÃparÃ.

Les premiers de ces aïeux sur les rivages dyoui-
siens ont Ãtà les Phaneuf. Petits-fils de l’Anglais
Claude-Mathias Phaneuf ou Fanef, ils sont traversÃs
plusieurs, les uns après les autres, de Saint- Antoine
à Saint-Denis, à partir de 1770 (1), Leur aïeul avait
Ãtà un captif pris dans la Nouvelle- Angleterre par les
guerriers sauvages du Sault-au-RÃcollet. Amenà par
ses ravisseurs sur l’île de MontrÃal, il fut arrachà de
leurs mains grâce à la charità de M. de Belmont, Sul-
picien, le 19 juillet 1711, et installà par le même
sur une concession de trois par vingt arpents à la
Rivière-d es-Prairies. Il s’y est marià plus tard avec
Catherine Charpentier, fille de son voisin. Sur la fin
de sa vie, il possÃdait au même endroit trois arpents
et demi par quarante, qu’il lÃgua à son fils Pierre.
Mais celui-ci ne fut pas retenu par ce bel hÃritage et
s’en alla avec sa femme, Catherine Biais, s’Ãtablir Ã
Saint-Antoine (2) avec ses frères Jean et Claude. C’est
de là que leurs fils se sont dispersÃs dans toute la
vallÃe du Richelieu. Les chefs de cette famille, au

(i) — Fis Phaneuf se faisait concÃder 9 x 40 arpents au IV

rang, le
23 mars 1772 ; Claude, père, 2 x 38 au III, le 12 mars 1773 ; et

Claude,
fils, 3 X 40 au IV, le 17 mari 1774. Archives seigneuriales, chez

le
Dr Mignault, de S. -Hyacinthe.

(2) — Archives du palais de justice de MontrÃal. Greffes des
notaires: Kaymbault, 19 juil. 1711 ; Senez, 14 sept. 1713 ;

Coron, 27
août 173 ;. ; Kacicot, 4 août 1766.

294 HISTOIRE DE

nombre de neuf à Saint-Denis en 1801, }- sont aujour-
d’hui exactement dix : Jean-Baptiste, LÃvi, Joseph,
Alphonse, AmÃdÃe, François, Louis, Henri, Eugène
et Dame Toussaint ; Jean -Baptiste (1) a Ãtà maire de
1882 à 1885 et est propriÃtaire de la scierie du village.
Parmi les anciens, il j a eu deux victimes des malheu-
reux ÃvÃnements de 1837 : un tuà et un prisonnier,
de plus des institutrices, un prêtre (2) et trois marguil-
liers : Claude en 1795, François en 1825 et un second
Claude en 1833. Elle compte actuellement deux
religieuses dans l’institut des SÅ“urs Grises à Saint-
Hyacinthe,

Jean Loiseau, forgeron, originaire de Rochefort,
près La Rochelle, en Aunis, France, est venu au
Canada à peu près en même temps que Claude-
Mathias Phaneuf. Il se maria deux fois, en dernier
lieu avec Catherine Gauthier à QuÃbec, où il passa le
reste de sa vie(3). Sju tils Augustin, marià avec

(l) — Voici la gÃnÃalogie canadienne de J.-Bte l’haneuf : I —

Claude-
Mathias, marià avec Catherine Charpentier ; II — Jean et

Madeleine
Lauzon ; III — Frs, qui Ãpouse Madeleine Goddu à Saint-

Antoine, le
29 mai 1769 ; IV — Pierre, qui Ãpouse Françoise Bousquet à S.

-Denis,
le 14 juil. iSoD ; c’est le fils de son frère Frs qui fut tuà en

1837 ; V —
Ls qui Ãpouse EmÃlie Laporte à S. -Denis, le 4 cet. 1836 ; VI â

€” J.-Bte.
qui Ãpouse EmÃlie Charron à S. -Denis, le 10 janvier 1860 ;

maire durant
3 ans ; VII — Alphonse, Louis et Henri. Registres des

baptêmes, ma-
ruges et sÃpultures, de S.-Antoin; et de S. -Denis.

(2) — Ce prêtre est l’abbà Ls- Alphonse Phaneuf. Voici sa

gÃnÃa-
logie depuis l’arrivÃe de la famille en Canada : I — Même

ancêtre que
le maire Jean-Bte Phaneuf; II — Claude, marià avec Marie

Bousquet Ã
S. -Denis, le 25 nov. 1743; domicilià à S. – Antoine ; III —

Claude,
marià avec FÃlicità Mignault à S. -Antoine, le 18 janvier 1768 ;

mar-
guillier à S. -Denis, en 1795 ; IV — Paul, forgeron au IV rang

en iSoi,
marià à S. -Denis avec Josephte, fille du notaire Christophe

Michau, le 20
sept. 1802 ; V — Christophe, marià à S. -Denis avec Constance

Michon,
sÅ“ur de l’abbà Jacques-Denis, le 11 fÃvrier 1833 ; fait

prisonnier par les
Anglais en 1837 ; VI — L’abbà Ls-Alphonse. Registres des

baptêmes,
mariages et sÃpultures, de S -Anioine et de S. -Denis.

(3) — Tanguay, Dict. gÃii..

SAINT-DENIS-SUR-UICHELIEU 295

Marie-Anne Chevaudreuil, est accostà à Saint-Denis
dans le conrs de l’Ãtà de 1770 ; l’automne suivant, le
6 dÃcembre, il y apportait au baptême trois jumeaux,
nÃs la veille (1). Sa postÃritÃ, autrefois nombreuse
dans la paroisse, en est rÃduite aujourd’hui à un seul
chef du nom de Jean-Baptiste.

François Hamelin-Laganière, venu de France au
Canada vers 1680, a ensuite vÃcu aux Grondines (2),
C’est de là que son petit-fils Joseph, issu du mariage
de Renà Hamelin-Laganière et de Marie-Louise Du-
montier, est arrivà à Saint-Denis, aussi en 1770. Ce
dernier est le père de tous les Hamelin et Laganièrc
de la paroisse ; ils y composent aujourd’hui quatre
familles, dont l’une porte le nom de Hamelin et les
trois autres celui de Laganière (3).

Parmi les nombreuses souches de Benoit en
Canada, c’est celle dite Livernois, qui a poussà des
rfijetons à Saint-Denis. Son fondateur, nommà Paul,
charpentier de sa profession, est arrivà de France sur
nos rivages vers 1655 (4) ; il a vÃcu à Longueuil (5)
et dans ses environs ainsi que ses enfants. Sa des-
cendance en est venue dans la paroisse de Saint-Denis,
de 1770 à 1785, par quatre frères, tous cultivateurs,

( I ) — Registres des baptêmes, mariages et sÃpultures de S.

Denis.

(2) — Tanguay, Dict. gÃn..

(3) — Ces familles sont celles de Paul Hamelin, de Toussaint,

de
PhilÃas et d’HermÃnÃgilde Laganière. L’ancêtre Jos. Hamelin-

Laga-
nière a Ãià syndic pour la construction de l’Ãglise actuelle, en

1793 ;
Frs et Cyrille ont Ãtà niarguilliers comptables, en 1862 et 1870.

Archi-
ves de V Ãglise de S. -Denis.

(4) — Tanguay, Dict. gÃn..

(5) — Voici ce que le recensement de 16S1 nous apprend sur le
compte de Paul Benoit, alors cultivateur à Longueuil : ” Paul

Benoist,
60 ans ; Elisabeth Gobinet, sa femme, 42 ans ; enfants : Laurent,

21
ans ; HÃlène, 14 ans ; Marguerite, 12 ans ; Geneviève, 10 ans ;

Etienne,
9 ans ; Jacques, S ans ; Frs, 5 ans ; Ives, 2 ans ; 5 bÃtes Ã

cornes, 12
arpents en valeur”. Jodoin et Vincent, Histoire de Longueuil, 65.

296 HISTOIRE DE

fils de Jean-Baptiste Benoit-Livernois et de Marie-
Anne Gibouloux. Aujourd’hui il y a dans la localitÃ
dix-sept membres de cette famille rÃpartis sous quatre
chefs : Ephrem, Julien, AmÃdÃe et Wilfrid (1).

Le fondateur canadien de la famille Jalbert,
Mathurin Gerbeit de la Fontaine, de Nantes en
France, est dÃbarquà à QuÃbec, vers 1656. 11 s’y est
marià trois ans plus tard avec Isabelle TargÃ, rÃcem-
ment arrivÃe de La Rochelle. Il a ensuite passà le
reste de sa vie sur l’île d’OrlÃans (2), C’est son
petit-fils François, maître charpentier, nà du mariage
de Joseph Gilbert et de Marguerite Aubertin, qui
a implantà cette famille à Saint-Denis en 1772 (3).
Celui-ci a travaillà à la construction de l’Ãglise actu-
elle ; on l’appelait alors Chalber. Comme on le voit,
rarement un nom a autant souffert dans son ortho-
graphe ; il a lentement Ãvoluà de Gerbert à Jalbert.
Le fameux j^atriote, à qui on a intentà un procès reten-
tissant à l’occasion des ÃvÃnements de 1837, Ãtait fils
de François et se nommait lui-même François (4).
Aujourd’hui il y a dans la paroisse cinq familles de
ce nom, descendantes du maître-charpentier de 1772 :
ce sont celles de Dame Isidore (5) et de ses quatre
fils : Isidore, Emile, AmÃdÃe et Victor.

(I) — Les Benoit maiguilliers à S. -Denis sont : en 1790,

Joseph ;
en 1826, un second Joseph ; et en 1866, SÃraphin. Archives de T

Ãglise,
de S. -Denis.

(2} — Tanguay, Dict. gcn..

(3) — Il Ãtait parrain à S. -Denis l’annÃe suivante, le S

janvier.
Registres des baptêmes, mariages et sÃpultures de S.- Denis.

(4) — Il est dÃcÃdà à Saint-Denis, en mai 1854, et y a ÃtÃ

inhumÃ
le 8 de ce mois. Lui-même en 1824 et son père en 1796 ont ÃtÃ

les
seuls marguilliers de cette famille dans la paroisse. Archives de

CÃglise
de S.- Denis.

(5) — Cette dame Isidore, nÃe Odile Girard, est la mère de

l’abbÃ
PhilÃas. Voici la gÃnÃalogie complète de ce dernier, depuis

l’arrivÃe
de sa famille en Canada ; I — Mathurin Gerbert ; II — Jos.

Gilbert ;

LES PRÊTRES VÉZINA (Pag-e 270).

i;al)l)c J.-Artl.ur-A. 11. V. J.-Will.nul

L’al.UÃ J.-Albert

L’ul)l)c Kriicst

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 297

La famille Valiii a cotiquis sa place dans la
|)aroisse de Saint-Denis, en 1773, par l’ancêtre I^icolas-
Jacques Vaslin (1), fils de îficolas Vasliii et de Marie-
Louise Paquette. L’aïeul de ce dernier Ãtait venu de ‘
France à QuÃbec, vers 1680 {2). Il n’y a plus main-
tenant qu’Onier, comme r<?prÃsent^iit de ce nom dans
{•a, localitÃ,

La descendance d’Andrà lîergeron et de Mar-
guerite Dumas, deux immigrants frau’çais aussi de
1680 (8), s’est installÃe à Saint-Denis en 1778 avec le
colon Philippe, fils de Jean-Ba[ttiste Ber^erou et de
ThÃrèse Grenier. Cette famille, nombreuse autrefois
dans la i)aroisse, est aujourd’hui presque toute disper-
sÃe de par le Canada, il n’en reste plus qu’une tige
sur place pour 3^ rappeler soii passage et son antique
prospÃritÃ,

La famille Huard remonte à l’annÃe 1780 dans la
paroisse de Saint-Denis. Jean, procureur fiscal de la ‘
seigneurie de Lauzon à LÃvis sur la fin du dix-septième
siècle (4), l’avait amenÃe en Canada vers 1668 ; il
Ãtait originaire de Courson, diocèse de Chartres en
France, et marià avec Marie-Anne Amyot. C’est son

III — Frs Chalber, maître-menuiïîier ; IV — Fis Jalbeil,

\ç patriote ; V —
Jos. , Ãpoux de Marie I-apeile ; VI — Isidore, Ãpoux d’Odile

Girard,
dÃcÃdà en 1905 ; VII — L’abbà PhilÃas ; les deux Frères

Viateurs AdÃ-
lard et Osias ; l’avocat Wilfrid, de MontrÃal ; et feue SÅ“ur

Saint-
Isidore-de-SÃville, de la CongrÃgation de Notre-Dame. .Tanguay,

Dict,
i^Ãti., et Rc’giides des boptcmes, martaj;;cs et sÃpultures de S.

-Denis.

(1) — Il se fait concÃder un emplacement au village de Saint-
Denis, le 26 fÃv. 1774. Archives seigneurùiles, chez le Dr

Mignault, de
S.-Hyacinthe.— Ses 2 petits-fils, TliÃodule et Augustin,

respectivement
âgÃs de 12 et de lo ans, fils de Chs Valin et de Josephte

Benoit, s» sont
noyÃs dans le Richelieu devant Saint-Denis, le 7 juin 1851.

Registres
des baptêmes, mariages et sÃpiiUnres de S.- Denis.

(2) — Tanguay, Die t. gcn..
(3)-Ibid..

(4) — Roy, Hiitoire de la seigneurie de Lauzon, I, 471 et dans
l’iippendice LXX ; II, 9 et 52.

29» HISTOIRE DE

arrière-petit-fils Joseph, qui en a acclimatà une des
tiges sur les rives dyonisiennes. Celui-ci venait de
Saint-Nicolas, près QuÃbec ; il s’est marià deux ans
plus tard avec Geneviève Gatien. Aujourd’hui les
quatorze chefs de sa descendance dans la località mon-
trent qu’elle s’y est fortement attachÃe au sol ; ce sont
Toussaint, DosithÃe, trois AmÃdÃe, Donat, Adjuteur,
deux Louis, NapolÃon, Avila, et Dames Damase et
DosithÃe (1).

Le premier ancêtre du bedeau Besse (2) est venu
de Delamarque, près Condom, en Gascogne, France,
vers 1752 (3). C’est son fils Pierre, qui a introduit
sa descendance à Saint-Denis en 1784.

(1) — Dame DosithÃe Huaid, nÃe M.iiie Laperle, est la mère
d’ Avila Huaid, qui vient, en 1905, de terminer ses Ãtudes

philosophiques
au collège de S. -Hyacinthe. Vuici la gÃiiÃalogitr de ce dernier

depuis
l’arrivÃe de sa famille en Canada : I — Jean ; II — Jacques,

de S.-Joseph-
de-LÃvis ; III — ^Jean-Marie, Ãpoux île Marguerite Deniers,

domiciliÃs
d’abord à S. -Nicolas, puis à Sainte-Croix ; IV — Jos., qui

Ãpouse Gene-
viève Gatien à S. -Denis, le 30 sept. 1782 ; V — Jos., qui

Ãpouse Marie-
Anne Vigeant à iS. -Denis, le 20 juillet 1807 ; VI — Louis,

qui Ãpouse
Rosalie Gaudette à S. -Denis, le 29 sept. 1835 ; VII —

DosithÃe, qui
Ãpouse M. Laperle à S. -Denis, le 6 juin 1881. Tanguay, Dict.

gin., et
Registres des baptêmes, i/iarùiges et sÃpultures de S. -Denis.

(2) — Voici la gÃnÃalogie du bedeau Besse depuis l’arrivÃe de

sa
famille en Canada : I — Pierre, de Delamarque, où il Ãtait

”gardien au
palais”, Ãpou.-e à QuÃbec ThÃrèse Maranda ; il a ensuite voyagÃ

entre
cette dernière ville, Saint- Fierre-du-Sud et Saint-Roch-des-

Aulnaies ;
plusieurs citÃs en France poitenl le même nom de Besse ; II —

Pierre,
arrivà cÃlibataire à S. -Denis, s’y maria à l’âge de 24 ans,

le 26 sept.
1786, avec Frse Drolet, âgÃe elle-même de 21 ans ; tievenue

veuve, celle-
ci Ãpousa plus tard le frère du curà Cherrier, le nÃgociant

Jean- Marie ;
Pierre, sachant lire et Ãcrire, fut un des premiers abonnÃs du

journal “Le
Canadien” ; III — Edouard, menuisier; IV — Edouard, potier,

Ãpouse
Marguerite Deschamps à S. -Denis, le 19 juin 1838 ; noyà Ã

MontrÃal
vers 1860 : V — Alexandre, bedeau, marià le 21 oct. 1878 à S.

-Denis ;
une de ses filles, EugÃnie, a Ãtà institutrice en bas du Bord-

de-l’eau.
Tanguay, Dict. gên., et Registres des baptêmes, mariages et

sÃpultures de
S.- Denis.

(3) — Tanguay, Dict. gÃit..

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 299

Pierre Jeanson-dit-Lapalme, nà en 1661 et venu
de Paris à QuÃbec en qualità de tailleur de pierre l’îin
1688 (1), est le premier ancêtre canadien des Jeanson
de Saint-Denis. Ce sont ses arriëre-petits-fils Louis et
Joseph, qui ont implantà cette famille dans la paroisse
en 1785 ; ils Ãtaient issus du mariage de Louis Jean-
son et de Marguerite Beau regard, do Verchëres (2).
Il y a aujt)urd’hui à Saiïjt-Denis six familles de cette
descendance, celles d’Alexandre, de Magloire, d’Au-
gustin, de Jean-Baptiste et de deux Joseph.

Les Bonin, de Saint-Denis et des environs, ont
pour père commun Nicolas Bonin, venu au Canada de
l’île de Rhà sur les côtes de France, vers 1682. Fer-
mier d’abord de Boucher de La Broquerie à Boucher-
ville, il se maria ensuite et alla s’Ãtablir à Contre-
cÅ“ur (3). De là son fils Pierre, ayant Ãpousà Made-
leine Laporte, se transporta sur le territoire de la
future paroisse de Saint-Antoine ; il y Ãtait capitaine
de milice en 1759. Par ses six fils, il est l’ancêtre des
Bonin de Saint-Antoine, de Saint-Ours et de Saint-
Denis. Le premier d’entre eux, qui se soit fixÃ
en cette dernière paroisse, est Antoine, marià avec
Josephte Goulet et arrivà en 1788 (4). Aujourd’hui
cette famille vit sur la plage dyonisienne sous quatre
chefs : Callixte, Joseph, Rodolphe et Avila.

La famille Morisseau, traversÃe de France sur nos
bords vers 1674, y eut pour trait d’union Vincent
Morisseau, marià avec Marie-Anne Beaumont. C’est
à la troisième gÃnÃration canadienne qu’elle Ãtendit
ses conquêtes jusqu’à Saint-Denis en 1788 par le colon

( I ) — – Gosselin, Henri de /dernières, 83.

(2) — Archives de P Ãglise de S. -Denis.

(3) — Tanguay, Dict. ge’it..

(4) — Antoine Bonin Ãtait maigiiillier comptable à Saint-

Denis, en
1798. Negislres des dÃlibÃrations de la fabrique de S.- Denis.

100′ HISTOIRE DÃŽT

Louis Morisseau, qui y a Ãpousà J<,>se[>btÃl>arcy deux
ans pliis tard. Ce dernier venait de Repentigny (1).
II CQinpte aujourd’hui deux familles de descendants
dans sa paroisse adoptive, celles de ÃŽTarcisse et de
Victor. ,

François Quemineiiry Kenrrîer mt Kemeîenr-dit-
Lafîamme, fils d’wn notaire royal au parlement de Bre-
tagne, est }e fondateur de toutes les familles canadi-
ennes qui portent cette dernière appellation. Il Ãtait
de Place-I>aniel, au diocèse de Lyon en France, lors-
qu’il vint s”ÃtablTr sur l’île d’OrlÃans, vers 1697 (2),
Ce sont ses arrière-petits-fils Antoine et Jacques, qui
ont dotà Saint-Antoioe d’une partie de sa descen-
dance, et Michel, leur cousin, plus tard marià avec
Françoise Joubert, en a fait autant pour Saint-l>enis,
en 179B, AujoiM’d’bui cette famille, une des mieux
partagÃes de la località sous le rapport du nombre et
sous bien d’autres points de vue, y compte dix-sept
chefs diffÃrents : Misaël, deux Jean-Baptiste, deux
Joseph, Israël, TrÃfilÃ, PhilÃas, Jacob, Toussaint (3),
LÃon, AmÃdÃe, Magloire, ElzÃar, et I>ames An:>broise.
Jean-Baptiste et LÃon.

La famille Angers, de Saint-Denis, recounaît pour

(1) — ^ Tangiiay, D’ict. ^Ãit.,

(2) — Ibïd,, VI, 473 et 474′

. (3) — Toussaint est le frère de î’abbÃj. -Magloire

Laflamme, curà de
f arnham. Voici la gÃnÃalogie de ce dernier depuis l’arrivÃe de

la famille
en Canada ; I — Frs, unique -souche de tous les Laflamme

canadiens,
Ãpouse Madeleine Chamberlandy en 1700, à Saint -François-

d’OrlÃans,
où il dÃcètle en 1728, à l’âge de 56 ans \ II — Un des 3

fils de Frs, Ãtablis
à SaintFrançois-du-Sud ;. III — Micliel, Ã|X)u>; de Claire

Blancbette,
domicilià à Saint-Pierie-duSud ; IV — -Miche), Ãtabli d’abord

à Saint-
Charles-sur-Richelien, ?e marre, le 28 oct, 1793, avec Françoise

Joubert,
de S’-Denis, et vient se fixer en cette dernière paroisse

aussitôt après son
entrÃe en mÃnage ; V — J,-Bte, bedeau ; VI — L’abbà J.-

Magloire. Tan-
҉Рuay, Dicl. gcit., et Registres des bapt̻mes, mariages et

sÃpultures de S.
Ditiis.

\

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIBU 301

premier ancêtre canadien Simon Lefebvre. Ce n’est
qu’à ses enfants, qu’on a commencà à appliquer le sobri-
quet d’Angers. Une grande partie de aa descendance
a acceptà celoi-cl, l’autre l’a repoussà pour conserver
le nom de Lefebvre seul ; en sorte que le même Simon
se trouve être le père d’Angers et de Lefebvre Ãgale-
ment. Venu de Tracy-le-bas en Picardie, France, vers
1664, il demeura d’abord à QuÃbec ; puis il alla finir ses
jours à la Poiiite-aux-Trembles, quelques lieues plus
haut que la capitale. Tiois ans après son arrivÃe au
Canada, il s’Ãtait marià avec Charlotte Pothier (1).
C’est à Joseph, sou arrière-petit-fils, fixà à Saint-Denis
en 1799 et Ãpoux d’AngÃlique Messier, qu’est due la
paternità de tous les Angers de la paroisse. Aujour-
d’hui ils sont plus de soixante-dix, distribuÃs sous dix-
sept chefs : Elie, trois Jean- Baptiste, deux Pierre, deux
Toussaint, Louis, François-Xavier, Noël (2). Augus-
tin, François, deux Joseph, AmÃdÃe et Edmond.

Le fondateur canadien de la famille Durocher de
Saint-Denis est Louis Brien-dit-Desrochers. Ce ne
sont que les deux dernières gÃnÃrations, qui se sont
avisÃes de changer Desrochers eu Durocher. Trans-
plantà au pays vers 16S0 (3), ce rameau de France
l’a Ãtà à Saint-Donis en 1800. Aujourd’hui lui appar-
tiennent les chefs Azarie, Eugène et Donat.

Pierre Charron, jeune Français originaire de
Saint-Martin, au diocèse de Meaux, est arrivà à Mont-
rÃal vers 1662 ; trois ans plus tard, il Ãpousait Cathe-
rine Pilliar, et le recensement de 1681 le trouvait cul-

(i) — Tan^uay, Die/, gÃn..

(2) — Noël Angers a Ãtà inarguillier en 189S. Ses

prÃdÃcesseurs
du même nom de famille dans le banc-d’Å“uvre ont Ãtà : en 18 12,

Joseph,
père, aussi syndic pour le second presbytère en 1834 ; en 1S53,

J.-Ute ;
en 1876, Joseph, fils ; et en 1891, Tuussaini. Registres des

dÃliJÃvaliois
de la fabrique de S. Denis.

(3) — Tanguay, Dict. gÃn..

302 HISTOIRE DE SAINT-DENIS

tivateur à Longileuil, entourà de six enfants, possÃ-
dant une vache et deux arpents en valeur (1) sur une
terre nouvellement acquise. Ce sont les quatre fils
de son arrière-petit-fils Louis -Eustache Charron, mariÃ
avec Judith Hogue, de Saint-Charles, qui ont intro-
duit cette famille dans la paroisse de Saint-Denis, Ã
partir de 1806 seulement. Aujourd’hui elle y compte
vingt chefs diffÃrents : deux Joseph, Adolphe, Fran-
çois, LÃvi, AmÃdÃe, Edmond, Jean-Baptiste, Charles,
Ambroise, Hormisdas, Olivier, PhilÃas, Arthur, Avila,
Edouard, David, et Dames Eustache, Ambroise et
Pierre (2).

(1) — Jodoin et Vincent, Histoire de Longueuil, 65.

(2) — La famille Charron a fourni 4 marguilliers à la paroisse

:
Eustache, e’^n 1834 ; Ls-Eustache, en 1873 ‘> Ambroise, en 1880 ;

et
Ignace en 1881. Registres des dÃlibÃrations de la fabrique de S.

-Denis.

CHAPITRE XXIX

M. Martin, desservant. Les embarras dans la suc-
cession de la cure. M. Kelly, troisième curà de
Saint-Denis ; ses antÃcÃdants, son court
passage dans la paroisse. Ses vicaires.
Son dÃpart et la suite de sa vie ; sa
mort. 1809-1817.

L’abbà Pierre Martin, après avoir fermà les yeux
à son vÃnÃrable curÃ, M. Cherrier, resta desservant de
Saint-Deuis. Il pensa d’abord ne l’être que peu de
temps, mais toutes les prÃvisions se changèrent devant
la difficultà de trouver immÃdiatement un successeur.
On commença par offrir le poste à Mgr Panet, coad-
juteur de l’Ãvêque de QuÃbec et curà de la Rivière-
Ouelle (1). C’Ãtait la reprise du projet de fixer un
Ãvêque dans le district de MontrÃal. Le plan avait
manquÃ, quelques annÃes auparavant, par la faute de
la ville de ce dernier nom ; cette fois son Ãchec lui vint
du refus de Mgr Panet. L’autorità religieuse songea
alors à M. Bardy, curà de La PrÃsentation. Celui-ci
ne crut pas devoir accepter non plus, mais à cause
seulement de sa faible santà et de sa crainte de n’être
pas à la hauteur de la position. Ses raisons furent
Ãgalement agrÃÃes. Le curà de Sain t-Philippe-de- La-
prairie, M. Pierre Robitaille, voyant l’embarras de son
Ordinaire et croyant qu’il serait peut-être le sujet
propre à remplir cette vacance, se mit avec empresse-

(I) — Lettre de Mgr Plessis à Mgr Panet, en date du 24 sept.

1809.
Archives de V archevêchà de QuÃbec.

304 HISTOIRE DE

nient à la disposition de son Ãvêque. Mais Mgr
]’les8i8 ne jugeait pas ses capacitÃs aussi favorable-
ment que sa bonne volontà et le reraercia de sa prÃve-
nance (1).

Après tous ces efforts, le 15 novembre 1809, M.
Martin fut officiellement nommà desservant de Saint-
Denis pour un temps indÃterminÃ.

Ce prêtre, fils d’Antoine Martin-Beaulieu et
d’Angèle Damien, Ãtait nà à Saint-Laurent, près Mont-
rÃal, le 22 janvier 1781. Ses Ãtudes terminÃes, il fut
ordonnà par Mgr Plessis le 8 juin 1806. Puis il dÃbuta
dans le ministère paroissial comme vicaire à Saint-
Eustache. De h\ il vint ujie première fois à Saint-
Denis, ensuite retourna à Saint-Eustache jusqu’à ce
qu’il fut renvoyà auprès de M. Cherrier. Evidemment
ceux qui avaient eu l’avantage de l’apprÃcier se l’arra-
chaient.

Les hÃritiers du curà dÃfunt ont Ãtà sans pitià Ã
son Ãgard, dès que les biens leur furent Ãchus.
Tout s’enleva du presbytère et le desservant tem-
poraire n’y fut bientôt plus que dans une maison com-
plètement dÃpourvue d’ameublement. Il dÃpeint son
Ãtat à l’Ãvêque, à la date du 9 novembre 1809 : ” Je
suis, dit-il, seul dans le presbytère, n’ayant pour tous
meubles que cinq mÃchantes chaises que Madame
Lecavalier a eu la complaisance de me laisser. Elle
m’a priÃ, de plus, de prendre mes repas chez elle ;
mais je sens combien je dois la gêner : il y a dÃjà un
mois entier qu’elle me nourrit ” (2).

Il va sans dire que dans ces conditions son sÃjour
à Saint-Denis ne fut pas gai. N’Ãtant pas sûr du len-
demain, il ne pouvait encourir les dÃpenses de s’ins-

(1) — Archives de P archevêchà de QuÃbec, Registre VII, page

79.

(2) — Archive] de rÃvêckà de S.- Hyacinthe,

SAINT-DENIS-8UR-RICHELIBU 305

taller chez lui. Si an moins il avait en la certitude
(le ne pas retourner vicaire ailleurs, mais il ne lui
Ãtait permis de compter sur aucune promesse.

Pour surcroît d’ennui, il avait à peine rendu les
derniers devoirs à son curà qu’une ÃpidÃmie cruelle
s’abattit sur la paroisse, l’obligeant, malgrà sa santÃ
dÃlicate, à un ministère aussi pÃnible qu’actif Le jour
même qu’il Ãtait officiellement nommà à cette des-
serte, il Ãcrivait à l’Ãvêque : ” Depuis près de deux
mois, la mort fait ci des ravages alarmants : en quinze
jours elle a enlevà quinze adultes ; depuis samedi, le
11, treize ont Ãtà administrÃs et presque tous annon-
cent une fin prochaine ” (1).

Un mois plus tard, le 17 dÃcembre, il traçait de
nouveau ces lignes an même : ” Les fièvres d’automne
s’Ãtendent bien au-delà de Saint-Denis : Saint-Hya-
cinthe, Saint-Charles, Saint-Marc, Saint-Hilaire et sur-
tout Saint-Our* n’en ressentent que trop les malignes
iïifluences. Cette maladie est contagieuse et occa-
sionnÃe probablement par les mauvaises eaux que les
habitants des concessions ont Ãtà obligÃs de boire jus-
qu’à prÃsent, et aussi par les brumes Ãpaisses qui ont
rÃgnà ici et aux environs presque continuellement
depuis près d’un mois. Elles s’annoncent chez les uns
par un grand mal de tête, chez d’autres par le vomis-
sement et chez tous par un point de côtà dont la
violence paraît être extrême. En quatre mois, soi-
xante adultes ont Ãtà enterrÃs presque tous victimes
de ces mauvaises fièvres ” (2).

Ce n’est qu’à la fin de janvier que l’ange exter-
minateur a quittà la place.

(i) — Archives de VÃvfchà de S,- Hyacinthe.
(2) — Ibid..

306 HISTOIRE DE

Le 18 octobre 1810, M. Martin Ãtait enfin rem-
placà par un curÃ, et lui-même s’en allait prendre la
direction de la paroisse de Lachine. Il y’ resta trois
ans ; après (][Uoi il fut transfÃrà à celle de Saint-Luc,
près Saint-Jean. A l’automne de 1819, il en est passÃ
à celle de Saint-Sulpice, où il e^^t dÃcÃdà le 21 fÃvrier
1826, à l’âge de quarante-cinq ans (1).

Le troisième curà de Saint-Denis fut l’abbà Jean-
Baptiste Kelly, nà à QuÃbec, le 5 octobre 1783. Il
Ãtait fils de Jean Kelly et de Marguerite Migneron.
Sa ville natale lui procura ses Ãtudes ; il fut fait
prêtre à son aima mater, le 9 novembre 1806, et envoyÃ
aussitôt à Saint-Denis comme vicaire. Quand il est
parti de ce poste, c’Ãtait pour s’en aller missionnaire
au Madawaska. Le nouveau genre de vie, qu’il Ãtait
tenu de mener dans ce pays aussi neuf que lointain,
convenait parfaitement à ses aptitudes. Sa nature
robuste avait besoin d’activitÃ. C’Ãtait pour lui une
jouissance de voyager de missions en missions, par
monts et par vaux, par bois et par rivières. Malheu-
reusement il a Ãtà arrachà trop tôt à ce ministère pour
être transplantà en rase campagne, sur le thÃâtre res-
treint de Saint-Denis ; ce qui ne l’a pas enchantà du
tout. Il s’y rendit le 18 octobre 1810 et, quatre jours
plus tard, transmettant ses premières impressions Ã
son Ãvêque, après avoir à peine jetà un regard autour
de lui, il soupirait : ” Je ne sais pas comment je m’en
retirerai ici ” (2).

(l) — Tanguay, RÃpertoire gÃnÃral du clergà canadien, 170.

(2) — Il ajoutait dans la même lettre : ” Le trop grand vent
m’ayant empêchà de traverser mercredi à Sorel, je ne me suis

rendu ici
(à S. -Denis) que jeudi, (le 18 octobre) ; en y arrivant, j’y ai

vu des

figures un peu empruntÃes je prends la rÃsolution de faire tout

ce

qui dÃpendra de moi pour le bien, et ensuite de m’abandonnera la’

divine
Providence “. Archives Je VÃvichà de S.- Hyacinthe,

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEH 307

Le rëgne de M. Kelly fut assez bien rempli Ã
Saint-Deni8. Dès le 27 novembre 1810, il Ãcrivait Ã
Mo^r Plessis : ” Depuis que je suis ici, je suis telle-
ment occupà que je n’ai point le temps d’avoir Je
mauvaises pensÃes ; les anniversaires ou les grand’-
raesses, quatre à cinq par semaine, ça ne rate pas, sans
compter les confessions et les malades, qui, depuis un
bout de temps, ne m’occupent pas peu…. Je n’ai
pour ainsi dire que le soir à moi pour Ãtudier un peu
et prÃparer mes prônes” ( \.

En outre, pendant tout le mois d’octobre 1812, il
dut ajouter à la desserte de sa paroisse celle de Saint-
Charles, alors que le curÃ, M. P. Robitaille, transfÃrÃ
de Saint-Philippe à ce dernier poste, en Ãtait absent
pour remplir l’office d’aumônier auprès des milices
canadiennes, dans le haut Richelieu, au dÃbut de la
guerre avec les Etats-Unis (2).

Du 16 mai au 20 juillet 1811, il accompagna Mgr
Panet en visite pastorale, depuis la Malbaie jusqu’Ã
QuÃbec (3). Il suivit de même Mgr Plesais dans le
Haut-Canada, du 11 mai au 4 août 1816.

A Saint-Denis, les ÃvÃnements, qui ont plus par-
ticulièrement marquà son passage, sont des travaux
de rÃparation à l’Ãglise, des difficultÃs à propos de la

(1) — Archives de L’cvêchà de S, -Hyacinthe.

(2) — M. Robitaille flit nommÃ, le 29 sept. 1812, aumônier du
bataillon de milice incorporÃe stationnant à l’île aux Noix et

à Saint-
Jean. Le lendemain, M. Kelly Ãtait chargà de le remplacer dans le
soin de sa cure ; il avait pour cela permission de biner chaque

dimanche.
Au bout d’un mois, le curà de S. -Charles recevant un desservant

attitrÃ
dans la personne de l’abbà Ls Marcoux, son voisin de Saint-Denis,

eut
sa dÃcharge. Archives de l’archez’Ãchà de QuÃbec.

(3) — A la demande que lui avait faite l’Ãvêque de

l’accompagner
il avait rÃpondu, le 19 avril prÃcÃdent : “Je suis toujours prêt

aux ordres
de Votre Grandeur, non seulement pour la Malbaie, mais encore

pour le
golfe et pour toutes les fois que vous me requerrez et que ma

santà me le
permettra “. Archives de PÃvêckà de S.- Hyacinthe.

308 HISTOIRE DE

salle publique (1) et l’agonie de l’Ãcole latine, qu’il a
cependant courageusement soutenue autant qu’il lui a
Ãtà possible.

Pendant son sÃjour dans la paroisse, M. Kelly a
eu plusieurs aides, mais nul n’a fait long stage auprès
de lui. Ils y venaient ordinairement du voisinage
pour le supplÃer durant ses courtes absences ou des
maladies passagères. Ceux dont il a joui des services
le plus longtemps sont les abbÃs Joseph-Edouard
Morisset et Hyacinthe Iludon (2).

Le premier, nà à Saint-Michel-de-Bellechasse en
1790 et ordonnà le 22 octobre 1815, a Ãtà d’abord
vicaire à Varennes, puis de M. Kelly do la mi-mai au
commencement d’août 1816. Il a Ãtà ensuite mission-
naire dans le Nouveau-Brunswick, curà des Eboule-
raents, d’Iberville, de Saint-Cyprien et do Suint-Jean-
sur-Richelieu, où il est dÃcÃdà le 21 juillet 1844, Ã
l’âge de cinquante-trois ans (3).

(1) — Dans le premier presbytère de S. -Denis, il avait ÃtÃ

rÃservÃ
une salle publique. Sous M. Cherrier, on la lui cÃda pour

agrandir son
logemeni. A l’arrivÃe de M. Kelly, les paroissiens se disposaient

à la
rÃclamer. Le 27 nov. 181C, le curà Ãcrit à l’Ãvêque : ” Tous

les diman-
ches, je m’attends à un assaut de la part des habitants pour la

salle ; ils
doivent s’assembler pour me la demander. Ma lÃponse est

prête…. ;
je ne sais pas trop comment ça tournera “. Après bien du

tapage, il ne
fut rien changà pour le moment. La salle publique ne ressuscita

plus
qu’avec le second presbytère, en 1834, et mourut avec lui pour

jamais.
Archives de VÃvêchà de S.-Hyaciritke et de l’Ãglise de S.-

Denis.

(2) — Voici la liste complète des aides du curà Kelly à S. –

Denis :
les abbÃs A. Leclerc, vicaire, du 9 mai au 17 juin 181 1 ; J.-Ls

Beau-
bien, vicaire, du 19 juin au 22 juillet 181 1 ; Ls Marcoux, du 1

1 au 18 juin

1812 et du 16 au 29 juillet 1813 ; W. Arsenault, Bardy, P.

Gagnon,
HÃbert et Robitaille, du 3 août au l sept. 1813 et du 19 juillet

au 6 oct.

1813 ; P. Gagnon, du 12 sept, au 10 oct. 1813 ; P. Bourget,

desservant,
du 30 janvier au 6 fÃv. 1815 ; Morisset, vicaire, du 11 mai au 3

août
1816 ; Hudon, vicaire, du 14 mars au 28 mai 181 7 ; P.-M.

Mignault,
Robitaille et Alinotte, du 8 au 17 oct. 181 7. Registres des

baptêmes,
mariages et sÃpultures de S.- Denis.

(3) — Tanguay, KÃpertoire gÃnÃral du clergà canadien, 179.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 309

Qtiant à l’abbà ïludon, nà à la Rivière-Ouelle en
1792 et ordonnà le 9 mars 1817, il a fait ses premières
armes à Saint-Denis, du 13 mars 1817 à la fin de mai
suivant. Le curà Ãcrivait de lui à l’Ãvêque, dès le 19
mars : ” M. Hudon n’a point perdu de temps depuis
qu’il est ici, il ne manque pas de pÃnitents ; il est sur
son deuxième cent ” (1). Les confessions pascales
Ãtant finies et la vivifiante tempÃrature printanière
ayant ramenà ^L Kelly à la santÃ, son auxiliaire fut
transfÃrà au vicariat de QuÃbec. Il a ensuite occupÃ
plusieurs postes de confiance, entre autres celui de curÃ
de Boucherville ; puis il a Ãtà mêlà à l’administra-
tion diocÃsaine de MontrÃal, à l’ÃvêchÃ, où il Ãtait
vicaire-gÃnÃral et chanoine, quand il tomba victime de
son dÃvouement au cours de l’ÃpidÃmie du typhus, le
12 août 1847 (2). Il avait alors cinquante-quatre ans,
dont trente de sacerdoce (3).

M. Kelly n’Ãtait à la tête de la paroisse de Saint-
Denis que depuis sept ans, lorsque, le 15 septembre
1817, il reçut sa lettre de mission pour la cure de
Sorel ; il en prit possession au commencement d’oc-
tobre suivant (4). Ce poste allait mieux convenir Ã
ses goûts et à son zèle. Aussi n’y sera-t-il rien moins
que trente-deux ans. VÃritablement homme de la
position, il y a opÃrà un bien considÃrable (5). C’Ãtait
un vaste champ, en effet, qu’on lui offrait alors ; outre

(i) — Archives Je rcvcchà de S.- Hyacinthe.

(2) — Tanguay, RÃpertoire gÃnÃral du clergà canadien, i8o.

(3) — Annales du Bon- Pasteur d’Angers à MontrÃal, I, 51 Ã

57.

(4) — M, Kelly fut le dix-neuvième curà de Sorel, sans compter
les 24 missionnaires d’avant 1720. Archives de F Ãglise de Sorel.

(5) — Barthe, ancien paroissien de Sorel, a laissà de l’abbÃ

Kelly
ce portrait : ” Notre curà Ãtait un homme de belle et grande

stature,
très distinguà de manières ; il Ãtait admirà pour son savoir et

res-
pectà de tous les citoyens, catholiques et protestants “. Drames

de la vie
rÃelle, 54.

310 HISTOIRE DE SAINT-DENIS

le territoire actuel de Sorel, il couvrait ceux de Saint-
Joseph, de Sainte-Anne, de Sainte- Victoire et de
Saint-Robert. De plus, jusqu’en 1831, il comprenait
aussi l’île du Pads. Et encore, de 1820 à 1823,
accepta-t-il le soin de la fondation de Drummond-
ville (1). Il y avait matière à surmÃnage ; mais c’est
cette sorte d’existence qui lui plaisait. A la charge
de curÃ, il ajouta plus tard celles d’archidiacre d’abord,
puis de grand-vicaire et ensuite de chanoine de la
cathÃdrale de MontrÃal (2).

C’est au milieu de ce dÃploiement «l’actività que
le surprirent les infirmitÃs de la vieillesse, à l’âge de
soixante-six ans. Malade maintenant, il passa à un
autre sa chère cure de Sorel et se retira chez les Sœurs
de la Providence à la Longue-Pointe. Il s’est Ãteint
dans cette pieuse retraite, à l’âge de soixante-dix ans,
le 24 fÃvrier 1854 (3). Sorel lui ayant procurà les
plus belles annÃes de sa vie, il avait exprimà le dÃsir
d’y dormir son dernier sommeil. Il y fut en effet
inhumà dans le caveau de l’Ãglise, quatre jours après
son dÃcès.

m.

(1) — Il y allait lÃguHèreineiit faire la niissim 2 fois l’an

durant
ce temps. Saint- Amant, L’Avenir, 26 et 27.

(2) — M. Kelly fut nommà archidiacre le 26 mai 1835, grand-
vicaire en 1836 et chanoine, le 6 sept. 1843.

(3) — Tanguay, RÃpertoire gÃnÃral du clergà canadien, 170 et

171.

CHAPITRE XXX

Les derniers seigneurs dyonisiens : Taschereau,

les Deschambault, et Mignault. Fin de la

tenure seigneuriale. 1810-1905.

A peu près au temps où M. Kelly recueillait la
succession de M. Cherrier, le vieux seigneur Joseph
Boucher de la Bruère de Montarville mourait dans
sou aristocratique village de Boucherville. Ses deux
hÃritières, Françoise et Gilles, avaient ÃpousÃ, la pre-
mière, Thomas-Pierre-Joseph Taschereau et la seconde,
Louis-Joseph Deschambault ; ce furent ces deux gen-
dres qui le remplacèrent dans sa possession seigneu-
riale de Saint-Denis.

Taschereau Ãtait l’oncle du cardinal de ce nom,
fils de conseiller lÃgislatif et de seigneur, conseiller
lÃgislatif et seigneur lui-même (1). Devenu co-sei-

(I) — Voici la glorieuse gÃnÃalogie du seigneur T.-P.-J.

Tasche-
reau : I — Ths- Jacques, originaire de la Touraine, France,

Ãtait fils de
Christophe Taschereau, conseiller du roi, directeur de la monnaie

et trÃ-
sorier de la ville de Tours. Etant passà dans la Nouvelle-France

au
commencement du XVIII siècle, il devint lui-même trÃsorier de

la ma-
rine. Le 28 janvier 1728, il Ãpouse Marie-Claire, fille de Jos.

Descham-
bault. 11 contribua avec F.-E. Cugnet à la fondation des forges

Saint-
Maurice. En 1736, il obtint sur la Chaudière une seigneurie de 3

x 2
lieues de profondeur de chaque côtà de la rivière. Il fut

membre du
Conseil SupÃrieur. A sa mort en 1749, il laissait 8 enfants, dont

Jos.,
officier d’armÃe, est mort à S.-Domingue, dans les Antilles, et

Chs-
Antoine, major à QuÃbec et chevalier de l’ordre de S. Louis, est

dÃcÃdÃ
en Touraine, après la cession du Canada aux Anglais. Tous ses

fils,
moins Gabriel-ElzÃar, se sont Ãteints sans postÃritÃ. II —

Gabriel-ElzÃar,

312 HISTOIRE DE

gneur du domaine dyonisien par la mort de son beau-
père, il n’a guère gardà plus que onze ans son hÃri-
tage des rives du Richelieu ; il cÃda sa part, vers
1821, à son beau-frère Deschambault (1).

Celui-ci, lieutenant-colonel de milice, Ãtait fils de
Joseph Deschambault (2), agent gÃnÃra! de la Com-
pagnie des Indes. Son bisaïeul (3), fondateur de la

de talents distinguÃe, mais surtout d’une piÃtà Ãminente, fut un

des hom-
mes les plus marquants et les plus .utiles de cette Ãpoque. Par

ses
lumières et un dÃvouement sans. bornes, il tira les Ursulines de

l’Ãtat de
gêne dans lequel elles se trouvaient. Après avoir Ãtà promu au

grade
de colonel du second bataillon de la milice, il fut touT à tour

conseiller
lÃgislatif, grand voyer et surinten lant des postes. Il Ãiail

seigneur de
Sainte-Marie, de Linière et de Joliet, lorsqu’il termma sa vie

en son
manoir, le l8 sept. 1809. Parmi ses enfants sont: l’abbà Gabriel-
ElzÃar, Jean-Ths, père du cardinal, et Ths- Pierre -J os. ;

Jean-Ths a ÃtÃ
emportà par le cholÃra de. 1832, il Ãtait alors juge. Daniel, Nos

glaires
mit., I, 2i8 à 221 ; Tanguay, Dût. gÃn., VII, 263 ; Suite,

Histoire des
Canadiens- Français, VIII, 13 et 14.

(I) — Parmi les enfants de T.-P.-J. Taschereau sont : I —

Pierre-
ElzÃar, l’aînÃ, qui, marià en 1834 avec Catherine-HÃnÃdine

Dionne, de
Kamouraska, fille de l’Hon. Amable Dionne, eut 6 enfants, entre

autres,
Henri-ElzÃar, avocat, membre du parlement provincial, et Eugène-
Arthur, avocat ; 2 — ^Jos.-AndrÃ, juge ; 3 — Ths-Jacques,

notaire et shÃ-
rif de la Beaijce, pèrèide Gustave, notaire, et de Jules,

mÃdecin^ Daniel,
Nos gloires nat., I, 220 et 221.

(2) — Jos. Deschambault naquit le l mai 1709. Il “dirigea un
immense commerce. On parle de ses maisons princières et de la

gÃnÃ-
rosità avec laquelle il dÃpensait ses revenus. Vers la fin de la

guerre de
Sept-ans, il sacrifia tout ce qu’il possÃdait pour soutenir

l’armÃe de Mont-
calm ; on lui doit ainsi une large part de la gloire qui a

rejailli sur le
Canada dans cette dÃfense prolongÃe “. Parmi ses enfants, Etienne

fut
capitaine dans les Volontaires canadiens royaux, et Catherine

Ãpousa le
troisième baron de Longueuil. Suite, Histoire des Canadiens-

Français,
VIII, 89 ; Bibaud, Le panthÃon canadien, 90 et 91 ; Daniel, Nos

gloires
nat., 1, 265 à 270.

(3) — Ce bisaïeul, nommà Jacques-.Mexis, est nà en 1642 Ã

Mon-
taîgu, près Luçon, au Poitou, en France, où il a ÃtÃ

conseiller du roi,
docteur es lois et avocat au parlement. En Canada, où il passa

vers le
milieu du XVII siècle, il fut d’abord procureur du roi Ã

MontrÃal. (^)uit-
tant ensuite la toge pour le mousquet, il se signala, à la tète

des milices.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 3l8

famille en Canada, et son aîeul (1), qui occupa ‘la
même position que son fils dans la Compagnie des
Indes, Ãtaient seigneurs de Deschambûult. ‘ â–

Elevà à MontrÃal, Louis-Josepîi (2) avait tinÃ
sainte pour mère (3). La vertu d’âillëuts ètkit cle

dans la grande expÃdition de Frontenac contre les Iroquois.

Plustaiil,
il fut bailli, \m[s lieutenaait gÃnÃral civilet, criminel de la

juridjcfion de
MontrÃal, en 1704. Il laissa son, nom à la seigneurie de

Descliambault,
dont il hÃrita de sa femme Marguerite de Chà vigny. Morten -1715.
Bibaud, Le panthÃoti. canadien, 88 ; ?>\x\it^ JJis/oire’ des

Canadùns- Fruit-
fais, VIII, 88 et 89 ; Daniel, Nos gloifes uat., I, 25,1 à 256.

,

(1) — Cet aïeul, nà à MontrÃal le 23 mai 1673^ .Ãpousa ^^

1702
Claire Joliet, fille du dÃcouvreur du Mississipi, alors ‘âgÃe de

22 ans,
morte en 1760. Il Ãtait en 1722 un des principaux hÃgotiants du

Canada
et devint même agent gÃnÃral de la Compagnie des Indes.

Beauharinois
lui concÃda en 1736 une seigneurie de 3 x 2 lioues de profondeur

sifr. cha-
cune des deux rives de la Chaudière, en même temps qu’en

recevaient
de semblables au même endroit ses gendres ‘Ihs-Jacques

Ta^chereau et
Pierre-Frs Rigaud de Vaudreuil» Garaclè’.e dÃcidà et homme

d’entre-
prises, il aimait les vastes opÃrations commerciales, i Sept de

ses 32
enfants survÃcurent. -Quand il est dÃcÃdÃ, il Ãtait,, comme son

père,
seigneur de Deschambault. Bibaud, Le panthÃon canadien, ,88 à 90

;
Daniel, Nos gloires nut., I, 257 à 265 ; Suite, Histoire des

Cauadùns-
Français, VIII, 89.

(2) — Ls-Jos. Deschambault, ” nà à MontrÃal le 20 fÃvrier

1756,
fut conduit en France par le chevalier de Vaudreuil, Ãtudia au

collège: de
La Flèche, fut page dà Louis XV’I et servit comme officier dans

le rÃgi-
ment dit de la Couronne. Rappelà par son père lors de la

RÃvolution
française”, il se maria, le 6 octobre 1792, ”et fut nommÃ.».,

enseigne
dans le 24e rÃgiment anglais…. 11 devint plus tard major, puis

lieute-
nant colonel du 109e rÃgiment. Carleton l’avait nommà inspecteur

de
la milice, en 1777,,.. Milnes le nomma dÃputà agent des Indiens,

et.. .
Prescott, surintendant des AbÃriaquis de S^-François et de

BÃcancour.
Enfin il fut surintendant des postes ” lors de la guerre de 1812,

«,’ il fut
crÃà par.. . PrÃvost quartier-maître gÃnÃral de la milice, se

trouva avec
6,000 hommes sur le chemin du gÃnÃral en chef des AmÃricains

Dear-
born, et le vit renoncer à son invasion après le combat

infiniment glo-
rieux de LacoUe “, Bibaud, Le panthÃon ran<idien, 91 et 92. —

Le même
“servit en 1775 au fort Saint-Jean-d’Jberville “. Suite, Histoire

des
Canadiens- Fiançais, VIII, 89. — Daniel, Nos gloires 7tat., I,

271.

(3) — Cette sainte mère se nommait Marie-Catherine de

Grandmes-
nil. ” Jeune fille, dit l’abbà Daniel, elle avait, par la

distinction de ses

314 HISTOIRE DE

tradition aux divers foyers de cette desceûdaucc.
Dieu en rÃcompense la comblait autant des biens
de la terre que de ceux du ciel. La famille Boucher
avait donc contractà avec elle une de ses alliances les
plus honorables, en même temps qu’elle s’assurait un
digne continuateur dans sa seigneurie de la vallÃe du
Richelieu.

Ce dernier propriÃtaire, pas plus que ses prÃdÃ-
cesseurs, ne vint demeurer dans son domaine dyoai-
sieu. Il est mort à MontrÃal, le 24 juillet 1824 ; mais
il a tenu à être inhumà à Saint-Denis, ce qui eut lieu
cinq jours après son dÃcès (1).

PrivÃs de leur chef, sa veuve et ses trois fils,

manières, son esprit cultivÃ, autant que par ses grâces

extÃrieures, fixÃ
sur elle l’attention. Devenue Ãpouse et mère, elle fut la gloire

et l’orne-
ment des personnes <le son sexe. Toute entière à ses devoirs de

maî-
tresse de maison, elle trouvait encore du temps pour visiter les

pauvres
et les assister dans letns besoins. Elle leur consacrait tous les

moments
qui lui restaieijt, après les soins donnÃs à sa famille. C’est

dans la pra-
tique de ces touchantes vertus que se passa la plus grande partie

de sa
vie. Elle Ãtait arrivÃe à une extrême vieillesse, lorsque la

ville toute
entière lui donna une preuve de son estime et de sa confiance.

D’Ãpais-
ses tÃnèbres, accompagnÃes de coups de tonnerre, avaient tout Ã

coup
changà le jour en nuit. CommencÃe à une heure, cette obscuritÃ

pro-
fonde, appelÃe la Gratide noirceur, durait encore à 4 heures du

soir.
Crojant presque toucher à la fin du monde, chacun tremblait pour

soi.
En un instant les Ãglises se remplirent. La foule se porta

surtout Ã
l’Ãglise de Notre-Damede-Bonsecours. Cependant les tÃnèbres se

con-
tinuaient toujours. Alors une pensÃe vint à ces pieux fidèles :

ԉۢ Allons
chercher Mme Deschambault, s’Ãcria-t-on de toutes parts, afin

qu’elle
unisse ses prières aux nôtres”. La vertueuse octogÃnaire

demeurait
alors à l’endroit où a Ãtà Lâti depuis le marchà Honsecours,

sur la rue
Saint- Paul. Quelques dames se rendent donc à son domicile, et

la con-
jurent de venir. CÃdant à leurs instances, Mme Deschambault se

rend
à la chapelle, appuyÃe sur leurs bras. ArrivÃe dans l’antique

sanctu-
aire, elle commence des prières auxquelles toute l’assistance

rÃpond. La
confiance ne fut pas vaine. Ces prières n’Ãtaient pas encore

achevÃes,
que le soleil reparut à l’horison, faisant renaître la joie

dans tous les
cÅ“urs”. Nos gloires nat., I, 266.

(I) — Registres des baptêmes, >nari<iges et sÃpultures de S.-

Denis.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 315

Louis-François, George et Charles-Henri, respective-
ment âgÃs de vingt-quatre, de vingt-un et de dix-liuit
ans, quittèrent la ville pour le bourg de leur seigneu-
rie, en automne suivant. Ils venaient y chercher une
vie plus tranquille et moins coûteuse. Une humble
maison fut achetÃe au coin des rues Yamaska et du
Lion, et ils la convertirent sans cÃrÃmonie en premier
manoir de la località (1).

Seule hÃritière de son mari, Gilles Boucher eftec-
tua elle-même, à sa mort en 1850, le partage de la
seigneurie en trois. George et Charles-Henri en reçu-
rent chacun un tiers, et Louis-George, fils de Louis-
François dÃcÃdÃ, eut le reste. Le legs avait Ãtà fait
par indivis.

Louis-François, avocat et marià avec Marie-Anne-
Elizabeth N’o3^elle de Florimont, perdait dÃjà son
Ãpouse, le 20 janvier 1835 (2), et lui-même la suivait
dans la tombe le premier fÃvrier 1840, à l’âge de
quarante ans, laissant son fils unique Louis-George
pour hÃritier. Celui-ci (3), entrà au collège de Saint-
Hyacinthe en 1842 et marià vers 1856 avec Caroline,
fille de l’Honorable Louis Lacoste, se dessaisissait de
sa part de seigneurie en faveur de son oncle Charles-
Henri, le 16 fÃvrier 1864.

George, aussi bien douà que son père pour l’ad-
ministration des affaires commerciales, avait Ãgale-

(1) — Plus tard, ils ont demeurà sur la rue Saint-Denis, en bas

du
village.

(2) — Cette Ãpouse est dÃcÃdÃe à l’âge de 33 ans. Registres

des
baptêmes, mariages et sÃpultures de S. -Denis. — Son mari, que

Suite recon-
naît avoir rÃsidà comme avocat à S. -Denis {Histoire des

Canadiens-
Français, VIII, 89), est le seul membre du barreau, qui a

sÃjournà dans
la paroisse en cette qualitÃ.

(3) — Ls-Geo. Deschambault ” a Ãtà quelque temps secrÃtaire de
l’Institut de Boucherville et lieutenant du premier bataillon du

comtà ”
de Chambly. Daniel, A^os gloires nat., I, 272.

316 HISTOIRE DE

ment cÃdà la sienne au même, vers 1853, pour devenir
associà de la florissante Compagnie de la baie d’Hud-
son, En cette qualitÃ, il alla s’Ãtablir dans les plaines-
du. Nord-Ouest, où la fortune le favorisa (1). GÃnÃ-
raux comme l’avaient Ãtà se^ ancêtres, il fut souvent
là -bas de la plus grande utilità aux missionnaires eu
leur procurant, à toute occasion, des moyens gratuits
de transport (2).

Charles-Henri,, le plus jeune des trois frères, en
fut aussi le dernier survivant dans la possession de la
seigneurie ; ii la garda jusqu’en 1877, annÃe où il la
vendit au Dr Henri- Adolphe Mignault. Avocat et
collecteur des douanes de Sa Majestà à Chambly, il
alla, en quittant Saint-Denis, se fixer en cette localitÃ
e.t, y demeura jusqu’à son dÃcès survenu soudaine-
ment, le 27. fÃvrier 1878. Comme tous les membres
de sa famille inhumÃs dans la paroisse de leur domaine,
il l’a, Ãtà dans le caveau de. l’Ãglise, sous le banc sei-
gneurial, cinq jours après sa mort “(3). Il Ãtait mariÃ
avec LÃocadie Proulx et laissait trois enfants: Arthur,
son exÃcuteur testamentaire, Marie, TJrsuline à QuÃ-
bec, et Alexandre (4). – , ,

‘ C’est vers 1845 que la famille Deschambault a
quittà Saint-Denis. Gilles Boucher retournait alors Ã
Boiicherville, son pays natal. La vieille seigneuresse,
nÃe le 30 p.çtobre 1776 et mariÃe dans cette dernière
localitÃ, y est Ãgalement dÃcÃdÃe, le 20 dÃcembre 1850,
à l’âge de soixante-quatorze ans. Six jours plus tard,
elle Ãtait aussi inhumÃe à Saint-Denis (5).

^j) — , Ribaud, Le panthÃon canaduii, 92; Suite, Histoire des

Catta-
dieus-Fra»fni<, yill, ?><j, ,

(2) — Daniel, A^os gloites nat.. I, 272. — Benoit, Vie de Mgr

TachÃ.
(2) — Registres. des baptêmes, mariages et sÃpuUures de S.-

Denis.
(4) — Daniel, A^os. gloires riat., I, 272.
(1^) — Registres des baptêmes, mariages et sÃpultures de S.-

Denis.

SAINT-DENIS-SU R-UICIl ELI EU 317

Le l)r Miguault, qui a remplacà la famille Des-
cUambauh dans la possession de la seigneurie dyoni-
sienne, iv paye celle-ci huit-mille-cinq-cents piastres,
somme qui rap[»orte aujourd’hui la rente annuelle
de neuf-cent-quatre-vingt-deux piastres (1) ; pour un
magnifique jdacement, c’en est un.

A la suite de cette mutation, il y eut contesta-
tion entre l’ancien propriÃtaire et le nouvel acquÃreur
à propos du l)anc seigneurial. A qui appartenait-il ?
Il Ãtait assez difficile de s’entendre. On en vint cepen-
dant à un arrangement sans se prÃsenter devant les
tribunaux. M. Mignault se dÃsistait de tous les droits
qu’il prÃtendait dÃtenir et Deschambault abandonnait
les siens à la fabrique moyennant la fondation d’une
grand’messe annuelle, à perpÃtuitÃ, le 4 mars, pour les
membres dÃfunts de sa famille. L’acte fut signà le 9
novembre 1879 (2). Le banc en question est mainte-
nant à l’usage des SÅ“urs Grises de la paroisse.

Avec la famille Deschambault s’est Ãteinte la
gÃnÃration des seigneurs proprement dits de Saint-
Denis, puisque c’est de son temps qu’on a aboli la
tonure fÃodale en Canada. L’Å“uvre de cette tant
vieille institution Ãtsiit finie sur nos bords, dit-on ;
oui dans les antiques paroisses bien dÃboisÃes, mais
non dans les endroits encore neufs. Il eût mieux valu
amÃliorer que dÃtruire. L’org:misation des commen-
cements, affirme Suite, ” offrait plus d’avantages que
les nouveaux sj’sttmes ” (3) …” Ayons recours à la
tenure seigneuriale, ajoute-t-il en parlant de nos forêts

(1) — (IreJe du notaire E. Lafonlaine, de Saiiit-Hugues, à la

date
du 15 sepl. 1877.

(2) — l’ar-devant notaire A. Durocher.

(3) — Suite, Histoire ces Canadiens- Français, II, 97 et 98.

318 HISTOIRE DE SAINT-DENIS

du nord, et nous renouvellerons les miracles des dÃfri-
cheurs d’autrefois ” (1).

Si, depuis 1859, on continue à dÃcerner le titre de
seigneurs aux successeurs des personnes qui le furent
rÃellement, ce n’est que par manière d’acquit. Le
gouvernement, en rachetant tous les droits fÃodaux,
moins ceux des cens et rentes capitalisÃs, a anÃanti la
race à part, qu’ils avaient crÃÃe, et à sa place il n’a
constituà qu’un groupe de simples percepteurs (2).

(1) — Suite, Histoire aes CanacUns-I-raunns, II, I05.

(2) — Ibid., VIII, 137 et 138 ; Tuicotle, Le Canada sous

Pl’iiion,
II, 232 à 237, et 375.

CHAPITRE XXXI

La guerre de 1812. Sa conscription à Saint-Denis.

Le village, poste de stationnement.

1812-1815.

Avant l’abolition de la tenure seigneuriale, il fallut
passer au Canada par bien d’autres ÃvÃnements, en
particulier par la guerre de 1812. Alors le canon gron-
dait depuis dÃjà plusieurs annÃes par delà les mers ; il
allait prolonger ses rÃpercussions jusque dans notre
pays. L’empereur NapolÃon, au milieu de ses luttes
homÃriques, voyait avec peine l’Angleterre, son enne-
mie, s’approvisionner à loisir au Canada ; il impor-
tait de fermer cette source. L’AmÃricain est ambi-
tieux, pensa-t-il ; il le soulèvera et le poussera vers
cette colonie anglaise par l’appât de sa conquête ; il
lui fera ainsi accomplir inconsciemment la besogne
dÃsirÃe et couper toute communication entre l’AmÃ-
rique septentrionale et l’Europe. Le fameux gÃnÃral
ne s’Ãtait pas trompà ; la rÃpublique, notre voisine,
se constitua avec complaisance son docile instru-
ment (1). Le 18 juin 1812, sous prÃtexte d’être lÃsÃe
dans certains de ses droits, elle nous dÃclarait la
guerre. Heureusement que nos pères ne reculèrent
pas devant cette provocation.

Aussitôt ils se prÃparèrent à la rÃsistance.

(I) — Suite, clans Le courrier Jii lizre, de (QuÃbec, III, 389

et
390.

320 HISTOIRE DE

A celte date, on relevait trois-cent-quaraiite-
quatre miliciens à Saint- Denis (1), il y en avait trois-
eent-dix-huit en Ãtat de marcher ; mais ceux-ci ne
disposaient que de soixante-sept fnsils. RÃpartis en
quatre compagnies, ils obÃissaient anx capitaines Louis
Courteraanche, Jean-Baptiste Cadienx (2), Charles
GariÃpy et Joseph Leblanc (3). La division de Saint-
Denis, dont ils formaient partie, comprenait aussi les
paroisses de Saint-Antoine, de Saint-Charles et de
Saint-Marc. Louis Bourdages en Ãtait le major et
Jacques Cartier, le lieutenant-colonel (4). Celui-ci,
marchand de Saint-Antoine, Ãtait de plus un vÃtÃran
de la guerre de 1775, A la tête de la division Ãtait
le colonel Jean-Bapii?te Boucher de la Bruère de
Montarville, qui demeurait à Boucherville (5).

Le colonel Ãcrit à son lieutenant, le 12 septembre
18i2 : ” Que tons les miliciens de Saint- Denis, Saint-
Antoine, Saint-Marc et Saint-Charles soient comman-
dÃs immÃdiatement, depuis l’âge de seize ans à soi-

(1) — Dans le même temps, U y avait [31 miliciens à S. –

Charles
et 464 dans les deux paroisses rÃunies de S, -Antoine et de S. –

Marc.
Recensement de Ls Bourdages, Archives Je M. yacques Cartier, de

S.-
Antoine.

(2) — La famille Cadieux date d’à peu près 1785 dans la

paroisse.
Elle y arriva avec Jean-Bapiiste et son parent Pierre. Au

recensement
de 1801, le premier Ãtait âgà de 45 ans, marià avec Jeanne

Bonnier de
34 ans, entourà de 6 enfants, dont 2 jumelles de 7 ans, et

demeurait au
m rang. Pierre, âgà de 59 ans et marià avec Marguerite Hourque

de
39 ans, vivait au Bord-de-I’eau avec 5 enfants, dont deux jumeaux

de 4
ans. Augustin, tils de J.-Bte, fut un des principaux violonistes

de l’abbÃ
lîÃdard. Registres des baptêmes, mariages et sÃpultures de

Saint-Denis,

\l\ — Courtemanche avait en disponibilità dans sa compagnie 56
hommes, 13 fusils ; Cadieux, 90 h., 10 f. ; GariÃpy, 80 h., 27 f.

; et
Leblanc, 92 h , 17 f.. Archives de M. Jacques Cartier, de S. –

Antoine.

(4) — Le 13 fÃvrier 181 3, Cartier est transfÃrà à la nouvelle

divi-
sion de Verchères, et Bourdages le remplace dans celle de S.

Denis,
oomme lieutenant-colonel. Archives de M. yacq. Cartier, de S. –

Antoine.

(5) — Archives de M. Jacques Cartier, de S. -Antoine.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 321

xante ans,. . de se tenir prêts pour marcher à la pre-
mière alarme : et ils se rendront avec diligence à la
paroisse de Chambly. LÃ ,., ils seront immÃdiate-
ment formÃs en bataillon et procÃderont pour Saint-
Jean et se mettroiit sons les ordres de l’officier com-
mandant ce poste. Il parait que c’est aussi la volontÃ
de Son Excellence que le major Bourdages soit, comme
le plus jeune de vous, chargà de cette expÃdition ” (1).
De plus, il Ãtait spÃcifià d’apporter los armes que l’on
aurait et des vivres pour deux jours.

Le lendemain, le colonel ajoute qu’ils se pour-
voient ” de poudre et de balles de calibre et qu’ils
prennent avec eux pour huit jours de provisions ” (2).

Cartier rÃpond le 15 : ” J’ai le plaisir de vous
dire que tous les miliciens sont pleins de courage et
de bonne volontÃ. . . Les uns ont fait faire du biscuit,
les autres des balles et ont fait raccommoder leurs
fusils chez les Cyclopes. . . Ce commandement gÃnÃral
a rÃellement Ãlectrisà les cÅ“urs de ces gens-là ” (3).

Quelques jours plus tard, partait en effet le pre-
mier contingent de Saint-Denis. Il ne comprenait
nÃanmoiïis qu’une minime partie de ceux que pouvait
fournir la paroisse. Avis Ãtait toutefois laissà à la
rÃserve de s’assembler tous les dimanches après vêpres
pour être disciplinÃe pas plus que trois heures chaque
fois (4). Ceci avait lieu le 23 septembre 1812. La
première recrue de Saint-Denis fut adjointe au second
bataillon, à Laprairie (5) ; Louis Edouard Hubert,

(1) — Archives Je M. Jacques Cartier, dà Saint Antoine.

(2) — Ibid..

(3) – IWd..

(4) — Ibid..

(5) — Suite dit que la guerre dÃclarÃe, “dans le Bas-Canada on
plaça un cordon de troupes rÃgulières et de milice, depuis

Yaniaska
jusqu’à Saint- RÃgis “. Histoire des Canadiens- Français, VIII,

85 390.

322 HISTOIRE DE

de Saint-Denis et marià avec CÃcile, iille du lieutenant-
colonel Cartier, en fut nommà le quartier-niaître (1).

Le 7 octobre, nouveau dÃ[)art de miliciens, sous
les ordres du capitaine Pierre Saint-Jacques, de Saint-
Antoine. Sur dix-neuf cinq sont de Saint-Denis (2),
ce sont : Dominique Rousseau (3), Joseph Lajoie,
Florentin Laperle, Charles Bousquet et Jean-Baptiste

(i) — Ls-E. Hubert a Ãtà un personnage à Saint-Denis par son

ins-
truction, ses alliances, ses diverses positions et ses grands

revers de for-
lune après avoir Ãtà très riche. Il est nà en 1765. Ses père

et mère
Ãtaient Pierre Hubert et Marie Chartier, mariÃs à S. -Antoine,

le 3 aoiit
1750 ; ses aïeuls Ãtaient Tierre-Paui Hubert et Suzanne Laporte.

Il
avait reçu ses Ãtudes au sÃminaire de QuÃbec. On remarquera au

cours
de ce chapitre qu’il ne lui coûtait pas de tenir la plume pour

Ãciire des
lettres. A 31 ans, le 22 nov. 1796, il Ãpousa CÃcile Cartier,

tante de
Sir Geo. -Etienne. Quatre ans plus tard, il Ãtait à la tête

d’un commerce
important au bourg dyonisien. Après la guerre de 1812, comme

rÃcom-
pense de ses services, la Couronne lui a accordà des terrains

considÃra-
bles dans les Cantons de l’Est. La rÃbellion de 1837, quoiqu’il

n’y ait
pas participÃ, lui a apportà son lot de dÃsagrÃments. Il se

plaint, un
peu après, qu’il lui faut rÃparer ”divers meubles en p.inie

brisÃs dans le
dÃsastre causà par les soldats “. Plusieurs de ses enfants sont

morts
jeunes entre autres : CÃcile et M.Trguerite ; celle-ci avait fait

son ins-
truction chez les Ursulines des Trois- Rivières, d’où elle

adressait une
lettre au cher />^}i/ Jacques Cartier, le 13 novembre 1813. Ceux

qui ont
survÃcu Ãtaient, le l8 octobre 1834: Jacques-Edouard, nà en 1800,

cul-
tivateur à S.-CÃsaire : Joseplite, de S. -Denis ; David, entrÃ

au collège
de S. -Hyacinthe en 1822. rÃsidant à MontrÃal ; Richard, entrÃ

au col-
lège de S. Hyacinthe en même temps que le prÃcÃdent, Ãtudiant

endroit
à MontrÃal ; et Jean-Frs-Xavier, encore mineur, de S. -Denis.

Ls-
Edouard Hubert est mort à l’âge avancà de 77 ans, le 9 nov.

1842 ; son
Ãpouse est dÃcÃdÃe au même âge, le 6 avril 1849. Tous deux ont

ÃtÃ
inhumÃs dans le caveau de l’Ãglise de S. -Denis. Registres des

baptêmes,
mariages et sÃpuUnres, deS.-Dinis et de S. -Antoine ; Archives de

M.
Jacques Cartier, de S. -Antoine.

(2) — Ai-chivcs de AI. Jaci/iirs Cartier, de S. -Antoine.

(3) — D. Rousseau, âgà de 19 ans, Ãtait fils d’Hyacinthe Rous-
seau, cultivateur du Bord-de-l’eau, et de Marie-Anne Papillon,

qui
s’Ãtaient mariÃs à S. -Ours, le 17 sept. 1792, et Ãtablis à S.

-Denis quel-
ques annÃes plus tard. Archives des Ãglises de S. -Denis et de S.

-Ours.

SAINT-DEXIS-SUR-RICIIELIEU 323

Brodeur (1^. Tous s’eti vont eu petites charrettes
par mauvais chemins d’automne (2) jusqu’à ” la tra-
verse du roi à Longueuil ” (o), puis ils abordent Ã
MontrÃal pour y “faire partie d’une septième compa-
gnie, qu’on forme dans le cinquième bataillon de
milice d’Ãlite et incorporÃe sous les ordres du colonel
Patrice AJurray”(4). Montarville Ãcrivait, de Bou-
cherville, à Cartier, le 8 : ” Tous les miliciens sont
passÃs ce matin à dix heures en chantant à haute voix
les chansons du bon père Bacclius ” (5). Avec ces
gais militaires Ãtait Joseph Chatel (6), qui se rendait au
camp de Laprairie pour remplacer Basile (Jloutier (7),
jugà incapable de servir à cause d’infirmitÃs (8) ; tous
deux Ãtaient de Saint-Denis.

(i) — Ces miliciens Ãtaient respectivement âgÃs de; 19, 18,

24, 21
et 23 ans. Archives de M. Jacq. Cartier, de S.-Antuini-.

(2) — Archives de M. Jacq. Cartier, de S. Ant’ ine.

(3) – Ibid..

(4) — Ibid..

(5) – Ibid..

(6) — Jos. Chatel, âgà de 19 ans, Ãtait fils de ]w. Chatel,

cnlli-
vateur du V rang, et de Marguerite Fortin. Il s’est marià le 6

oct. 181 7
avec Marie Saint-Germain à S. -Denis. Sa famille Ãtablie au

Canada
en 1688 lors de son arrivÃe de France (Gosselin, Henri de

Bernières, 83),
est venue plus tard se fixer à S. -Ours. L’aïeul de Jos., nommÃ

aussi
Jos. et marià avec Josephte Giard, y vÃcut, et son fils Jos. ne

passa de
là à S. -Denis qu’à son mariage, en 1788. Cette descendance

s’est
Ãteinte dans la paroisse avec le milicien de 1812 et ses frères

Pierre et
JÃrÃmie. Registres des baptêmes, mari<iges et sÃpultures, de S.

-Denis et
de S.- Ours.

(7) — Basile Cloutier, âgà de 24 ans, Ãtait fils de Basile

Clouiicr,
cultivateur de l’Amyot, et de Madeleine Pelletier. Il a plus tard

ÃpousÃ
Marie Varrieur. Son père, fils d’un autre Basile et d’AngÃlique

Jean-
notte, fut le premier de cette famille à S. -Denis, où il

arriva vers 17S0
et se maria le 29 janvier de l’annÃe suivante. Pierre, un des

fils du
milicien de 1812, a Ãpousà Elise Guertin à S. -Denis, le 10

janvier 1854.
Descendance aujourd’hui Ãteinte dans la localitÃ. Registres des

baptêmes,
mariages et sÃpultures de S.- Denis.

(8) — Archives de M. Jacq. Cartier, de S. -Antoine.

324 HISTOIRE DE

Vers la mi-octobre, le second bataillon, qui ren-
fermait la plupart des hommes enrôlÃs dans Saint-
Denis, a Ãtà appelà à piquer une excursion du côtÃ
des lignes amÃricaines ; voici comment le quartier-
maître Hubert en rend compte à son beau-përe Car-
tier, le 10 novembre 1812 : ” Ma longue absence de
Laprairie sans pouvoir communiquer avec personne
de nos endroits, pas même ceux de Laprairie, m’a
absolument empêchà de vous Ãcrire ainsi qu’à CÃcile.
J’ai Ãtà vingt-cinq jours absent de Laprairie en divers
quartiers. iSTous avons premièrement logà à Saint-
Claude, une des concessions de Saint-Philippe ; ensuite
au ruisseau des Noyers, une des concessions de Blair-
findie ; ensuite dans le rang de l’Acadie, le long de la
rivière ; et enfin dans le bois qui mène à la rivière de
Lacolle, et tout près des embarras et à huit lieues de
distance de Laprairie, et c’est là que nous sommes
restÃs neuf jours pas trop à notre aise, car nous Ãtions
sous des caba’nes de branches de pruche et nos lits
Ãtaient aussi composÃs de branches de pruche, avec
un grand feu au-devant de la cabane tant pour nous
rÃchaufler que pour faire cuire nos provisions. Nous
avons eu pendant que nous Ãtions là tous les temps,
le vent froid, la neige, la pluie et les mauvais chemins.
Nous Ãtions dans une savane, vous pouvez juger un
peu de notre misère. Nous avons toujours couchÃ
habillÃs, enveloppÃs d’une couverte et notre hâvre-sac
pour oreiller, toujours prêts à partir à la première
alnrme. Nous avions des piquets et des gardes de
tous côtÃs et outre cela des patrouilles continuelles. . .
M. Robitaille est venu nous faire une visite pastorale ;
il a dit la messe dans notre maison de garde, il a con-
fessÃ, prêchà et donnà l’absolution gÃnÃrale et fait des
prières publiques. . . Tl est surprenant qu’après et pen-
dant un tel voyage, il n’y ait pas eu un seul homme

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 325

de malade. Nous avons pourtant fait des marches
longues et prÃcipitÃes dans de très mauvais chemins.
Nos jeunes Canadiens sont très vigoureux pour les
voyages. Les Anglais et autres ne peuvent pas les
suivre. Dans la marche ils ont toujours montrà un
grand zèle, une grande obÃissance et un grand dÃsir
de rencontrer l’ennemi. . . Aussi notre bataillon a eu
les compliments les plus flatteurs des deux gÃnÃraux
et des autres ofliciers supÃrieurs et infÃrieurs. Vous
avez vu sur la gazette les compliments qu’on nous fai-
sait sur notre dÃpart de Laprairie pour aller à la ren-
contre de l’ennemi. Il n’y avait pas d’exagÃration, le
tout Ãtait vrai, et nous en sommes revenus. Nous
sommes après incaserner nos gens ” (l).

Vers le commencement de novembre 1812, le
quatrième bataillon de milice, sous les ordres du colo-
nel Jacques Voyer (2), est venu de son côtà station-
ner au village de Saint-Denis.

Il ne semble avoir quittà la place qu’en octobre de
l’annÃe suivante. Tout catholique, il apporta un bon
surcroît d’ouvrage au curÃ, quoiqu’il n’y eût pas que
des dÃvots dans ses rangs (3).

Le 2 avril 1813 (4), Hubert est encore à Laprai-

(1) — Archives de AI. Jacques Cartkr, de S. -Antoine.

(2) — Le quartier-maître Hubert ne formule guère d’Ãloges Ã
l’adresse de J. Voyer : ” C’est, dit-il, un drôle d’homme, il

serait appa-
remment maître partout parce qu’il est colonel, c’est un

original sans
copie, il est le seul de son esp̬ce ҉ۢ Archives de AI. Jacq.

Cartier, de
S. -Antoine.

(3) — M. Kelly Ãcrit à l’ÃvÃque, le i juin 1813 : ” Mon

bataillon
me donne peu d’occupation; ‘les miliciens frÃquentent plus les

cantines
que le confessionnal “• Il voyait nÃanmoins à les placer dans

l’Ãglise
pour la messe. Archives de fÃvêckà de S. -Hyacinthe.

(4) — Dix jours auparavant, le 23 mars, Hubert avait Ãcrit de
Laprairie : “J’ai toujours ici beaucoup d’occupation et je vais

en avoir
encore bien davantage, car nous avons 400 et quelques hommes

d’arrivÃs
nouvellement de (^)uÃbec à Laprairie, pour lesquels il faut que

je pour-

326

HISTOIRE DE

rie, d’où il Ãcrit à son beau-père : ” Il paraît que le
gouvernement a grande confiance maintenant dans
les Canadiens, puisqu’il leur rÃserve à eux seuls la
dÃfense du Bas-Canada. II ne restera pas plus que la
valeur d’un rÃgiment de troupes rÃglÃes dans tout le
Bas-Canada. Il n’aurait pas fait cela l’Ãtà dernier.
Il paraît que depuis qu’il a mis la milice à l’Ãpreuve
l’automne dernier, il en a Ãtà satisfait et se repose
maintenant sur elle. C’est un grand compliment lui
faire ” (1).

Dix-neut jours plus tard, nouvelle lettre de Hubert
au même parent : ” Xous devons, aussitôt l’arrivÃe
des troupes d’Angleterre, lui apprend-il, aller loger Ã
Longueuil ponr l’ÃtÃ, car il doit y avoir un camp de
deux mille hommes de troupes lÃgères à Laprairie Ã
notre place ” (2). Le deuxième bataillon de Laprairie
comprenait alors cinq cents miliciens. En dÃpit des
prÃvisions, il n’a pas eu à se diriger vers Longueuil ;
la prise d’York, dans le Haut-Canada, par les AmÃri-
cains a dÃrangà tous les projets (3j et il est parti
plutôt pour Chambly. Hubert Ãcrit de ce dernier
poste à son beau-père, le 18 septembre 1813 : ” ISTous
sommes un peu faibles en troupes rÃglÃes dans le Bas-
Canada, mais on se fie fort sur les milices et surtout
sur la milice sÃdentaire ” (4).

voie de logements, d’habits, de provisions, armes et

accoutrements “.
En même temps, il rend compte d’une enquête faite dans son

dÃparte-
ment. Il avait Ãtà accusà de dÃpenser trop de vivres pour le

besoin du
bataillon. L^s inquisiteurs “ont fait leur rapport, dit-il, que

tout Ãtait
bien correct et bien exact “. Archives de M. Jarq. Cartier, de S.

-Antoine.

(1) — Archives Je M. Jacq. Cartier, de S. -Antoine.

(2) — Ibid..

(3) – Ibid..

(4) — Archives de M. Jacq. Cartier, de S. -Antoine. — Hubert
ajoute dans la même lettre : “Je suis continuellement occupÃ,

surtout
depuis quelque temps. Nous avons reçu les habillements de nos

mili-

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 327

Tous les Dyonisieiis, qui n’avaient pas ÃtÃ
incorporÃs dans la milice d’Ãlite, — et c’Ãtait le grand
nombre, — ont Ãtà licenciÃs, le 4 juin 1813. Une partie
des autres ont reçu leur congà à la fin de novembre
suivant, et le reste n’eut le sien que dans le cours
de l’annÃe 1814 (1). La guerre tirait alors à sa fin.
Les succès ou les revers de NapolÃon en conduisaient
la hausse ou la baisse. Quand celui-ci, après la bataille
de Waterloo en juin 1815, fut tombà entre les mains
de ses ennemis, les AmÃricains virent choir toute
chance de conquête (2), et l’on recouvra enfin la paix
après quarante mois de luttes ou d’incertitudes (3).

^^^

c^y

ciens, qui sont venus d’Angleterre, cette annÃe, tout faits, mais

si mal
faits et si hors de proportions qu’il est nÃcessaire qu’ils

soient entière-
ment refaits, de sorte que j’ai continuellement 12 tailleurs

occupÃs Ã
refaire ces habits”, Ibid.. — Un mois plus tard, le 21 oct., il

Ãcrit
encore : “Je suis toujours très occupà pour prÃparer notre

quartier
d’hiver”. Ibid..

(1) — Archives de M. Jacq. Cartur, de S. -Antoine.

(2) — Suite, Histoire des Canadiens- Français, VIII, 95.

(3) — Suite, dans Le courrier du livre, de (QuÃbec, III, 387.

l’roiiHi-‘r iiuiiu.ir de S. -Denis d’ago ol-))

CHAPITRE XXXII

M. BÃdard, quatrième curà de Saint-Denis ; sa
naissance et sa famille. Sa carrière sacerdo-
tale. Ses talents comme musicien. Ses
aides. Sa mort. 1817-1834.

M. Jean-Baptiste BÃdard, quatrième curà de
Saint-Denis, appartenait à une illustre famille de QuÃ-
bec. Les auteurs se plaisent à la reconnaître ” fertile
en hommes de talents ” (1) et comme ayant ” donnà Ã
la. patrie des serviteurs ÃprouvÃs” (2). Disons toute
suite que ce sont surtout les frères et les neveux de
l’abbà Jean-Baptiste, qui ont provoquà ces paroles si
Ãlogieuses.

Leur premier ancêtre au Canada, nommà Isaac,
charpentier de sa profession et Ãpoux de Marie Girard,
venait de la ville de Paris, capitale de la France. C’est
son descendant de la quatrième gÃnÃration, Pierre
BÃdard, qui est le père du curà de Saint-Denis (3) ;
marià avec Josephte Thibault, cet arrière-petit-fils
s’est bientôt vu eiitouiHi de nombreux enfants bien
douÃs, qui tous ont reçu une solide instruction tant au
sÃminaire de la capitale que chez les Ursulines de la
même ville. Pierre, l’aîjiÃ, a Ãtà plus tard le cÃlèbre
dÃfenseur de nos droits, à l’aurore de nos luttes parle-

(1) — Uibaud, Le PanthÃon canadien, 17.

(2) — Lareau, Histoire de la littÃrature canadienne, 65.

(3) — Voici la gÃnÃalogie de l’abbà BÃdard, curà de S. -Denis :
I — Isaac BÃdard et Marie Girard ; II — Jacques BÃdard et

Isabelle Bou-
cinet ; III — Chs BÃdard et Elizabeth HuppÃ; IV — Pierre

BÃdard et
Josephte Thibault ; V — L’abbà J.-Ble BÃdard. Tanguay, Dict.

ge’n..

330 HISTOIRE DE

mentaires (1) ; parmi ses ûh ElxÃar a Ãtà juge (2) et
Isidore, dÃputà de Chicoutimi en même temps que
l’un de nos plus vaillants journalistes (3). Joseph est
le cadet de Kerre, et l’abbà Jean-Baptiste son deu-
xième frère. Louis est mort curà de la Baie-du-Febvre,
en 1806 (4). Jean-Charles fut Sulpicien ; il est dÃcÃdÃ
à MontrÃal en 1827 (5). Thomas, le plus jeune des
o-arçons, a vÃcu à L’Assomption (G). Il y avait entre
autres deux filles, Josephte et Louise. La première
a Ãpousà Pierre Bruneau (7), qui a ÃtÃ, la majeure
partie de sa vie, marchand ou bourgeois à Saint-Denis ;
ses deux seules enfants sont entrÃes en religion dans la
congrÃgation enseignante des Saints-ÃŽ^Toras-de-JÃsus-
et-de-Marie ; il est dÃcÃdà à Verchères en 1864,
vingt-un ans après son Ãpouse (8). Quant à Louise,
elle a uni son sort à Joseph Pratte, qui fut quelques
annÃes instituteur à Saint-Denis ; son fils Joseph a ÃtÃ
longtemps mÃdecin à Saint- Vincent-de-Puul, île JÃsus.
Jean-Baptiste est nà le 25 septembre 1772. Bès
qu’il fut d’âge à entrer au sÃminaire, il ne tarda pas
à en bÃnÃficier largement avec ses frères. L’Ãlève
obtint surtout dans les lettres et la musique ses plus
brillants succès. Sa philosophie terminÃe, il revêtit
la soutane sans hÃsitation et resta à son aima mater

(1) Daniel, ‘Vt’^ gloires iiat^, I, 249 et 267 ;, GuÃiln, petit

Dic-

tionnaire, supplÃment, 9 ^ GaspÃ, MÃmoires ; \i’\\iA\!.A, Le

panthÃon cana-
dien, 17 et 18.

(2) — GuÃiin, petit Didionnaire^ siipp., 9 > Daniel, Nos

gloires
uat., l, 249 et 267 ; Turcotte, Le Canada sons l’Union, II, 40.

(^) —Ignotus, dans La presse, de MontrÃal, 5 fÃv. 1S98 ;.

Lareau,
Histoire de la littÃrature canadienne, 71.

(4) — Tan^uay, RÃpeitoire gÃnÃral du dergà eaimdien, Ï59.

(5) Bibaud, Le panthÃon canadien, 17 ; Tanguay, RÃpertoire

gÃn. du clergà canadien, 154 ; Daniel, Nos gloires /lat., II,

267.

^6) — Daniel, Nos gloires nat., II, 267.

(^j Frère du curà de Verchères, l’abbà R.-O. Bruneau.

\^2,), Registres des baptêmes, mariages et sÃpultures de S.-

Denis,

SAIST-DENIS-SUR-RICHELIEU 331

tant comme Ãtudiant en thÃologie que comme profes-
seur. Mgr Hubert l’Ãleva à la prêtrise, le 11 octobre
1795 ; le jeune lÃvite venait alors d’atteindre sa vingt-
troisième annÃe (1).

Il fut d’abord vicaire à la cathÃdrale de QuÃbec
deux ans, puis curÃ-fondateur de Saint- Jean-Baptiste-
de-Rouville, où il a cÃlÃbrà la première messe, le
jour de la Toussaint 1797. Il a travaillà au delà de
six ans à ce poste. En janvier 1799, vu l’Ãtendue
de sa paroisse, il en a dÃtachà Saint-Hilaire, dont il a
nÃanmoins gardà la desserte pendant les trois annÃes
suivantes. De Saint-Jean-Baptiste il est passà à la
cure de Charably, au commencement de janvier
1804 (2). Belle promotion à la vÃrità (3), mais dans
laquelle la confiance de son Ãvêque allait être chère-
ment pa3’Ãe ; il y avait alors dans la località seize cents
communiants, sans compter la garnison, qu’y entre-
tenait le gouvernement et qui devait être considÃra-
blement augmentÃe à l’occasion de la guerre de

(1) — Mgr Hubert l’avïiit tonsuià au sÃininaiic de QuÃbec, le

6
oct. 1792 ; promu r.ux ordres moindres, le 25 mai 1793 ; au sous

diaco-
nat, le II mai 1794 { et au diaconat, le 13 mai 1795 > ^^”s ces

ordres
lui ont Ãtà confÃrÃs dans la caihÃdrale de (QuÃbec. Ar<kives de

i^aixà e^
-•Ãchà cU QuÃih’c.

(2) — L’abbà BÃdard Ãtait tenu de payer aunueUement à son prÃ-
dÃcesseur, l’abbà Dubois, 200 minots de blà et 120 chelins en

argent.
Archives </<? raicht-7’êcki de Motitrtal. — Ce rentier est

mort rÃtirà à BelÅ“il,
le 5 fÃv. 1805, à l’âge de 55 ans.

(3) — L’abbà Raimbault, menacà de la cure de Xicolel en 1806,
Ãcrit au mois de septembre de cette annÃe à Mgr Plessis en lui

proposant
3 confrères pour l’y remplacer, parmi lesquels l’abW BÃdard, de

Cham-
bly. L’Ãvêque rÃpond le 18 du même mois : ” Des trois messieurs

que
vous m’indiquez, nul ne me convient, si ce n’est peut-être J.-B.

BÃdard.
Mais premièrement il doit 500 louis, deuxièmement son Ãglise

vient de
briller et demande tous ses soins. Ce n’est pas un bon moment

pour le
changer “. Douville, Hutoire du collège-sÃminaire de Nicokt, I,

26 à 29,

332 HISTOIRE DE

1812 (1). Aussi M. BÃdard Ãtait-il bien fatiguÃ, lors-
qu’il fut dÃchargà de cette cure en 1817 et transfÃrà Ã
celle de Saint-Denis. C’est le 17 octobre de cette
même annÃe qu’il arriva à sa nouvelle mission, dont
l’importance le surprit. Le lendemain, il Ãcrivait Ã
son Ãvêque : ” Votre Grandeur m’a imposÃ, je crois,
un fardeau plus pesant que celui dont elle m’a soulagà ;
ce qui me console, c’est que je ne l’ai pas demandÃ,
que j’entends la langue du pays (allusion aux Anglais
de la garnison de Chambly) et que mes travaux seront
accompagnÃs de plus de consolation et peut-être de
fruit ” (2).

M. BÃdard a Ãtà fort estimà à Saint-Denis. En
1819, le 17 mars, il pouvait Ãcrire à son Ordinaire :
” Je ne sais pas si la paroisse est contente de moi ou
non, je ne m’en informe pas. . . Pour moi je ne puis
m’en plaindre. . . ; je remarque dans les paroissiens
une grande attentioji à ne rien dire ou faire qui puisse
me dÃplaire ” (3).

Il Ãtait d’accès facile, même grand causeur ;
excellent prÃdicateur, il se montrait souvent pathÃ-
tique au plus haut degrà : à tout cela il joignait une
vive piÃtÃ, qu’il tâchait de communiquer aux autres
par un ministère actif et la solennità du culte.

Le 2.3 mars 1818, s’adressant à l’Ãvêque, il lui
ouvre son âme : ” J’ai ici de grandes et très grandes
consolations dans l’exercice de mon ministère. Oh !
qu’un homme de vertu, je le dis en gÃmissant en moi-

(1) — L’Ãvêque Ãcrit à M. BÃdard, le 3 sept. 1814 : ” Vous

êtes
surchargà de votre fardeau, et je n’en suis nullement surpris,

sachant de
quelle multitude de survenants votre paroisse a Ãtà assaillie

depuis
1812’*. Archives de r archevêchà de QuÃbec, Registre VIII, p.

225.

(2) — Archives de ParchevÃchà de MontrÃal.

(3) — Archives deVcvêchÃde S. -Hyacinthe.

6A1NT-DENIS-STJR-RICHELIEU ‘333

Tuême, ferait de bien ici ” (1) – Heureusement qu’il
accomplissait lui-raème ce qu’il dÃsirait d’un autre
pour ses ouiiilles.

Alors que l^es -exercices des quarant^-lieures
îi’Ãtaient que des institutioMS isolÃes dans le pays, il
•en attirait la faveur à son Ãglise par lettres Ãpisco-
pales datÃes de dÃcembre 1820. Avec quelle pompe,
il les cÃlÃbrn -ensuit* chaque annÃe, en juillet, jusqu’Ã
la fin d« son règne 1

11 a vu Ãriger sa ciire canoniquoment, le 22 jan-
vier 1832, par Mgr Fanet ; l’exÃculion des règles
«cclÃsiastiques sur ce point avait Ãtà fort difficile aupa-
ravant à cause de l’hostilità <lu gouvernem-ent. Trois
ans plus tard, le 11 juin 1835, ces dÃmarches Ãtaient
reconnues au civil par proclamation de lord Aylraer.
A cette Ãpoque, les limites paroissiales Ãtaient exacte-
ment celles de la seigneurie. Depuis loi”s, en 1845, on
a retranchà la j>artie sud du cinquième rang en faveur
de La PrÃsentation et, vingt-huit ans après, on lui a
enlevà une lisière inÃgale, du côtà sud encore, au
bÃnÃfice de Saint-Charles.

M. BÃdard, amateur enthousiaste de la splendeur
du culte, possÃdait justement les talents et la culture
voulus pour la satisfaction de ce penchant, puisqu’il
Ãtait aussi habile musicien que su[ierbe chantre. On
parle encore avec Ãloge dans la località des grandioses
et frÃquentes fêtes, dont la large part de mÃrite lui
revenait. En ces jours lointains, on ne disposait pas
de l’orgue, pas même du plus faible harmonium. La
partie musicale ne se remplissait qu’à coups de fiûtes
et d’archets. Que de peines s’imposaient pour l’orga-
niser ! L’infatigable curà se constituait de longs mois
professeur de chant et de musique. Plusieurs fois la

( I ) — Archives de rÃvêchà de S. Hyacinthe,

‘554 HISTOIRE DE

semaine, surtout à l’approche de la cÃrÃmonie visÃe,
on se rÃunissait au presbytère, car c’Ãtait le lieu ordi-
naire des leçons et des rÃpÃtitions, et l’on recommen-
çait patiemment.

Ce fut sûrement l’âge. d’or de l’harmonie dans la
paroisse. Non seulement eu ces annÃes il y avait sur
place tons les ÃlÃments pour favoriser les vues du
pasteur, mnis Dieu semblait y avoir prÃparà même un
groupe tour exprès pour le plus brillant Ãpanouisse-
ment SMUs ce rapport.

Si la musique et le chant des jours de fête Ãtaient
ravissants, on peut supposer que le reste n’Ãtait pas
nÃgligÃ, surtout à l’autel. Après Xoël, Pâques et la
Saint-Denis, passait la Saint-Jean-Baptiste, fête patro-
nale du curÃ. Même avant la fondation des sociÃtÃs
Saint-Jean-Baptiste, elle Ãtait chômÃe dans la localitÃ
avec le plus vif Ãclat. M. BÃdard aimait son patron
et ne dÃsirait rien tant que de le voir honorer de tous.
C’est ainsi qu’il a pu se rÃjouir de l’avoir donnà comme
titulaire à ^^a i)remière cure.

Pendant qu’il Ãtait à Chambly, il s’est aussi occupÃ
des mêmes beaux-arts, quoiqu’avec moins d’entrain.
Son ministère lui laissait là moins de loisirs. Toute-
fois, il a trouvà le temps de collaborer à un recueil de
cantiques, dont on prÃparait la publication à QuÃbec.
Le 25 avril 1809, il en Ãcrit à Mgr Plessis : •’ J’ai
appris indirectement que le recueil de cantiques de M.
Boucher allait être examinÃ. Bon Dieu ! s’il faut que
les censeurs apenjoivent ceux que j’y ai fait insÃrer,
que vont-ils devenir ? Je voulais des cantiques sur des
airs un peu nouveaux et qui, je crois, plaiseut gÃnÃ-
ralement ; ne pouvant en faire, j’en ai dÃfait de bons,
à la vÃritÃ, mais sur des airs inconnus, difficiles et d’un
goût un peu passÃ. La perte de ceux-ci ne serait pas
grande, si la poÃsie de ceux-là Ãtait passable ; tout ce

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 335

que je puis assurer, c’est qu’ils vont bien sur les airs,
sur lesquels je les ai mis ; c’est dommage que la rime
y combatte tant avec le bon sens ; mais je ne sais
qu’y faire. Si j’eusse eu plus de temps, j’en aurais
envoyÃs plus ; du moins on en aurait eu plus à admet-
tre ou à rejeter ” (1).

Jusqu’au printemps de 1832, M. BÃdard n’a pas
eu de vicaire ; pendant un peu plus d’un an, il avait
nÃanmoins bÃnÃficià de l’aide d’un confrère, qui s’Ãtait
rÃfugià chez lui en qualità de pensionnaire. Ce prêtre
Ãtait l’abbà RenÃ-Flavien Lajus, beau-frère de son frère
Pierre. Nà à QuÃbec en 1785 et ordonnà en 1808, il
Ãtait encore jeune. Quoiqu’il ne pût pas se livrer Ã
n’importe quel genre de ministère, il fut toutefois
d’une notable utilità à son hôte. Il ne confessait
pas, ni ne prêchait, mais se montrait tout dÃvouà Ã
catÃchiser les enfants. C’est ce en quoi il a rendu
le plus de services. Arrivà à la fin de dÃcembre
1828, il est parti vers la mi-fÃvrier 1830. Il n’avait
Ãtà jusque-là que vicaire à Saint-Eustache, à Saint-
Laurent-près-MontrÃal, h L’Assomption, à Saint-Hya-
cinthe et au Cap-SantÃ. Il est allà mourir à Saint-
Pierre-d’OrlÃans, le 13 fÃvrier 1839, à l’âge de cin-
quante-trois ans (2).

M. Birs, nommà vicaire h Saint-Denis au com-
mencement d’avril 1832, est le seul prêtre que M.
BÃdard a eu auprès de lui en cette qualitÃ. Depuis
quelque temps dÃjà , celui-ci demandiiit du secours
en vain. ” A soixante ans, sr)upirait-il, on veut que
je fasse le double et le triple de ce que j’ai fait Ã
trente ” (3). En effet, son embonpoint qui avait
augmentà avec l’âge le rendait maintenant plus lourd ;

(1) — Archives de P archevêchà de MontrÃal.

(2) — Tanguay, RÃpertoire gÃn. du clergà canadien. 171.

(3) — Archives de l’Ãvichà de S.- Hyacinthe,

•536″ HISTOIRE DE

la vieillesse Tavait aussi co-irrbà en même temps,
L’cvêque, entendant enfin ses cris de dÃtresse, ordonna
l’abbà Etienne Birs, le premier avril 1832, et le lui
envoya immÃdiatement. Ce jeune abbà Ãtait nà Ã
Boucberville, le 18 octobre 1808. Courageux et de
robuste complexion, il a assistà M. BÃdard à son
entière satisfaction pendant ses deux dernières annÃes^
puis l’a supplÃà complètement dans le soin de la
paroisse depuis son dÃcès jusqn’à l’arrivÃe du succes-
seur, à la Saint-Micbel de 1834. Ensuite il a exercÃ
le saint ministère en divers endroits surtout comme
curÃ. Il est mort retirà à Varennes^ en mai 1883-, et
a Ãtà inbumà au sÃminaire de Saint-Hyacintbe, dont
il avait Ãtà autrefois le procureur.

Le 21 octobre 18-31, Mgr Panet expÃdie à M,
BÃdard des lettres d’arobidiacre. Mais celui-ci les
retourne aussitô-t, se dÃclarant incapable de remplir
les fonctions de cette cbarge. L’Ãvêqne les lui rÃa-
dresse dans le cours de l’hiver suivant et cette fois le
curà les accepte. Deux ans plus tard, ce dernier fut,
crÃÃ grand-vicaire aux applaudissements des curÃs du
district. Seize ans auparavant, eux-mêmes t>u leurs
prÃdÃcesseurs avaient fait des dÃmarches pour obtenir
cette faveur, trouvant fort incommode de n’avoir pas
de successeur à M. Cherrier dans le grand-vicariat (1).
C’est le 28 avril 1831 que M. BÃdard reçut sa nomi-
nation.

Mais toutes ces distinctions arrivaient à la dernière
heure ; dÃjà les instants du bon curà Ãtaient comp-
tÃs. [1 avait pu passer, avec le secours de son vicaire,
à travers l’ÃpidÃmie du cholÃra de 1832, mais le retour
de la contagion en 1834, quoique moins dÃsastreux
que sa pn-mière apparition, devait s’attaquer à lui et

(1) — Aichivcs de l’ivcchà de S.- Hyacinthe.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 337

l’emporter. Un jour, en revenant du chevet d’un
moribond, il se sent frappÃ. Quelques heures après,
ses prÃvisions s’Ãtaient rÃalisÃes, le terrible mal l’avait
foudroyÃ. La plupart des gens apprirent sa mort
avant sa maladie. C’est le 23 août 1834 qu’il a ainsi
rendu son ame à Dieu, au milieu des plus atroces dou-
leurs, qui cependant n’entravèrent point sa prÃpara-
tion à l’ÃternitÃ. Il fut secondà dans cette Å“uvre
suprême par son vicaire et parle curà de Saint-Antoine,
accouru à la [iremière alarme.

Dès le lendemain, on procÃda aux funÃrailles sans
apparat. Quelques-uns même des paroissiens Ãtaient
d’avis qu’on ne devait pas entrer le cadavre dans
l’Ãglise, tant Ãtait profonde la terreur en ces jours
d’Ãpreuve ; mais la majorità se prononça en faveur
d’une exception pour le pasteur, et on lui cÃlÃbra un
service le corps prÃsent. M. Antoine Manseau, curÃ
de ContrecÅ“ur, le chanta au milieu d’un nombreux
concours de peuple ; dans le chœur, on remarquait
tous les prêtres que la prÃcipitation des ÃvÃnements
avait permis d’avertir. Ces reprÃsentants du clergÃ
Ãtaient MM. Alinotte, curà de Saint-Antoine ; BÃlan-
ger, de Saint-Ours ; Deniers, de Saint-Marc ; Blan-
chet, de Saint-Charles ; Cusson, de Saint-Jude ; Prince,
directeur du collège de Saint-IIyacinthe ; MÃnard,
vicaire à Sorel ; et Birs, desservant (1).

M. BÃdard Ãtait dÃcÃdà à l’âge de soixante-un
ans, dont trente-huit de sacerdoce et dix-sept consa-
crÃs à Saint-Denis. Il est le deuxième curà de l’en-
droit mort dans l’exercice de ses fonctions et inhumÃ
dans la paroisse.

Ses restes mortels ont Ãtà dÃposÃs dans le caveau
de l’Ãglise, à côtà de ceux de son illustre prÃdÃces-
seur, M. Cherrier.

(I) — A’c’^isires dti baptcines, mariages et sÃpultures de S.

Denis .

OHAPITRE XXXIII

Les jours de prospÃrità matÃrielle de Saint-Denis.

Son commerce. Ses diverses industries. Sa

première banque. La navigation.

1792-1837.

A la fin du rëgne de M. BÃdard et à la veille des
dÃsastres de 1837, Saint-Denis Ãtait au faîte de sa
prospÃrità matÃrielle. Jamais pareille abondance de
vie n’avait coulà dans ses veines. L’endroit Ãtait en
rÃalità la mÃtropole de tout un district, qui vers l’est
allait jusqu’à renfermer la ville actuelle de Saint-
Hyacinthe. A cette Ãpoque, ce n’Ãtaient pas les che-
mins de fer qui dÃterminaient les centres, il n’en exis-
tait nulle part au Canada ; ce rôle Ãtait dÃvolu pres-
que exclusivement aux cours d’eau navigables, et
le village dyonisien a dû à son port ses annÃes de
si grande importance. La construction des voies
ferrÃes a malheureusement dÃrangà bien des plans
d’autrefois, et Saint-Denis, pour sa part, en a Ãtà une
des victimes (1).

Aujourd’hui c’est Saint-Hyacinthe qui possède ce
dont Saint-Denis a connu les brillants dÃbuts.

(l) — Saint-Denis, en 1887, a un moment nourri l’espoir d’être
dotà d’un chemin de fer. Cette annÃe-là , en effet, le 16 avril,

le conseil
municipal votait un bonus de $io,oooau Grand-Oriental pour

l’engager
à traverser le village dyonisien sur son parcours de MontrÃal Ã

Nicolet.
I-es contribuables ont approuvà cet acte d’heureuse politique,

les 12 et
13 mai suivants ; mais au grand dÃsappointement de tous la

montagne
en travail ne produisit rien. Archives de la municipalità civile

de S.-
Denis.

340 HISTOIRE DE

L’ancienne place, d’ailleurs, manquant de pou-
voirs hydrauliques, devait s’attendre à être tôt ou
tard dÃpouillÃe de ses industries ; mais les nÃfastes
ÃvÃnements de la rÃvolution à main armÃe a prÃcipitÃ
les prÃvisions.

Le STOS commerce de Saint-Denis, avant l’instal-
lation de ses diflerentes industries, a consistà en celui
du grain, surtout du blà et des pois (l). Le long de
la rivière s’Ãtalaient de vastes entrepôts. Pierre GuÃ-
rout, Henri Laparre (2), Joseph Cartier (3), Olivier

(1) — Voici quelques chiiïres donnant une idÃe de la

production du
grain dans les limites de S. -Denis à ses divers âges : en

1769, blà 13,000
minots, pois 200 m., avoine 1,400 m., orge 60 m. ; en 1834, blÃ

19,000
m., pois 8,000 m., avoine 11,000 m. ; en 1846, blà II, 000 m.,

pois
1,600 m., avoine 2,700 m., orge 8,000 m.. Archives de P Ãglise de

S.-
Denis.

(2) — Henri Laparre, nà en 1758, Ãtait dÃjà marchand à S. –

Denis
en 178 1. Sa femme, Josephte Hubert, est dÃcÃdÃe, le 20 mai 1805,

Ã
l’âge de 44 ans. Lui-même l’a suivie dans la tombe, le 11

janvier 1816.
Il laissait 4 enfants : I — Perrine, mariÃe le 15 octobre 18 II

avec Joseph
Cartier, marchand de S. -Antoine, fils de Joseph Cartier,

marchand de
S. -Hyacinthe, et de Marie- Anne Cuvillier ; noyÃe à S. -Antoine

dans le
Richelieu, près de sa rÃsidence, le 25 mai 1834, victime d’un

accès de
somnambulisme; 2 — AngÃlique, Ãpouse de Frs ParÃ, marchand de
Saint-François-du-Sud ; 3 — Luce, Ãpouse d’Ignace-Gaspard

Boisseau,
notaire à Montmagny ; 4— Hubert, nà en 1792, marià à S. –

Denis avec
F,sther Bettez le 23 dÃcembre 1817, successeur de son père dans

le com-
merce ; dÃcÃdà le 30 janvier 1836. Sa femme est morte, le 19 fÃv.

1844,
à l’âge de 50 ans. Registres des baptêiius, innrùigcs et

sÃptdturis de S.-
Denis.

(3) Jos. Cartier, fils d’un marchand de poisson de Beauport, vint

d’abord s’Ãtablir à S. -Denis, pendant que son frère Jacques se

fixait Ã
S. -Antoine. Tous deux commencèrent par être les agents de leur

père.
Plus lard ils trafiquèrent à leur seul bÃnÃfice. Jos., voyant

ses entreprises
prospÃrer, transforma son comptoir de S. -Denis en succursale et

trans-
porta son principal centre d’affaires à S. -Hyacinthe vers 1793.

Frs
Coupy, que Cartier appelle joyeusement son “courtier contrôleur

dans
la vice-amirautà du bureau des finances de S. -Denis”, fut son

commis
sur les bords du Richelieu. Dans la suite, Cartier a abandonnà ce

com-
merce compliquà pour devenir simple marchand ordinaire Ã

S.-.’\ntoine.
Il est le grand-oncle de Sir Geo.-Etienne Cartier et le bisaïeul

du sei-

SAINT-DBNIS-8DR-RICHELIEU 341

Chamard et Nicolas MÃnÃclier (1) en dirigèrent
les priticipaux, mais on en compta aussi plusieurs
autres (2). Des magasins considÃrables Ãtaient par-
tout annexÃs à ces Ãtablissements, et l’on venait de
loin s’y approvisionner, en apportant ses cÃrÃales (3).
C’est au printemps seulement, à l’Ãpoque des eaux
hautes, que s’effectuèrent d’abord les Ãchanges avec
l’Ãtranger; des chalands remontaient de QuÃbec pour
vider les hangars et remplir leurs comptoirs de mar-
chandises nouvelles. Ce tralic crÃait dÃjà passable-
ment d’animation dans la località ; mais il y entraîna
bientôt beaucoup d’autres sources d’activitÃ.

Vu la prosi)Ãrità grandissante du village, ses
moyens de commun ic.ition ne tardèrent pas à s’araÃ-

gneur Jos. Cartier, de S. -Antoine. Archives de M. yacq. Cartier,

de
S. -Antoine.

(I) — Nicolas MÃnÃclier de Moranchaud, âgà de 32 ans et nÃgo-
ciant de S. -Denis, y Ãpouse AngÃlique Meyer, âgÃe de 29 ans le

5 fÃv.
1793. Registres des baptêmes, mariages et sÃpultures de S. –

Denis.

(2) — Voici la liste du plus grand nombre des marchands de

Saint-
Denis depuis sa fondation jusqu’en 1840, avec l’annÃe de leur

entrÃe
dans le commerce à notre connaissance : 1742, Jos. Roy ; 1750,

notaire
Jehanne ; 1752, Jos. Paradis ; 1753, Chs Beaurivage ; 1759,

Michel
Hattu ; 1761, notaire Courville et Chs-FrÃdÃric Curtins ; 1763,

Pierre
Brunet ; 1769, FrÃdÃric-Ls Blackford ; 1770, Samuel Jacobs ;

1780,
Wm Gunn ; 1781, Henri Laparre ; 1782, Ths Jacobs et Chs Maillet ;
1787, Jos. Cartier ; 1791, Germain LespÃrance ; 1793, Nicolas

MÃnÃ-
clier ; 1794, P.-G. GuÃrout ; 1797. Ls-Edouard Hubert ; 1802,

SÃra-
phin Cherrier ; 1804, Jos. Thibodeau et J.-Bte Masse ; 1807,

Donald
Fraser; 181 7, Hubert Laparre ; 1818, Olivier Chamard ; 1824,

Jos.
Raymond ; 1828, Pierre Bruneau ; 1833, Chs Olivier ; 1838,

Nazaire
Thibodeau ; 1840, Geo. Steiger.

(3) — Bouchette dit en 1815 qu’à S. -Denis, ” entre la

principale
rue et la rivière, il y a de vastes magasins, qui servent

principalement
de greniers, où l’on amasse une grande quantità de blà des

seigneuries
adjacentes pour l’exporter, attendu que les terres, à plusieurs

lieues des
environs de cet endroit, passent pour les terres les plus

fertiles en grain
de tout le district de MontrÃal “. Description topographique de

la pro-
vince du Bas-Canada, 217.

^42 HISTOIRE DE

liorer ; ce progrès s’imposait. Les barges du com-
mencement durent donc se rÃsigner à subir de la com-
pÃtition (1), Dès 1834, trois bateaux à vapeur même
se faisaient ambitieusement concurrence, en exÃcutant
chacun rÃgulièrement deux fois par semaine, aller et
retour, le voyage entre Saint-Denis et MontrÃal. Ces
navires, de modestes proportions à cause du peu de
profondeur du chenal, Ãtaient ” La fÃlicità du Riche-
lieu “, Le MontrÃal » et ” L’Edmond-Henri ” (2).

Cet heureux Ãtat de choses ne s’est toutefois
maintenu qu’un petit nombre d’annÃes ; le calme plat,
qui suivit 1837, a achevà d’y mettre fin (3). En 1845,

(ï) , — Le vrai progrès nÃanmoins sous ce rapport ne s’est

opÃrà qu’Ã
partir de 1848, après la construction de l’Ãcluse de S. -Ours,

qui a relevÃ
le niveau de la rivière jusqu’à BelÅ“il. Le canal de Chambly,

creusà en
même temps, a achevà de transformer tout le cours du Richelieu

en une
excellente voie navigable entre le S. -Laurent et les Etats-Unis.

Le
canal de W hitehall permet même à nos divers navires richelois

d’aller
aujourd’hui jusqu’à New-York par la rivière Hudson. Aussi le

trafic,
qui s’eflectue par cette voie entre les deux pays voisins, est-

il assez con-
sidÃrable. C’est par là que s’expÃdie une grande partie de nos

riches-
ses forestières. Turcotte, Le Canada sous T Union, II, 156.

(2) — L’Ãcho du pays, journal publià à S. -Charles-sur-

Richelieu “,
I mai et 12 juin 1834.— Le capitaine de ” La fÃlicità du

Richelieu ” Ãtait
alors Christophe Decelles, et celui du “MontrÃal”, Ed.

LespÃrance.
Ibid.. — Ces bateaux, dans le temps des eaux basses, avant la

construc-
tion de l’Ãcluse de S. -Ours, ne pouvaient accoster à S. -Denis

qu’à un
quai de l’île Madère, où l’on se rendait du village dyonisien

à guÃ.

(3) — MM. Jodoin et Vincent, dans leur Histoire de Longueuil

(y)\^.
548 et 549), racontent qu’en 1833 il se forma une compagnie

presque
exclusivement longueuilloise, qui construisit le vapeur ” Union

canadi-
enne”- Bâti expressÃment pour la traverse de Longueuil, il a

tenu cette
ligne, les saisons 1834 et 1835. Puis la compÃtition le forçant

de dÃguer-
pir, il s’en alla prendre le service entre Chambly, S. -Denis et

MontrÃal
en 1836 ; Victor ChÃnier en Ãtait alors le capitaine. IncendiÃ

peu après
au quai de Chambly, l’infortunà vaisseau vit ses machines

achetÃes par
un Dyonisien, qui les installa comme pouvoir moteur dans un

moulin Ã
farine. Evidemment les machines en question jouaient de malheur,

le
moulin fut à son tour dÃtiiiit par le feu, et elles-mêmes

furent vendues pour
retourner à la navigation sur ” le David-Ames”, qui a repris le

service

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 343

les habitants de la vallÃe, Ãtant retombÃs en souf-
france, se formaient, avec Sincennes à leur tête, en
une puissante association, connue sous le nom de
” Compagnie du Richelieu “, pour se doter indÃpen-
damment d’une ligne de navigation. De la sorte ils
ont aussitôt rÃtabli les anciennes relations avec Mont-
rÃal (1) et les ont même Ãtendues à QuÃbec (2) ;
aujourd’hui, s’Ãtant amalgamÃe avec une concurrente
du Haut-Canada, sous la raison civile de ” Compagnie
Richelieu et Ontario “, la sociÃtà domine en maîtresse
sur tout le rÃseau du Saint-Laurent.

LivrÃe par ce dernier arrangement à une majoritÃ
d’actionnaires Ãtranger?, la compagnie n’a pas tardà Ã
se montrer sans Ãgards envers ses promoteurs riche-
lois. Les j)rix de billets et de transports devinrent
exhorbiiants pour eux. Si bien qu’on en arriva à les
exaspÃrer et à les dÃterminer de fonder une compa-
gnie en opposition avec la première. Son organisa-
tion terminÃe, ils achetèrent le “Cultivateur” (3)
pour la somme de quarante-huit mille piastres, dont le

de la traverse de Longueuil en 1843. ^^ vaisseau devenu vieux fut

radouÃ
et rebaptisà du nom de ‘• Sainte-Maiie “. Enfin tombà de

vÃtustÃ, il a
passà ses vieilles machines au remorqueur ” Hector “. Telle est

l’odys-
sÃe des endurantes machines de 1’ ” Union canadienne “. —

Après ce der-
nier bateau, c’est le ” Trois- Rivières ‘”, qui desservit la

rivière Riche-
lieu, jusqu’à l’organisation de la “Compagnie du Richelieu “.

(1) — Le premier bateau, que la compagnie nolisa pour relier le
Richelieu avec MontiÃal s’appelait le ” Rich.lieu “. Il fut

remplacà par
le “Chambly” en 1871.

(2) — Turcotte, Le Canada sous P Union, II. 374 et 384.

(3) — Le ” Cultivateur ” Ãtant d’un trop fort tonnage pour le

Riche-
lieu, la compagnie antagoniste le mit de service entre MontrÃal

et Trois-
Rivières au bout d’un an, et loua le ” Milford ” pour le

Richelieu en
1876. Pendant ce temps là , on construisait le “HÃros” au prix de
$10,000, dont S. -Denis fournit le cinquième. Ce dernier bateau

fit 2
ans de service. Après quoi la plus puissante compagnie acquit

tout le
matÃriel des opposants à 50 sous dans la piastre.

344 HISTOIRE DE

quart fut payà par les gens de Saint-Denis et, en 1875
ils le placèrent sur le chemin du ” Chambly ” (1), qui
occupait dÃjà sa ligne actuelle depuis quatre ans. Les
mÃcontents ne purent soutenir la lutte plus que quatre
ans. La vieille compagnie dÃtenait les droits du
plus fort, puisqu’elle Ãtait mieux appuyÃe par ses capi-
taux ; elle alla, pour tuer sa rivale, jusqu’à transpor-
ter les passagers à MontrÃal depuis n’importe quel
point des rives du Richelieu pour dix sous. L’autre
maintenait ses prix à quarante sous et entendait être
encouragÃe. Les embarquements ne s’effectuaient
qu’au milieu des bravos et des huÃes, dans tous les cas
au milieu de scënes toujours dÃsagrÃables. Ces dÃsor-
dres ne cessèrent qu’avec la liquidation de l’associa-
tion antagoniste, en 1879. Alors ses courageux
actionnaires perdirent la moitià de leurs dÃboursÃs.

Le rÃsultat de toute cette affaire fut que la compa-
gnie combattue n’exigea dans la suite que des tarifs
modÃrÃs et ne tyrannisa plus ses voyageurs même
pour les paquets qu’ils portaient sous leurs bras.
Actuellement de toutes les paroisses richeloises on va
à MontrÃal pour le prix assez peu Ãlevà de soixante-
quinze sous.

Le branle, imprimà à la prospÃrità du village de
Saint-Denis par le commerce de grain, crÃa vite comme
un affolement parmi les Dyonisiens. On croyait à la
fondation d’une florissante ville en peu d’annÃes.
Sous ce rapport, on a certainement prÃsumÃ, mais on

(i) — Le “Chambly”, qui faille service sur la rivière

Richelieu
depuis 1871, est un joli bateau de 657 tonneaux. — Outre le

“Chambly”,
il y a pour l’accommodation de S. -Denis le “Saint-Antoine”,

ÃlÃgant
petit vapeur, propriÃtà particulière de M. Fecteau de S. –

Antoine, qui,
depuis une dizaine d’annÃes, exÃcute le trajet, aller et retour,

tous les
lundis, jeudis et samedis, entre S. -Denis et Belœil,

correspondant avec
les trains rÃguliers du Grand-tronc, le matin et le soir.

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Un (les assignats de la distillerie d*.’ >;iiiii
(Page 84»]).

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V

SAINT-DENIS-SUR-RICIIELIEU 345

calculait saii.> le soulèvement de 1837, qu’il Ãtait dif-
ficile de prÃvoir.

Les industries ont dÃbutà lentement à Saint-Denis
[»ar diverses boutiques particuliëres, où ne travailla
«l’abord qu’un maître en son mÃtier et plus tard un
patron avec un ou plusieurs apjtrentis ; c’est le com-
mencement inÃvitable de tous les centres. Le cor-
<lonnier arriva le premier en 1738, puis le menuisier
en 1767 (1), le forgeron en 1772 (2), le sellier en
1795 (3) ; les maçojis, les tanneurs, les orfèvres, même
lÃs photographes vinrent ensuite.

Mais la première industrie qui a pris une certaine
extension dans la località est celle de la poterie. A
son Jige d’or, en 1837, fumaient jusqu’à une vingtaine
de ses fourneaux dans le bas du village. Il n’y avait
toutefois le plus souvent qu’un ouvrier par Ãtablisse-
ment. On y fabriquait des terrines, des cruches, des
plats et des i»ots de toutes dimensions. Ce sont les
grandes usines de grÃs et de ferblanterie de MontrÃal
et de Saint-Jean-sur-Richelieu, qui ont administrà de
coup de grâce à cette industrie dyonisienne.

Vers 1825, se construisit à Saint-Denis la plus
considÃrable chapellerie du Canada. On n’y confec-
tionna d’abord que des coiffures de haute forme
nommÃes castors ; c’Ãtait le couvre-chef favori de nos
ancêtres pour les circonstances solennelles. Inutile de
se demander après cela pourquoi il Ãtait plus rÃpandu

(i) — Lï premier menui.siei île S. -Denis a Ãtà Michel

Langlois-
(.iermain ; le secomi, Ignace Bourassa, en ITT},, venu de Qi Ãbec

; le
troisième, Jos. Gautliier, en 1776, marià en secondes noces avec

Marie-
l’rsiilo .Allaire, fille du capitaine de milice Etienne .Allaire.

(2) — Les premiers forgerons ont Ãtà Antoine et Chs Drolet ;
Antoine Masse en a Ãtà le troisième, en 1774. Alors ils

faisaient crier
le dimanche, à la porte de l’Ãglise, quel jour ils banderaient

les roues,
afin de ne pas allumer leur feu pour rien.

(3) — Le pr.-mier sellier de S. Denis a Ãtà Jacques Thomelette.

346 HISTOIRE DE

dans notre rÃgion que dans les antres parties du pays.
Mais les chapeaux de feutre ayant à la fin commencÃ
à s’introduire dans nos campagnes, il fut jugà à pro-
pos de leur accorder une place dans la manufacture
à côtà de la marchandise primitive. Cet Ãtablisse-
ment, dû à l’initiative de Charles Saint-Germain (1),
aidà d’une compagnie organisÃe à Saint-Denis même,
employait une trentaine d’hommes. Les soldats anglais
l’ont incendià en fÃvrier 1838. On l’a relevà de ses
ruines quelques annÃes plus tard, mais ses succès
Ãtaient finis. C’est vers 1852 que le feu, rasant de
jiouvean l’Ãdifice, a finalement ruinà cette industrie sur
les rives du Richelieu.

Et la distillerie ; il faut bien en dire un mot aussi,
puisque l’on ne peut entendre parler de la rÃbellion de
1887 à Saint- Denis sans apprendre qu’il en fonction-
nait une dans la localitÃ. Bâtie par Nelson, Kiniber,
Louis Deschambault et compagnie, vers 1880, elle
Ãtait alors en [deine activitÃ. L’eau de vie qu’elle
fournissait grattait fort, paraît-il, le gosier de uo^
aïeuls, et elle a grandement servi à stimuler certains
courages dÃfaillants lors de l’ÃchauffourÃe. Ses excel-
lentes afiaires jusque-là lui avaient peimis d’Ãmettre
des assignats pour remplacer le numÃraire sonnant,
qui manquait à cette Ãpoque. Ces billets promissoi-
res Ãtaient reçus partout dans le district à l’Ãgal de
o-aranties des plus solides banques. Dans ceci encore
les malheureux troubles ont tournà les cartes, et les
oens subirent autant de pertes qu’ils avaient de ces
valeurs nominales en mains. L’usine, qui employait
continuellement une douzaine d’hommes, a Ãtà rÃduite
en cendres par la soldatesque anglaise en 1887. Sous

ii\ Un autre Saint-Germain, son parent, diiigea aussi à S. –

Denis

un ” moulin à cardes “, vers 1837.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEL’ 347

le rapport matÃriel, c’Ãtait mie calamitÃ, mais non au
f>oint de vue moral. Heureusement que la prÃdica-
tion de la tempÃrance a bientôt combattu le mal,
qu’avait trop favorisà rÃtablissement. L’industrie ne
s’est pas relevÃe de ses ruines.

François Gadbois, habile et entreprenant menui-
sier, se laissant entraîner par le courant du progrès,
ouvrit une importante carosserie dans le voisinage de
ia distillerie, à peu près en même temps. Une dizaine
d’ouvriers y travaillaient continuellement. On n’en
<ïortît t\ l’origine que des cabs, puis toutes sortes de
voitures. En 1887, cette maison jouissait, pour l’Ãcou-
lement de ses i»r<>duits, de magnifiques dÃbouchÃs tant
à MontrÃal et à QuÃbec que dans le Ilaut-Canada.
Survivant à l’insurrection, elle a continuà de subsister
jusque vers 1873, mais avec des alternatives de succès
et de revers ; elle ne pouvait Ãviter de se ressentir de
la dÃpression des affaires dans la localitÃ.

A côtà de ces manufactures plus considÃrables, il
y en avait une d’huile de lin, dirigÃe par le père (1)
de Mgr Sabin Raymond, derrière le presbytère ; on en
voyait Ãgalement une d’horloges antiques, toutes
en bois, et de rouets. Ces deux dernières industries
Ãtaient la propriÃtà de la famille Paradis.

Sous l’empire de l’enthousiasme qu’engendrait le
progrès constant de Saint-Denis, on se demanda s’il
ne fallait pas dans la future cià une place publique
pour les grandes comices, un marchà pour la rÃgula^
risation du commerce de denrÃes et un bon bateau tra-
versier ? Deschambault, SÃraphin Cherrier, Nelson et
autres rÃsolurent les deux premières questions en ache-
tant un joli terrain central et eu y Ãlevant aussitôt un

(i) — Ce père de M^t Raymond, nommà Joseph, tint Ãgalement
«ne potasserie pendant quelque temps à S. -Denis.

348 HISTOIRE DE SAINT-DENIS

ÃlÃgant abri avec Ãtaux, comptoirs et bancs. Tout
cela s’est exÃcutà au moyen de souscriptions volon-
taires, vers 1832.

Quant au projet de faciliter le passage de la rivière,
il fut confià aux soins de Christophe Marchessault, de
Saint- Antoine. Celui-ci imagina une plate-forrae sur
deux robustes chaloupes accolÃes, pouvant embarquer
deux voitures à la fois. Pour mettre cet Ãchafaudage
en mouvement entre les deux rives, il lui avait adjoint
deux roues palmÃes, que faisait fonctionner un cheval
sur un manège. Et dire que l’invention a Ãtà environ
dix ans en honneur ; les pouvoirs moteurs, Pampand
et Riquette, que la duretà du mÃtier tint toujours fort
maigres, n’eurent pas lieu de s’en rÃjouir, car c’est Ã
eux qu’Ãchut le plus long service pendant ce laps de
temps.

Alors on ne songeait pas aux fils de fer comme
aujourd’hui pour simplifier la besogne.

CHAPITRE XXXIV

AntÃcÃdents et arrivÃe du cinquième curÃ, M.

Deniers, Son refus de l’Ãpiscopat.

Le deuxième presbytère,

1834-1836,

L’abbc François-Xavier Deraers, fils d’Alexis
Deniers et de Catherine Roy, est nà à MontrÃal, le
vingt-deuxième jour du mois de Marie 1791. Dieu,
<\u\ avait des vues particulières sur cet enfant, lui avait
choisi une excellente mère. Aussi, quand il entra au
collège de sa ville natale, à l’âge de treize ans, Ãtait-il
parfaitement prÃparà à bÃnÃficier des exemples et des
enseignements du corps professionnel de cette institu-
tion. Dès lors il acheva de poser les bases de sa vie
constamment Ãdifiante. Sa rÃgularità Ãtait irrÃpro-
chable. Sachant par ses prières attirer la rosÃe du
ciel sur son heureuse mÃmoire et son jugement plus
sûr encore, il a obtenu des succès aussi solides que
brillants durant les annÃes de sa formation tant comme
Ãcolier que comme ecclÃsiastique.

Pendant sa clÃricature, il fut tout à la fois Ãlève
et directeur de classe à son aima mater. Ayant revêtu
la soutane à l’automne de 1811, il a Ãtà tonsurà dans
l’Ãglise paroissiale de MontrÃal, le 17 septembre de la
même annÃe, et ordonnà prêtre dans la cathÃdrale de
QuÃbec, le 9 octobre 1814, fête de saint Denis (l)v

Le surlendemain, il se rendait à Saint-Charles-sur-

(l) — Archh’es de Parchcvichc de QuÃbec. — M. DÃmets a ÃlÃ

promu
aux ordres moindres à l’Hôpital-GÃnÃral de MontrÃal, le 27

sept. 1812,
et au diaconat dans l’Ãglise de Nicolet, le 24 sept. \%\^. Ibid..

o50 HISTOIRE DE

Richelieu avec le titre de vicaire, mais en rÃalità pour
être aussitôt desservant, le curÃ, M. P. Robitaille, Ãtant
dÃjà absent comme aumônier des troupes. Il fit donc
bravement seul ses premières arme» dans le saint
ministère. Il rÃussit si bien qu’au retour du curÃ, Ã
la fin d’avril 1815, il fut envoyà à Châ t eau guay -dans
les mêmes conditions. Il fut desservant de cette
paroisse jusqu’à la fin de juillet suivant.

Alors le jeune prêtre, encore dans sa première
annÃe de sacerdoce, ayant fourni les preuves de son
esprit sÃrieux, on lui demanda sans retard celles de
son amour pratique pour Dieu en lui confiant la mis-
sion de toute la côte sud-est de la GaspÃsie, depuis
Bonaventure jusqu’à PercÃ. Il fallait être jeune et
vieux tout ensemble pour remplir ce poste, avoir la
force corporelle et l’ardeur du jeune homme en même
temps que le savoir et l’expÃrience du vieillard. Peut-
être l’Ãvêque ne fit-il jamais un choix plus judicieux.
M. Demers fut muni de pouvoirs extraordinaires et
partit pour le golfe dans le cours du mois d’août (1).

Là -bas, il fut quatre ans censà rÃsident à Bona-
venture ; mais de fait il fut la plupart du temps en
courses apostoliques. Vie Ãpuisante pour la santÃ,
existence à laquelle les missionnaires ne pouvaient le
plus souvent tenir que quelques annÃes. M. Demers,
qui ne jouissait ]’as d’une très robuste constitution,
revint malade à l’automne de 181î>.

Il lui aurait fallu du repos après ces fatigues, mais
il ne le demandait pas, et l’Ãvêque de son côtà n’avait
pas à lui offrir un poste, où il eût pu se remettre
doucement de son surmÃnage tout en n’arrêtant pas
complètement. Dans ces conjonctures, l’autorità lui
assigna la cure de Saint-Luc, dans le haut de la vallÃe

(I) — Archives de F archevêchà de QuÃbec.

SAINT-DBNIS-SUR’RICHELIEU 351

tlu Richelieu. Le territoiro qiie l’on mottait sous sa
juridiction n’Ãtait gnère peuplÃ, mais il Ãtait vaste.
Les gens «les paroisses embryonnaires d’Ibervillo et de
Saint-Jean en relevaient. . Il fut deux ans à cette
position, où il ne recouvra qu’en partie ses forces per-
dues. Il n’en fut tirà toutefois qu’à son extrême cha-
grin dans l’automne de 1821 pour être placà sur un
vÃritable champ de bataille, à Saint-GrÃgoire, près
Nicolet. En effet, il y avait dans cette paroisse un
groupe de lutteurs dÃcidÃs, qui ne semblaient avoir
d’autre but que d’entraver le bien de leur pasteur, des
Gros Jeans qui voulaient en montrer à leur curÃ. M.
Desforges avait prÃcÃdemment occupà la peu enviable
position pendant seize ans. L’Ãvêque avait Ãcrit Ã
celui-ci en l’y nommant : ” MÃnagez l’esprit turbu-
lent de ce peuple ; mÃritez sa confiance ; soyez ferme
et doux, vous aurez avec lui la paix, et vous en ferez
de fervents chrÃtiens ” (1). Ces conseils, peu faciles Ã
traduire en pratique avec des gens qui ne cherchaient
qu’à être dÃsagrÃable.-^, ont-ils Ãtà suivis? Nous l’igno-
rons ; mais ce qui est parvenu à notre counnaissance,
c’est qu’il n’avait obtenu aucun succès dans l’Å“uvre
de la pacification des paroissiens mal disposÃs. M.
Desforges remettait sa cure à l’Ãvêque dans les der-
niers jours de septembre 1821 et s’en allait chercher
aux Trois-Rivièies, dans la retraite, le repos qu’il
n’avait jamais trouvà à Saint-GrÃgoire, Il partait
la douleur dans l’âme et en est mort un a,n plus tard,
le 17 dÃcembre 1822, à l’âge de cinquante-neuf ans.

M. Demers, toujours dÃfiant de ses propres capa-
citÃs, ne recueillait sa succession à Saint-GrÃgoire
qu’avec crainte, persuadà que là où son prÃdÃcesseur
avait ÃchouÃ, il ne manquerait pas d’empirer l’Ãtat de

. (I) — Archives de Parchexêchi de QuÃbec,

35*2 HISTOIRE DE

choses dÃjà 87 peu fertile en attraits. Mais ses prÃvisions-
ne se sont pas rÃalisÃes. Esprit conciliateur ait plus
haut point, il a vu ses eflorts couronnÃs. Continuel-
lement sur ses gardes, il semblait toujours dire oui,
tout en ne baissant jamais [vavillon, quand ‘û s’agissait
de quelque droit à soutenir. En moins «le dix ans, iî
avait fermement ramenà la paroisse dans la ferveur
de ses premiers jours.

L’Ãvêque avait eu l’oeil ouvert sur ses succès et
n’en avait pas attendu le plein Ã}>an(vuissen>ent ^>our
apprÃcier celui qui les obtenait. Aussi quand, au bout
de quatre ans, Mgr Panet a eu besoiiy d^un succes-
seur dans sa paroisse de la Rivière-Ouelle, qui cori>
portait un grand-vicariat, a-t-il pensà aussitôt à M.
I>emers, malgrà la jeunesse de ce dernier ; celui-ci
n’avait enc(vre que trente-quatre ans. Sur les rang;*
Ãgalement Ãtjiient : les curÃs Mignault, de Cbambly,
Ganlin, de L’Assomption, et Bruneau, de Verchères.
Le curà de Saint-GrÃgoire, ayant refusà par motifs
d’humilitÃ, ses rivaux se virent supplanter par M,
Viau, de Saint-François-du-Sud.

M. Demers passa encore six uns à Saint-GrÃ-
goire, après quoi il reçut sa nomination à la cure de
Boneherville, en septembre 1831. Excellente promo-
tion, humainement parlant. Boucherville, l’ancienne
part)isse prÃfÃrÃe des seigneurs, la riche colonie du
plus noble de iios ancêtres canadiens, le centre catho-
lique de haut renom, allait être un agrÃable sÃjour et
une consolation surtont pour un entant de MontrÃal,
qui n’avait Ãtà jusque-là appelà qu’à travailler au loin.
Quel rêve d’or p(»ur le nouvel Ãlu ! pensa-t-on ; mais
on se trompait, il n’eut (ju’un cauchemar. L’Ãtat
avancà d’instruction et de vertu de cette località l’ef-
fraya ; il ne se croyait pas capable d’eu être le direc-
teur. Tout de même sur la volontà de sov» Ordinaire,

SAINT-DENIS-SUR-RICIIELIEU 353

il se rÃsigna. Mais à \)eme y Ãtait-il in-^tallà qu’il sen-
tit renaître son ancienne dÃbilità physique. Le 9
fÃvrier 1832, il Ãcrit à Mgr Panet : ” Je crois tÃmoi-
gner à Votre Grandeur l’inquiÃtude que je continue Ã
ressentir sur l’Ãtat de nia santÃ. Quoique je n’Ãi’ronve
plus aucune douleur, mes forces sont diminuÃes, et
l’expÃrience du passà doit me faire craindre que cet
Ãtat de faiblesse ne dure longtemps. C’est la quatrième
ou cinquième fois depuis cinq ans, que je passe par
cette maladie. Cette annÃe elle a Ãtà plus violente que
jamais. Les mÃdecii;s sont certains que, dès que
j’Ãprouverai trop de fatigues, je retomberai ” (1).
Puis il exprime le dÃsir d’un changement. L’Ãvêque
lui rÃpond, le 15 suivant : ” Il m’aurait Ãtà bien
agrÃable de vous voir conserver votre poste ; mais
comme voiis ne i)OUvez l’occuper qu’au dÃtriment de
votre santÃ, je me ferai un devoir de vous placer dans
un endroit où vous pourrez jouir du re])Os dont vous
avez besoin pour rÃtablir vos forces. Je vais en con-
sÃquence nÃgocier ce changement avec Mgr de Tel-
messe, et vous recevrez bientôt une lettre de mission
pour une autre paroisse ” (2). Mgr Panet songeait
alors à Lanoraie, mais ce ne fut pas du goût de Mgr
Lartigue, qui parla de plusieurs autres postes au curÃ
malade ou qui aurait prÃfÃrà même lui accorder un
vicaire pour n’être pas dans la nÃcessità de le dÃplacer.
A la suite de toutes ces propositions, M. Deniers
Ãcrit à Mgr Panet : ” Quoique le docteur me dÃfende
de travailler, je croirais cependant être capable de des-
servir une paroisse de six cents communiants.. . . Ce
serait avec une extrême rÃpugnance que je retourne-
rais à Saint-Luc… Je continue à craindre qu’ici
même avec un vicaire je ne succombe sous le fardeau..

( I ) — Archives de CÃ-cêchà de S.- Hyacinthe.
(2) — Anhives de l’arche-iÃchà de QuÃbec.

854 HISTOIRE DE

Si la chose est possible, je prierais -Votre Grandeur -die
me laisser avoir la cure de la Longue-Pointe. .. ; mi
encore la petite cure de Sainte-Anne â– ‘ (l).i • ‘

En fin de compte, au commencement’ de mars, il
fut nommà à la cure de Saint-Marc et mis ainsi ail
comble de ses vceux.

A Boùcherville, M. Demers avait remplacà M.
Antoine TabÃau, appelà auprès de Mgr Lartigue Ã
MontrÃal eh qualità de grand-vicaire ; le successeur
Ãtait tenu de lui payer annuellement un tiers sur la
dîme.

Malgrà la brièvetà de son règne en cette paroisse,
l’ancien curà de Saint-GrÃgoire a eu le temps de faire
dÃcider la reÃonsti’uction du presbytère, vieux de cent
ans. On lui permit de prendre douze cents piastres sur
le trÃsor de la fabrique pour cet objet. Mais à peine
âvait-il dressà les plans de la nouvelle bâtisse que
dÃjà il Ãtait rÃsolu qu’il partirait. 11 a abandonnÃ
i\ son successeur le soin de les exÃcuter, ce qu’a en
effet accompli l’abbà Hyacinthe Hudou {‘!).

C’est le V mars 183?, le mercredi même des Cen-
dre», que M. Demers s’est transportà de Boùcherville Ã
Saint-Marc. La joie qu’il ressent ce jour-là est tout Ã
l’honneur de la place qu’il quitte, puisque c’est la
haute opinion de la vertu de ses habitants qui avant
tout l’en Ãloigne. D’un autre côtÃ, l’avantage est à la
paroisse qui le reçoit. Malheureusement cette dernière
ne jouira pas f)lus que deux ans de son privilège.

A l’expiration de ce terme, la cure de Saint-Denis
jetant devenue vacante par la mort de M. Bcdard, il y
fut transfÃrÃ. Le qhangement ne s’efl^ctua pas sans
rÃsistance de la part de M. Demers. Saint-Denis,

( I ) — Â7-ckizes Je l’arckiiêcAà de MontrÃal.

(2) — Lalande, Une vieille seiguenrie, HcucherciUr, i\%.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 355

c’Ãtait pour lui un iio\iveau Boucherville ou plutôt une
nouvelle RivièreOnelle, puis(iu”il y avait Ãgalement lÃ
un grand-vicariat attachà à la cure, et il avait Ãtà prÃ-
venu que la charge ne manquerait pas de lui retomber
sur les Ãpaules. Son humilità s’alarma encore; mais
cette fois sa santÃ, s’Ãtant amÃliorÃe, ne put pas lui
servir deyirÃtexte pour fuir comme elle s’y Ãtait dÃjÃ
prêtÃe avec tant de succès Sur les instances pressantes
de Mgr Lartigue, il accepta et se rendit à son nouveau
poste, jeudi le 2 octobre 1884. Les gens de Saint-
Marc, qui avaient eu le temps de le connaître et de
l’apprÃcier, le pleuraient comme on pleure un père.
Ils avaient beau rÃpÃter à leurs voisins de Saint-Denis
ce qu’Ãtait cet homme de Dieu, ceux-ci ne croyaient
jamais de leur côtà retrouver en lui le si bon M.
BÃdard. La suite leur a nÃanmoins prouvà que le
curà enlevà leur avait Ãtà effectivement redonnà avec
un surplus considÃiable.

M. Demers arriva à Saint-Denis avec la lettre de
grand- vicaire, dont on lui avait parlÃ. Que de motifs
n’avait-il pas allÃguÃs pour Ãchapper à la dignità !
Mais ils n’ont pas Ãtà assez puissants pour dÃtourner
le coup qu’il redoutait. L’Ãvêque lui Ãcrivait en lui
expÃdiant le document peu dÃsirà : ” Malgrà toutes
les raisons que vous a suggÃrÃes votre humilità pour
vous empêcher d’accepter le grand-vicariat, je ne puis
me dispenser de vous le confÃrer, conformÃment à un
projet que je prÃmÃditais depuis longtemps et auquel
avait pensà plus d’une fois mon prÃdÃcesseur. . . , La
vue du bien de la religion …. m’engage à passer
par-dessus vos rÃpugnances. . . . Croj’cz. . . . que la
divine Providence vous appelle à ce poste qui vous est
confià et qu’elle vous accordera tous les secours dont
vous aurez besoin pour vous acquitter dignement des

356 HISTOIRE DE

devoirs qui vous sont imposÃs” (1). M. D’imers a
exercà les importantes fonctions de grand-vicaire tout
le temps qu’il a Ãtà curà de Saint-Denis.

La plus difficile mission qu’il eut à remplir en
cette qualità a Ãtà celle de la fondation de Saint-Bar-
nabe, dÃmembrement de Saint-Jade, quelques mois
seulement après sa nomination. Mgr Signay en a pro-
fità pour encourager son trop craintif lieutenant et se
fÃliciter du bon choix qu’il en avait fait. Il lui Ãcrit,
le 7 fÃvrier 1835 : ” Je suis charmÃ, quoi que vous en
disiez dans votre humilitÃ, d’avoir trouvà l’occasion de
mettre à profit les ressources que la divine Providence
me fournit dans mon nouveau grand vicaire de la
rivière Chambly, et je suis loiiî de m’engager à laisser
le chandelier sons le boisseau ” (2).

Mgr Lartigne, qui connaissait plus intimement le
curà de Saint-Denis, n’en cÃdait pas à Mgr Signay dans
la bonne opinion qu’il en avait, et il ne tardera pas de
lui en accorder le plus Ãloquent tÃnioignagc. Dès le
5 août 1826. il avait Ãcrit à Mgr Panet pour le rensei-
gner sur son compte : ” C’est, dit-il, un prêtre très
pieux et Ãdifiant dans sa conduite, toujours docile Ã
ses supÃrieurs, et se faisant aimer de tout le monde ;
d’un gÃnie peu commun et d’un excellent jugement ;
très instruit, studieux et s’instruisant tous les
jours” (3). Quelques semaines plus tard, il ajoutait
que ce prêtre, à son avis, serait dans la suite un des
membres les plus Ãmineiits du clergà canadien (4).

A la fin de l’Ãtà 1835, il s’agit de remplacer aux
Trois-Rivières le grand-vicaire Noiseux, dÃcÃdà au
mois de novembre prÃcÃdent. L’Ãvêque de QuÃbec

(1) — Archives de Pîirchcvêilic Je QuÃbec.

(2) — Ibid..

(3) — A’chives de VÃtêchà de S.-Hyacinthe.

(4) — Anhh’es de l’ archevêchà de MontrÃal.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 357

amène M. Deniers à accepter ce poste. Toutefois,
avant de clore cette affaire, il en confère avec Mgr
Lartigue, sans lequel il ne veut rien dÃcider dans le
district de MontrÃal. Mais dÃjà ce dernier entretenait
un tout autre plan au sujet du curà de Saint-Denis ;
il lui fallait donc le garder dans sa circonscri[)tion. Il
rÃpond à Mgr Signay, qui le consulte : ” Piuirquoi
dÃplacer de Saint-Denis M. Demers^, qui a fait tant de
sacrifices pour s’y rendre ?. . . . Si l’on devait absolu-
ment me l’arracher, lui quia des droits particuliers Ã
mon district, où il est nà et a reçu son Ãducation,
pourquoi ne pas le remplacer à Saint-Denis par M.
Viau ?. . . . Je crois que M. Deniers ne saurait se sou-
tenir par lui-même aux Trois-Rivières, et que si l’un ou
l’autre est capable, ce serait plutôt M. Viau. . . Après
avoir engag(î moi-même M. Demers à accepter Saint-
Denis, malgrà sa rÃpugnance, il ne me conviendrait en
aucune manière de faire la moindre dÃmarche pour
l’en dÃpossÃder” (1).

Après cela, Mgr Signay ne donna pas suite à ses
projets, et M. Demers resta dans sa paroisse.

Mais quels Ãtaient les plans de Mgr Lartigue ?
Ils sont faciles à deviner, quand on sait qu’il venait
de perdre un coadjuteur Ãlu, mais non consacrÃ, dans
la personne de M. Tabeau. Depuis l’arrivÃe de ses
bulles, ce prêtre avait vu sa santà dÃcliner rapidement
et il Ãtait mort, le 18 mai 1835. C’est sur le curà de
Saint- Denis que les y eux Ãtaient ensuite tombÃs.
Mgr Lartigue, devenu Ãvêque en titre de MontrÃal le
8 septembre 1836, lui apprend son choix vers la mi-
novembre suivante, avant d’expÃdier son nom à Rome.
Quel coup de foudre que cette nouvelle pour le pauvre
grand-vicaire ! ” La lettre de Sa Grandeur, rÃpond-il

(l^ — Aickives Je F archevêchà de MontrÃal.

358

HISTOIRE DE

le 21 du même mois, a rais le comble à mes inquiÃtu-
des et à mes autres afflictions, et me pÃnèlre d’uu sen-
timent de douleur qu’il m’est impossible de vous
exprimer. … Je ne puis m’expliquer comment il
soit question de moi. . . . Vous ne me connaissez pas,
Monseigneur, vous me croyez avoir plus de capacitÃs
que je n’en ai. Je n’ai pas Ãtà assez formÃ, les occupa-
tions du ministère ne m’ont jamais donnà le temps
d’acquÃrir les connaissances et la science nÃcessaires Ã
mon Ãtat. Ne suis-je pas là dans l’impossibilità d’adhÃ-
rer à ce qui pourrait m’être proposÃ? La conscience
ne me fait-elle pas un devoir sacrà de m’y refuser?. . .
Je vous prie de bien faire attention au tort qu’une
telle dÃmarche de votre part ferait à l’Eglise” (1).

.Après cette lettre, M. Demers reprend le cours de
ses occupations de curÃ, croyant bien iinie toute cette
affaire, lorsqu’il reçoit de l’Ãvêque lui-même une invi-
tation spÃciale de se rendre à l’anniversaire de son
sacre, à la date du 21 janvier suivant. Le billet
rÃveille tout le passà un peu endormi et le pieux curÃ
rÃpond sous le poids de la plus profonde douleur, deux
jours avant de s’embarquer pour MontrÃal : ” Je vois
que mon nom a Ãtà envoyà à Rome. Si l’on eut. . . .
demandà mon consentement, les plus vives instances
mêmes n’auraient jamais pu me dÃcider à accepter, et
je n’aurais pas considÃrà mon refus comme le fruit
d’une obstination que le Ciel ne saurait approuver.
C’est ne pas m’avoir comiu que d’avoir pensà à m’Ãle-
ver aux dignitÃs ecclÃsiastiques. On doit comprendre
sans doute que ce serait me rendre coupable de la plus
grande tÃmÃrità que de me charger de fonctions qui
requièrent des talents, des qualitÃs et des connaissances
que je n’ai point et que je sens parfaitement ne pou-

(I ) — Archives de VÃvÃchà Je S.- Hyacinthe.

SAINT-DENIS-SUK-RICHELIEU 359

voir plus avoir. Je croirais mes prières pleinement
exaucÃes, s’il plîiisait un Tout-Puissant d’inspirer à mes
supÃrieurs de plus salutaires conseils ; mais si, par un
secret jugement de Dieu, il en arrive autrement, j’aurai
à craindre que ce malheur ne me soit imputà pour ne
m’être pas assez fait connaître. On n’a jamais senti la
force de mes raisons ; je crois pourtant les avoir pesÃes,
non à la balance de la sagesse humaine, mais au poids
du sanctuaire ” (1).

Le 21, il est à MontrÃal. L’Ãvêque lui annonce
qu’il n’y a pas encore de dÃmarches faites auprès du
Saint-Siège, mais qu’elles vont avoir lieu incessam-
ment et que c’est lui qu’il va demander pour coadju-
teur. Alors M. Deniers se jette spontanÃment aux
genoux de son supÃrieur et, sanglottant comme un
enfant, il le supplie au nom de tout ce qu’il a de plus
cher de n’en rien exÃcuter. Mgr Lartigue, vaincu
cette fois, ne crut pas devoir insister davantage. Jus-
que-là il avait toujours trouvà son curà rempli d’autant
d’obÃissance que d’humilitÃ, mais ici il no put flÃchir
sa volontà demeurÃe inÃbranlable. Peut-être craignit-il
de le faire mourir de chagrin, comme M. Tabeau, s’il
persistait, et il abandonna la partie. M. Deniers
retourna alors content dans sa bonne paroisse de Saint-
Denis, qu’on ne lui parlera plus de laisser.

La coadjutorerie Ãchut ensuite au non moins
remarquable Mgr Bourget, Ãlu et sacrà en 1837.

La première œuvre importante dont M, Demers
eut à s’occuper à Saint-Denis, fut la construction du
presbytère. DÃjà elle Ãtait dÃcidÃe à son arrivÃe (2).

(I ) — Archives de tarcfu^êchà de MontrÃal.

(2) — Le 3 mars 1834, la requête des francs-tenanciers Ã

l’Ãvêque
disait au sujet de l’ancien presbytère qu’il Ãtait ” très

vieux, trop petit,
et qu’il faudrait nÃcessairement en construire un nouveau, plus

grand et
plus commode “. L’archidiacre, M. Kelly, envoyà de Sorel par

l’Ordi-

360 HISTOIRE DE SAINT-DENIS

Il y mit tonte son attention et, dans le cours de la
belle saison suivante, en 1835, on vit l’ancienne mai-
son curiale cÃder la place à la deuxième. La bâtisse
nouvelle mesurait trente-huit pieds de large sur une
longueur de soixante-quatorze pieds, dont qiîarante-
deux pour le logement du prêtre et le reste pour la
salle publique. En cailloux, bas et avec immense toi-
ture, il avait cependant jolie apparence (1).

Le premier Ãtage n’a Ãtà longtemps que tempo-
rairement terminÃ, et dans le grenier il n’a jamais
existà que deux chambres Ãtroites, dont l’une pour le
vicaire et l’autre pour les visiteurs.

Ce [tresbyière, qui n’avait pas coûtà plus que
trois mille piastres (2), n’a aussi durà que quarante-
trois ans. Il Ãtait l’ouvrage du maître-entrepreneur,
Augustin Leblanc, sculpteur de sa profession et ancien
paroissien du curà à Saint-GrÃgoire (3).

naire le 22 mai suivant pour vÃrifier ces allÃguÃs, les confirma

et ajouta
en substance que la maison n’Ãtait plus susceptible de

rÃparations, qu’une
neuve s’imposait. — L’approbation Ãpiscopale fut accordÃe à ce

rap-
port, le 30 suivant. Archives de V rc-êchà de S.- Flyncinthc.

(1) — Son site Ãtait exactement celui du presbytère actuel.

(2) — Le deuxième presbytère fut bâti au moyen d’une

rÃpartition
homologuÃe le 2 mars 1835. Archi7es de Pcglise de S, -Denis.

(3) — Greffe E. MiffiKiu/t, 16 mars 1S35. au palais de justice

de
S. -Hyacinthe.

4^ curà de S.-l)enis
(]’. 330).

L”al)bà Deiners

5- curà de S.-Deuis

(P. 350).

2^’ pre.sl)ytèrc de S.-Denis (P. 300).

CHAPITRE XXXV

PrÃlude des troubles de 1837 à Saint-Denis.
Le malaise dans les esprits. Les perturba-
teurs de l’ordre. Nelson. Le monu-
ment Marcoux. 1834-1837.

Lorsque l’abbà Deniers foula le sol de Saiut-
Denis pour la première fois en qualità de curÃ, il
tourbillonnait dans l’atmosphère comme un souffle
d’orage. On ne passait plus les soirÃes en famille
aussi paisiblement qu’autrefois ; les hommes aimaient
à se rÃunir et, dans ces c;iucus improvisÃs, ils discu-
taient avec indignation les affaires politiques. A vrai
dire, le fanatisme le pins arbitraire rÃgnait en maître
dans la gouverne du pays. L’Angleterre, dÃjà fort
disposÃe à nous mÃtamorphoser en Anglais et en pro-
testants, Ãtait reprÃsentÃe dans sa colonie par des
gens qui s’aventuraient plus loin qu’elle encore sur
ce terrain si hÃrissà de difficultÃs (l). ” On a cru,
s’exclamait un journal français de cette Ãpoque (2),
que la conquête pouvait faire des nationalitÃs au grÃ
d’une diplomatie sans entrailles, que la terre pouvait
se diviser comme une pièce d’Ãtoffe, et les peuples se
partager comme des troupeaux ; parce que l’invasion
et les combats ont livrà un territoire et une population
au vainqueur, celui-ci s’est cru en droit de se les appro-
prier, de leur imposer ses lois, sa religion, ses usages.

(1) — David, Les patriotes de 1837-1838, 5.

(2) — La gazette de France, dans Garneau, Histoire dtt Canada,

III,
“339 et 353.

362 HISTOIRE DE

son langage ; de refaire par la contrainte toute l’Ãdu-
cation, toute l’existence d’un peuple, et de le forcer
jusque dans ce qu’il y a de plus sacrà parmi les hom-
mes, le sanctuaire inviolable de la conscience “.

Aussitôt après la cession du Canada parla France,
l’oppression en effet avait commencÃ. Jusqu’à sortir
de prison un criminel ignorant pour l’installer à la tête
de li) justice comme juge de la cour suprême (1) plutôt
que d’y placer un enfant du sol. Que d’actes Ãgale-
ment invraisemblables, mais aussi vÃridiqu€« î C’est
après la guerre de 1812, que le ciel s’est particu-
lièrement assombri pour no» pères. On savait main-
tenant leur peu d’inclination à s’annexer aux Etats-
Unis, on Ãtait sûr de leur faiblesse dès qu’ils seraient
seuls et on rÃsolut cette fois de les Ãcraser en pressant
l’exÃcution des vieux projets de la nouvelle mère-
patrie (2). C’est de ce triste Ãtat de choses que l’on,
s’entretenait dans chaque rÃunion de Canadiens.

Mais à Saint-Denis il y avait plus de surexcitation
qu’ailleurs. Pourquoi cette diffÃrence? Ah ! c’est
que cette località est la paroisse du fameux tribun.
Bourdages. Ce dÃputà luttait Ãnergiquement en
Chambre, et, quand il en Ãtait revenu, il publiait sesi
rÃsistances, les menÃes de ses adversaire:^, qui s’en-
graissaient aux dÃpens du ]>euple et qui ensuite riaient
de lui en perpÃtrant sa ruine. Ces rÃcits avaient con-
sidÃrablement montà l’opinion du Dyonisieu. Bour-
da.o-es mourut, le 20 janvier 1835 ; mais il continua de
vivre par l’impression qu’il avait crÃÃe. De plus,
Papineau, l’oracle des opprimÃs, avait des Hens qui le
ramenaient souvent dans la paroisse. SÃraphin Cber-

(1) — Lettre du gouvemeur Munay au premier ministre de l’ An-
gleterre, dans Suite, Histoire des Canadiens-Français, VII, 12.

(2) — Suite, Histoire J^s Canadiens- français, VIII, 107.

I

SAINT-DENIS-SUK-RICIIELIEU 363

rier Ãtait son oncle et il y comptait bien d’autres
parents. Au village, il avait frÃquemment adressà la
parole, on connaissait son dÃvouement à la cause des
siens, et ce n’est pas dans la località qu’il jouissait de
moins de prestige.

Cependant n’eussent Ãtà d’autres iiifliiencCî, il n’y
aurait pas eu de sang rÃ[)andu sur ce terrain d’ailleurs
si bien prÃparà pour une rÃvolte armÃe. Il fallait un
audacieux qui prît en (quelque sorte les mÃcontents
dans ses bras pour les porter aux excès. Cet homme
a Ãtà Wolfred îTelson, de dÃplorable mÃmoire à Saint-
Denis. Ce n’est pas en cet endroit qu’il siÃrait de
cÃlÃbrer sa prÃtendue gloire.

Arrivà au bourg dyonisien en 1811 comme mÃde-
cin, il n’avait alors que dix-neuf ans. Ou dit qu’il
possÃdait une certaine habiletà dans son art (1); mais
il Ãtait bien trop remuant pour ne s’occuper que de ses
malades. Pour lui, c’eût Ãtà cependant ce à quoi il
eût Ãtà prÃfÃrable de s’appliquer uniquement.

S’exprimant en français avec peine et Ãtant pro-
testant (2), il ne semblait pas devoir rÃussir sur les
bords dyonisiens. Mais rien de moins exigeant qu’un
Canadien-Français sous ce rapport ; on ne regarda pas
à sa nationalità ni à sa religion, et l’esprit insinuant
du nouveau venu gagna le reste Mêlà à tout, très
actif et naturellement officieux, il ne cherchait qu’Ã
obliger. Rien de reprÃheusible dans cette conduite,
s’il avait ensuite mieux usà de son influence ainsi
acquise. Mais l’estime dont il se vit entourà lui
tourna la tête. Peut-être crut-il qu’il serait un per-
sonnage partout où il se montrerait. Son Ãlection de

(1) — De 1844. à 1864, il fut le mÃdecin dÃvouà des

religieuses du
Bon-Pasteur à MontrÃal. Annales dit Bon- Pusteur d’Angers Ã

MontrÃal,
I, 98.

(2) — David, Biographies et portraits, 28S.

•364 HISTOIRE DE

1827 contre un ministre du gouverment à Sorel n’avait
pas dû contribuer à le dÃtromper. Toujours est-il que,
lorsqu’il surgit une chance de rÃvolution, il s’y jeta
avec toute l’ardeur dont il Ãtait capable, croyant
trouver enfin l’aliment dÃsirà de son ambition.

Bourdages n’avait pas prônà une levÃe de bou-
cliers, quoiqu’il se fût un jour Ãcrià en Chambre :
” C’est bien, messieurs les constitutionnels,… four-
nissez votre carrière de haine et d’iniquitÃs, vous lÃgi-
timez par là tous nos moyens de dÃfense ” (1), Papi-
neau, de son côtÃ, ne l’avait pas suggÃrÃe non plus (2);
mais Nelson la voulait. Une simple agitation politi-
que n’eût pas favorisà ses projets. Il n’avait pas d’ar-
mes, mais tout de même il tenait à la fumÃe des
batailles, où le sang ruisselle.

Sans trahir ses aspirations, il n’entretenait ses
eo-paroissiens que de la nÃcessità pour le peuple cana-
dien de se constituer en une formidable armÃe, devant
laquelle les faibles et lâches bataillons de la Couronne
seraient bien obligÃs de retraiter ou de se laisser bat-
tre. Il ne manquait pas pour cela de leur assurer que
tout le pays l’entendait de la sorte et, comme à cette
Ãpoque les communications Ãtaient lentes et coûteuses,
un bon nombre ne pouvant vÃrifier l’affirmation ne
refusaient pas d’y croire entièrement. ThÃorie enthou-
siasmante ! C’est en la chantant sans relâche, pendant
de longs mois, que Nelson finit par en endormir plusi-
eurs, qui ne se rÃveillèrent que dans le cauchemar du
23 novembre et cela sans avoir à s’Ãloigner de leur
village.

Tandis que le chef improvisà façonnait ainsi l’opi-
nion pour parvenir à ses fins inavouÃes, arriva à Sorel

(i) — Barthe, Souvenirs d’un demi-siècle, 129 et 130.
(2) — Lusignan, L’araire de S. -Denis, dar.s le Canada-

français,
revue autrefois ]5ubliÃe à QuÃbec ; 1890, page 215.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 365

un accident, dont il crut devoir profiter pour l’avance-
ment de sa cause.

A la suite du vote des quatre-vingt-douze rÃsolu-
tions par la Chambre basse et du peu de succès d’une
dÃlÃgation en Angleterre pour leur ratification parla
mère-patrie, les Ãlections de 1834 se dÃroulèrent au
milieu de la plus vive animation. Comme il s’agissait
partout du maintien ou du redressement de griefs,
c’Ãtaient dans chaque comtà les Anglais et les Irlan-
dais, d’une part, contre les Canadiens, de l’autre. A
Sorel, on tint le bureau de votation ouvert durant six
joiirs, et, comme dans ce bourg les deux partis Ãtaient
alors Ãgalement puissants, la lutte ne se poursuivait
pas sans beaucoup de provocations et de rixes quel-
quefois sanglantes. C’est au milieu d’une de ces
bagarres, non loin du presbytère, que fut tuà un cer-
tain Louis Marcoux. Chaud patriote dans la force de
ses trente-six ans, il ne craignait pas de rÃpÃter à ses
adversaires ce qu’il pensait d’eux ; cette intrÃpiditÃ
lui valut sa mort. Dans le feu d’une discussion, le 10
novembre 1834, un nommà Isaac Jones lui dÃchargea
son pistolet dans la nuque (1),

On inhuma Marcoux en prÃsence d’un nombreux
concours de fidèles ; c’Ãtait une Ãclatante expression
de sympathies. A ce consolant tÃmoignage devaient
§e borner les dÃmonstrations ostensibles, lorsque
Nelson, au mois d’août de l’annÃe suivante seulement,
entreprit d’exploiter ce meurtre pour attiser le mÃcon-
tentement populaire. Il en confÃra avec les Sorelois,
et un programme fut bientôt Ãlaborà et adoptà (2).
Voici comment il l’expose à Mgr Lartigue, à qui leur
curà l’avait renvoyà pour les articles de la partie reli-

(i) — Gaineau, Histoire dti Canada, III, 314.
(2) — Sorel illustrÃ, colonne 3.

366

HISTOIRE DE

gieuse : ” Un certain nombre d’amis de feu M. Louis
Marcoux, dÃsirant faire chanter une grand’messe pour
lui et aussitôt après Ãriger sur son tombeau une pierre
monumentale comme marque de respect pour sa
mÃmoire, je prends la libertà de m’adresser à Votre
Grandeur pour savoir s’il y aurait quelqu’objection de
sa part à Ãriger un monument de cette nature dans le
cimetière de Sorel (l) ? ” , .. ,;•

L’Ãvêqiie rÃfÃra la question à son grand-vicaire de
cette rÃgioiTj M. Deniers (2), et, avisà par ce dernier,
il rÃpondit qu’on’ ne s’opposerait pas à la rÃalisation
du projet, pourvu qu’il n’y. lût pas prononcà de dis-
cours etque l’inscription ne renfermât que des paroles
de paix. Ces restrictions de l’autorità religieuse ne
convenaient guère aux organisateurs. Tout de même,
ils commandèrent le monument chez le marbrier. Ce
devait être une colonne pyramidale d’un beau granit,
d’environ huit pieds de hauteur. A la mi-octobre, la
pièce Ãtait presque terminÃe. M. Deniers Ãcrit à Mgr
Lartigue, à la date du 14 : ” Ce monument sera une
pyramide surmontÃe d’une croix. On y mettra cette
inscription : Marcoux, mort pour la dÃfense des droits
de la patrie ; ou bien cette autre : Marcoux est mort !
Vive la patrie !. . . . M. Kelly, ayant eu vent du des-
sein de CQS jiatriot es, me dit qu’il ne consentirait point
à ce qu’on plaçât dans le cimetière de son Ãglise ce
monument ” (o). La rÃponse dà l’Ãvêque ue fut pas
longtemps attendue : ” Je dÃfends, dit-il, qu’on mette
sur la pierre l’une ou l’autre inscription mentionnÃe,
ou qu’il y soit fait aucune allusion aux causes politi-
ques, de la mort de Marcoux. . . La seule que je trouve

( I ) — Archifcs de rÃi-Ãckc de S. – flyacinthe.

(2) — Lettre du 7 août 1835. Archiv£s de ïÃvÃchc de S.-

llyaciiUhe.

(3) — Archives de fcvÃehe’ de S.-Hyacini:::.

SAINT-DENIS-SUR-RICIIELIEU 367

digne du lien où repose èon cofps est celle-ci : Ci-gît
Louis Marcoux, dÃcÃdÃ. . . novembre 1834 ; il mourut
feii chrÃtien et pardonna” (1).

Devant cette [lorsistance Ãpiscopale à no pas lais-
ser [trofaner une terre bÃnite, les promoteui*s du mou-
vement prÃtendu patriotique se ravisèrent, et tout
rentra dans le silence pour le moment.

Mais comme la fête d’inauguration n’Ãtait que
modifiÃe dans son programme et remise au commen-
cement de l’Ãtà suivant, M. Demers en apprit indirec-
tement quelques dÃtails dans la première semaine de
juin 1836. Le 8, il informa Mgr Lartigue des nou-
veaux projets : ” Depuis le mois d’octobre, dit-il, je
Ji’avais pas entendu parler du monument Marcoux.
Comme on craint qu’il, ne soit pas laissà debout Ã
Sorel, il est question . . . de le placer ailleurs ; et Saint-
Denis sera choisi comme le lieu le [dus central du
comtÃ. 11 m’a Ãtà rapportà aujourd’hui que la cÃrÃ-
monie aurait lieu, le 23 courant, et qu’on demande-
rait un service ce jour-là pour Marcoux ” (2).

En effet, les prÃvisions de M. Demers se rÃali-
sèrent ; mais la fête fut toute civile. Dans l’avant-
midi, on dÃvoila solennellement le monument sur la
place publique de Saint-Denis. Deux ou trois cents
personnes y assistaient. A côtà du granit commÃmo-
ratif avait Ãtà dressÃe une estrade, et, pendant une
couple d’heures, on pÃrora à qui mieux mieux sur le
martyre de Marcoux, sur l’oppression anglaise et sur
la nÃcessità de fondre ses cuillers pour en confection-
ner des balles. S’il en coula des flots d’Ãloquence !
Mais ce ne fut pas tout. On partit ensuite pour un
pique-nique dans le Petit-bois-des-pins, situà à une

(1) — Archives de Varchccêchi de Monircal.

(2) — Arc/ihea de Vcvcfhà de S.-//\(}ii)ithr.

368 HISTOIRE DE SAINT-DENIS

vingtaine d’arpents du village, vers l’Amyot. Là on
mangea, on dansa, et de nouveaux orateurs Ãlevèrent
la voix. C’est ainsi que Ton voulait manifester tout
le respect dont on Ãtait pÃnÃtrÃ, pour la mÃmoire de
l’infortunà ou glorieux Marcoux.

On signale bien d’autres assemblÃes de ce genre Ã
Saint-Denis durant les annÃes 1836 et 1837. C’Ãtait
l’Ãpanouissement de ce dont ou se grisait tous les soirs
dans de plus petites rÃunions, où tout le monde opinait
et rien ne se concluait, parce que n’y prÃsidait pas un
vÃritable chef. Nelson Ãtait bon pour dÃchaîner l’ou-
ragan, mais non pour le diriger.

Le monument Marcoux n’a subsistà qu’un an.
Les soldats anglais s’y acharnèrent à leur retour, après
le 23 novembre 1837 ; ils le culbutèrent et le brisèrent
si bien qu’il n’en resta qu’un monceau de pierres
informes, dont il n’y eut plus qu’à dÃblayer l’endroit.

L’autre grande fête, qui marqua la prÃparation
ÃloignÃe de la prise d’armes, est celle de la dÃmons-
tration en l’honneur des juges de paix destituÃs parle
gouvernement en 1837 (1). Ce fut une rÃÃdition du
pique-nique de l’annÃe prÃcÃdente.

(I) — Garneau, Histoire du Canada, III, 337.

CHAPITRE XXXVI

Les derniers prÃparatifs de la bataille de 1837 Ã
Saint-Denis. Condamnation du mouvement.
” Les fils de la Libertà “. L’attitude du clergÃ-
Refonte des cadres de la milice. Projet d’achat
d’armes avec l’argent de la fabrique religieuse.
1837.

Au milieu de la marÃe montante de son mÃcon-
tentement, quel but se proposait le peuple dyouisien ?
D’abord pas d’autre que celui d’imiter l’enfant impuis-
sant sous l’Ãtreinte d’un père brutal ; il s’efforçait
d’Ãmouvoir ses maîtres en manifestant sa douleur.
Mais l’indignation est mauvaise conseillère, et il s’en-
gagea malheureusement trop loin devant l’obstination
du gouvernement. DÃsirait-il une rÃvolte armÃe ?
Non, nul n’y songeait, exceptà l’ambitieux ou peu
rÃflÃchi Nelson.

Si donc on dÃplora l’effusion du sang à Saint-
Denis, c’est uniquement la faute à ce dernier. A lui
toute la responsabilitÃ. Puisqu’il assumait de penser
pour les autres, il n’avait pas le droit de se tromper.
Mais est-ce bien vrai qu’il a errà ? Examinons la ques-
tion à la lumière des sains principes et des ÃvÃnements
de l’Ãpoque. Premièrement, pour donner raison à un
peuple de prendre les armes contre un pouvoir lÃgiti-
mement constituÃ, il faut que celui-ci soit tellement
tyrannique qu’il soulève la nation en masse contre lui.
Ceci est-il arrivà en 1837 ? On souffrait de graves
injustices sans doute, mais les Canadiens si loyaux et
si endurants rÃpugnaient en majorità considÃrable Ã

370 HISTOIRE DE

user des mesures violentes pour s’en alFrancbir. Sept
ou huit comtÃs seulement sur une ciuquantaiue les
dÃsiraient (1), et encore n’Ãtait-ce que partiellement (2).
Il n’y avait donc pas le nombre vaulu pour crier que
tous abondaient dans ce sens, et pourtant î! fallait
cette unanimità ou cette quasi-unanimità p(_)ur justi-
iier les projets de î^elson.

La condition d’entente gÃnÃrale eût-elle Ãtà rem-
plie qu’elle n’eût cependant pas snfii. Il Ãtait nÃces-
saire de plus que le peuple disposà à secouer le joug
fût assez fort ou assez aidà pour entrevoir uiîe chance
sÃrieuse de rÃussir. Autrement c’Ãtait provoquer une
boucherie inutile. Or en Canada, en -1837, il- n’exis-
tait aucun espoir de triomphe^ Sans assistance c’Ãtait
chose impossible, et requÃrir le secours des Etats-Unis
ou de la France, ce n’oût Ãtà agir que pour changer
dà bourreaux. Après cela, il est facile de coiùprenilre
qu’une levÃe de boucliers Ãtait condamnable (3).
” Monsieur, nous disait un ardent patriote de ces mau-
vais jours, nous n’avons eu tort que parce que nouÃ
Ãtions les plus faibles” (4). C’Ãtait bien assez pour
ne pas avoir raison. Il aurait dû le savoir aVant de
se jeter dans le combat du pigmÃe contre le gÃant.

Le clergÃ, de son côtÃ, ne se laissa pas aveugler

( I ) — I.acasse, Le prêtre et ses dÃtracteurs, 34. à 36; et

47.
(2} — Suite, Histoire des Canadiens’Franfais, VIII. 123.

(3) _ La VÃritÃ, de QuÃbec ; vol. XVII, No 45, p.ige 2.—” C’est
une petite minoiità à ure.vctLÃa par des chefs ardints et

çourageu.\, mais
d’un Ãquilibre intellectuel assez, peu sûr. et d’à 115

iinpiÃyoyance Ãgale Ã
leur courage, qui se jeta irtconsidÃrÃment daiis cette aventure

sans issue,
où l’on pouvait tout perdre sans une chance même problÃmatique

de
gagner quelque chose “. GoiUhier, Manifestà libÃral, i,i et 48,-

•

(4) — De Lorimi-T, dans son testament), faisait rÃsoiiner la

mirivô
note : “Le crime de votre père, y dit-il à ses enfants, est

dans l’ii rÃus-
site, si le succès eût a-ccjmp.xg.ià ses tentatives, on eût

honorà ses actions
d’une mention honorable”. David, L: s patriotes de 1837-1S38,

253.

SAINT-DliNIS-SUll-RrCUELIKU 371

par les dcclamatioiis rÃvolutioiinaircs. ^loius un cla
SCS membres, il se gr()ii[ia autour de ses Ãvêques et
dÃploya toute sou iutiueuce [tour conjurer l’orage.
Mgr Lartigue Ãcrivait à ses ouailles, le 24 octobre
1837: ” De|)uis longtemps, nos très cbe’rs frères,
nous n’entendons parler que d’agitation, de rÃvolte
même, dans un pays toujours renommà jusqu’à prÃ-
sent par-sa loyautÃ, son esprit de [laix et son amour
pour la religion de ses pères. On voit partout les frè-
res s’Ãlever contre leurs frères, les amis contre leurs
amis, les citoyens contre leurs concito3’ens ; et la dis-
corde, d’un bout à l’autre de ce diocèse, semble avoir
brisà les liens de la charitÃ, qui unissaient entre eux
les membres d’un même corps. . . Ne vonsbiissez donc
pas sÃduire, si quelqu’un voulait vous engager à la
rÃbellion contre le gouvernement Ãtabli. . . Avez-vous
jamais pensà sÃrieusement aux horreurs d’une guerre
<;iyile ? Vous êtes vous re[)rÃsentà des ruisseaux de
sang inondant vos rues et vos campagnes,’ et l’innocent
enveloppà avec le coupable dans la même sÃrie de mal-
heurs (1) ? ” Le curà de Saint-Denis lut cette lettre
pastorale, le dimanche suivant, 29 octobre. Tous
l’Ãcoutèrent avec attention ; nul ne sortit de l’Ãglise,
comme on Ta fait pour protester en certaines autres
paroisses moins chrÃtiennes.

M. Demers, au cours de ses instructions en chaire,
Ãtait souvent revenu depuis deux ans sur les avanta-
ges de la paix et de la plus parfaite concorde, mais
toujours il avait touchà le sujet fort discrètement. Il
apportait moins de mÃnagement dans les conversa-
tions particulières. Cependant, dans un prône du com-
mencement d’août 1837, il s’Ãtait trouvà dans la
nÃcessità de dire clairement à ses paroissiens à quelles

(i) — Lamaiche, Maudcnienls des Ãvêques de MoiitiÃal, I, 20.

372 HISTOIRE DE

rigueurs ils s’exposaient en persistant clans leurs sen-
timents hostiles au gouvernement. L’Ordinaire du
diocèse venait d’intimer à se^ prêtres l’ordre de refuser
les sacrements et la sÃpulture ecclÃsiastique à quicon-
que favoriserait l’agitation insurrectionnelle (1),

Les Ãvêques et les prêtres agissant ainsi Ãtaient
donc des bureaucrates? Pas du tout. Les bureau-
crates Ãtaient les oppresseurs. Or le clergà ne parta-
geait aucunement leurs idÃes et leur conduite. Il Ãtait
plus patriote (2) que Nelson et Brown, deux Anglais,
f)lus patriote que le Suisse Girod et que le Canadien
sans prestige nommà ChÃnier. Ils ont ÃtÃ, ceux-ci, les
quatre chefs de la rÃbellion dans le Bas-Canada ; ils
s’intitulaient infatueusement les plus sincères amis des
opprimÃs et tâchaient de le leur persuader. Les Ãga-
rÃs ou les trompeurs ! leur patriotisme Ãtait de
l’Ãgoïsme mal dÃguisÃ.

Ce que souhaitait le clergÃ, c’est une fcimple agi-
tation sur le terrain politique, et par ce moyen le
redressement des griefs. Sur ce point il Ãtait d’accord
avec la presque totalità des Canadiens, avec tous les
hommes bien ÃquilibrÃs, en particulier avec Parent et
même Papiineau, qui, à la dernière heure, criait plus
fort que jamais qu’il n’avait jamais prêchà la rÃvolte
armÃe (3). Ce parti s’appelait celui des Opposants (4),

(i) — Poirier, Le Père Lefcbvre, 56 et 57. — Cet ordre fut

donnÃ
au banquet de la fête patronale du diocèse de MontrÃal, Ã

l’ÃvÃchÃ, ie 25
Juillet 1837. AJÃiiioiies de l’abbà Paquin, dans Poiiitr, Ibid.,

305 et
306. — La Vr’ntÃ, de QuÃbec, i oct, 1898.

(2j — Sir G.E. Cartier ” a Ãtà le premier à reconnaître que

la ligne
de conduite que le clergà a tenue dansTÃchauiTourÃe de ” 37 ” —

c’est le
mot dont il s’est servi une fois en ma prÃsence — Ãtait la

seule qui pût
donner quelques chances de salut aux Canadiens : il est facile de

le
prouver”. Laçasse, Le prêtre et ses dÃtracteurs, 53 et 54. —

Ibid., 59.

(3) — Lusignan, L’affaire de Saint- Denis, dans le Canada-

franfais,
m, 2IS.

(4) — Laçasse, L.e prêtre et ses dÃtracteurs, 33 à 35, 46 et

47.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 373

et c’Ãtait le seul bon dans ces circonstances malheu-
reuses. Celui des rebelles Ãtait le groupe des exaltÃs,
qui tenaient à se briser la tête contre un mur de pierre,
parce qu’ils ne pouvaient l’escalader. Les rebelles
Ãtaient des braves dans leur sens, mais les opposants
ne l’Ãtaient pas moins (1).

A quel parti maintenant appartenaient les gens de
Saint-Denis? Jusqu’au 17 novembre 1837, ils Ãtaient
tous des opposants, moins K’elson, qui nourrissait tou-
jours ses projets. Plusieurs parlaient de guerre, mais
personne rÃellement ne la voulait ou ne croyait qu’elle
Ãclaterait jamais. Il avait dÃjà planà dans l’air tant
de menaces sans rÃsultat que l’on se flattait qu’il en
serait toujours ainsi. La lettre de Mgr Lartigue et
les instructions de M. Demers, de même que les peines
infligÃes par l’Eglise, avaient amorti bien des ardeurs.

Mais voilà qu’il va falloir se prononcer carrÃ-
ment. Les ” Fils de la libertà “, après avoir prÃcipitÃ
les ÃvÃnements à MontrÃal, doivent être arrêtÃs en
vertu de mandats, lancÃs le 16 novembre contre un
certain nombre d’entre eux (2). Xelson et quelques
autres chefs insurrectionnels sont Ãgalement frappÃs
du même coup (3). Que faire, puisque la frasque
Ãtait commise ? C’Ãtait de se livrer à la justice ou
de s’enfuir aux Etats-Unis, où ils ne pouvaient être
atteints. Mais ce n’est pas ce qu’ils ont jugà à pro-
pos d’exÃcuter. ” Venez chez moi, leur fit dire Nel-
son, les paroissiens de Saint-Denis vous Ãlèveront des
remparts de leurs personnes “. Dommage que les gens
de cette località n’aient eu rien de mieux à accomplir
que de protÃger des perturbateurs de l’ordre public.

(1) — Laçasse, Le prêtre et ses dÃtracteurs, 46, 54 et 55.

(2) — David, Les patriotes de 1837-1878, 70.

(3) — Leblond, Histoire populaiie de MotitrÃal, 345 à 351.

374 HISTOIRE DE

Papineau, O’Gallaghan, rÃdacteur du journal
rÃvolutionnaire de MontrÃal le ” Vendicator “, A.-I.
Desrivières (1), B. Yiger (2), après son coup du che-
min de Longueuil (3), C.-O. Perrault, Ls Lussier,
le futur Sir George-Etienne Cartier (4) et plusieurs
autres rÃpondirent à l’appel du docteur djonisien (5).
A leur arrivÃe, on convoqua une grande assemblÃe.
De pathÃtiques discours furent dÃbitÃs par les pros-
crits, qui dÃterminèrent bientôt la formation de deux
groupes. Presque tous les auditeurs nÃanmoins restè-
rent opposants. Xe se rangèrent dÃcidÃment parmi
les ‘rebelles qu’un petit nombre de villageois, sur
qui Xelson avait exercà plus d’influence. Combien
Ãtaient-ils ? De vingt-cinq à trente, tout au plus.
Mais ils supplÃèrent au nombre par leur intrÃpiditÃ.
C’Ãtaient des sujets dÃterminÃs. Ils entamèrent aus-
sitôt une propagande, qui ne soutirait pas de rÃsis-
tance. Au besoin, pour rÃussir, ils Ãtaient prêts à tuer
et à dÃtruire par le feu. Ils ne se portaient pas Ã
ces excès, mais on les en savait capables, et l’on
pliait (6). En rÃalitÃ, ils commandaient le pa^’s.

(1) — Dr AdÃlaid- Isidore Desrivières a Ãtudià sous Wolfred

Nel-
son. Enrôlà dans l’association des ” Fils de la libertà “, il a

combattu
à S. -Denis et à S. -Charles. La presse, jle MontrÃal, 15 fÃv.

1S9S.

(2) — Benjamin Viger arrivait directement de L’Assomption, où
un bureaucrate avait promis $500 pour sa capture. David, Les

patriotes
de 1S37-1S3S, 131 et 132.

(3) — David, Les patriotes de 1S37-1S3S, 25 à 27.

{4) — Alors Ãtudiant en droit, Cartier Ãtait le grand

compositeur
des chansons patriotiques de 1837. On lui aitri.bue le chant

national :
” Avant tout je suis Canadien”. David, Vtinion des deux Canadas,
90 et 91.

(5) — David, Les patriotes de 1S37-1S38, 37.

(6) — Le curà Deniers Ãcrit à Mgr Lartigue, le 21 nov. 1S37 :
” Par les menaces on fait prendre les armes aux gens malgrà eux

“. Le
I dÃc. suivant, le même Ãcrivait encore au même : ” Les

combattants
marchent tellement sous l’impression de la terreur que je ne les

regarde
pas mourir in flagranti delicto ” Archives de rÃvÃchà de S.-

Hyacinthe.

SAIXT-DENIS-SUR-RICHELIEU 375

C’est après cette propagande que le curà a pu Ãcrire :
*’ Presque tous à Saint-Denis ont coopÃrà publique-
ment à l’insurrection, par paroles ou par actions, même
les femmes ;. . . presque tous les hommes ont marchÃ
contre la reine, mais le plus grand nombre par la
crainte de la prison, de la confiscation de leurs biens,
ou môme parce qu’on menaçait de les tuer” (1).

Alors toutes les commissions de la milice furent
renvoyÃes au gouvernement et on en refondit les
cadres en nommant les plus ardents aux principaux
postes (2). On ordonna de rÃparer tous les vieux
fusils (3) ; les forgerons Jean-Baptiste Mignault et
Julien Gaouette (4) se constituèrent armuriers pour
la circonstance. Beaucoup d’autres les aidèrent à con-
fectionner des balles (5). Tout Ãtait en activitÃ. Mais
où se prennent les exercices militaires, il n’y en a
pas (6). Où s’Ãlève le camp retranchÃ, nul n’y songe.
Il y a bien d’autres dÃtails auxquels on ne pensera
pas. Les mÃdecins, les avocats et les journalistes ne
naissent pas plus guerriers que le commun des mor-

(1) — Archives de V cvêchà de S.- Hyacinthe.

(2) — David, Les patriotes de 1837-1838, 162. — Parmi les

nou-
veaux capitaines Ãtaient J-Bte Maillet, Fis Mignault, Chs

Olivier, Frs
Jalbert et J.-Bte Lussier.

(3) — Les fusils devaient être tous apportÃs au village et,

après
rÃparations, y être laissÃs en rÃserve dans rjuelqu’ arsenal

improvisÃ. Ce
qui fut exÃcutà en partie.

(4) — Julien Gaouette demeurait place actuelle de Dme Pascal
Archambault, en face de sa boutique. Il y est mort le 16 dÃc.

1874, Ã
l’âge de 84 ans. Son Ãpouse, EmÃlie ParÃ, sÅ“ur du chanoine

Jos.-
Octave, est dÃcÃdÃe le 24 mars suivant, à 77 ans. Ils ont tous

deux
leurs monuments funèbres au fond du cimetière de S. -Denis.

(5) — Parmi ceux qui ont aidà à confectionner des balles on

note
Geo. Saint-Germain et LÃvi Larue. Celui-ci, peu difficile, se

servait
d’un moule fait de patates. Ordinairement on mettait 2 balles par

car-
touche.

(6) — Lusignan, L’affaire de Saint-Denis, dans le Canada-fran-
çais, III, 213.

376 HISTOIRE DE

tels ; il leur faut à eux aussi des leçons, et ceux qui,
en 1837, se hissent liardiraent à la tête des bataillons
de rÃvolte n’ont pas reçu leur initiation. Aussi on eu
verra de fameuses au jour de la mêlÃe.

Le manque d’armes ayant attirà l’attention des
rebelles, ils avisent à la dernièro hnure de s’en procu-
rer. Quelques-uns se rendent auprès du curà pour en
obtenir les deniers de la fabrique dans ce but. On sait
bien ; selon les vieilles idÃes, ce qui appartient à celle-
ci est la propriÃtà de tout le monde. Elle ne possède
pas, on ne lui a que prêtÃ, quoique l’on ait reçu pour
la valeur de ce qu’on lui a mis en mains. Pourquoi
les Ãmissaires de Nelson n’ont-ils pas Ãtà Ãgalement
chez le marchand pour en retirer comme leurs les
paiements, qu’ils y avaient efiectuÃs en achetant ?
Non, ce n’est qu’à l’Eglise qu’ils s’adressent. Après
avoir racontà à l’Ãvêque une première tentative dans
ce sens par les paroissiens (1), M. Demers ajoute, le

(i) — Voici comment le curà Damers raconte cette première

tenta-
tive à Mgr Lartigue, le 17 nov. 1837 : ♦’ Mardi, le 14, vers

une heure,
au moins 300 hommes remplissaient les salles et le devant du

presbytère.
On.. . m’avertit qu’2Vj venaient de passer une. . . rÃsolution,

portant que
le curÃ, ainsi que les marguiiliers, donnait son consentement Ã

ce que
l’on prît des argents de la fabrique pour acquisitions d’armes

etc…. Je
courus à l’assemblÃe et je dÃclarai… que je n’avais donnÃ

aucun con-
sentement.. .., que ma conscience ne me permettait pas de le.. ..

don-
ner. …; qu’en employant ainsi ces derniers…. sans la

permission de
l’Ãvêque, on mÃprisait son autoritÃ, que ce serait de l’insulter

que de la
lui donner. … pour l’objet en question ; que, puisqu’on

craignait que le
coffre-fort courût des risques au presbytère, en cas de

pillage, je….
demandais qu’on, ,,. le mît dans un lieu plus sûr ; que le

marguillier en
charge en Ãtait seul responsable. … ; que pour être

entièiemeut Ãtranger
à leur mauvaise affaire, et…. Ãviter les voies de fait, je

remettais aux
marguiiliers…. prÃsents, pour en user selon leur prudence,

celle des
clefs du coffre … , o^yxt. f avais en mains. J’ai…. fait

prendre par un
notaire acte de cette dÃclaration. …, atTirmÃe au pied d’icelle

par plu-
sieurs citoyens et habitants de la paroisse…. Le coffre n’a pas

encore
Ãtà ôtà d’ici ni ouvert. J’espère que les 4 tnarguilliers de

l’Å“uvre rÃsiste-

\

Nelson (p. :3(j:]).

Forteresse Saint-Ocniiain (}•, 381).

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIKU 877

mardi, 21 novembre : ” Samedi matin (le 18), ayant
entendu murmurer qu’il Ãtait question d’enlever, de
nuit, du presbytère le coffre de la fabrique, j’exigeai
des marguilliers qu’ils le missent ailleurs. Hier matin,
un capitaine vint me dire que, pour Ãviter un crime,
nous devions prêter cet argent, sans dire pourquoi, et
que le prêt serait garanti par de bons billets. Je refu-
sai mon coiiseutement à la chose. Cette Jiuit dernière,
six ou sept hommes masquÃs et armÃs, vers minuit,
sont allÃs au quatrième rang chez le marguillier en
charge (1), et lui ont fait donner la clef et indiquer
la maison où Ãtait le coffre, qui a Ãtà ouvert et vidà . . .
Le coffre avait Ãtà cachÃ, samedi soir, dans la maison
du second marguillier ” (2). Comme on le voit, ceci
ne se passait que deux jours avant le combat. L’argent
ainsi obtenu ne put être utilisÃ. Nelson, à qui on le
porta, l’enfouit dans sa cave, près de la masse de la
cheminÃe, où on le retrouva intact après l’incendie de
la rÃsidence, le jour des Rois 1838 (3),

ront aux menaces ; ils ont eu le temps de rÃflÃchir”, Les mots en

itali-
ques dans la prÃsente citation sont de nous pour abrÃger.

Archives de
Pcvêckê de S. -Hyacinthe.

(i) — Parmi ces six ou sept hommes Ãtaient David Bourdages,
F.-X. Rolland, Ls Mondor et Ducharme. Avant de se rendre au IV
rang, ils s’Ãtaient adressÃs au presbytère, où ils avaient

menacà de tuer
le curà s’il ne leur dÃclarait pas où Ãtait le cofirefort. M.

Deniers, ne
se laissant pas intimider, ne leur livra pas son secret, et ils

partirent avec
<le simples conjectures. Hourdages a Ãtà ensuite de longues

annÃes sans
s’approcher des sacrements. Ducharme ne s’est converti que sur

son lit
de mort.

(2) — Archives de rÃvêchi de S. -Hyacinthe, — Le marguillier

en
charge Ãtait Jos. Chenette et le second Chs Lebeau. Registres des

dclibÃ-
rations de la f abrupte de S. -Denis.

(3) — David Bourdages avait Ãtà accusà d’avoir dÃtournà cet
argent. Pour s’en disculper, il alla à MontrÃal trouver Nelson,

qui lui
indiqua exactement la cachette.

CHAPITRE XXXVII

Envahissement de la vallÃe du Richelieu par les
troupes anglaises. Le camp patriote de Saint-
Denis. Meurtre de Weir. La dÃsertion du vil-
lage. Les premiers coups de feu. 1837.

L’autorità civile, ne se relâchant en rien de sa
tyrannie, comprit bientôt qu’elle aurait à croiser le fer
avec les mÃcontents. Dans cette perspective, les
troupes rÃgulières, stationnÃes au Nouveau-Brunswick,
avaient Ãtà appelÃes, et elle les avait sous la main Ã
MontrÃal, lorsque sonna l’heure critique.

A peine ces militaires avaient-ils mis pied à terre
dans la province de QuÃbec qu’ils reçurent instruction
de cerner les rebelles de la vallÃe du Richelieu. Envi-
ron quatre cents d’entre eux y furent envoyÃs sous
la conduite de Gore (1) et trois-cent-trente sous celui
de “Wetherall. Les deux dÃtachements accompagnaient
des huissiers (2), chargÃs d’exÃcuter les mandats
d’arrestation du 16 novembre et des jours sui-
vants (3).

(1) — Garneau [//is/oire du Canada, III, 342 et 343) dit : ” 5

com-
pagnies de soldats”; David {Les patriotes de 1837-1838, 28)

affirme
qu’il y avait 5 compagnies de fusilliers et un dÃtachement de

cavalerie ;
Suite {Histoii-e des Cattadiens-Français, Vll\, 123) mentionne

“un corps
de troupes royales fort de 500 hommes “. Sorel illustre’ assure

que
” Gore partit de Sorel avec 5 compagnies d’infanterie…. et un

piquet
de police à cheval “.

(2) — Le huissier, qu’accompagnait Gore, Ãtait Juchereau-

Duches-
nay. David, Les patriotes de x-j-x^-j-i^-i^^, 28.

^3) — Garneau, Histoire du Canada, III, 342 et 343.

380 HISTOIKE DE

Gorà (levait descendre en bateau jusqu’à Sorel (1)
et “Wetherall prendre le chemin de Chambly ; ensuite
tous deux longeraient le Richelieu de manière à se
rencontrer (2) à Saint-Charles. La première partie du
programme fut remplie à la lettre. Mais après surgi-
rent des contre-temps. On pouvait d’ailleurs les
prÃvoir, puisqu’on Ãtait alors en plein paj’s de rÃvolte.
“Wetherall, à cause de ponts coupÃs (3) et de divers
autres obstacles, n’avança qu’avec lenteur, si bien qu’il
atteignit Saint-Charles une journÃe ou deux en retard.
Quant à Gore, il se heurta à de plus graves difficultÃs.

Parvenu à Sorel, mercredi, le 22 novembre 1837,
il se mit en route le soir même pour Saint-Denis. Il
avait à sa disposition quelques cavaliers, Ãgalement
quelques voitures de bagage et une pièce de campa-
gne (4). Il marcha presque toute la nuit, se hâtant
pour que l’Ãveil ne le prÃcÃdât pas. Afin de mieux
rÃussir dans ses projets de surprise, il Ãvita le village
de Saint-Ours. Ainsi, au lieu de suivre la rivière tout
le long, ce qui est la voie la plus courte, il la quitta Ã
la montÃe de Sainte-Victoire et continua ensuite par
le Pot-au-beurre, la Petite-basse et le Ruisseau ; puis
il rejoignit la rive du Richelieu. Les chemins boueux
de la fin de novembre Ãtaient abominables. On se
reposa un peu, près du pont Laplante, h l’extrÃmitÃ
sud de la paroisse de Saint-Ours ; mais, lorsque les
troupes touchèrent le village de Saint-Denis, elles n’en
Ãtaient pas moins extÃnuÃes, après avoir franchi aussi

(1) — David, Les patriotes de 1837-1838, 154 et 155.

(2) — Lusignan, L’affaire Je Saint- Denis, dans le Canada fra»

fais,
III, 215 et 216.

(3) — Garneau, Histoire du Canada, III, 343.

(4) — Lusignan, L’affaire de Saint-Denis, dans le Canada-

français.
III, 215; David, Les patriotes di 1837-1838, 28; Gaincau,

Histoire du
Canada, III, 342 et 343.

8AINT-DENIS-SUR-RrcUELIEU 381

rapidement et dans d’aussi mauvaises conditions une
distance de sept lieues.

Malgrà toutes les prÃcautions dont s’Ãtait entourÃ
le colonel Gore, on fut prÃvenu à Saint-Denis de sa
prochaine arrivÃe. Des amis de Sorel avaient d’abord
apportà la nouvelle, puis elle fut officiellement confir-
mÃe sur la fin de la veillÃe du 22 novembre par le pri-
sonnier Weir (1).

Celui-ci avait Ãtà dÃpêchà en avant comme Ãclai-
reur (2). Pour son malheur il tomba entre les mains
des insurgÃs quelques arpents avant d’entrer dans le
village de Saint-Denis. Aussitôt il fut traînà devant
le grand conseil de la rÃbellion. Indignà de se trouver
au pouvoir de prÃtendus infÃrieurs, il les ineunça du
courroux de Sa Majestà britannique. Mais Sa MajestÃ
britannique, c’est prÃcisÃment d’elle qu’on se moquait
le plus en ce moment. Il alla avec une extrême mala-
dresse jusqu’à leur dÃvoiler toutes les mesures adoptÃes
contre eux et à leur communiquer même ce qu’on en
avait dÃjà rÃalisÃes ; son but Ãtait de les effrayer. Les
papiers, dont on le dÃpouilla, convainquirent les
tÃmoins qu’il n’avait aucunement faussà hi vÃritÃ.

On plaça donc le prisonnier sous bonne garde (3)
et l’on procÃda aux derniers prÃparatifs avec la plus
grande diligence. Le temps Ãtait fort limitÃ, et il res-
tait encore beaucoup à organiser.

La famille Saint-Germain ayant dÃsertà sa rÃsi-
dence sur ces entrefaites, on rÃsolut de transformer
celle-ci en forteresse inexpugnable. En effet, le choix

(1) — David, Les patriotes de 1837-1838, 28. — Weir arriva

vers 10
hrs. Ibid..

(2) — 11 avait Ãtà amenà par le charretier LavallÃe, de Sorel,

pro-
bablement Toussaint LavallÃe.

(3) — Sous la garde du Dr Kimbar. David, Les patriotes de 1837-
1838, 28.

382r HISTOIRE DE

lie pouvait être effÃctu-à avee plus de dextÃritÃ. Sise Ã
l’extrÃmità nord du village, du côtà de Saint-Ours^ elle,
eoramandiiit à la fois et le chemin royal et la rivière.
Toute neuve et construite avec des murs de quatre-
pieds d’^Ãpaisseur, haute et spacieuse, elle ne sem.blait
avoir Ãtà ÃdifiÃe que pour l’Ãventualità d’une atta-
que (1)., Ou en Fenvert?a la plupart des cloisans et on
y transporta des boulets^ des balle» et de la paudre.
Pe plus, snr le matin, on crut apportuu d’y monter
plusieurs charges de cailloux en cas d’assaut ; à leur
aide on pourrait au moins assonamer ceux des ennemis
qui se hasarderaient ï^ous les fenêtres.

Pendant que ce travail se poursuivait par les
volontaires du voisinage, des Ãmisssaires toujours aussi
Ãnergiques qu’infatigables parcouraient les campagnes
pour recruter les guerriers. On en envoya à Saint-
Ours, à Saint-Antoine, à La PrÃsentation et jusqu’Ã
Saint-Barnabe, à Saint-Hyacinthe et à Verchères, Il
arriva ainsi des combattants toute la journÃe. Même
un certain nombre furent mandÃs sous les armes telle-
ment tard qu’ils furent obligÃs de rebrousser chemin
à la nouvelle que tout Ãtait fini. Quelquefois les invi-
tÃs rÃpliquaient qu’ils n’avaient pas de fusils. ” Venez
quand même, disait-on, il vous en sera fourni là -bas ;
pour plus de sûretà apportez votre faux ou votre
fourche “. îs”e pouvant rÃsister à la dÃtermination
des officiers recruteurs, ils aiguisaient les instru-
ments mentioiniÃs, adressaient leurs adieux à leur
Ãpouse, à leurs enfants, et partaient pour Saint-Denis.
Dans la famille, on pleura souvent jusqu’au retour du
mari ou du père, quoique, en maintes circonstances,

(i) — Cette maison, ne laissant que l’esiiace Je la galerie

entre
elle et le chemin, mesurait 84 x 40 pieds. Cave bien sortie de

terre ;
dans la façade, au premier plancher 2 portes avec 6 fenêtres,

en haut 8
fenêtres, au grenier plusieurs lucarnes.

«ATNT-DEN”IS-SUR-iaCHELTEU 383

•celui-ci n’ait pas atteint le cliuinp de bataille. Dans
<;ertains cas, il n^en eut pas le tennps, dans d’autres il
s’attardait volontairement on se cacliait pour n’avoir
pas à agir contre ses convictions.

Il se compta environ mille patriotes snr le thÃâtre
de la guêtre, au moment de lenr jdns grand nombre,
Une centaine disposaient de fusils.

Lorsqn’on signala l’approche de Tennerai, l’unique
canon des rebelles Ãtait postà devant la maison Saint-
Oermain, et deux ou trois cents d’entre eux Ãtaient
logÃs tant dans cet Ãdifice que dans les constructions
avoisinantes, notamment dans la distillerie situÃe
un peu en arrière. Dans ce dernier retranchement, on
avait eu le soin de laisser deux larges cuves de bonne
eau-de-vie. L’intention Ãtait de se servir de cette
liqueur pour stimuler les faibles à cette heure dÃci-
sive. Elle n’avait pas Ãtà inutile pour les prÃpara^
tifs, pourquoi ne pas compter sur elle jusqu’à la tin ?
Seulement on crut devoir se montrer plus scrupuleux
pendant le combat. Jean-r>aptiste Archarabault fut
prÃposà commis de bar, et il avait ordre de n’être pas
gÃnÃreux. Aussi trouvait-on î^elson un peu mÃnager
ce matin-là (1). Grâce à cette prÃcaution on dÃplora
moins d’accidents. Les chefs d’ailleurs ne pouvaient
pas se passer de ce nerf pour la dÃfense si mal prÃpa-
rÃe de leur mauvaise cause.

C’est vers la neuvième heure du matin que Gore
se prÃsenta à l’entrÃe du village. Il ne s’Ãtait plus
pressà après son arrêt au pont Laplante, y ayant appris
par deux prisonniers canadiens qu’on l’attendait Ã
Saint-Denis (2). L’important avait Ãtà alors de pro-
curer le plus de repos possible à ses soldats, sans

( I ) — Laçasse, Le prêtre et ses dÃtracteurs, 50 ef 5 ‘ •
(2) — David, Les patriotes de 1837-1838. 29.

884 HISTOIRE DE

toutefois laisser aux patriotes le loisir de trop bien se
prÃparer à le recevoir.

La boue du chemin s’Ãtant un pen durcie sous
l’action do la gelÃe, les troupes marchaient sur toute
la largeur de la voie avec plus ou moins de discipline.
Cependant elles se tenaient sur leurs gardes. Avant
de se lendre aux premières demeures du village, elles
avaient même essayà leurs carabines et tuà le patriote
Andrà Mande ville. Celui-ci avait en effet manquà de
prudence au point de courir seul à la rencontre des
ennemis. Remarquant son allure provocante, ils n’hÃ-
sitèrent pas à le coucher en joue. Après l’avoir occis,
ils jetèrent son cadavre à la rivière. Il n’en fut repê-
chà que le 7 avril suivant et fut inhumà à Saint-Denis
le lendemain. C’Ãtait un jeune peintre de la paroisse,
âgà de vingt-trois ans, fils d’Alexis Mandeville, culti-
vateur, et de Marie-Anne Jarret (1), de Saint-
Antoine. Il Ãtait rÃcemment revenu des Etats-Unis.

C’Ãtaient bien là les prÃmices de l’ÃchauifourÃe.

Mais, à cet instant, se dÃroulait au centre du
village une scène non moins regrettable. Le prisonnier
Weir venait de monter en voiture pour être conduit
en lieu plus sûr à Saint-Charles. L’hôtelier François
Mignault, accompagnà de Jean-Baptiste Maillet et de
Pierre Guertin, Ãtait chargà de sa translation. Assis
à l’avant du quatre-roues, le conducteur avjiit l’Ecossais
à sa gauche. Derrière lui Ãtait Guertin ; Maillet occu-
pait l’autre place. Sur promesse de Weir de ne point
bouger, on fit presque aussitôt descendre Guertin (2)
pour continuer trois seulement à cause de la difficultÃ
des chemins pas assez gelÃs pour devenir beaucoup
meilleurs que la veille. Puis sur les instances du cap-

(1) — /Registres des baptêmes, mariages et sc’fultnres de S.-

Denis.

(2) — David, Les patriotes de 1837-1838, 156.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 385

tif on consentit à lui dÃlier les mains et les pieds;
mais, en revanche, on leceintura d’une solide courroie,
dont Maillet reçut les extrÃmitÃs. On Ãtait à peine
reparti que l’on entendit la fusillade, dont Mandevilîe
fut la victime. Bon ! les voilà , pensa l’Ãclaireur de la
veille, si je pouvais m’Ãchapper et les rejoindre ! Et,
peu soucieux de sa parole jurÃe, il s’Ãiança de s >n
mieux hors du vÃhicule. Mais il comptait sans Mail-
let qui retenait ses liens plus vigoureusement qu’il ne
croyait, et ils furent cause de sa chute à côtà des roues.
Cette tentative fut le signal d’une explosion de colère
contre lui. Maillet (1), le premier, le frappe du plat
de son ÃpÃe. Survient Joseph Pratte, instituteur, qui
y va plus rudement. [1 ne lui inflige pas moins que
dix entailles tant à la tête et au cou qu’à la poitrine et
au dos. Ces b’essures, porte l’acte d’accusation, Ãtaient
toutes mortelles et, après les avoir minutieusement
dÃcrites, il ajoute qu’à la suite de chacune d’elles
” George Weir mourut instantanÃment là et alors “.
Toujours que la victime se dÃbattit et cria jusqu’à ce
que Louis Lussier lui eut accordà le coup de grâce
avec son fusil (2). C’est au bruit de cette dÃtonation
que l’acte d’accusation, dÃjà cità et datà du 27 août
1838, redouble d’Ãloquence : ” Louis Lussier, y lit-on,
avec un certain fusil valant cinq chelins sterling, et
chargà de poudre et d’une balle de plomb, lequel dit
fusil il tenait de ses deux mains, fÃlonieusementet avec
malice prÃmÃditÃe, tirà sur le dit George Weir, et le
dit Louis Lussier, avec la dite balle de plomb sortie

(i) — J.-Bte Maillet, à la suite des ÃvÃnements de 1837, se

mit Ã
l’abri des vengeances anglaises en se sauvant à Burlington, dans

le Ver-
mont. Il y a vÃcu une dizaine d’annÃes. Après quoi, il est

revenu jouir
de l’amnistie de 1844 à S. -Denis.

(2) — TÃmoignage d; Krs Mignault. David, Les patriotes de 1837-
1838, 156 et 15;.

S86 HISTOIRE DE

par l’effet de la dite poudre du dit f isil, qu’il tenait
de ses deux mains, fôloniensemeiit et avec malice prÃ-
mÃditÃe, visa, pressa la dÃtente du dit fusil, et attei-
gnit là et alors le dit George Weir, au côtà gauche du
ventre, infligeant an dit George Weir là et alors avec
la dite balle de plomb sortie par l’effet de la dite pou-
dre du dit fusil qu’il portait et alors dans ses deux
mains, au cotà gauclie du dit George Weir, dans l’âme
d’icelui, une blessure mortelle d’une profondeur de six
pouces et d’une largeur d’un pouce et demi, à laquelle
dite blessure, le dit George AVeir succomba instanta-
nÃment là et alors ” (1). En effet, le vivace prison-
nier Ãtait bien mort là et alor.-^.

Quand François Jalbert, qui avait crià avec la
foule de l’achever, eut Ãtà exaucÃ, il s’approche, trempe
son ÃpÃe dans la mare de sang et part triomphale-
ment à cheval par le village en rÃpÃtant de regarder
une arme teinte du sang anglais. Ceci insinua qu’il
Ãtait l’auteur du meurtre et lui attira dans la suite les
ennuis d’un procès restà cÃlèbre (2).

Cet assassinat se perpÃtrait à côtà du couvent.
On glissa aussitôt le cadavre jusqu’au bas de la côte,

(I) — Acle d’accusation contre les meurtriers de Weir, signÃ

par
C.-R. Galt, procureur gÃnÃral, et A. -M. Delisle, greffier de la

Cou-
ronne. Ce document, copià dans les Archhes du Palais de justice,

de
MontrÃal, a Ãtà reproduit en partie dans La presse, de la même

ville,
le 17 fÃv. 1898. Frs Jalbert y est le principal incriminÃ, mais

il n’en est
pas moins sorti indemne. Les autres accusÃs s’Ãtaient alors mis

hors
d’atteinte du bras de la justice canadienne en fuyant aux Etats-

Unis. Le
document contient environ 3,500 mots. Ces mêmes actes se

rÃdigent
aujourd’hui en 3 lignes. La presse, de MontrÃal, 17 fÃv. 1898.

(2) — ^ Jalbert subit son procès du 3 au 10 sept. 1839, après

envi-
ron 2 annÃes de dÃtention. Il avait Ãtà capitaine de milice

jusqu’à son
entrÃe dans le mouvement rÃvolutionnaire. Il Ãtait intelligent,

mais
trop ardent. Le procès, qui lui a fait recouvrer sa libertÃ, est

longue-
ment analysà dans David, Les patriotes de 1837-1S38, 152 à 166.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 387

OÙ OU le cacha ù la hâte sous un araas de gros cailloux
sur le bord de l’eau (l).

Pratte et Lussier, dans leur long exil aux Etats-
Unis, durent amèrement regretter ce mÃfait, qu’aucune
raison ne justifie, puisque le prisonnier ne pouvait nul-
lement s’esquiver malgrà tout le dÃsir qu’il en mon-
trait (2), Lussier n’est passà dans la rÃpublique voisine
qu’après avoir Ãtà assez heureux pour tromper la sur-
veillance des geôliers de la prison de MontrÃal, où il
a Ãtà d’abord quelque temps dÃtenu (•{).

Pendant le dramatique meurtre de Weir, les
troupes anglaises avançaient. Entre elles et la maison

(1) — Le caflavre de Weir, au retour des Anglais à S. -Denis,

après
la bataille, a Ãtà rÃclamà par eux et transportà à MontrÃal, où

il a ÃtÃ
inhumà au cimetière militaire de la rue Papinenu. Sur sa pierre

sÃpul-
crale, entourÃe d’une clôture de fer, on lit : ” Beneath this

stone are
deposited the remains of George Weir, Esq. of Kames, in

Berwickslnre,
Scotland, late lieutenant in Her Majesty’s 32nd of Cornwall

rÃgiment,
aged 29 years, who vvas barbarously niurdered at St Denis, Lower

Canada,
on the 23rd of noveniber 1837 “; traduction : ” Sous celte pierre

sont
dÃposÃs les restes de George Weir, Ãcuyer, de Kames, comtà de

Ber-
wickshire, Ecosse, ci-devant lieutenant dans les troupes de Sa

MajestÃ,
au 32e rÃgiment de Cornwall, lequel, à l’âge de 29 ans, fut tuÃ

avec
barbarie à S. -Denis, dans le Bas-Canada, le 23 nov. 1837 “.

Voir La
patrie, de MontrÃal, 11 juin 1904, page 20.

(2) — Lusignan, L’affaire de S. -Denis, dans le Canada-

français,
III, 218.

(3) — Ls Lussier Ãtait Ãpicier à MontrÃal depuis 2 ou 3 ans,

lors-
qu’Ãclatèrent les troubles de 1837. IncarcÃrà a MontrÃal à leur

suite,
il parvint à s’Ãchapper giâce à la condescendance du chien de

garde, qui
consentit à l’endurer dans sa loge une partie de la soirÃe. A la

ronde du
geôlier, l’animal gronda bien un peu ; mai-;, amadouà depuis

plusieurs
jours par les caresses de son nouveau compagnon, il n’Ãveilla pas

de
soupçons. Quand on s’aperçut de l’absence du prisonnier,

celui-ci avait
dÃjà escaladà la murai’ le de la cour et presque traversà le

fleuve ; son
escapade Ãtait assurÃe. RÃfugià aux Etats-Unis, il s’en fit

rejoindre par
son Ãpouse, alla rouvrir Ãpicerie à Saint-Louis- Missouri et y

amassa une
jolie fortune d’environ $12,000. Au bout d’une quinzaine

d’annÃes, il
eu revint à MontrÃal, où il mourut vers 18S0. Il n’a eu qu’une

fille,
nÃe en exil et mariÃe avec un Ouimet.

HISTOIRE DE

Saint-Germain, il ne restait plus que six demeures et
leurs dÃpendances, celles de Lamothe, de BÃlanger,
de Chalifoux, de Guertin, de Dorraicour et de Page ;
cette dernière Ãtait voisine de la forteresse improvisÃe.
Toutes Ãtaient ÃchelonnÃes sur la langue de terre
sÃparant le chemin royal de la rivière. Avant d’enva-
hir la première, Gore lança quatre Ãclaireurs. Ils attei-
gnaient dÃjà la maison Guertin, lorsqu’Ãclata une
dÃcharge de la rÃsidence Page. C’Ãtait l’Å“uvre d’un
peloton de patriotes embusquÃs en cet endroit (l) ; le
Dr Joseph Allaire, de Saint-Antoine, David Bour-
dages, LÃvi Larue et LÃvi Guertin en faisaient partie.
Ayant rÃussi à tuer un des quatre Anglais et à mettre
les autres en fuite, ils s’empressèrent eux-mêmes d^aller
grossir le groupe des leurs dans la maison Saint-Ger-
main. Maintenant sûrs de l’endroit où commençait
la rÃsistance, les ennemis ne tardèrent pas à s’emparer
des premières rÃsidences pour s’en constituer des points
d’appui et gagner du terrain graduellement,

A cette heure, les dernières familles achevaient
d’Ãvacuer le village pour n’y laisser que les combat-
tants. Combien triste cet exode prÃcipità ! Ce n’Ãtait
rien moins qu’une cohue, une dÃbandade vers la pro-
fondeur des terres. Il semblait aux fugitifs qu’ils ne
seraient jamais assez loin pour être à l’abri. Avant
de partir, ils avaient dÃposà le plus d’elFets possible en
sûretÃ. Puis les ouvertures de la maison et des autres
bâtiments avaient Ãtà barricadÃes avec soin. La mort
paraissait de la sorte avoir Ãtabli domicile dans le vil-
lage, avant d’y entrer rÃellement. Les femmes et les
enfants se sauvèrent ainsi à la deuxième, à la troisième
et à la cinquième concession, même dans les paroisses

(I) — Ainsi le feu fut ouvert par les patriotes, malgrà les

recom-
mandations de NeUon. Le Dr Allaire fut le premier qui lira.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU ?^9

voisines, d’où ils entendaient les coups meurtriers, se
demandant chaque fois s’ils n’Ãtaient pas frappÃs dans
leurs plus vives affections. Quelles heures d’angoisse !
La plupart les passèrent en prières, et qui sait si ce
n’est pas à celles-ci qu’on est redevable de n’avoir pas
enregistrà un plus grand nombre de victimes.

Le bedeau Edouard Lussier, lui, continuait à son-
ner les cloches de l’Ãglise pour appeler au combat (1).
Le curà le lui avait dÃfendu, mais ce malin-là il se sen-
tait plus fort que son pasteur et, comme si ce jour ne
pouvait pas avoir de lendemain, il se jouait de son
devoir d’obÃissance.

Lorsque les Anglais pÃnÃtrèrent dans les premiè-
res maisons du village, le propriÃtaire Pierre Lamothe
se trouva, parleur arrivÃe soudaine, surpris ;\ enterrer
quelques objets dans sa cave. Que faire ! Il Ãtait
maintenant trop tard pour tenter de fuir. A la hâte,
il referme sur lui un banc-lit, dÃjà descendu, et ne
bouge plus. Les soldats allèrent souvent s’asseoir sur
ce meuble dans le cours de la journÃe. Il les entendit
vocifÃrer contre ces patriotes, qui fauchaient sans pitiÃ
dans leurs rangs. Il renouvela alors plusieurs fois son
acte de contrition et avec quelle ferveur ! mais, comme
il n’avait pas le rhume, il put conserver le secret de
son frêle asile et Ãviter la mort ou au moins d’autres
sÃrieux dÃsagrÃments.

Gore, Ãprouva une longue hÃsitation en considÃ-
rant l’heureuse position des patriotes. Il se trouvait
presque en face d’une forteresse, qu’il croyait encore
mieux dÃfendue qu’elle ne l’Ãtait eiFectivcment. Lui, le
vieux dÃcorà de Waterloo (2), qui aimait à se vanter

(1) — Lusignan, L’affaire Je S.-Denis^ dans le Canada-

français,
III, 214; Garneau, Histoire du Canada, III, 342 et 343; David,

Les
patriotes de 183 7- 1838, 29.

(2) — David, Les patriotes de 1837-1838, 29.

390 HISTOIRE DE SAINT-DENIS

d’avoir fait trembler l’aigle impÃriale de la France (1),
ne savait plus de quelle manière il s’en tirerait. Il
fallait donc qu’il y eût des faibles parmi les puissants
ennemis de NapolÃon, ou que ceux-ci eussent perdu de
leur ancienne bravoure, pour que l’un d’eux se mon-
trât aussi embarrassà devant si peu.

Pendant que Gore combinait son plan d’attaque,
ses soldats tiraient à l’aventure, et les patriotes leur
rÃpondaient avec guère plus d’ordre. Enfin, un com-
mandement gÃnÃral est signifià aux Anglais, vers dix
heures. La moitià d’entre eux demeureront au milieu
des bâtisses où ils sont dÃjà , et le reste s’en ira à une
grange de l’autre côtà du chemin, vis-à -vis de ces rÃsi-
dences.

C’est à cette nouvelle position, donnant bien sur
l’angle nord-est de la maison Saint-Germain, que fut
installà le canon.

e>V\^f\^\/V^

(I) — J.-G. Bourget, dans le Monde illustrÃ, de MontrÃal, XV,

357-

CHAPITRE XXXVIII

Le combat. Sa durÃe et ses langueurs. Tentatives

d’assaut par les Anglais. Leur retraite.

Morts et blessÃs. 1837.

Les soldats des troupes royales s’Ãtant partagÃs
entre la droite et la gauche du chemin, les fusiliers
continuèrent de part et d’autre à se brûler de la poudre
sans beaucoup de rÃsultat. Pendant ce temps-là , les
Anglais bourraient leur canon derrière la grange. Oh !
les dÃgâts qu’ils comptent lui voir vomir ! Quand il
est prêt, l’artilleur le braque sur la forteresse. Mais
avant que celui-ci ait terminà sa besogne, il s’affaisse
percà d’une balle. Un de ses frères d’armes lui succède
puis un troisième, et tous deux ne tardent pa3 à subir
le même sort (1). Ce sont les francs-tireurs David
Bourdages et Augustin Laflèche, qui leur procurent
dextrement leur passe-port pour l’autre monde. En
dÃpit de ces avertissements, un quatrième se prÃsente •
rien ne l’arrête ni ne l’effraye, il tient bon, et le feu va
bientôt enflammer la poudre. Quel Ãclat de foudre
que ce premier coup ! Le boulet se rue contre le cadre
d’une fenêtre du second Ãtage de la maison Saint-
Germain et y pÃnètre avec fracas, terrassant quatre
patriotes et en blessant plusieurs autres (2), ” Descen-
dez d’ici, crie Nelson, car vous allez tous vous faire
tuer “. C’Ãtaient bien là des paroles inutiles ; on ne

(1) — David, Les patriotes de 1837-1838, 31.

(2) — Parmi les blessÃs fut le père de Mgr Gravel, de Xicolet.

II
reçut un Ãclat de pierre sur une Ãpaule, qui resta longtemps

doulou-
reuse.

392 HISTOIRE DE

les avait pas attendues pour se prÃcipiter vers l’esca-
lier. On s’y jetait Ãperdument. D’autres, n’ayant
pas assez vite leur tour, sautaient par les ouvertures
opposÃes. L’un d’eux, s’Ãtant accrûchà un petit doigt
en s’y glissant, lui dit:-“R€ste, si tu veux, moi je
m’en vais “, et il se lâcha. Heureusement que le petit
doigt prÃfÃra suivre, mais il le sacrifiait plutôt que de
retarder une seconde, tant il avait peur de perdre da.
vantage. Voilà le lever du rideau sur une partie de
la bravoure et de la discipline des prÃtendus sauveurs
du pays.

Les quatre victimes, que le fameux coup de canon
enveloppa dans un commun trÃpas vers onze heures,
sont : Bouthillet, Dudevoir, Phaneuf et Saint-Germain.

Honorà Bouthillet Ãtait de Saint-Antoine ; il a eu
les intestins ouverts et dispersÃs. Le lendemain, il a
Ãtà inhumà dans le cimetière de sa paroisse (1).

Joseph Dudevoir, un des plus ardents rebelles de
Saint-Denis, a eu l’Ãpaule gauche et le crâne emportÃs.
Agà de quarante-trois ans, il Ãtait marià avec Scholas-
tique Mongeau (2) et père de famille. Il demeurait en
haut du village. Peut-être occupait-il le grade de ser-
gent. Le curà tÃmoigne qu’avant d’exhaler le der-
nier soupir il ” a donnà des marques de repentir ” (3).

Eusèbe Phaneuf, âgà de vingt- un ans, Ãtait fils de
feu François Phaneuf et de Marguerite Bousquet (4).
La publication des bans de son mariage Ãtait dÃjÃ

(1) — Registres des bapiÃines, mariages et sÃpultures de Saint-

Antoine.

(2) — Registres des baptêmes, mariages et sÃpultures de S. –

Denis, à la
date du 25 nov. 1837. — La veuve s’est plus tard mariÃe avec \e

patriote
Pierre Allaire.

(3) — Lettre du curà Deniers à Mgr Lartigue, à la date du i

dÃc.
1837. Archives de FÃvÃchà de S. -Hyacinthe.

(4) — Registres des baptêmes, mariages et sÃpultures de S. –

Denis, à la
date du 25 nov. 1837

(A’oir page 389).

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 393

commencÃe, lorsque le malheur coupa court aux prÃ-
paratifs des noces et couvrit des livrÃes du deuil son
inconsolable fiancÃe. Il a eu comme Dudevoir toute
la partie supÃrieure de la tête enlevÃe.

Charles Saint-Germain, fil:* de la propriÃtaire du
château-fort dyonisien et cardeur de son mÃtier, Ãtait
sigà de vingt-cinq ans et mai-ià avec Esther Du-
charme (1). Il a Ãtà frappà dans la poitrine et tuÃ
instantanÃment. L’ancien hôtelier Henri Saint-Ger-
main Ãtait son fils.

Le canon a tonnà ensuite jusqu’au dÃpart de ses
maîtres, mais ?ans être une cause de nouvelles pertes
de vie. î^e pouvant avec lui viser assez promptement
sur les têtes qui se montraient pour disparaître aussi-
tôt, on ne crut devoir l’utilit-er que pour tâcher de
dÃmolir la maison qui les protÃgeait. Son point de
mire fut donc constamment l’entourage de la même
fenêtre du second Ãtage. Mais l’entreprise dÃpassait
les forces de l’assaillant, et il ne parvint à causer que
des brèches intngnifiantes aux murs qu’il voulait ren-
verser.

D’un autre côtÃ, pour rÃpondre au langage Ãtour-
dissant du canon anglais, n’y avait-il pas celui des
imtriotes’i Où est l’individu qui doit lui mettre la
parole en bouche? Pierre Bourgeois, aubergiste du
voisinage et non le moindre d’entre les hardis, on est
chargà ; mais la mort des premiers artilleurs de Gore
l’a immobilisÃ. Il estime qu’il faut trop s’exposer pour
en allumer la mèche ou l’aller quÃrir et, comme il n’y a
pas de chef pour lui en intimer l’ordre, cet important
engin de guerre reste muet toute la journÃe du combat,
en face du principal retrajichoment de ses propriÃtai-
res. Il Ãtait rempli d’assez de chaînes pour balayer

( I ) — Hegistirs dfs bapicmes, inaiia^cs et sÃ/’itltures de

Siiini-Dtitis,
à la date du 25 nov. 1S37.

394 HISTOIRE DE

sans pitià tout le dÃtachement ennemi. Comme il
avait fait rêver une prompte dÃlivrance, lorsqu’on
l’avait pointà le matin î Mais quand il n’y a pas d’or-
ganisation, il y a bien des espÃrances qui s’Ãvanouis-
sent comme des illusions.

En effet, qui donc est à la tête de ces mille hom-
mes rÃunis pour repousser l’Anglais ? Qui donc assi-
gne à chacun sa place ? Qui y aura-t-il pour comman-
der au moment suprême, pour rÃsister à une dernière
Ãtreinte ou profiter de la victoire ? — Mais Nelson,
pensez-vous. îîe le croyez pas. Il n’a pas même de
fusil pour exciter par l’exemple. Demandez aux sur-
vivants où il Ãtait. Aiirès avoir rÃflÃchi, ils avouent
qu’ils ne l’ont presque pas vu au milieu d’eux, quoi-
qu’ils fussent aux avant-postes, dans la maison Saint-
(jciiiiain et la distillerie. Ainsi il Ãtait loin de se pro-
dic^uer comme les bons gÃnÃraux. Il semble plutôt
s’être esquivà le plus possible pour ne pas risquer une
vie qu’il Ãvaluait probablement pour la patrie au même
])rix que celle de Papineau. Il avait dit à ce dernier
la veille: ” Mettez-vous en sûretÃ. Nous aurons besoin
de vous après la victoire “. Sur ce, il avait contraint
son ami de fuir. Il s’efforçait maintenant de se mÃna-
ger autant tout en tâchant de n’être pas trop un sujet
de scandale.

Aussi entrez dans le camp des insurgÃs, c’est le
dÃsordre complet ; chacun n’est pas libre de se retirer
quand il le veut ; s’il a un fusil, il est bien obligà de
s’en servir au moins un peu ; mais il l’emploie de la
manière et à l’endroit qu’il l’entend. Cependant sur
les cent environ qui sont pourvus d’armes à feu, il n’y
en a pas plus qu’une trentaine qui les utilisent. Les
autres ? — Ils se tiennent à l’abri comme leur chef.
Plusieurs même d’entre eux ont Ãtà jusqu’à jeter furti-
vement leur arquebuse à l’eau pour n’avoir pas à agir.

SAINT-DENIS-SUR-RICIIELIEU 395

Les pins habiles tireurs sont sans contredit David
Bourdages (1) et Augustin Lailèche (2). Tous deux
occupent les petites fenêtres du grenier. Ils disposent
chacun de trois fusils, que de mi)ins adroits leur char-
gent. Vers midi, le premier, pas plus Ãraotionnà que
s’il eût tirà à la cible, a allumà sa pipe pour ne se
gêner eu rieti (3). Les autres bons seeondeurs, cha-
cun à sa place de choix, ont Ãtà LÃvi Guertin et
Augustin Carignan dans la chapellerie voisine, Joseph
Courtemanche à la distillerie, le capitaine Blanchard
des Voltigeurs de 1812, le Dr Allaire (4) avec son
frère Pierre (5), PÃrodeau, LÃvi Larue et Louis
Page (6). Ce dernier n’a Ãchappà à la mort que grâce
à une main de papier, que sa femme lui avait ajustÃe
sur la poitrine en guise de bouclier ; une balle s’y est
en effet logÃe assez profondÃment durant le combat (7).

L-i plupart des fusils, que maniaient les Cana-
diens, Ãtaient à pierre. Ils rataient souvent, repous-
saient et ne portaient pas à plus que cinq ou six

(1) — David Bourdages, après avoir fait ses Ãtudes à Nicolet,

a reçu
sa licence d’arpenteur royal. Plus lard, il a Ãtà l’agent des

Deschambault
dans leur seigneurie de Saint-Denis, où il a d’ailleurs passÃ

toute sa vie
{MÃmorial nÃcrologiqiu, dans Le Courrier de SahU- Hyacinthe, I

mai
1883). Tout en exerçant les fonctions ci-de>sus, il a ÃtÃ

constamment
cultivateur à l’Amyot. Le 30 juillet 1855, il ouvre la liste des

maires
de la nou\elle municipalità de sa paroisse. Il est dÃcÃdà le 9

avril
1883, à l’âge de 83 ans. De ses deux mariages avec EmÃlie

Gaouette et
Julie Ledoux, il a eu de nombreux enfants, parmi lesquels Louis,

Ãiîoux
d’Elmire Bousquet, mort à S, -Denis vers 1900, à l’âge

d’environ 50 ans.
SÅ“ur Saint-ThÃodoric, de la CongrÃgation de Notre-Dame, nÃe

Alexan-
drine Bourdages. est la fille de ce dernier.

(2) — Ils avaient tons deux fait leur apprentissage comme chas-
seurs dans les bois des IV et V rangs,

(3) — David, Les patriotes de 1837-1S38, 33.

(4) — Le Courrier de Saint- Hyacinthe, I mai 1SS3,

(5) — Pierre Allaire est le père de l’abbà Pierre-Olivier

Allaire.

(6) — David, Les patriotes de 1S37-1838, 32,

(7) — Ibid., II.

396 HISTOIRE DE

arpents. Les Anglais au moins possÃdaient tous de
bonnes carabines.

En dÃpit de ces apprÃciables disproportions,
l’avantage appartenait aux plus mal partagÃs. Le
capitaine Roussford racontait plus tard à l’appui de
cette assertion que, se trouvant derrière un bâtiment,
il vit s’affaisser un de ses compagnons, blessà mortelle-
ment. Avant de se traîner sous l’Å“il des ennemis
pour le secourir, il crut utile de constater jusqu’à quel
point il y aurait danger à rendre ce service. Il montra
donc un instant sa casquette à la pointe de son ÃpÃe ;
l(irn(|u’i] la retira, elle avait dÃjà Ãtà criblÃe d’une
demi-douzaine de trous (1).

Environ un quart d’heure après le fatal coup de
canon, les insurgÃs eurent à dÃplorer une nouvelle
perte dans la personne de François Dufault. C’Ãtait
un menuisier du village, âgà de vingt-deux ans, fils
d’Augustin Dufiiult et de Marie Gauthier (2), du
quatrième rang. Comme il traversait la rue un peu
plus haut que la maison Saint-Germain en s’y rendant,
il fut atteint et tuà instantanÃment par une balle, que
lord Cocbrane lui avait expÃdiÃe avec sa canne à air
comprimÃ.

Vers le même temps, ITelson, voj’ant de ses gens
s’exposer inutilement dans les rÃsidences de l’autre
côtà de la voie publique, demanda à un de ses lieu-
tenants, Charles-Ovide Perrault, d’aller les avertir de
n’être pas aussi imprudents. Ce dernier Ãtait un bril-
lant avocat de MontrÃal (3) ; malgrà ses vingt-huit

(1) — David, Les patriotes de 1837-1838, T^y

(2) — Registres des baptêvies, mariages et sÃpultures de S. –

Denis, Ã
la date du 25 nov. 1837.

(3) — En sociÃtà depuis l’annÃe prÃcÃdente avec Andrà Ouiniet,
chef des Fils de la libertÃ. La Minei-ve , de MontiÃal, 18 fÃv.

1899. —
David, Les patriotes de iS^-j-iS;^^, 146.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 397

ans seulement, il Ãtait dÃjà membre du Parle-
ment (1). On eut tort de confier une mission si pÃril-
leuse à un homme de cette valeur. Pour comble de
malheur, pendant qu’il se trouvait au milieu du che-
min, il aperçut une si belle occasion de faire le coup
de feu qu’il pensa pouvoir en profiter sans inconvÃ-
nients (2). Mais il paya cher sa faiblesse devant
la tentation, il fut lui-même aussitôt frappà de deux bal-
les ; l’une le blessa au talon, l’autre à l’abdomen (3).
Il n’eut plus ensuite que la force de se traîner jusqu’Ã
la maison du seigneur, un demi-arpent plus haut. C’est
là qu’il a succombà à son mal au milieu de douleurs
atroces, le lendemain matin. Vers trois heures et
demie, après le dÃpart des Anglais, M. Demers est
allà le visiter. Il l’a confessà en pleine connaissance,
lui a administrà l’extrême-onction et appliquà l’indul-
gence in articula mortis. Puis il est restà près de son
chevet à le consoler jusqu’au coucher du soleil. Le
mourant paraissait aussi rÃsignà que souffrant. Il a
Ãtà inhumà à Saint-Antoine dans le caveau de l’Ãglise,
le lendemain de son dÃcès (4). Il Ãtait marià avec
Mathilde Roy (5) et frère de la mère de Mgr
Fabre (6).

M. Lagorce, vicaire de M. Demers et moins impo-
pulaire que son curà auprès des patriotes^ s’est tenu

(i) — Garneau, Histoire du Cana la, III, 342 et 343.

(2) — Lusignan, L’affaire de S. -Denis, dans le Canada-

français, de
QuÃbec, III, 216.

(3) — David, Les patriotes de 1837-1838, 32.

(4) — Registres des baptêmes, mariages et sÃpultures de S. –

Antoine,
à la date du 25 nov. 1837.

(5)-Ibid..

(6) — David, Les patriotes de 1837- 1838, 74, — David,

Biographies
et portraits, 291 à 301. A lire particulièrement la lettre du

curà Demers
à M. Hector Fabre au sujet de l’oncle de ce dernier, le 26 fÃv,

1856 ;
page 298.

398 HISTOIRE DE

une grande partie de la journÃe avec ceux-ci, surtout
dans la maison Saint-Germain et la distillerie. Surve-
nait-il quelqu’accident, il accourait vers la victime
pour lui prodiguer les secours de son ministère (1).
Ce n’est pas qu’il approuvât l’insurrection, il n’Ãtait
que là où son devoir le requÃrait.

Vers midi, Pierre Minette, âgà de trente-un ans,
Ãpoux d’EmÃlie AUard (2) et cultivateur du quatrième
rang, est tuà par une balle dans la maison Saint-
Germain, en s’y montrant à une fenêtre (3).

Un instant après, Antoine Lusignan, âgà de
soixante ans, Ãpoux de Marie Petit (4) et cultivateur
aussi de la paroisse, est atteint de la même manière.
Mais il n’est pas foudroj^Ã. M. Lagorce a le temps de
lui confÃrer l’extrême-onction, avant qu’il expire (5).

Enfin, ennuyÃs des lenteurs du siège, les Anglais
dÃcident l’jissaut du camp des ‘patriotes. Markham est
mis à la tête d’un contingent de braves et il se lance
rÃsolument de la grange dans la direction de la maison
Saint-Germain. Les projectiles .sifflent à ses oreilles,
mais n’importe, il fond toujours. DÃjà il a franchi
plus que la moitià de la distance, lorsqu’il s’arrête
blessà par une balle ennemie (6). Ses camarades le

(1) — Lusignan, L’affaire de S. -Denis, dans le Canada-

français,
de QuÃbec, III, 216.

(2) — Registres des baptêmes, mariages et sÃpultures de S. –

Denis, Ã
la date du 25 nov. 1837. — Le vÃritable nom de famille de Pi^re
Minette est Montigny dit Minet ou Minette. M. Ovila-Pierie de

Mon-
tigny, marchand à MontrÃal sur la rue Sainte-Catherine, est son

petit-
fils.

(3) — David, Les patriotes de 1837-1838, 31.

(4) — Registres des baptêmes, tnariages et sÃpultures de S. –

Denis, Ã
la date du 25 nov. 1837.

(5) — Lusignan, L’affaire de S. -Denis, dans le Canada-

français, de
QuÃbec, 216. — Lettre du curà Deniers à Mgr Lartigue, en date

du i
dÃc. 1837. Archives de Vcvêchà de S,- Hyaci)ithe.

(6) — Garneau, Histoire du Canada, III, 342 et 343. David, Les
patriotes de 1 837-1838, 33 et 34.

SAINT-DENIS-SUR- RICHELIEU 399

saisissent dans leurs bras et se retirent avec lui derrière
une grange plus proche, celle de Jean-Baptiste Pha-
neuf aujourd’hui (1). L’attaque s’exÃcutait à pied,
vers une heure de l’après-midi.

Pendant que les retraitants dÃlibÃraient s’il n’y
avait pas moyen de se reprendre autrement, il arriva
encore un accident fatal pour les insurgÃs. Benjamin
Durocher, qui ne s’Ãtait pas aperçu du pas fait par les
Anglais, crut en entendant du monde parler à la
grange nouvellement occupÃe que c’Ãtaient les siens qui
avaient gagnà du terrain et partit de la distillerie à la
course pour les rejoindre. Lorsqu’il reconnut son
erreur, il Ãtait trop tard, dÃjà les ennemis le tenaient ;
il est tombà à mi-chemin pour ne plus se relever. Il
Ãtait cultivateur de Saint-Antoine, où il a Ãtà inhumÃ
le surlendemain (2).

Du renfort ayant Ãtà fourni aux rÃfugiÃs de la
grange Phaneuf, ils rÃsolurent au nombre de cent-cin-
quante environ de pÃnÃtrer directement dans le village
pour cerner la position des rebelles. Par deux fois ils
s’Ãbranlent pour rÃaliser ce dessein, mais les deux
fois ils reculent. C’est qu’une cinquantaine de non
moins vaillants sous la conduite d’A.ndrà Beauregard
leur coupent le passage. Il y a donc des fusils encore
là ? — Oui, trois ou quatre, juste assez pour persua-
der aux assaillants que les bâtons de clôture que
manient les autres en sont aussi. Le feu mal nourri
de cette troupe improvisÃe suffit pour empêcher le
bataillon d’avancer. Evidemment les lunettes d’appro-
che Ãtaient rares à cette Ãpoque. C’est à l’extrÃmitÃ
nord de la rue du Lion, que la Compagnie des bâtons

(i) — Lusignan, L’affaire Je S.-Dj/iis, dans le Canada-

Français,
III, 216.

(2) — Registres Jes baptêmes, mariages et se’pitltures de

Saint- Antoine,
à la date du 25 nov. 1837.

400 HISTOIRE DE

de clôture accomplit son exploit. Il Ãtait alors près
d’une heure et demie.

A part les groupes Saint-Germain et de la rue du
Lion, il y en avait un troisième, que quelques histo-
riens se sont plus à qualifier de rÃserve (1). Vraiment
ce ne sont pas gens exigeants. S’il n’y a jamais eu
d’autres rÃserves pour sauver une position risquÃe ou
perdue, il ne fallait pas fonder beaucoup d’espoir sur
leurs secours. Cent-vingt-cinq hommes environ se
tenaient eu eifet derrière l’Ãglise ou la maison Bru-
neau (2), mais ils Ãtaient sans chef, comme sans disci-
pline. Ils s’Ãtaient installÃs là d’eux-mêmes, et si les
balles ennemies, qui sifHaient jusque-là , ne les avaient
pas gênÃs, ils n’y seraient pas restÃs longtemps. Le
danger Ãtant devenu imminent, c’est là surtout que
l’on se serait servi de la meilleure poudre dans la cir-
constance, de la bonne et peu coûteuse poudre d’escam-
pette.

Mais, dans son ensemble, quelle est la physiono-
mie de l’action ? Quand on se reprÃsente un combat,
on s’imagine de la fumÃe en abondance et du bruit Ã
ne pas s’entendre. Ici rien de ce tableau. Pas de feu
roulant. Le canon gronde deux ou trois fois l’heure
et les autres dÃtonations ne rÃsonnent que lorsqu’il se
montre quelque tête d’un côtà ou de l’autre. Tout
languit, et c’est là le grand combat, la lutte si vive, le
feu de la mÃmorable journÃe de Saint-Denis.

Ce n’est que vers deux heures de l’après-midi
qu’il y a eu un peu plus d’activitÃ. Alors une centaine
de patrioteSj recrutÃs à Verchères et à ContrecÅ“ur,
viennent de dÃbarquer derrière la distillerie. Une
dÃcharge de mousqueterie à leur adresse, durant leur

(i) — Lusignan, L’affaire de S. -Denis, dans le Cattada-

français,
de QuÃbec, III, 215. — David, Les patriotes de 1837-1838, 29.
(2) — SituÃe à un arpent environ au sud-es-t de l’Ãgiise.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 401

passage de la rivière, a excità leur courage (1). Ils se
rÃpandent un peu à tous les coins, derrière les cordes
de bois et les clôtures, ils ne craignent pas de prêter
parfois le flanc à l’ennemi pour lui procurer les Ãmo-
tions d’un chaud quart-d’lieure. Ceux-ci ripostent avec
autant d’entrain. Pendant une heure environ, l’af-
faire eut l’apparence d’une bonne fusillade à la lisière
d’un bois.

Gore, considÃrant qu’avec tout cela il ne gagnait
rien, rÃsolut de ne pas insister davantage. De plus, il
prÃvoyait que la nuit l’envelopperait bientôt de pro-
fondes tÃnèbres, et il ne voulait pas coucher ailleurs
qu’à Sorel.

Toute la journÃe avait Ãtà sombre. Peu de soleil
et frÃquemment des brouillards. En diffÃrentes repri-
ses, il Ãtait même tombà à peu près un pouce de neige.
A ne pas bouger on grelottait. Cette tempÃrature
n’avait pas Ãtà sans favoriser les rebelles. Il soufflait
aussi un fort vent d’ouest.

Vers trois heures et quart, la retraite fut sonnÃe
dans le camp anglais. Les soldats Ãtaient à bout de
forces, et il leur fallait encore retourner à Sorel à pied
avant de se reposer. Après avoir entassà dans leurs
voitures les deux tiers de leurs morts et de leurs bles-
sÃs, ainsi que le gros des munitions qui leur restaient,
ils se remirent en route pèle-mèle. Les chemins Ãtaient
un peu plus mauvais que dans la matinÃe, Ãtant moins
durs.

Il ne leur fut pas possible de rouler leur canon
plus loin que le ruisseau Laplante, taut la boue adhÃ-
rait à ses roues. Là ils s’en dÃbarrassèrent en le cul-

(I) — Le passeur Ãtait un Roberge, de S. -Antoine ; le coup de
canon, dirigà contre son embarcation durant cette Ãmouvante

navigation,
en a brisà le pont. David, Les patiiotes Je 1837-1838, 34. —

Garneau,
Histoire du Canada, III, 342 et 343.

402

HISTOIRE DE

butant au fond de l’eau, ainsi que cent-cinquante bou-
lets. En deçà , ils avaient laissà dans les fossÃs plu-
sieurs boîtes de cartouches.

Rendus au village de Saint-Ours, les retraitants
furent assez heureux pour rencontrer à son quai un
bateau à vapeur, qui attendait la fin de la bataille
pour continuer à remonter la rivière. On l’obligea de
tourner la proue pour transporter à Sorel les mili-
taires, qui ne se sentaient plus capables de marcher.

Les patriotes auraient pu tirer le meilleur parti de
cette fatigue des soldats en les poursuivant sous un bon
commandement. Bourdages, aidà de quelques compa-
gnons, les a bien harcelÃs jusqu’à leur sortie de la*
paroisse, mais sans infliger beaucoup de mal aux fugi-
tifs. Quant à lui, il y perdit deux de ses camarades,
LÃvi Bourgeois et François Lamoureux, qui furent
victimes du feu ennemi. Le premier Ãtait de Saint-
Antoine (1), l’autre de Saint-Ours (2).

Mais quelles ont Ãtà les pertes anglaises dans cette
malheureuse journÃe du 23 novembre 1837? — Cent-
seize, dit-on, manquaient à l’appel fait à Sorel le même
soir. Sur ce nombre une trentaine Ãtaient morts (3),
et parmi les blessÃs six Ãtaient restÃs sur le champ de
bataille. Ceux-ci, qui s’attendaient à expirer sous les
coups barbares des vainqueurs, ont Ãtà fort surpris de

(i) — LÃvi Bourgeois Ãtait fils de l’Acadien Pierre Bourgeois

venu
des provinces maritimes à S. -Antoine ; sa mèi’e se nommait

Marie-
DÃsanges Littlefield. En mourant, il laissait une veuve (nÃe

Chabot),
une fille et un fils, appelà LÃvi, que S.-AimÃ-sur-Yamaska compte

au
nombre de ses carossiers. Par son frère François, le malheureux

painWe
est le grand-oncle de l’abbà Joseph Bourgeois, curà dans le

diocèse de
Providence, E.-U.-A.. Archambault, GÃncalogic de la famille

Archam-
bauU,y2. et 33.

(2) — F. Lamoureux n’Ãtait âgà que de 17 ans. David, Les

patrio-
tes de 1837-1838, 35.

(3) — Lusignan, L’affaire de S. -Denis, dans le Canada-

français, de
QuÃbec, III, 217. — David, Les patriotes de 1837-1838, 36.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELTEU 403

s’en voir charitablement traitÃs. Ils ont Ãtà aussitôt
confiÃs aux demoiselles Dorraicour (1), qui ont rempli
auprès d’eux l’office de dÃvouÃes SÅ“urs Grises. Ceux
qui ont survÃcu ont Ãtà ensuite rendus à leur famille
ou à leurs amis.

Leurs morts trouvÃs aprës le dÃpart des troupes
ont Ãtà jetÃs à la rivière au nombre d’environ dix. On
affirme que les clercs-raÃdecins les ont repêchÃs et en
ont fait leurs dÃlices. Un seul paraît plus tard avoir
reçu les honneurs de la sÃpulture à Sorel.

<M/\^^Y’Vc)

(I) — David, Les patriotes de 1837-1838, 36. — Filles du Dr

Dot-
micour, elles se nommaient Marie-Louise, âgÃe de 53 ans, et

ThÃrèse
âgÃe de 49 ans. L’une d’elles a passà toute la journÃe du combat

blot-
tie sous le pont de l’Amyoi, où, le soir, elle fut trouvÃe Ã

demi-morte de
peur et de froid.

CHAPITRE XXXIX

Les patriotes après leur victoire. Leurs craintes
du retour des ennemis. Divers travaux de for-
tification contre eux. SÃpulture des victimes
dyonisiennes. La bataille de Saint-Charles.
La dÃbandade gÃnÃrale. 1837.

Combien tristes parmi les patriotes furent les
heures qui suivirent le dÃpart des troupes an^çlaises !
C’est que douze morts fauchÃs dans leurs rangs et une
dizaine de blessÃs les avaient dÃsillusionnÃs pour un
grand nombre. En vÃritÃ, il n’en fallait pas tant pour
enfoncer de pUis en plus profondÃment dans les plaies
du cœur les avertissements si clairs et si rigoureuse-
ment rÃalisÃs de l’autorità religieuse : ” Avez-vous
jamais pensà sÃrieusement aux horreurs d’une guerre
civile ? Vous êtes-vous reprÃsentà des ruisseaux de
sang. . . .?” Sous le poids de ces poignantes impres-
sions, tons, moins les plus ardents, eussent voulu
retourner à leurs foyers ; mais les mains de fer qui les
avaient amenÃs en retinrent plusieurs. ” La patrie,
leur rÃpÃta-t-on, a encore besoin de vous “. Les autres
purent s’en aller.

On su procura un peu de repos, de nourriture
surtout, car depuis le dÃjeuner, dÃgustà à la hâte, on
n’avait rien accordà à son estomac affaibli.

Puis le conseil provisoire de la future rÃpublique
se rÃunit chez Xelson. Il n’y avait plus l’entrain des
jours prÃcÃdents. C’est à peine si quelques-uns osè-
rent prononcer le mot victoire. On avait bien repoussÃ

406 HISTOIRE DE

les forces ennemies, mais on sentait aisÃment que la
rÃsistance ne pourrait se prolonger longtemps. Tout
de même on tâcha de recouvrer un peu de sa vigueur
d’autrefois, et l’on discuta la ligne de conduite Ã
adopter.

ITelson prÃsidait ; autour de lui se tenaient tous ses
compagnons de la veille, moins Papineau et Perrault.
Ce dernier Ãtait mourant dans une maison du voisi-
nage ; l’autre filait vers les Etats-Unis par la voie de
Saint-‘Hyacinthe, de Saint-CÃsaire et d’Iberville (l).
Plus tard, celui-ci est allà rÃsider à Paris, où dans ses
relations avec Lamennais, BÃrenger et Michelet (2) il
acheva de fausser son esprit dÃjà avancÃ.

Sir George-Etienne Cartier, alors Ãtudiant en
droit, assistait à l’assemblÃe ; mais lui, qui ne ]»erdait
pas une occasion de souligner par une chanson impro-
visÃe les faits courants, n’eut pas le courage ce soir-lÃ
d’en composer une sur la retraite de Gore. On y remar-
quait aussi Philippe-NapolÃon Pacaud (3) qui aurait
bien voulu traiter de l’Ãmission des billets de sa future
banque nationale ; mais on avait d’autres questions
plus pressantes à rÃgler.

Comme tous Ãtaient persuadÃs que Gore ne tarde-
rait pas à revenir avec des troupes plus considÃrables
et que, du côtà opposÃ, pouvait poindre à chaque
moment le dÃtachement de Wetherall, on dÃbattit la
proposition de savoir s’il ne serait pas plus sage de
lâcher prise et de se sauver aux Etats-Unis. Après
longues hÃsitations, la majorità dÃcida que l’on ne
devait pas reculer, et l’on avisa aussitôt aux moyens
de garder sa position au moins telle qu’on se l’Ãtait

(1) — David, Les patriotes de 1837-1838, 118. — $4,000

Ãtaient,
promises par le gouveinement à quiconque le livrerait mort ou

vif. Ibid..

(2) — Ignotus, dans La Presse, de MontrÃal, 2 dÃc. 1899.

(3) — David, Les patriotes de 1837-1838, 114 à 130.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 407

crÃÃe. En rÃsumÃ, voici ce qui fut convenu. La
maison Saint-Germain serait conservÃe comme forte-
resse, mais on la protÃgerait au nord pas une palis-
sade. Les chemins du Bord-de-l’eau seraient obstruÃs
le plus possible par des arbres renversÃs ; les ponts,
coupÃs ; et dans tous les sens il serait postà des sen-
tinelles pour prÃvenir des approches de l’ennemi. Des
rÃsolutions on se hâta ensuite de procÃder aux actes.

Tout le reste de la nuit, on travailla activement Ã
la construction de la palissade. Elle fut surtout con-
fectionnÃe des plançons et planches de la première
grange occupÃe par les Anglais ainsi que de divers
autres matÃriaux que rÃunissait Madame Saint-Ger-
main en vue de la prochaine Ãrection de nouveaux
bâtiments. A sa base extÃrieure on avait creusà un
fossà et disposà sa terre de manière à consolider la
muraille. Haute de sept à huit pieds, celle-ci courait
sur une longueur d’environ un arpent.

En même temps, quelqu’un alla afiaiblir les lam-
bourdes du pont Laplante de façon qu’il ne s’ef-
fondrât que sous une charge aussi lourde que celle
d’une tête de bataillon. Un nommà Baron fut envoyÃ
en exÃcuter autant au pont du bas de l’Amyot.

La plus forte partie des ormes et des peupliers
du haut du village furent culbutÃs sur la voie publi-
que. Les environs de la route furent Ãgalement
embarrassÃs. Une grange, dans le même endroit, fut
de plus percÃe de meurtrières et transformÃe en petite
forteresse pour l’Ãventualità d’une attaque de la part
de *Wetherall. Puis on prodigua les gardes sur diffÃ-
rents points du haut et du bas de la paroisse, et. . . .
ce fut tout.

Quand ces mesures de notre bureau de guerre
eurent Ãtà prises, il se reposa avec confiance, car il se

408 HISTOIRE DE

croyait suffisamment prêt à recevoir n’importe quelle
belliqueuse visite.

Le surlendemain du combat, pendant l’attente, eut
lieu la cÃrÃmonie fanèbre de l’inhumation des morts de
Saint-Denis. Rien de pins attristant que le spectacle
alors oifert aux parents et amis. Pas de prières Ã
l’Ãglise. On transporta les corps directement en terre,
pendant que le vicaire rÃdigeait à la sacristie les attes-
tations officielles de leur sÃpulture (1). Tous, au
nombre de six, ils ont eu leur fosse commune dans la
partie non bÃnite du cimetière. Le septième les y a
rejoints au printemps.

Quant aux blessÃs des diffiirentes paroisses, ils se
rÃtablirent, moins un. LÃvi Larue a Ãtà atteint à la
hanche gauche et à la main du même côtÃ, Augustin
Carignan à la figure. Pierre AUaire a reçu dans la
bouche une balle qui lui est sortie par la joue droite.
Jean-Baptiste Duprà et Jean-Baptiste Patenaude ont
Ãtà frappÃs chacun à la jambe. Larue et Patenaude
seulement Ãtaient de la paroisse. La gangrène s’Ãtant
introduite dans la plaie de ce dernier, ce fut lui qui
mourut à la tin de l’hiver. Carignan Ãtait de La PrÃ-
sentation, Allaire, de Saint-Antoine, et DuprÃ, de
Saint-Ours. Les autres blessÃs n’ont emportà dans
leurs personnes que d’insignifiants souvenirs de
rÃchautïburÃe.

Le jour même de l’enterrement des patriotes
dyonisiens, se jouait au village de Saint-Charles le
suprême enjeu de la rÃvolte dans une bataille aussi
meurtrière que dÃcisive pour le rÃsultat gÃnÃral. de
la nÃfaste entreprise (2) ; l’Ãcrasement fut complet.
Heureusement pour Saint-Denis que peu de ses hom-

(1) — Registres des baptêmes, i/iariages et sÃpultures de

Saittt-Denis,
25 nov. 1837.

(2) — D.ivid, Les patriotes de 1837-1838, 37 à 42.

I. – MAIRES DE S.-DENIS (Pag’e 448).

1! >ui liages

Snint-Jacques

V. l’ararli.s

Cordeau

^raillet

i

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 409

mes y prenaient part. NÃanmoins l’un d’eux, Isaac
Fontaine, âgà de vingt-deux ans, tils de Louis Fon-
taine et do Geneviève Dandenault, y fut tuà (1).

Erown, aprës sa dÃfaite, s’en vint coucher au
quatrième rang de la paroisse, chez Toussaint Angers,
beau-père de l’ancien rebouteur Dragon.

Ce jour-là , samedi, 25 novembre, les religieuses
delà CongrÃgation, dans la crainte d’une irruption
des troupes de ^Vetherall, envoient leurs Ãlèves en
sûretà à Saint-Antoine, et elles-mêmes partent pour le
troisième rang (2), oii une famille leur a offert l’hos-
pitalitÃ. Le soir, le curà se dirige aussi vers le troisième
rang. Il se retire de son côtÃ, avec sa mère, chez
SÃraphin Bourque. Avant de s’Ãloigner du presby-
tère, il avait enfoui les vases sacrÃs et cachà non
moins soigneusement les autres argenteries et les orne-
ments de l’Ãglise, ainsi qu’une partie du linge et les
archives (3).

Le lendemain, dimanche, il n’a pas Ãtà cÃlÃbrà de
messe dans la paroisse (4).

M. Deniers, en s’exilant, fuyait autant les ^^rt^m^es
que les Anglais. Il n’avait jamais cherchà qu’à les
dissuader de leur folle entreprise et Ãtait même par-
venu à en dÃtacher un bon nombre de leur parti.
Jamais il n’avait consenti à leur accorder l’argent de
la fabrique. Ensuite : ” Depuis dix jours, Ãcrit-il Ã
son Ãvêque le premier dÃcembre, j’ai continuà à m’at-
tirer l’indignation de certains patriotes, parce que j’ai

(1) — Registres des lyaptà nus, mariages et sÃpultures de

Saii.t-Charles,
27 nov. 1837.

(2) — Lettre du curà Uenieis à M<;r Lartigue, à la date du 9

dÃc.
1837. Archives de NvÃehà de S.- Hyacinthe.

(3) — Ibid..

(4) — lettre du curà Deniers à Mgr Lariigue, à la date du i

dÃc.
1S37. Aichizes de PciÃchà de S. â– Hyacinthe.

410 HISTOIRE DE

refusà que mon garçoi^ prît les armes, et que je n’ai
voulu prêter ni mon cheval. . ., ni pioches, ni bêches
pour les retranchements ” (1).

De plus, dans raprès-raidi du dimanche qu’il a
passà au troisième rang, il a tentà une nouvelle dÃ-
marche, qui a encore montà contre lui l’opinion des
partisans de la rÃbellion. ” Dans l’intÃrêt de l’huma-
nitÃ, dÃclare-t-il, et pour sauver le village de sa ruine
entière, je fis communiquer aux combattants une let-
tre de M. Gugy par laquelle il me demandait d’em-
ployer mon influence pour engager les gens à retour-
ner dans leurs foyers, s’ils ne voulaient pas que les
plus grands malheurs tombassent sur le village. Cette
lettre eut un tel effet que, le lundi matin, tous les
piquets Ãtant dÃsertÃs, et très peu de gens restant,
les chefs crurent devoir prendre la fuite. Les armes
furent serrÃes, les ponts rÃparÃs et les retranchements
dÃtruits” (2).

Le curà n’avait pas attendu les dernières consÃ-
quences de son acte pour se mettre à l’abri des coups
de ses adversaires. D’ailleurs il avait Ãtà informà dès
le vendredi prÃcÃdent que l’on devait le piller. En
proie à ces pÃnibles impressions, pas plus tard que le
dimanche soir, il s’enfuyait à Saint-Aimà (3).

Le premier dÃcembre, de cette dernière paroisse
il Ãcrivait à Mgr Lartigue : ” On me fait dire que je
fais bien de me tenir ÃloignÃ. . . . Aussitôt que cette
fureur sera passÃe, je retournerai à mon poste. Pour
comble de malheur, M. Lagorce, sur qui je comptais
pour avoir soin du troupeau dÃsolÃ,. . . s’est sauvà de
terreur ” (4).

(I ) — Archh’es Je Phêchà de S.-H^’acinthe.

(2) — Lettre du curà Deniers à Mgr Lartigue, à la date du i

dÃc.
1S37. Archives de rÃ-vêchà de S.- Hyacinthe.

(3) — Ibid..

(4) — Ibid,.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEIT 4 1 1

NÃanmoins îTelson, qui s’Ãtait Ãclipsà avec Mes
antres chefs de l’insurrection, reparut le mardi matin,
28 novembre, et rÃussit à assembler encore un petit
groupe d’hommes, qu’il continua à tenir sur pied jus-
qu’au samedi, 2 dÃcembre (1). Alors, sentant sa
cause irrÃmÃdiablement perdue, il dÃguerpissait pour
ne plus revenir. A tous les compagnons d’infortune
qu’il rencontrait sur la route, il se contentait de rÃpÃ-
ter : ” Courage, mes amis “. A l’un d’eux il ajouta
que s’il avait seulement encore vingt hommes avec lui
il ne s’en irait pas.

Au cours de ses dix longs jours de pÃr>’grina-
tions, ” il eut à supporter toutes les tortures du froid,
de la faim et de rinqniÃtude, dÃambulant la nuit Ã
travers les bois, dans l’ean et la boue jusqu’aux genoux,
se cachant le jour, obligà quelquefois de revenir sur ses
pas pour ne point tomber au [»ouvoir des volontaires,
d’avoir recours à toute espèce de subterfngos pour se
procurer un peu de vivres. Une couple de fois, il
faillit pÃrir en traversant des ruisseaux ou des
marais ” (2). Malgrà toutes ces prÃcautions, il fut
capturà le 12 dÃcembre. Il a Ãtà ensuite quelque
temps incarcÃrà à MontrÃal, puis il a Ãtà exilà aux
Bermudes (3), d’oii il a pu passer aux Etats-Unis et
de là au Canada, en 1844. 11 est mort à MontrÃal,
en 1863, îi.prcs y être constamment restà depuis son
retour au pays (4).

(1) — Lettre du curà Deniers à Mgr Lariigue» A la tlate du 9

clêc
1837. Archives de l’cvfchê de S.-flYiiciittke.

(2) — David, liioi^rapkks et portraits, 283.

(3) — David, L’union des deux Ciinadas, 57.

(4) — David, Biographies et pjrtroits, 283 à 290.

I

CHAPITRE XL

La revanche anglaise. Sa cruautà barbare. Les
incendiaires. Les prisonniers. Le contre-coup
des troubles, en 1838, ApprÃciation gÃnÃrale
de la rÃbellion ; ses consÃquences. 1837-1838,

Pendant (\ue \es jyatrîotes Ãtaient si loin de jouir
de leur victoire, les Anglais prÃparaient la revanche.
Gore et ses soldats, furieux de l’Ãchec du 28, brûlaient
d’en ensev^elir la mÃmoire sous nu amas de cruautÃs de
leur acabit (1). Ce n’est pas par des actes de bra-
voure, en eftet, qu’ils veulent racheter leur couardise,
c’eût Ãtà montrer trop de noblesse ; ils demandent du
renfort, et c’est quand ils seront onze cents qu’ils
s’avanceront avec intrÃpidità sur un village dÃsert (2).

Ils sont entrÃs de plain-pied dans le bourg de
Saint-Denis, dimanche, le 3 dÃcembre. Il n’y avait
plus personne pour leur opposer de la rÃsistance.

Dès leur arrivÃe, les officiers, comme gens chez
eux, parcourent les rues en marquant les maisons du
nombre de militaires qu’elles devront loger. Ils ne
consultent pas, ils crayonnent les chiôres sur les por-
tes ; et les projiriÃtaires n’auront qu’à voir pour se
soumettre. Le couvert et la nourriture seront gratuits.
La plupart n’ont pas même eu la politesse de remercier
en partant. Dans la località l’on n’Ãtait guère habituÃ
à ce sans-gene.

(1) — l.ubignan, L\i§’aire de Saint- Denis, dans le Catiada-

fraitçais^
de QuÃbec, III, 219.

(2) — Garneau, Histoire du Ciutada, III, 347.

414 HISTOIRE DE

Mais, dans les circonstances, il ne fallait pas s’at-
tendre à recevoir seulement des mal-ÃlevÃs ; les intrus
Ãtaient, avant tout, des orgueilleux blessÃs au pins
sensible de leur être. Dans ce cas, ce n’Ãtait certaine-
ment pas à eux d’user de la verge, ou du moins ils no
devaient pas la saisir si vite. Est-ce quand un père est
encore aveuglà par la colère (ju’il doit cliâtier son
enfant maintenant soumis ou impuissant? Non, il
n’est pas assez riiisounable à ce moment ; et cepen-
dant c’est bien ce que n’a pas craint d’exÃcuter le gou-
vernement de 1837.

De plus, il avait formulà des promesses eu faveur
de ceux qui abai>donneraient la partie, et presque
tous s’Ãtaient rendus à son invitation ; mais quand il
s’est senti maître, il n’a plus tenu compte de ses enga-
gements. Le curÃ, qui avait cru t\ sa parole, en fut.
fort attristà : ” Quoiqu’ai>rès le feu de Saint-Charles,
dÃclare-t-il, M. Grugy m’eût Ãcrit — et envoyÃ. . . une
proclamation signÃe par Cl. Eden — d’employer mon
influence pour qu’on ne fît aucune rÃsistance, la lettre
et la proclamation portant qu’on Ãpargnerait les per-
sonnes paisibles, et qu’on i)rotÃgerait les maisons:
ouvertes et où il n’y aurait point d’armes ; cependant,
malgrà que les troupes n’ait rencontrà aucune rÃsis-
tance, Saint-Denis a Ãtà traitÃe comme une ville prise
d’assaut. Des hommes paisibles, des femmes et des
vieillards. . ., conliants dans les promesses. . . faites,
ont eu tout à craindre de la brutalità et de la fÃrocitÃ
de ces troupes, et plusieurs ont quittà leurs maisons par
les mauvais traitements qu’ils y ont reçus. Les mal-
heurs de ce villaore sont extrêmes!… Toutes les
maisons. . . ont Ãtà livrÃes au pillage, et plusieurs sont
iulogeables” (1).

(I ) — Lettre du curà Deniers à Mgr Larttî;ue, à la date du

9 dÃcem-
bre 1837. Archives de PÃvêchà Je S,- Hyaciiiihi.

SAINT-DENIS-SUR-RICUELIEU 416

Mercredi, \ô 6 dÃcembre, M. Demers, revenu de
Saint-François-dii-lao, où il s’Ãtait rÃfugià après un
court sÃjour ;\ Sainf-AirnÃ, rentre dans son presbytère,
que les soldats avaient jusque-là occupà (l) comme les
antres rÃsidences. ” J’ai Ãtà pillà considÃrablement,
constate-t-il, et ils ont levà le plancher du grenier, et
forcà les portes et les tiroirs. Si le cofFre-fort fut restÃ
au presbytère, il n’y serait assurÃment jilus. Par les
prÃcautions que j’avais prises,… l’Ãglise… ne souf-
frira pas une grande perte. Les portes des taber-
jiacles ont Ãtà forcÃs, tous les coffres et armoires
ouverts ” (2).

Une journÃe avant l’Ãvacuation du presbytère, le
couvent avait Ãtà Ãgalement remis aux religieuses (3),
<i leur retour du troisième rang. Leurs Ãlèves no tar-
dèrent pas à les rejoindre.

Pendant que la masse des militaires s’amusait au
village à torturer les habitants et à causer toutes sor-
tes de dommages, des brûlots parcouraient la campa-
gne la torche à la main. Une quinzaine de maisons
de la paroisse, sans compter les autres bâtiments, s’af-
faissèrent au milieu des flammes allumÃes par leurs
mains malfaisaiites (4). Tous les Ãdifices appartenant
à Kelson ont Ãtà impitoyablement dÃtruits et, comme
par sa banque de la distillerie, il dÃtenait beaucoup de
biens des autres, plusieurs perdirent avec lui du morne
coup. Sa rÃsidence, au coin nord-est des rues Yamaska
et Saint-Denis, et la distillerie elle-même ont Ãtà incen-
diÃes le dimanche ; puis les constructions de ses qua-
tre fermes du Bord-de-l’eau et de l’Amyot ont eu leur
tour. Mais au prÃalable, chemin faisant, on avait

(I) — Lettre du cuià Deniers à Myr Lariiguc, à la date du 9

dÃcem-
bre 1837. Archives Je l’ crèche de S. -Hyacintkt.
(2)— Ibid..

(3) — Ibid..

(4) — Ibid..

416 HISTOIRE DE

mis le feu à la propriÃtà du capitaine François Jalbert,
un [)eu en bas du village. Quelques-unes des autres
victimes des incendiaires ont Ãtà Guillaume Dillaire (1)
et François Lambert, tous deux du village.

Jean-Baptiste Masse (2) et Louis Page, quoiqu’ils
n’aient pas eu la douleur de voir rÃduire leurs demeu-
res en cendres, ont eu particulièrement à souffrir du
vandalisme des ennemis. Leurs magasins ont Ãtà littÃ-
ralement dÃvastÃs. Tous les barils, remplis de liquides,
ont Ãtà ÃventrÃs et vidÃs, exceptà quand c’Ãtait du
bon rliuïn ou d’autres boissons prisÃes ; alors on s’en
enivrait pour mieux continuer son rôle de saltim-
banque.

Ce qu’on a exÃcutà au presbytère, on l’a fait ail-
leurs en renchÃrissant. On dÃchirait les habits, on per-
çait les chapeaux, on jouait du couteau un peu
partout.

C’est pendant ce premier sÃjour des Anglais Ã
Saint-Denis qu’a commencà la chasse aux prisonniers.
Toutefois ils n’ont pu alors arrêter que Christophe
Phaneuf. Un nommà FrÃcbette, du village, est par-
venu à leur Ãchapper en fuyant dans les bois du qua-
trième rang, après avoir eu son cheval tuà sous lui
entre l’Amyot et le troisième rang. François-Xavier
Rolland, pour sa part, a rÃussi à se sauver à Saint-
Barnabe sous une lÃgère charge de paille. Là -bas, il
s’est tenu quatre mois cachà chez Jean-Marie Richard,
d’où il correspondait avec sa famille sous le pseudo-
nyme de Garand.

(1) — Ce Diliaire Ãtait fils de Guillaume Dillaire. Celui ci,

venu
d’Allemagne au Canada en qualità de militaire à la fin du i8e

siècle, se
maria à MontrÃal, où il a ensuite vÃcu le reste de sa vie.

Guillaume,
fils, est arrivà à S. Denis, vers 1825, et Guillaume Dillaire,

troisième du
nom, actuellement domicilià au village dyonisien, est son petit-

fils.

(2) — Lusignan, L’affaire de S.-Denis, dans le Canada-

français, de
QuÃbec, III, 219.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 417

Dans la suite on a capturà une vingtaine de prison-
niers parmi les paroissiens de Saint-Denis. En voici
la majeure partie de la liste avec la date de l’incarcÃ-
ration : Phaneuf, le 4 dÃce-nbre ; Pierre Bourgeois, le
9 dÃcembre ; Nelson et François Jalbert, le 12 dÃcem-
bre ; Modeste Roy, le 20 dÃcembre; et dans l’annÃe
suivante, Marcel Cordeau, Pierre ‘Mondor et Edouard
Besse, le 17 fÃvrier; Louis Lnssier, François Mignault,
Jean-Baptiste Lussier et Jean-Baptiste VallÃe (1), le
30 avril ; Louis Brodeur et Joseph Fontaine, le 12
novembre. Les autres nous sont inconnus (2).

De tous les insurgÃs de Saint-Denis, un seul,
Nelson, a Ãtà exilÃ. Mais beaucoup d’autres sont allÃs
manger le pain de l’Ãtranger pour Ãviter la dÃtention.
Le plus grand nombre d’entre ceux-ci est revenu après
l’amnistie.

Enfin, le vendredi 8 dÃcembre 1837, les troupes
jugèrent à propos de s’Ãloigner. Elles Ãtaient demeu-
rÃes six jours dans la localitÃ. Sous prÃtexte de rÃta-
blir la paix dans un pays tout pacifiÃ, elles poursui-
virent leur marche sur Saint-Hyacinthe par Saint-
Charles, en suivant la rivière jusque-là (3).

Il reparut ensuite plusieurs fois des dÃtachements
dans le cours de l’hiver, mais ils ne firent que passer.
Aucun ne stationna dans la paroisse, quoiqu’on eût

(1) — Borthwick. RÃbellion de 1837-1838, 67 à 89.

(2) — Tous les prisonniers sus-nommÃs furent relâchÃs, le 28

juin
1838, moins Nelson, Jalbert, les deux Lussier et Mignault. Ceux-

ci ne
recouvrèrent leur libertà que plus tard. Le même jour, Nelson

Ãtait
condamnà à l’exil, aux Bermudes ; Papineau et Cartier, qui

s’Ãtaient
ÃchappÃs, ne pouvaient plus remettre le pied au pays sans être

sujets Ã
la peine capitale. David, Les patriotes de 1837- 1838, 63 à 70.

(3) — “Tous les sold.ats qui Ãtaient ici (à S. -Denis) sont

partis,
hier, pour le haut de la rivière “. Lettre du curà Demers à Mgr

Larti-
gue, à la date du 9 dÃc. 1837. Archives de VÃvÃchè de S, –

Hyacinthe.

418

HISTOIRE DE

sougà à cette vaine dÃpense (1). NÃanmoins les allÃes
et venues des soldats Ãtaient inÃvitablement accompa-
gnÃes de vexations nouvelles. C’est ainsi que l’on a
tuà cinq ou six oies chez Jean-Baptiste Gaudette, de
l’Amyot, pour s’en emparer ; que, chez son voisin
Charles Lebeau, on a forcà le propriÃtaire à porter Ã
Saint-Hyacinthe un beau bÅ“uf à l’engrais, deux ou
trois tinettes de beurre et deux quartiers de mouton.
Tout cela s’ordonnait en vertu du droit du plus fort,
sans indemnitÃ. Et l’on accourait toujours à la pre-
mière alarme, tant on Ãprouvait de plaisir à maltraiter
cette population (Kyà trop punie. Le juge de paix
Firmin Perrin, de Saint-Antoine, les manda au moins
une fois.

HÃlas ! quajid donc sera expià le pÃchà de la
rÃvolte ? Quand finira la rÃpression ? On y mêle tant
de cruautÃ, tant de sauvagerie qu’elle achèvera bien-
tôt de rendre le soulèvement excusable sinon justi-
fiable (2).

C’est par la rÃpression que l’on a donnà une
importance capitale à ce qui n’avait Ãtà qu’une aven-
ture de quelques-uns comparÃs à la masse de tout le
peuple (3).

Après le dÃpart des troupes, les gens du village,
remarque le curÃ, ne re%’enaieut pas vite à leurs domi-
ciles (4) ; mais ils efi:ectuaient tout de même leur
retour. Que de ruines à relever avant de reprendre
l’ancien train de vie ! Plusieurs ne retrouvèrent que les

(1) — Le curà Deniers Ãcrit à Mgr Lartigi.;e, le 9 dÃc. 1837 :

” Le
commandant m’a dit qu’une compagnie devait rester stationnÃe ici,

cet
hiver “. Archives de VcTcchà de S.- Hyacinthe.

(2) — Bourassa, dans La Presse, de MontrÃal, 24 oct. 1899.

(3) — Suite, Histoire des Canadiens-français, VIII, 124.

(4) — Lettre du curà Deniers à Mgr Lartigue, à la date du 9

dÃcem-
bre 1837. Archives de Vcvêchà de S.- Hyacinthe.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 419

quatre murs dÃnudÃs de leurs demeures tant ils avaient
Ãtà pillÃs avec acharnement.

Durant le travail de rÃinstallation des gens, le
curà Ãtait en correspondance avec son Ãvêqiie pour
connaître son devoir ;\ leur Ãgard au point de vue de
la conscience. Combien il les plaignait de s’être
jetÃs dans une pareille galère ! Il semblait maintenant
avoir pour eux plus de pitià que d’accusations. A la
demande d’une ligne de conduite, l’Ãvêque lui rÃpond
le 19 dÃcembre : ” Le grand nombre de coupables. . .
ne saurait être une raison pour ne pas les regarder
comme grandement criminels et scandaleux. . . Quant
à la rÃparation du scandale. . . donnà en excitant à la
rÃvolte, ou y participant, elle peut se faire en signant
une adresse commune à la reine, en tÃmoio-naore de
loyautà et de dÃsapprobation de la rÃbellion. C’est ce
que vous devez favoriser de votre mieux. . . ., comme
la plupart des paroisses le font actuellement…. Ce
n’est qu’une faible excuse pour ceux qui ont portà les
armes contre le gouvernement de dire qu’ils y ont ÃtÃ
forcÃs par menace…. Les menacÃs n’avaient qu’Ã
s’entendre entre eux et à se coaliser contre les mena-
çants pour se dÃfendre ” (1).

ConformÃment à cette direction, quelques jours
plus tard, une adresse fut unanimement signÃe à Saint-
Denis pour porter à la connaissance de la reine le regret
que ressentaient les gens de s’être soulevÃs contre
elle. C’est ainsi que s’acheva la rÃaction tant dans
les esprits que dans la conduite de chacun.

Environ un mois après cet ÃvÃnement, les autori-
tÃs envoyèrent des agents ramasser toutes les armes
qui pouvaient rester entre les mains des habitants,
mais c’Ãtait là une prÃcaution inutile. A. Saint-

(i) — Arcknes Je P archevêchà de MontrÃal.

420 HISTOIRE DE

Denis, ou ne songeait plus à rÃpÃter l’expÃrience ; on
en avait assez. Les fusils confisquÃs n’ont jamais ÃtÃ
restituÃs.

L’hiver qui suivit les troubles a Ãtà bien pÃnible
dans la località dyouisieune (1). L’Ãvêque avait bien
raison de leur rappeler qu’on aurait tout gagnà Ã
l’Ãcouter. A eux, comme à beaucoup d’autres, il
Ãcrivait dans un mandement, en date du 8 janvier
1838 : ” Quelle misëre. . . ., quelle dÃsolation . . . .,
depuis que le flÃau de la guerre civile a ravagà cet
heureux et beau pays, où rÃgnait l’abondance…,
avant que des brigands et des rebelles eussent, à force
de sophismes et de mensonges, Ãgarà une partie de la
population….? Que vous reste-t-il de leurs belles
promesses, sinon l’incendie de vos maisons. …, la
mort de quelques-uns de vos amis et de vos proches,
la plus extrême indigence pour un grand nombre
d’entre vous ! Mais surtout, pour plusieurs, la honte
d’avoir, . . mÃconnu la religion sainte, qui vous dÃfen-
dait avec tant d’Ãnergie de pareilles attentats, d’avoir
Ãtà sourds à la voix de la conscience qui, malgrÃ
l’Ãtourdissemeiit des passions, rÃclame toujours contre
les dÃsordres : ah ! voilà spÃcialement ce qui doit
rÃpandre l’amertume dans vos âmes ; voilà ce que
vous devez dÃplorer encore bien plus que la perte des
biens matÃriels?” (2).

La surexcitation du moment s’Ãtant Ãvanouie,
on pouvait mieux comprendre. C’est alors que les
diocÃsains ÃprouvÃs ont dû se retremper dans la rÃso-
lution d’être plus obÃissants à l’avenir. Quand Dieu
en a placà sur la montagne pour voir plus loin et prÃ-

(1) — M. Demers Ãcrivait à Mgr I>artigue, le 9 dÃcembre 1837 :
” La misère va être oJreiise dans celte pauvre paroisse “.

Archives de
Vtvêchà de S.- Hyacinthe.

(2) — Lamarche, Maudeineiits des Ãvoques de MontrÃal, l, 24 et

25.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 421

venir du danger, ce sont ceux-là qu’il faut Ãcouter et
non pas ceux qui sont dans la plaine.

C’est en 1849 que l’amnistie entiëre a Ãtà accordÃe
à tous les inculpÃs de 1837, aussi bien qu’à ceux de
1838 (1). La même annÃe, a Ãtà votÃe l’indemnitÃ
pour la ” destruction injuste, inutile ou malicieuse des
habitations, Ãdifices et propriÃtÃs des habitants ” (2),
ainsi que pour ” la saisie ou l’enlèvement de leurs
biens et eflets ” (3). A Saint-Denis, Page a reçu
quelque chose et Biliaire, deux mille piastres. Plu-
sieurs autres ont pÃtitionnÃ, mais peu ont Ãtà assez
heureux pour obtenir.

Au commencement de l’automne J838 eut lieu le
contre-coup des troubles de l’annÃe prÃcÃdente. Cette
fois on avait cru devoir prÃparer les plans et leur rÃa-
lisation dans les antres tÃnÃbreux de sociÃtÃs secrëtes
organisÃes pour la circonstance. Saint-Denis eut son
essai de loge ; mais, comme dans la paroisse on n’Ãtait
pas d’humeur à se replonger dans le deuil, il ne fut
pas couronnà de succès.

Le 16 octobre 1838, le curà renseigne l’Ãvêque Ã
ce sujet : ” Je crains, dit-il, qu’il n’y ait eu ici des
sociÃtÃs secrètes , cependant il n’en a pas encore assez
transpirà pour que je puisse l’assurer. Il court tou-
jours des bruits alarmants. Les gens veulent croire
qu’il y aura, sous peu, quelque coup ” (4).

En effet, les habitants de Chambly, de Marieville,
de Saint-Hyacinthe et des environs s’agitaient. Un
jour leur avait Ãtà assignà pour la prise de Sorel, où le
gouvernement entretenait une garnison et toutes les
munitions nÃcessaires à l’armement d’un bataillon.

(1) — Turcotte, Le Canada sous P Union, I, 173 ; II, 65 et 90

(2) — Ibid., II, 91 à 117.
(3)-lbid..

(4) — Archives de rÃvÃche’de S.- Hyacinthe.

422 HISTOIRE DE

Le rendez-vous Ãtait fixà sur les bords du Richelieu, Ã
Saint-Charles, à Saint-Denis et à Saint-Ours. Ils y
arrivèrent dans la soirÃe du samedi 3 dÃcembre.

” Vous savez sans doute, Ãcrit le curà à l’Ãvêque,
à la date du 5 suivant, que, depuis samedi, les patriotes
de ces quartiers ont recommencà leur agression
armÃe. . . . Depuis plusieurs jours. . . ., il courait des
nouvelles alarmantes. . . Avant-hier, le coup Ãclata,
et. . . l’on nous rapporta qu’une troupe de six cents
hommes occupait le village de Saint-Charles, et qu’ils
y avaient fait prisonniers cinq ou six individus
qu’ils regardaient comme nuisant” à leur cause.
Mais… cette troupe ne se montait qu’à deux cents
hommes, partie armÃs ; et dans la nuit elle fut renforcÃe
par une centaine d’autres. Dans cette nuit (du 3 au 4
novembre), je cachai les Saintes-Espèces avec les
argenteries de l’Ãglise et des argents de la fabrique.
Les Sœurs et leurs enfants se rendirent au presbytère.
Cette troupe que l’on croyait devoir venir coucher,
cette nuit, au village, heureusement pour nous, s’ar-
rêta dans les maisons du haut de la paroisse. On leur
avait dit que deux mille hommes, d’autres endroits,
couchaient au village, tantlis qu’il n’y en avait pas un
seul. Nous avons passà tristement le jour de la fête
patronale (dimanche, 4 novembre). Je dis une basse
messe, à sept heures et demie, où je consommai les
Saintes-Espèces. Ces trois cents hommes sont restÃs
dans les mêmes maisons, toute la journÃe du diman-
che ; et chacun d’eux cette nuit (du 4 au 5), je crois,
est retournà chez soi. Ce matin, on est venu m’an-
noncer que la troupe avait quittà le haut de la
paroisse. On faisait entendre à tout ce monde qu’on
les armerait ici. Les habitants de Saint-Denis ont
montrà la disposition de rester tranquilles,. . et je les
crois sincères. Hier et aujourd’hui, on faisait monter

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 423

à cinq ou six cents le nombre des combattants rendus
au village do Saint-Ours. L’homme de la malle en y
passant, ce matin, en a estimà le nombre à deux-cent-
cinquante, dont peut-être la moitià armÃs. Je n’ai
pas encore entendu dire qu’ils se fussent dissipÃs.
Dans notre village beaucoup de personnes ont enlevÃ
de leurs maisons leurs effets. Je n’ai encore rien fait
sortir. On dit que les gens de Saint-Antoine ne veu-
lent point s’insurger” (1).

A Saint-Denis, on ne fut tÃmoin de rien de plus.
Même ïl n’y eut pas la moindre entreprise tentÃe con-
tre Sorel. Tout dans le district est bientôt rentrà pour
toujours dans la douce paix d’autrefois. Ce second
mouvement a eu plus d’importance dans les comtÃs du
sud, notamment dans ceux de Huntingdon et de
Châteauguaj.

Les rÃsultats de l’insurrection de 1837 et de 1838
ont Ãtà minutieusement discutÃs. Quelques-uns les
ont dÃclarÃs bons, d’autres mauvais. Ce qu’il y a
d’incontestable, c’est que la rÃvolte a eu pour un de
ses effets de hâter l’union des deux Canadas, que nos
ennemis dÃsiraient depuis longtemps (2). Par là le
Haut-Canada, qui s’Ãtait soulevà comme le Bas, bÃnÃ-
ficiait de tout ce qu’on arrachait à celui-ci. triste

(1) — Archives de Pe’z-Ãchc de Saint- Hyacinthe.

(2) — Garneau, Histoire du Canada, III, 351 et 353. —

Tardive!
Ãcrivit d^ns son journal La VÃritÃ, de QuÃbec : ” vSi c’Ãtait

possible,
nous voudrions voir le Canada français retourner à la condition

oii il
Ãtait avant la nÃfaste union de 1840 ; colonie, anglaise, mais

indÃpen-
dante et complètement sÃparÃe du Canada anglais. Sans la triste

et
coupable ÃchauffourÃe de 1837-1838, nous aurions peu à peu

conquis,
par l’agitation constitutionelle, notre libertà vis-à -vis de

l’Angleterre, et
enfin, dans la plÃnitude des temps, notre complète autonomie

nationale ;
et nous n’aurions pas Ãtà asservis, sous prÃtexte d’union, puis

de confÃ-.
dÃration, à nos vÃritables ennemis, nos ennemis sÃculaires, les

Boston-
nais, devenus les soi-disant Anglais du Canada. C’est en 1837 que

la
grande faute nationale a Ãtà commise”. XVII, No 16, p. 6.

424 HISTOIRE DE SAINT-DENIS

justice humaine ! L’un avait mÃrità de grandir, l’au-
tre de mourir, et cela exactement pour le même
mÃfait (1). Car, ne l’oublions pas, ce mariage hybride
des deux provinces avait pour but de donner le coup
de grâce aux Canadiens-français ; si cette fin n’a pas
Ãtà atteinte, ce n’est pas l’Union qu’il faut en remer-
cier (2).

Aujourd’hui quand les gens de Saint-Denis parlent
de la journÃe du 23 novembre 1837, ils n’emploient
jamais le mot de glorieux fait d’armes ; mais d’un
autre côtà on les entend souvent prononcer ceux
d’ÃchauffourÃe et de vilaine ÃquipÃe.

Un jour, dans le temps où les victimes survivan-
tes de l’Ãpisode nÃfaste Ãtaient nombreuses, se tenait
une grande assemblÃe politique à la porte de l’Ãglise.
Tout s’y passait fort paisiblement, lorsque l’un des
orateurs voulant faire flèches des souvenances d’antan
commença une longue pÃriode pour exalter ces cou-
rageux, qui n’avaient pas craint d’exposer leur vie
pour la patrie. Il n’avait pas terminà sa phrase que
lÃs huÃes l’obligaient à descendre de la tribune (3).

Yoilà le jugement des paroissiens de Saint-Denis,
les plus intÃressÃs pourtant à n’être pas sÃvères, dans
l’apprÃciation de ce qu’un bon nombre voudraient
coûte que coûte leur imputer à gloire.

(g- -®

(i) — Turcotte, Le Canada sons l’Union, I, 38.

(2) — La Minerve, de MontrÃal, 26 oct. 1893 5 Tardive.!, dans

La
VÃritÃ’, de QuÃbec, XVIII, No 14, p. 2 ; Turcotte, Le CauaJa sous
l’Union, II, 96.

(3) — Laçasse, Le prêtres et ses dÃtracteurs, 52 et 53.

II. — MAIRES DE S.-DENIS (Fag-e 451).

rÃdelte

Miijnault

l’oniu

G are AU

CHAPITRE XLl

Les Ãcoles de Saint-Denis. DifficultÃs de leurs
dÃbuts. Les commissions scolaires ; leurs prÃ-
sidents et secrÃtaires-trÃsoriers. Les institu-
teurs et institutrices. 1817-1905.

Si l’abbà Demers n’a pas voulu de la lutte irrÃ-
flÃchie de 1837, ce n’Ãtait pas par amour du repos ; la
preuve en est dans le fait qu’il s’est jetà dans d’autres
combats plus longs, pour lesquels il a même brave-
ment assumà les fonctions de capitaine. Et ce qu’il
a dÃployà de courage pour s’assurer la victoire ne res-
semble nullement aux hÃsitations des patriotes. Le
point à gagner pour lui Ãtait le dÃgagement de la
question scolaire. Souvent arrêtÃ, il ne se laissa
jamais dÃconcerter. En dÃpit de son actività cepen-
dant, il ne lui fallut guère moins que vingt annÃes
de sa vie avant d’entrevoir le triomphe dÃfinitif.

L’Å“uvre que le curà de Saint-Denis a accomplie au
bÃnÃfice de ses ouailles, la masse de ses confrères l’a
l’exÃcutÃe dans les autres paroisses du Canada. Leurs
champs Ãtaient plus ou moins en vue, les rÃsultats
obtenus plus ou moins frappants ; mais tous Ãvo-
luaient dans le même sens avec succès, les Ãvêques
à leur tête. Nous pouvons eu effet l’affirmer sans
crainte, le clergà a crÃà dans notre pays le mou-
vement de l’instruction populaire, et sans son con-
cours, que fût-on parvenu à Ãdifier (1) ? Les sacri-

(i) — Un de nos Ãcrivains a pu dire avec raison : ” Il est

aussi
impossible de passer sous silence le rôle qu’a jouà le cleigÃ

dans l’Ãdu-
caiion au Canada qu’il le serait de taire le nom de Christophe

Colomb
dans une histoire du Nouveau Monde, qu’il le serait de ne pas

parler de
Champlain quand on parle de QuÃbec “.

426 HISTOIRE DE

fîces ne lui ont pas coûtÃ, il les a prodiguÃs. Quand
dut être secouÃe l’apatbie gÃnÃrale, c’est lui qui l’a
prise Ãnergiquement à partie pour la vaincre. Aujour-
d’hui que la cause est sortie des langes de Fenfanee,
on ignore ou plutôt l’on feint de mÃconnaître le bien-
faiteur.

Ce nÅ“ud gordien eût Ãtà plus vite tranchà si le
pouvoir civil eût mieux compris son rôle de simple
secondeur. Celui-ci a tardà à se prÃsenter d’une façon
eflBcaee, et lorsqu’il eut fourni son faible apport, il
accapara de plus en plus les rênes qui ne lui apparte-
naient pas ; avec ses prÃtentions, il a entravà l’action
ecclÃsiastique. Sans son intervention outrÃe, le pro-
grès eût Ãtà autrement plus rapide, et de nos jours on
ne parlerait pas autant d’amÃliorations. Lu plus
urgente des corrections, qui s’impose actuellement Ã
notre système scolaire, — celle qu’on n’appliquera
pas, — est sans contredit le retrait de l’ingÃrence de
l’Etat.

Qu’a effectuà l’Eglise à Saint-Denis par ses minis-
tres? Qui a fondà le couvent ? — Le curà au prix de
toutes ses Ãconomies et de quelles peines L Qui a tentÃ
l’Ãtablissement d’un collège classique dans les limites
du même village ? — Le curà encore et toujours dans
les mêmes conditions. Qui, après l’Ãchec de cette ins-
titution, lui a substituà une Ãcole modèle et l’a soute-
nue? — Le curÃ. Qui surtout est accouru à son aide
pour l’expansion de l’instruction dans les campagnes
par les Ãcoles ÃlÃmentaires? — La fabrique reli-
gieuse.

Il y a bien eu, en 1801, le piège tendu par le
gouvernement à la majorità française et catholique
pour l’anglifier et la protestantiser, la fameuse Insti-

SAINÏ-DENIS-SUR-RICHELIEU 427

ftntion rrnjale (1). Mais cet acte d’hypocrisie effrontÃe
peut-il compter pour un effort loj^al en faveur de l’ins-
truction du peuple ? A Saint-Denis, on n’en a point
voulu. A peine d’ailleurs si de ses lointains Ãchos y
ont retenti. Lt3ur seul effet fut peut-être de hâter M.
Chcrrier dans la fondation de son collège, en 1805,
pour mieux contrebalancer le mal qu’il redoutait de la
part de l’inique loi

En 1824, l’Ãveque, constatant que rien n’avançait
«■ffectivement dans la voie de l’organisation scolaire,
permit aux fabriques religieuses de consacrer jusqu’Ã
un quart de leurs revenus pour Ãtablir et maintenir
des Ãcoles (2). C’est ce qui dÃtermina enfin les reprÃ-
sentants de la Couronne à venir d’une manière prati-
que à la rescousse du clergà ; de 1829 à 1836, ils
accordèrent une allocation annuelle de vingt piastres
par classe.

C’est pendant cette pÃriode, en 1831, que Saint-
Denis ajouta à son couvent et à son Ãcole modèle
deux Ãcoles vacillantes dans le haut du quatrième
rang et le haut du Bord-de-l’eau, Celles-ci, nÃes
•des libÃralitÃs du gouvernement, ne leur survÃ-
curent pas. Les instituteurs Saint-Jacques et Clou-
tier, ainsi que l’institutrice Luce Pitt, y enseignèrent.
La fabrique n’aidant pas encore dans la localitÃ, ces
dÃvouÃs prÃcepteurs pour tous honoraires ne perce-
vaient avec l’octroi du trÃsor public que le vingt-cinq
sous mensuel de chaque Ãlève.

En 1839, grâce à la gÃnÃrosità du curà l’Ãcole
du haut quatrième rang ressuscite et il s’en ouvre une

(t) — Feiland, Af^r F,-0. Plessis ; Têtu, Lis Ãvfijues de

QuÃbec,
539 ; Dionne, Vu de C.-F. Paituhaud, ii6 à Ii8 ; Suite, Hhtoire

des
Canadiens -Français, VIII, 63.

(2) — Têtu, Les Ã-‘Ãques de Quîhec, 540 ; Lalande, Une

vieille sei”
gneuric, Boucherville, 166 et 167.

428 HISTOIRE DE

autre en bas du même rang-. Deux ans plus tard, le
25 janvier 1842, M. Demers Ãcrit à Mgr Bourget :
” Il n’y a point ici d’Ãcole de fabrique. Jusqu’ici les
gens n’ont pas voulu entendre raison, là -dessus. Ayant
dÃjà deux fois Ãchouà dans les efforts que j’ai faits
pour les faire consentir à laisser prendre une partie du
revenu de la fabrique pour le soutien d’Ãcoles, je
n’oserais leur proposer de payer sur les deniers de
l’Ãglise les pensions d’instituteurs. C’est pitoyable de
voir le peu de bonne volontÃ, le peu d’union et aussi
le peu de moyens que le plus grand nombre ont pour
l’Ãducation de leurs enfants ! Je doute que sans moi,
depuis quelques annÃes, il eût pu y avoir, dans le vil-
lage même, une Ãcole de garçons. Je pourrais dire la
même chose des deux Ãcoles des concessions ” (1).

Ce n’est qu’en septembre 1842 que les marguil-
liers et les francs-tenanciers se dÃcidèrent à puiser au
coffre de la fabrique pour se porter au secours de leur
pasteur (2).

Avec cet appoint, on j)ut rouvrir l’ancienne
Ãcole du haut Bord-de-l’eau et en fonder une autre
en bas de l’Arayot (3).

Les Ãcoles de la campagne, ainsi que celles des gar-
çons et des filles du village, furent d’abord rÃgies par
le curÃ, les marguilliers et quelques syndics adjoints.
La gouverne scolaire marcha de la sorte jusqu’en
1849, «nnnÃe où un corps de cinq commissaires, obÃis-
sant à un surintendant de l’Instruction publique, la
remplaça (4).

( I ) — Archiva de TÃvÃchc de S.- Hyacinthe,

(2) — Rcgisti-es des dÃlibÃrations de la fabrique Je S. -Denis.

(3) — Registres des dÃlibÃrations de la mitnicipalifà scolaire

de la
campagne de S-Denis,

(4) — Lalande, Une vieille seigneurie, Boncherville, i66.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 429

La fabrique paya en 1843-1844 la somme de cent-
cinquante piastres pour iins scolaires (1). Nous igno-
rons ses dÃboursÃs d-es autres annÃes.

Dès avant le perfectionnement de îa loi des com-
missaires, quatre Ãcoles, en 1846 (2), avaient Ãtà ajou-
tÃes aux «inq autres et au couvent, formant ainsi un
total de dix Ãcoles. Les deruières-nÃes Ãtaient au
centre du quatrième rang, au centre et en haut du
troisième rang, et en haut du cinquième rang ; aujour-
d’hui celle-ci est enclavÃe dans La PrÃsentation, depuis
1857 (3).

Il n’exista d’abord qu’une municipalità scolaire
pour toute la paroisse. Quatorze ans après son Ãrec*-
tion, s’en dÃtacha celle du village, entraînant avec
elle le couvent, l’Ãcole modèle et l’Ãcole du bas du
Bord-de-Feati, et au centre de l’Amyot assez de
territoire pour y installer une quatrième Ãcole dans la
suite (4). L’arrondissement du centre du quatrième
rang ayant Ãtà aboli en 1857, la vieille municipalità de
îa campagne ne comprit plus que les Ãcoles du haut
Bord-de-l’eau, du bas de l’Amyot, du haut et du cen-
tre du troisième rang, du haut et du bas du quatrième
rang. Ces classes n’ont pas toujours Ãtà en opÃration ;
par exemple, en 1849, cellas du haut Bord-de-l’eau
Ãtaient fermÃes (5).

Le premier corps des commissaires de Saint-
Denis, Ãlus par la voix populaire, le 16 juillet 1849, fut

(i) — Registres des dcliliÃrotiims de la fiièriqiie d-e S.

Denis,

(2) — Rappoit de paroisse par l’abbà Denieis, Archives de

i’Ãvcike’
de S.- Hyacinthe.

(3) — Registres da dcUbiratiotis dt la muni<ipaliU scolaire de

la cam~
pag»e de S.- Denis,

(4) — Registres des dÃlibÃrations de la municipalitc sc<>laire

<iu vil-
lage de S.- Denis,

^5) — Registres des de’liiKrations Je la municipalitÃ’ scolaire

de la cam-
pagne de S. -Denis.

430 HISTOIRE DE

composà d’Ambroise Gaudette, prÃsident, du curÃ,
d’Antoine Saint-Jacques, de LÃvi Larue et de Fran-
<;ois Girouard ; François-Xavier Laforce en fut engagÃ
aussitôt comme secrÃtaire-trÃsorier. Les successeurs
de celui-ci ont Ãtà Romuald Saint-Jacques, de 1850 Ã
1857 : AmÃdÃe Saint- Jacques, de 1857 à 1858 ; Vic-
tor Gareau, de 1858 à 1863 ; David Bourdages, de
1863 à 1869 ; le notaire Marin, de 1869 à 1874 ; le
notaire Du rocher, de 1874 à 1886 ; le notaire Crevier,
de 1886 à 1894 ; et le notaire Dauray, depuis 1894.

Les prÃsidents, successeurs d’Ambroise Gaudette,
oiit Ãtà : Jean-Marie LespÃrance, Eusèbe Gaudette,
François-Xavier Laforce, Augustin Leblanc, Pierre
Paradis, Narcisse Laporte, Jean-Baptiste Gaudette,
l’abbà O’Donnell, curÃ, Louis Michon, Pierre Guertin,
Pierre Leblanc, Joseph Lussier, Jean-Baptiste Archam-
bault, Isidore Dragon, Joseph Allard, Victor Bous-
quet, ThÃodore Archarabault, Eusèbe Richard, Jean-
Baptiste Angers, Louis GariÃpy, François Angers,
Noël Angers, Louis-Edouard Guertin, Toussaint
Angers, Misaël Richard, Joseph Laflamme, Amable
Girard, François Gaudette et Louis Archarabault (1).

Le premier bureau des commissaires du village,
Ãlus le 3 août 1863, fut composà d’Olivier Gadbois,
prÃsident, d’Antoine Saint- Jacques, de Pierre ParÃ,
de Magloire Desrosiers et de Jean-Baptiste Gaudette.

Dans le fauteuil de la prÃsidence ont succÃdà Ã
Gadbois : Jean-Baptiste-Elphège Maillet, le Dr H.-A.
Mignault, l’abbà O’Donnell, Charles Saint-Jacques,
Victor Gareau, Jean-Baptiste Gaudette, Magloire

(I) — Registres des dÃHbe’ratiens Je la iiinnicipalità scolaire

de la
campagne de S,- Denis,

SAINT-DENIS-SUR-RICIIELIEU 431

VÃziiia (1), Louis Landry, Toussaint Lafliimme, Arthur
ParÃ, et Jean-Baptiste Desrosiers.

Les secrÃtaires-trÃsoriers de cette seconde com-
mission scolaire ont Ãtà : Victor Gareau, de 1863 Ã
1866 ; le notaire Marin, de 1866 à 1874 ; le notaire
Durocher, de 1874 à 1886 ; le notaire Grevier, de 1886
à 1899 ; et M. Ephreni Chaput (2), depuis 1899 (3).

Il ne faut pas croire que, sous ces diffÃrentes
administrations, (e système scolaire ait toujours fonc-
tionnà à merveille. Les rapports des inspecteurs, qui
ont visità la paroisse ès-qualitÃs, ne l’affirment pas.
Même aujourd’hui, après tous les progrès accomplis,
il reste beaucoup de lacunes à combler. On se plai-
gnait du peu d’assiduità des entants, de l’incompÃ-

(i)— -M. VÃziiia, issu d’miç ancienne famille Je Sainte-Rose-

de-
Laval, a vu le jour en cette paroisse, le i6 janvier 1836. Après

avoir
dÃbutà comme marchand-tailleur sur la rue Notre-Dame, Ã

MontrÃal, et
s’y être «nariÃ, en 1863, avec une fille originaire de S, –

Denis, EmÃiie
Charron, nÃe Je 23 avril 1836, il s’en vint, en 1874, s’ÃLablir

dans la
patrie de son Ãpouse comme marchand gÃnÃral. Il y e^t encore Ã

jouir
de l’estime de tous,

(2) — Voici la gÃnÃalogie de M. Cha]iut en Canada : I —

Nicolas,
lià en 1659, à Noadan, diocèse de Besançon, en France, est

tra-
versà en AmÃrique, vers 1686, et s’est aussitôt Ãtabli à la

Pointe-aux-
Trembles, près MontrÃal ; il s’y est marià avec AngÃlique

Gauthier, en
1689 ; six ans plus larfl, il se transportait à Varennes et y

est mort vers
1720 ; II — Charles, nà en 1695, Ãpoux de Josephte Lemay ; de

Varen-
nes ; III — Basile, Ãpoux de Josephte Girard ; de Varennes ; IV

—
Louis, Ãmigrà à S. -Hyacinthe (teiritoire actuel de Sainte-

Madeleine)
vers 1800. y Ãjiouse en 1803 ThÃrèse Bonnette, nÃe en 1788 ; en
18 10, il vient s’Ãtablir à S. -Denis ; ses enfants sont :

EmÃiie, Ãpouse
du notaire Narcisse Saint-Germain, Jean-RÃmi, Florence, Joseph et
Louis, entrà au collège de S.-IIyacinibo en 1820; V — Joseph,

Ãpoux
de LÃocadie-Virginie Gaouette ; V — Ephrem, marià d’abord en

1887
avec JosÃphine Dragon, fille du rebouteur, puis avec Philomène

Phaneuf
en 1898. Tanguay, /)ic^. gÃn., et Registres des baptêmes, marin

ges et
sÃpultures de S.- Denis.

(3) — Registres des dÃlibÃrations de la iuu»i<ipalità sectaire

du vil-
la S’e de S. -Denis.

432 HISTOIRE DE

tenee des titulaires, de l’insuffisance de leur traite-
ment, du dÃfaut d’ameublement, voire même du man-
que d’Ãdifices scalaires proprement dits ;. on n’a bâti
eeux-ci que fort lenten^ent, l’avant-dernier le fut eu bas.
du Bord-de-l’eau, il y a onze ans seulement, et le cen-
tre de l’Amyot n’a le sien que depuis 1897.

L’inspecteur Arcbarabault dit en parlant de
Saint-Denis, en 1856 : “â–  Il y a une Ãcole primaire
supÃrieure de garçons, et buit Ãcoles ÃlÃmentaires.
Le nombre de ces derniëres est beaucoup trop considÃ-
rable pour les ressources de la municipalitÃ. A l’ex-
ception d’une seule, toutes ces Ãcoles ÃlÃmentaires se
tiennent dans des maisons louÃes et en très mauvais
ordre. L’Ãcole primaire…. n’offre pas de rÃsultats
aussi satisfaisants que par le passÃ. Il n’y a jamais
eu d’entente contre le système des Ãcoles publiques
dans cette paroisse ; mais nialbeureusement il y a
beaucoup d’apathie, ce qui laisse moins d’espÃrance
selon moi que l’hostilità la plus prononcÃe ” (1). Et
il citait à l’appui de ses sujets de craintes les chiffres
peu rassurants de 776 enfants d’îtg-e à frÃquenter la
classe contre 400 seulement y assistant.

Le rapport de l’inspecteur, en 1861, mentionne
comme personnel enseignant : un instituteur diplômÃ,
sept institutrices diplômÃes et cinq non-diplômÃes.

L’inspecteur encore, en 1873, ” regrette que les
institutrices ne soient pas mieux rÃtribuÃes, surtout
celles dont les services sont apprÃciÃs depuis plusieurs
annÃes “.

Depuis le commencement, les divers inspecteurs
qui ont surveillà les Ãcoles de Saint-Denis sont :
M. Archambault, C.-U. Leroux, Charles de Cazes,

(I) — Rapport gÃnÃral de 1856, 204.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 433

Jean-Baptiste DÃlâge, E. Picard-Destroisraaisons et,
depuis 1899, M. Joseph-Trefflà Molleur (1).

L’Ãcole des garçons, du village, n’a cessà de sub-
sister de 1817 à 1878, ce qui veut dire depuis la chute
du collège classique, à qui elle a succÃdÃ, jusqu’à la
fondation du collège commercial, qui l’a remplacÃe.
Elle a presque toujours Ãtà modèle et particulièrement
choyÃe par les autoritÃs, Ãtant constamment dirigÃe
par un bon chrÃtien suffisamment instruit et ordinaire-
ment assistà par une institutrice.

Kotons parmi ses professeurs : SimÃon Marches-
sault (2), avant 1837, devenu violent patriote surtout
au milieu des ÃvÃnements de 1838, alors qu’il Ãtait à la
tête de l’Ãcole du village de Saint-Charles (3) ; Laurent
BÃdard, de 1849 à 1852, payà deux-cent-quatre-vingts
piastres par annÃe de douze mois, à cette Ãpoque pas
de vacances, il est mort d’apoplexie au printemps de
1852, peu après sa retraite de l’Ãcole pour cause de
maladie (4) ; Joseph Archambault, de 1852 à 1854,
de Saint-Marc, gendre du dÃputà Biais, de Bagot ;
Pierre Laflamrae, de 1854 à 1857, qui ne reçoit que

(1) — L’enseignement primaire, de QuÃbec, XXI, 79.

(2) — Voici comment le Dr Choquette nous peint ce professeur
guerrier: <• Intelligent, dit-il, actif, rusÃ, d’une Ãnerjjie

de fer, d’une
musculature d’acier trempÃ, d’une vivacità de mercure, cet homme
n’Ãtait pas fait de chair ; il Ãtait pÃtri de mÃtal et blindà par

dessus “.
Les Ribaud, 151.

(3) — Parmi les autres premiers professeurs de l’Ãcole modèle
sont : Cloutier, vers 1828 ; Antoine Poirier, marià à S. -Denis

pendant
son terme d’enseignement le 8 fÃv. 1831 avec la fille du marchand

Jean-
Baptiste Masse, Louise-Luce, il Ãtait originaire de S. -Luc, son

Ãpouse est
dÃcÃlÃe à S.-CÃsaire, le 10 mars 18S2, à 78 ans ; François-

Xavier
Laforce, vers 1832 ; Joseph Pratte, vers 1837 ; Lambert ; Durand,

long-
temps, vers 1840 ; Joseph Bonin, vers 1847.

(4) — Registres des dÃlibÃrations de la municipalità scolaire

de la
campagne de S. -Denis. — Geo. Marchessault fut engagÃ, le 25

avril
1852, pour terminer l’annÃe à la place de BÃdard, Ibid. ,

434 HISTOIRE DE

deux-cents piastres d’honoraires, parce qu’il n’ensei-
gne que le cours ÃlÃmentaire (1) ; Roch Martineau, de
1857 à 1858 ; H.-E. Martineau, de 1858 à 1863 ;
SimÃon Boutin, de 18G3 à 1866, Ãlève de l’Ãcole nor-
male de MontrÃal et engagà au salaire d’auparavant,
deux-cent-quatre-vingts piastres, sa fin de deuxième
annÃe, en dÃpit de tout son zèle, n’a pas Ãtà heureuse,
les commissaires dans leur rapport Ãcrivaient : ” L’exa-
men …. a Ãtà loin d’être satisfaisant,. . . le dit insti-
tuteur a manquà dans les moyens de faire paraître ses
Ãlèves sur les matières qu’ils avaient apprises. . . ., la
musique, les drames, les compositions, la distribution
des prix et la lecture. . . prirent la plus grande partie,
ne laissant à l’examen des matières qu’un moment “,
malgrà que la sÃance eut durà près de quatre heures,
le magister blâmà garda nÃanmoins sa position encore
un an ; Antoine Mallette, de 1866 à 1868, encore uu
malchanceux, quoique fortement recommandà et rÃtri-
buà par deux-cent-quatre-vingts piastres, puis trois-
cents (2), l’inspecteur ne lui mÃnage pas les com-
pliments à rebours dans son rapport gÃnÃral de 1867 :
” L’Ãcole modèle, dit-il,. … est loin de donner satis-
faction Les trois cents piastres payÃes à l’insti-
tuteur, qui en a la direction, sont une perte pour la
municipalitÃ. Parmi les soixante Ãlèves qui frÃquen-
tent cette Ãcole plusieurs sont très intelligents et. . .
feraient certainement des progrès sous un maître
capable ” ; Alexandre Dupuis (3), de 1868 à 1871,

(i) — Registres des dÃlibÃrations de la municipalitÃ’ scolaire

de la
catnpagiie de S. -Denis,

(2) — Registres des dÃlibÃrations de la municipalità scolaire

du vil-
lage de S. -Denis.

(3) — Elève de l’Ãcole normale de MontrÃal, il arrivait de

l’Ãcole
du village de Saint-Stanislas-Kostka, lorsqu’il vint à Saint-

Denis.
Registres des dÃlibÃrations de la municipalHÃ scolaire du village

de S. -Denis.

SAINT-DENIS-SUR-RTCHELIEU 435

nà à Saint-Philippe-de-Laprairie, frère de l’ancien curÃ
de Saint-Valentin, recevait le salaire de trois cents
piastres à condition que sa femme fut du même coup
engagÃe comme sous-maîtresse ; Louis-NÃrÃe LÃvê-
que, de 1871 à 1872 ; Louis Lacroix, de 1872 à 1876,
ancien instituteur de Saint-Simon-de-Bagot, vit son
salaire monter de trois cents A, trois-cent-ciuquante
piastres en 1875, l’inspecteur avait provoquà cette
augmentation par des louanges à son adresse, en 1873 :
” M. Louis Lacroix, dit-il, qui a l’avantage de joindre
des connaissances au savoir-faire, tient l’Ãcole-modèle
au grand contentement de tous. … Il a pu par ses
manières habiles et affables rÃconcilier tous les esprits
intÃressÃs à son Ãcole. Quatre-vingts Ãlèves suivent
ses classes ” ; Boucher, de 1876 à 1877, dÃtint le plus
haut record de salaire dans cette Ãcole, trois-cent-
Boixante piastres, il Ãtait ancien Ãlève de l’Ãcole nor-
male de QuÃbec ; Frère Joseph Cosson, de 1877 Ã
1878 (l), venait incognito prÃparer les voies Ã
sa communautà des Frères de l’Instruction chrÃ-
tienne.

Les deux plus anciennes Ãcoles rurales de Saint-
Denis, celles du haut Bord-de-l’eau et du haut qua-
trième rang, après avoir fonctionnà de 1831 à 1836,
ont Ãtà fermÃes, la première jusqu’en 1842, la seconde
jusqu’en 1839. Ensuite les cours n’y ont plus ÃtÃ
interrompus.

Louis Saint-Jacques, marià avec Rosalie Cherrier
et père du dÃputà de Rouville, Guillaume Cheval-dit-
Saint-Jacques, a Ãtà le premier instituteur du hfiut
Bord-de-l’eau, en 1831, après s’être occupà de commerce
à Saint-Antoine ; son Ãpouse Ãtait la fille de Joseph-

(I) — He^istres des dÃlibÃrations de la municipalità scolaire

du vil-
lage de S.- Denis,

436 HISTOIRE DE

Maiie Cherrier, marcliand, frère du curà de ce nom.
C’est le seul homme qui ait dirigà cette Ãcole. Parmi
les titulaires (1), qui vinrent après lui, se trouvent
ExÃrile BÃlanger (2), pendant vingt-trois ans, de 1865 Ã
1888, et CordÃlie Moquin (3), pendant dix ans, de
1888 à 1898, deux institutrices de premier ordre.
Aussi les intÃressÃs ont-ils su reconnaître leurs servi-

(1) — Voici la liste de ces titulaires, de 18503 1865 ; Elise

Richer,
de 1850 h 185 1, et de 1863 à 1865 ; Philomène Thaneuf, de 185

1 Ã
1853 ; CÃlina Lajoie. de 1853 à 1854 ; CÃlina Laflamme, de 1854

Ã
1355 ; Scholastique Michelon, de 1855 a 1857 ; Vitaliiie Rolland,

de
1857 à 1858 ; Virginie Phaneuf, de 1858 à 1859 ; Philoraène

Joubert,
de 1859 à 1860 ; ExÃrine Rolland, de 1860 à 1S61 ; Marie

Richard, de
i86j à 1862 ; Rosalie Leclair, de 1862 à 1863, 50 Ãlèves.

Re^stres
des dÃlibÃrations de la ttiunicipalità srolaire de la campagne de

S. -Denis,
et Registre de l’Ãcole elle même.

(2) — Voici les Ãloges qu’on relève à son sujet dans le

registre de
l’Ãcole en question : 2 fÃv. 1866, ” progrès, grâce à la bonne

mÃthode
et au soin de l’institutrice ” (de Cazes) ; 12 mai 1868, 35

Ãlèves, ” la
mÃthode d’enseignement suivie par Melle BÃlanger mÃrite une

mention
favorable ” (DÃlâge) ; 18 mai 1869, 26 Ãlèves ; 27 juin 1870,

31 Ãlè-
ves ; 19 juin 1873, 34 inscrits, 30 prÃsents ; 10 fÃv. 1882, •’

progrès,. .
soutenus ” (DÃlâge) ; 2 juil. 1887, ” progrès marquant ” (DÃlÃ

¢ge).

(3) — A elle non plus les Ãloges n’ont pas Ãtà mÃnagÃs par les
diffÃrents visiteurs de l’Ãcole. Voici quelques-uns des

compliments
qu’on lui a dÃcernÃs dans le registre spÃcial de la classe : 21

mars 1889,
” le rÃsultat de l’examen. .. m’a entièrement satisfait ” (DÃlÃ

¢ge) ; 27
juin 1889, elle ” enseigne avec zèle et intelligence ‘ (DÃlâge)

; 18 mars
1890, ” l’Ãcole est parfaitement bien diiigÃe ” (Picard) ; 20

mars 1891,
” Ãcole en excellente condition ” (Picard) ; l fÃv. 1892, Ãcole ”

sur un
excellent pied ” (Picard) ; 21 juin 1893, ^’^^ ” â– ”^ distingue

toujours
par l’excellence de ses connaissances pÃdagogiques ” (Picard) ;

igaviil
1894, ” succès complet ” (Picard) ; 5 juin 1895, ” ^^ succès,

accompa-
gne toujours le travail de DÃlie Moquin, et l’on a toujours du

plaisir Ã
faire subir un examen à ses Ãlèves ” (Picard) ; 23 fÃv. 1897, ”

entière
satisfaction “. En 1897-1898, elle obtint du gouvernement la

rÃcom-
pense de $20 pour l’excellence de son enseignement (Zrt Presse,

de
MontrÃal, 4 fÃv. 1898;.

SAINT-DENIS-SUR-RICUELIEU 437

ces (1). La plus ancienne, native du village, s’est
mariÃe plus tard avec un Ledoux, de Saint-AimÃ.

Le haut quatrième rang a dÃbutà dans les Ãtudes
en 1831 avec Luce Pitt (2), suivie peu aprës du pro-
fesseur Cloutier ; celui-ci, un moment Ãloignà par la
fermeture de l’Ãcole, y est retournà en 1839 pour trois
nouvelles annÃes. Marie-Louise Bousquet lui a suc-
cÃdà immÃdiatement durant neuf ans, de 1842 à 1851.
Etant mariÃe depuis 1835 avec Jean-Baptiste Archam-
bault, cultivateur du voisinage, elle mena constam-
ment de front dans sa demeure avec ses devoirs de
maîtresse de classe les soins de son mÃnage. Elle
enseignait pour quarante-huit piastres par an et louait
sa maison huit piastres pour le même laps de temps.
L’annÃe scolaire de 1852-1853, elle exerça la même
charge dans des conditions identiques. Celles qui
l’ont remplacÃe (3) n’ont pas à leur crÃdit d’aussi longs

(I) — L’inspecteur Ãcrit au registre scolaire pour l’annÃe

1876-
1878 : L’institutrice, ” depuis douze ans dans cet

arrondissement, s’est
attirÃ, par les bons services qu’elle a rendus, l’estime et la

confiance des
intÃressÃs. En tÃmoignage de reconnaissance, ceux-ci se

cotisèrent
volontairement pour un certain montant, afin de lui former un

traitement
convenable “. Les commissaires peu auparavant avaient dÃcidà de
payer uniformÃment cent piastres à chacune des institutrices

laïques de la
paroisse.

(2) — Registres dis baptêmes, mariages et sÃpultures de S. –

Denis, 14
janv. 1832.

(3) — Celles-là sont : Dorimène Lacroix, de 1851 à 1852 ;

Marie
Laflamme, de 1853 à 1855 ; Aglaë Lamoureux, de 1855 ^ ‘^5^ ‘â–

>
Malvina Rolland, de 1856 à 1857 ; CÃlina Gaudette, de 1857 Ã

1858 ;
l’hilomène Richer, de 1858 à 1863 ; Victoire Chatel, de 1863 Ã
1867 ; inconnues, de 1867 à 1874 ; Victoire Lajoie, de 1874 Ã

1876 ;
CÃlanire Michon, de 1876 à 1878 ; Victoire BÃlanger, de 1878 Ã
1882, qui, dit l’inspecteur UÃlâge en 1880, n’Ãpargne ni temps

ni
peine pour l’avancement des Ãlèves, qui ” enseigne

consciencieuse-
ment “, ajoute le même en 1882 ; Jessà Girouard, dont ” les

leçons
ÃtudiÃes manquent d’explications “, dÃplore le même inspecteur ;
DÃlie Couillard, qui ” enseigne avec intelligence, avec zèle et

Ãnergie ;

438 HISTOIRE DE

stages, mais plusieurs d’entre elles n’en ont pas moins
remportà de brillants succès, particulièrement DÃlie
Conillard, vers 1887. Joseph Bousquet, fils d’Hya-
cinthe, a construit le logement scolaire de cet arrondis-
sement, en 1859 (1).

Eu ressuscitant la prÃcÃdente Ãcole en 1839, M.
Demers lui en adjoignit une autre en bas du même
rang, à une Heue de distance. Aussi heureuse que sa
voisine, elle a connu dix-sept belles annÃes sous la
direction de Mathilde Trudeau (2), de 1878 à 1895 (3).

il y a du travail de sa part et elle sait inspirer le goût de

l’Ãtude aux
Ãlèves “, dit l’inspecteur DÃlà ge en dÃc. 1887 ; elle a

dÃterminà des
” progrès vraiment remarquables “, affiiment les commissaires en

juin
1888 ; DÃlima Richard, dont la classe, assure l’inspecteur Picard

en fÃv.
1892, est ” en bonne voie de progrès ” ; Dame Vincent, de 1892 Ã

^^93’ “î^i donne ” pleine satisfaction “, dÃclare l’inspecteur

Picard ; EmÃ-
rilla Gaudette, de 1893 à …, qui fait faire à ses Ãlèves des

” progrès
tout-à -fait remarquables “, reconnaît le même inspecteur.

Registres des
dÃltbci-atiotis Je la municipalità scolaire de la campagne de S.-

Denis et
Registre spÃcial de l’Ãcole.

(1) — Registres des dÃlibÃrations de la municipalità scolaire

de a
ca?npagne de S. -Denis.

(2) ^- Parmi les notes inscrites à sa louange par les visiteurs

dans
le registre de l’Ãcole on lit : le 3 fÃv. 1882, l’institutrice ”

prend bi n
scinde ces jeunes enfants” (DÃlâge) ; le 11 janv. 1883, ” ces

petits
enfants ont fait preuve d’intelligence ” (DÃlâge) ; le 6 juil.

1886, ԉۢ pro-
grès notables ” (commissaires) ; 2 juil. 1887, ” progrès très

sensibles”
(commissaires) ; 18 mars 1891, Ãcole ” en excellente condition “,

l’insti-
tutrice ” s’acquitte de sa tâche avec une zèle et un dÃvouement

rares ”
(Picard).

(3) — Voici la liste complète des ins-titulrices de cette

Ãcole,
depuis 1849 : HermÃlinde Richer, de 1S49 à 1850 ; Marie

Laflamme, de
1850 à 1853 ; Dorimène Lacroix, de 1853 à 1855 ; Agathe

Malbœuf, de
1855 à 1856 ; ElÃonore Berthiaume, de 1857 à 1860 ; Victoire

Chatei,
de 1860 à 1862, et de 1867 à 1868 ; Philomène Joubert, de 1862

à 1863 ;
Azilda Allard, de 1863 à 1864 ; Marie Richard, de 1864 a 1865 ;

Domi-
tille Jette, de 1865 à 1866 ; Philomène Dragon, de 1866 à 1867

; AdÃ-
Une Sauveur, de 1868 à 1870 ; Georgina Laferrière, de 1870 Ã

1874, 57
Ãlèves; DÃlie Bourque, de 1874a 1875 5 Malvina Richer, de 1875 ^
1876 ; Dorimène Comtois, de 1876 à 1S7S ; Mathilde Trudeau, de

1S78

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 439

Et quanci, se relevii l’Ãcole du haut Bord-de-
l’eau avec les deniers de la fabrique, en 1842, avait
surgit le même jour celle du bas de l’Amyot, florissante
au plus haut degrÃ, de 1867 à 1876, grâce au dÃvoue-
ment et au tact d’AurÃlie BÃlanger, sÅ“ur d’ExÃrile,
PossÃdant le don de l’enseignement, cette personne
savait façonner et le cÅ“ur et l’intelligence de l’enfant.
Aussi, pendant ses neuf ans, a-t-elle donnà entière
satisfaction aux parents comme à ses Ãlèves (1). La
maison d’Ãcole de cet arrondissement a Ãtà construite,
en 1861, par Louis Valin (2).

Parmi les Ãcoles nÃes sous la loi actuelle, en 1846,
on remarque celle du centre du quatrième rang, qui,
après avoir continuellement vÃgÃtÃ, s’est Ãteinte pour

à 1895 ; MÃlina Bousquet, de 1895 à 1896 ; EugÃnie Guertin,

1896 à .. .
Registres des dÃlibÃrations de la municipalità scolaire de la

campagne de
S. -Denis et Registre de l’Ãcole elle-même.

(i) — Voici la liste des ins-titutiices de cette Ãcole depuis

1849 •
Marie Laflamme, de 1849 ^ 1850, salaire $65 ; Uoiimène Lacroix,

de
1850 à 185 1 ; Angèle Charron, de 1851 à 1852 ; Scholastique

Miche-
Ion, de 1852 à 1855 ; Edwige Archambault, de 1855 à 1856 ; 2

DÃlies
Chatel, de 1956 à 1857 ; AdÃline Leblanc, de 1857 à 1858 ;

Christine
Archambault, de 1858 à 1860, 50 Ãlèves ; Philomène

Archambault, de
1860 à 1864, 40 Ãlèves en janvier 1863 ; Domitille Bousquet, de

1864 Ã
1865 ; Lucie Guertin, de 1865 à 1867 ; AurÃlie BÃlanger, de 1867

Ã
1876 ; MÃlina Bousquet, de 1876 à 1877 ; M. Laflamme, de 1877 Ã
1879 ; MÃlina Gadbois, de 1879 à 1882, ” prend bien soin de ses

Ãlèves
et il y a progrès “, dit l’inspecteur DÃlâge ; Marie Brunelle,

de 1882 Ã
1887, ” Ãcole de première classe “, disent les commissaires, en

juillet
1887 ; Dame Bonin, de 1887 à 1889, ” enseigne avec intelligence

“, dit
l’inspecteur DÃlâge ; Albina Archambault, de 1889 à 1892, aussi

‘« ensei-
gne avec intelligence “, dÃclare le même inspecteur, en janvier

1892 ;
EvÃline Charron, de 1892 à 1894, ” bon examen “, dit

l’inspecteur
Picard, en octobre 1893 » Malvina Rolland, de 1894 à .,,,

l’inspecteur
Picard, en fÃvrier 1897, dit que ” son Ãcole continue Ã

progresser “.
Registres des dÃlibÃrations de la municipalità scolaire de la

campagne de
S.- Denis et Registres Ae. l’Ãcole même.

(2) — Registres des dÃlibÃrations de la municipalità scolaire

de la
campagne de S.- Denis.

440 aiSTOIRE DE

la seconde et dernière fois en 1857 (1). Ses jumelles
du centre et du haut du troisième rang subsistent
encore.

Celle-là n’a pas eu le bonheur de jouir de dÃvoue-
ments prolongÃs (2). Sa maison, la première que pos-
sÃda la commission scolaire hors du village, fut pri-
mitivement une rÃsidence privÃe achetÃe ailleurs et
transportÃe sur place par Jean-Baptiste Proulx (3).

Dans la seconde Ãcole du troisième rang comme
dans l’autre, les Ãlèves se remirent à l’Å“uvre sous une
nouvelle institutrice presque chaque annÃe. Il faut
cependant excepter les quinze annÃes, où brilla l’âge
d’or de cette petite institution des campagnes dyoni-
siennes. , MÃiina Bousquet, de 1860 à 1864, ainsi que

(1) — Registres des dclibcraiions de la vitinicîpalitÃ

scolaire de la
campagne de S.- Denis.

(2) — Voici la liste clÃs institutrices de cette Ãcole, depuis

1849 :
Scholastique Michelon, de 1849 ^ 1851, salaire $65 ; Elizabeth

Lacroix,
de 1851 à 1852, et de 1855 à 1857 ; Edwige Archambault, de 1852

Ã
1855 ; Philomène Joubert, de 1857 à 1859, et de 1864 à 1865 ;

Virginie
Phaneuf, de 1859 à 1861 ; CÃlina Bienvenu, de 1861 à 1862 ;

Pliilo-
mène Dragon, de 1862 à 1863, et de 1867 à 1868, ” la mÃthode

d’ensei-
gnement de DÃlie’ Dragon, dit l’inspecteur DÃlâge en mai 1868,

est
recommandable, aussi les progrès sont en raison ” ; Eulalie

Marches-
sault, de 1863 à 1864 ; AurÃlie BÃlanger, de 1865 à 1867 ;

Rose-de-
Lima Leblanc, de 1868 à 1870, ses •’ soins assidus, dit

l’inspecteur
DÃlâge en juin 1869, mÃritent une mention particulière ” ;

Azama
BÃlanger, de 1870 à 1871, 32 Ãlèves ; Victoire Lajoie, de 1871

à 1874 ;
Marie Lajoie, de 1874 à 1876 ; MÃiina Bousquet, de 1876 à 1877,

donne
” sage direction “, dit l’inspecteur DÃlâge, en mars 1877 5 C-

Richard,
1877 à 1878 ; Malvina Rolland, de 1878 à 1881, et de 1884 Ã

1886 ;
ArzÃlie Durocher, de 1881 à 1884 ; MÃiina Gadbois, de 1886 Ã

1890,
” enseigne avec zèle et Ãnergie “, dit l’inspecteur DÃlà ge ;

Alphonsine
Leblanc, de 1890 à 1895, ” progrès signalÃs “, reconnaissent

les commis-
saires ; EvÃline Charron, de 1895 ^ ‘^9^ ^^ ^^ ‘^97 ^ ^^9^ î

ElphÃgina
Plante, de 1896 à 1897. Registres des dÃlibÃrations de la

municipalità sco-
laire de la campagne de S, -Denis ti Registre de l’Ãcole même.

(3) — Registres des dÃlibÃrations de la municipalità scolaire

de la
campagne de S. -Denis, — AchetÃe de Jean Richard. Ibid..

III. — MAIRES DE S.-DENIS (Pag”e 454).

rimntuf

r.-X. raïa.lis

Dr Kicliard

Aiclianil)aiilt

Jalbeit

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 441

de 1867 à 1872, et Dame ArzÃlic Paradis, de 1884 Ã
1890, prÃsidèrent cette belle Ãpoque. Les Ãloges Ã
leur adresse pleuvent de tous côtÃs de la part de l’ins-
pecteur, du curà et des commissaires. Ils y dÃcou-
vrent, au bÃnÃfice de la première, des ” progrès sensi-
bles “, ils proclament que ” la bonne tenue des Ãlèves
et la mÃthode d’enseignement suivie par DÃlie Bous-
quet mÃritent des Ãloges “. Sous la direction de la
seconde, ils reconnaissent un ” progrès notable “, que
les Ãlèves ont fait ” des progrès marquants ” et ” que
les matières leur sont enseignÃes mÃthodiquement et
avec un grand soin et beaucoup de zèle”. L’arron-
dissement a connu plusieurs autres bonnes institutri-
ces, mais aucune de celles-ci n’a eu le temps de s’y
crÃer un nom (1).

En 1856, prenait place à côtà de ses aînÃes la neu-
vième des Ãcoles de Saint-Denis, en bas du Bord-de-
l’eau. Mais, le nombre de ses Ãlèves diminuant, elle
dut temporairement s’effacer, de 1868 à 1879 ; en cette

(I) — Voici la liste des institutrices du haut III rang depuis

1849 â–
Athalîe Gosselin, en 1849, salaire $80 ; Adèle Laforce, de 1849

a 1850;
_Justine Têtu, de 1850 à 1851 ; Malvina Besse, de 1851 à 1853

; Elmire
Joubert, de 1853 à 1854 ; Aglaë Lamoureux, de 1854 à 1855 ;

Philo-
mène Joubert, de 1855 à 1857 ; PhÃlonise Lorange, de 1857 Ã

1858 ;
Malvina Rolland, de 1858 à 1860, et de 1872 à 1874 ; MÃlina

Bousquet,
de 1860 à 1864, et de 1867 à 1872, 60 Ãlèves ; Philomène

Archambault,
de 1864 à 1867 ; C. Bourque, de 1874 à 1876 ; ValÃrie Comtois,

de 1876
à 1878 ; DÃlie Richard, de 1878 à 1880 ; Marie-Louise fontaine,

de
1880 à l88i ; Sara Faubert. de 1881 à 1882, ” enseigne avec

zèle et
succès “, dit l’inspecteur DÃlà ge ; Albina Durocher, de 1882 Ã

1884 ;
Dame ArzÃlie Paradis, de 1884 à 1890 ; Alphonsine Leblanc, en

1890 ;
RÃgina Michon, de 1890 à 1891 ; MÃlÃthime Charron, de 1891 Ã

1893,
et de 1894 à 1896, “bon examen “, dit l’inspecteur Picard en

juin 1893,
le même ajoute en juin 1895 • ” Kien des progrès ont ÃtÃ

faits” ;
MÃlina Cadbois, de 1893 à 1894 ; LÃa Gaudette, de 1896 à .. ., ”

fort
bon examen “, dit l’inspecteur Picard, en fÃv. 1897. Registres

des JclibÃ-
rations de la inunkipalUÃ scolaire de la campagne de S.- Denis et

Registre
de l’Ãcole même.

442 HISTOIRE DE

aiinÃe-ci nÃanmoins, elle rouvrait ses portes pour ne
])lus les ferraer. Les deux institutrices, qui j ont
laissà le plus durable souvenir, sont Victoire Laven-
ture et Rosilda Laflamme. La première a dirigà cette
classe, de 1880 à 1886, et l’autre, de 1886 à 1893 (1).
Dans les rapports de l’Ãpwjue, on- leur relève de nom-
breux Ãloges. L’inspecteur I>Ãlâge reconnaît la plus
ancienne ” bien compÃtente “, et l’inspecteur Picard
se dÃclare “pleinement”, “parfaitement satisfait’^
de la suivante ; il la p.roclame ” digne de la confiance
des contribuables ” (2).

Enfin l’Ãcole du centre de l’Amyot est la dernière-
nÃe à Saint-Denis, en 1868 (-3). CrÃÃe sur recomman-
dation de l’inspecteur DÃlâge, elle a Ãtà fermÃe de
1872 à 1879, faute du nombre sufiisant d’Ãlèves dans
l’arrondissement. La même MÃlina Bousquet, du
troisième rang, en a fait la pro&pÃritÃ, de 1880 à 1886,

(1) — Voici la liste complète des inslitiitrrces de cette

Ãcole jus-
qu’en i868 : Praxède Gaudreau, de 1856 a 1857 ; ExÃiine Rolland,

de
1857 à 1860 , Aglaii Lamoureux, de 1860 à 1863 j Philomène

Dragon,
de 1863 à 1864 ; Mal\ina Rolland, de 1864 a 1868, salaire $76 ;

Aglaë
Guertrn, de 1879 a 18S0 ; Victoire Lavenlure, de 1880 à 1886,

salaire
$100 ; Ro*>ilda Laflamme, de 1886 à 1893, salaire $100, ”

plusieurs
Ãlèves, dit l’inspecteur DÃlâge en mars 1889, se sont

distinguÃs pendant
mon examen ” j Anna Desrosiers, de 1893 ^ 1894 ; Alphonsine

I>esro-
siers, de 1894 a 1S97, •’ progrès marquÃs ” en juin 1895. ”

progrès sou-
tenus” en fÃv. i8>7, dit l’inspecteur Picard ; EugÃnie Besse, de

1897
à . . . . Jiegisires des JÃhà Ãralions des 2 municipalitÃs

scolaires de S.-Denis
et Registre de l’Ãcole elle-même.

(2) — Registre de l’Ãcole elle-même.

(3) — Voici la liite de ses institutrices : Malvina Rolland, de
1868 à 1871, salaire $80 ; Azama BÃlanger, de 1871 à 1S72,

salaire
$84 ; MÃlina Gadbois, de 1879 à 1880 ; MÃlina Bousquet, de 1880

Ã
1886, salaire $100 ; DÃlie Bourque, de 1886 à 1S88, 18 Ãlèves,

salaire
$100 ; DÃlie Michon, de 1888 à 1890 ; EvÃline Charron, de 1890 Ã

1891 ; Delphine Laflamme, de 1891 à 1892 > RÃgina Charron, de

1892
à …., ” l’Ãcole, dit l’insi^ecteur Picard en juin 1S93, ^ f^^’

^^* progrès
marquÃs “. Registres des dÃlibÃrations de la municipalitÃ

scolaire du vil-
lage de S.-Denis et Registre de l’Ãcole elle-même.

eAINT-DENIS-SXJR-RICUELIEU 443

enseignant *’ toujours avec zèle et talent, avec intel-
Jigence et succès ” (1).

Grâce au couvent, vÃntable pÃpinière d’institu-
trices, il a Ãtà depuis l’origine relativement facile dans
îa località de pourvoir les Ãcoles de titulaires qualifiÃs,
quoique les positions fussent accordÃes au rabais. En
«ftet bien minini-es souvent ont Ãtà les honoraires. C’est
la, raison des si frÃquents changements. Dès qu’une
institutrice s’apercevait, après une annÃe ou deux,
qu’elle n’Ãtait pas suffisamnaent rÃtribuÃe pour le tra-
vail exigÃ, elle se retirait, et une autre plus jeune,
sans expÃrience, la remplaçait pour exÃcuter la même
manoeuvre i;>eu après. Aujourd’hui on traite mieux les
•Ãcoles ot ce qui les concerne, mais ce n’est pas encore
îa perfection. Surtout on ne ti-ent pas assez à garder
«une institutrice qui donne satisfaction ; au lieu de lui
accorder un accroissement de salaire avec les annÃes,
on lui substitue trop aisÃment une rivale pour le
même prix.

Malgrà leurs divers sujets de reproches, les Ãcoles
dyowisieunes ont Ãtà bonnes, en gÃnÃral, parce que
toujours, sous l’aile de la religion, elles ont Ãtà mora-
lisatrices. On n’y a jamais oublià que l’enfant pos-
sède un cÅ“ur tout autant qu’une mÃmoire et une
intelligence.

L’Ãcole, c’est une exeellente chose, a proclamÃ
un grand Ãvêque, mais seulement quand on la suspend
comme un nid dans les branches du chêne vigoureux
de l’Eglise, ” au milieu des ombrages et des parfums
du ciel” (2).

(I) — Registre à e l’Ãcole elle-même.

(2) — Dans le yournal des campagnes, de (,)uÃbec, Ç juin

i8û7.

CHAPITRE XLII

L’ancienne administration judiciaire à Saint-Denis.

Lf’Ãtablissement du système municipal.

Les maires. 1793-1905.

A peu près au temps où s’Ãtablissait notre sys-
tème scolaire actuel, se rÃorganisait sur de tout auti-cs
bases notre mode d’administration de la justice. Pour
Saint-Denis, les juges n’ont pas toujoar.s Ãtà à Berlin,
pas même à Saint-IIyacintbe. Depuis les dÃbuts de
de la paroisse jusqu’à la cession du pays aux Anglais,
on s’y est contentà de l’autorità des capitaines de
milice. Leurs successeurs ou assistants ont Ãtà ensuite
les curÃs jusqu’en 1793. Alors s’instituèrent les cours
de tournÃe ou de circuit. Apparemment le bon peu-
ple d’autrefois devenait moins facile à maintenir dans
la charità fraternelle. Ces cours Ãtaient ambulantes.
Elles passaient une partie de l’Ãtà à parcourir les cam-
pagnes et y tranchaient tous les litiges non criminels
ne comportant pas au-delà de quatre-vingts piastres
d’amende. Elles se composaient d’un juge, de quel-
ques officiers adjoints et de deux ou trois avocats.
Les lieux des sÃances Ãtaient dÃterminÃs d’avance, et
il en exista ordinairement de vingt à trente (1). Saint-
Denis fut constamment l’un d’entre eux ; les assises
devaient s’y tenir les jeudi et vendredi de la troisième
semaine pleine après le 29 juin. En 1834, elles s’ou-

(I) — BÃchanl, Biographie de V Hon. Moriii, 124.

446 HISTOIRE DE

vrirent le 17 juillet (1). Toujours elles ne se clôtu-
raient que quand toutes les causes prÃsentÃ&s avaient
Ãtà entendues et dÃcidÃes. Il pouvait arriver qu’elles
durassent plus que deux jours.

Il ne faut pas croire que dans ces circonstances
tout se dÃroulât dans la majestà du calme. La tenue
de la cour Ãtait l’occasion d’une forte affluence. Les
intÃressÃs de plusieurs }»aroisses à la ronde y accou-
raient. Les maquignons en foule suivaient Ãgalement
dans l’esptnr de quelque fameux marchÃ. Beau-
coup, ne pouvant se loger aux hôtelleries, s’abritaient
un peu partout, souvent même sous leurs voitures
stationnÃes sur la place publique. Dans ce ramassis,
il y avait ivrognes, jureurs, querelleurs et voleurs. Si
le juge venait distribuer les bienfaits de la paix, ce
n’Ãtait pas pour le moment de son passage. Les habi-
tants demeuraient tous sur le qui-vive pendant ce
temps-là .

La procession Ãtait signalÃe du côtà de Verchëres
et elle s’Ãloignait par le chemin allant à Chambly.

Chaque annÃe, le juge Ãtait l’hôte du curÃ, et
la salle des habitants lui servait de tribunal.

C’est en 1847 qu’une nouvelle loi a mis fin à ces
cours de circuit (2).

Depuis lors les esprits turbulei>ts de Saint-Denis
vont rÃgler leurs cas trop ardus au palais dejustice de
Saint-Hyacinthe, quand ils ne sont pas obligÃs de se
rendre à MontrÃal.

Le vent soufflait Ãvidemment à l’organisation

(1) — Cette annÃe 1S34, la cour de circuit se tint connue suit

dans
îe district de MontrÃal : Vaudreuil, 30 juin : ïerrebonne, 3

juil.; L’As-
somption, 7 juil. ; Berthier, 10 juil. ; Verchères, 14 juil. ;

Saint-Denis,
17 juil. ; Chambly, 21 juil. ; Saint-Jean, 24 juil. , ChÃ

¢teauguay, 29
juil.. Echo du pays, de S. -Charles-sur-Richelieu, 12 juin 1834.

(2) — Ignotus, dans La Presse, de MontrÃal, 31 juil. 1S97.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 447

gÃnÃrale vers le milieu du dernier siècle. En même
temps que des questions scalaires et judiciaires, le gou-
vernement s’occupait activement de l’Ãtablissement de
nos municipalitÃs civiles. Ici, comme dans le rema-
niement administratii” de la justice, il obtint sou meil-
leur succès. C’est qu’alors il Ãvoluait sur son propre
terrain. En statuant sur les Ãcoles, il avait rangÃ
l’Eglise pour agir à sa place, tandis que maintenant il
usait avec droit de la libertà de tout garder pour le
gÃrer à sa guise. Là repose en entier la thÃorie des
grâces d’Ãtat. Chacun dans sou rôle rÃussit bien. Il
suffit d’en sortir, d’usurper celui des autres, pour
Ãchouer infailliblement.

Après quinze annÃes de tâtonnements, on arriva
de 1855 à la loi qui continue de rÃgir à la satisfaction
de tous nos divers centres de la province (1). C’Ãtait
vite obtenir le plus magiiifique couronnement des
eiForts accomplis jusque-là .

De ce moment, chaque paroisse devenait en quel-
que sorte une petite rÃpublique, avec un maire pour
prÃsident et des conseillers pour sÃnateurs. Entre les
mains de ceux-ci Ãtalent dÃposÃs de très amples pou-
voirs pour la prospÃrità locale. Aussi, a-t-il Ãtà crÃÃ
de cette façon autant de foyers de progrès que de
municipalitÃs.

Dès le mois de juillet 1855, la paroisse de Saint-
Denis procÃdait à l’Ãlection de ses premiers Ãdiles
et entrait de plain-pied dans le rouage nouveau. Les
avantages en Ãtaient trop patents pour qu’il lui fût
permis d’hÃsiter. Ses limites territoriales restèrent les
mêmes. Seule son administration changea.

Les Ãlections portèrent à la tête des affaires David

(I) — Saint- Amant, ZV/cv/nV, 24S ; Turcotte, Li Canada sous
r Union, II, 256.

448 HISTOIRE DE

Bourdages, Louis Page, Romuald Saint-Jacques,
Ambroise Leblanc, Edouard Guertin, Amable Loiseau
et Olivier Bousquet. Le 30 du même mois de juillet,
ces pères conscrits se rÃunissaient et cboisissaient le
premier d’entre eux pour maire (1). Depuis lors, la
machine municipale a fonctionnà comme dans le plus
heureux des mondes, si l’on excepte seulement de
rares froissements. Comment ces derniers peuvent-ils
manquer de se produire en dehors du royaume des
anges ?

Les maires, qui, à l’instar du roi d’Angleterre,
rÃgnent plutôt qu’ils ne gouvernent, se sont succÃdÃs
jusqu’ici au nombre de dix-huit. Ce sont David Bour-
dages, Romuald Saint-Jacques, Pierre Paradis, Marcel
Cordeau, Jean-Baptiste-Elphège Maillet, Hercule FrÃ-
dette, Dr H.-A. Miguault, Ambroise Gaudette, Wil-
frid Richer, Paul Bonin, Victor Gareau, Jean-Baptiste
Phaneuf, François-Xavier Paradis, Joseph Archam-
bault, Dr Jean-Baptiste Richard et Victor Jalbert.

David Bourdages, homme de valeur par lui-même,
jouissait en plus du prestige que lui avait lÃguà son
père. Il avait cinquante-cinq ans, lorsqu’on le tira de
la foule de ses concitoyens pour lui faire prÃsider les
premières assises du nouveau conseil dyonisien. Ses,
Ãpaulettes dans l’opinion publique Ãtaient alors
gagnÃes. Cependant il ne faut pas croire qu’il avait
constamment jouà le beau rôle, quand il avait quittÃ
les mancherons de la charrue pour s’occuper des ques-
tions d’intÃrêt gÃnÃral. Son instruction ne l’a certes
pas toujours utilement servi. NÃanmoins, l’âge mûr
venu, il se montra ce qu’on avait le droit d’attendre

(I) — Registres des dÃlibÃrations de la municipalità civile de

la cam-
pagne de S.- Denis.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 449

de ses talents. Au timon des affaires municipales de
1855 à 1856, il a avantageusement figurÃ.

Son successeur fut M, Romuald Saint-Jacques,
de 1856 à 1858. Nà à Saint-Denis même le 29 sep-
tembre 1827, il a fait son cours d’Ãtudes classiques Ã
Saint-lijacinthc et Ãtait marchand dans la localitÃ
depuis 1846. Quoique de beaucoup plus jeune que
son prÃdÃcesseur, il se montra bien qualifià pour la
position, mais il Ãtait Ãcrit que les premiers maires
dyonisiens ne connaîtraient pas de longs règnes. Des
l’annÃe qui suivit son installation, il se transporta avec
son commerce à Saint-Hyacinthe, et son dÃpart nÃces-
sita une autre Ãlection au commencement de 1858. La
suite à prouvà que l’on avait justement apprÃcià cet
homme dans sa paroisse natale. A Saint-Hyacinthe,
il a Ãtà Ãchevin plusieurs annÃes et prÃsident des com-
missaires pour l’Ãrection des paroisses. Il fut l’un des
fondateurs de la banque dite de Saint-Hyacinthe et son
caissier pendant quinze ans. DÃsignà pour l’organisa-
tion du bataillon des volontaires de la même ville,il a ÃtÃ
chargà de le conduire aux frontières contre les FÃniens
en 1870. Plus tard l’an 1885, en qualità de major de
brigade du sixième district militaire, il prenait part Ã
la campagne du îTord-Ouest. Depuis 1869, il est
lieutenant-colonel de la division rÃgimentaire du
comtà de Saint-Hyacinthe. Enfin admis dans le ser-
vice civil à QuÃbec en 1889, il y a Ãtà longtemps
archiviste dans le dÃpartement du procureur-gÃnÃ-
ral. Aujourd’hui âgà de près de quatre-vingts ans,
il jouit à Saint-Hyacinthe d’un repos bien mÃritÃ.
A Saint-Denis, en même temps que maire, il a ÃtÃ
aussi juge de paix et commissaire des petites causes.

450

HISTOIRE DE

Ses Ãpouses ont Ãtà d’abord Josephte-Christiiie Cha-
mard, puis JosÃphine Buckley (1).

Voici qu’ensuite les règnes à la mairie s’al-
longent sensiblement. Pierre Paradis verra le sien
s’Ãtendre de 1858 à 186J:. Homme d’initiative, de
jugement en même temps que d’entreprise, il s’Ãtait
en quelque sorte imposà par ses œuvres et son talent.
NÃ le 6 novembre 1820, il dÃbuta dans la lutte pour
la vie comme horloger. Mais le mÃtier vint à ne guère
]3ajer. Lui travaillait à la main les monumentales
pendules d’autrefois. Quand les machineries entrèrent
en lice pour les confectionner, il ne put rÃsister à leur
compÃtition et se fit marchand en 18G0. Il Ãtait mariÃ
avec LÃocadie Lord.

L’ÃvÃnement important de son passage à la direc-
tion des affaires, c’est l’organisation des contribua-
bles contre les incendies. Lors de la destruction de la
maison GuÃrout par le feu, en 1859, tout le village fut
du coup menacà d’une terrible conflagration à cause
des Ãtincelles projetÃes au loin par la violence du
vent. Ce que chacun trembla pour soi-même î Aucun
moyen humain pour lutter contre l’ÃlÃment dÃvasta-
teur. Il fallait se contenter de le laisser dÃvorer i\ sa
guise. Heureusement que Dieu permit à temps une
volte-face dans la poussÃe atmosphÃrique ; on fut
sauvÃ. Mais on refusa de rester dÃsarmà pour l’Ãvon-

(I) — M. Rûmuald Saint-Jacques est le petit-fils de Pierre

Cheval-
dit-Saint-Jacques, traversà de Saint-Antoine à Saint-Denis vers

le com-
mencement du dernier siècle ; c’est le père de celui-ci qui est

venu de
la France au Canada. Pierre eut pour enfants : i — Pierre, de

Saint-
Denis ; 2 — Joseph, de S. -Antoine ; 3 — Louis, père du

dÃputà Cheval,
de Saint-Hilaire ; 4 — Jean-Baptiste, père de ClÃophas,

aujourd’hui Ã
Saint-Hyacinthe ; 5 — Antoine, de S. -Denis, père d’Antoine,

de
Romuald, d’AmÃdÃe, du Dr Eugène, maire de Saint-Hyacinthe, et

d’une
religieuse de la CongrÃgation de Notre-Dame ; 6 — Julie, mère

de
l’abbà Olivier Guv, curà de Sainte- Rosalie.

SAINT-DENIS-SUR-RICUELIEU 451

tualità (l’une seconde attaque. Des gens de bonne
volontà se cotisèrent, et une pompe à incendie fut
immÃdiatement commandÃe chez Page, à MontrÃal.
Quand elle arriva par le bateau, on l’essaya, et, comme
elle lançait aisÃment l’eau à la dernière lanterne des
tours de l’Ãglise, elle fut acceptÃe au prix de deux-
cent-cinquante piastres. On la remisa d’abord dans
le jardin du curÃ, puis sur la place publique, sa station
actuelle.

Le premier corps des pompiers eut pour chef
LÃvi Larue ; Victor Gareau lui succÃda. NÃanmoins
l’institution tomba bientôt, faute d’aliments à son
zèle ; la pompe, acquise à grands frais, ne fonctionna
même jamais que pour vider les caves an printemps.
]1 est douteux qu’elle puisse aujourd’hui rendre des
services effectifs.

Pierre Paradis est mort à l’âge peu avancà de cin-
quante ans, le 17 novembre 1870.

Après les deux villageois Saint-Jacques et Para-
dis, on alla chercher le maire sur une ferme du troi-
sième rang. Il arrivera rarement que l’on quitte
ainsi le centre de la municipalità pour lui trouver son
premier magistrat. Cette fois Marcel Cordeau, Ãpoux
de Josephte Loiseau, fut choisi pour être en charge,
de 18Ô4 à 1866. Cultivateur intelligent, le nouvel
Ãlu Ãtait nà le 15 novembre 1817 et rÃussissait bien
dans son exploitation. Il est dÃcÃdÃ, le 26 juin 1891,
à l’âge de soixante-treize ans.

Son successeur fut le marchand Jean-Baptiste-
Elphège Maillet, de 1866 à 1867. Peu favorisà dans
son commerce à Saint-Denis, il est dans la suite parti
pour les provinces maritimes.

Hercule FrÃdette, nà le 28 mars 1831, a connu le
rude labeur avant de recevoir les honneurs de ses
co-paroissiens. A douze ans, il avait à peine fini son

452 HISTOIRE DE

instruction ÃlÃmentaire, sous la direction du profes-
seur Durand, que dÃjà il Ãtait mousse sur le Richelieu.
A quatorze ans, il quittait la navigation pour devenir
apprenti-tanneur, mÃtier qu’il a ensuite exercà à son
compte jusqu’en 1884 au village dyonisien. Il s’adon-
nait à cette industrie, lorsqu’on lui offrit la prÃsidence
du conseil municipal, qu’il garda trois ans, de 1867 Ã
1870. Plus tard, il fut boucher pendant une dizaine
d’annÃes. Actuellement il est passeur depuis 1895.

C’est de son temps que sont disparus les derniers
vestiges des anciennes modes pour les hommes. Fran-
çois MÃnard, qui mourut en ces annÃes-là , s’Ãtait fait
un devoir de porter le tablier des dimanches jusqu’Ã
la fin de sa vie. Peu auparavant avaient Ãtà aban-
donnÃs la couette, le haut col, les tuques de laine et
les gilets ou vestreaux en Ãtoffe du pays.

Le Dr Henri-Adolphe Mignault, qui devait rece-
voir presque toutes les marques de confiance de ses
concitoyens, fut maire de 1870 à 1874.

Le premier, il vit s’introduire dans la municipa-
lità les amÃliorations modernes proprement dites.
Depuis dÃjà cinq ou six ans, les fils tÃlÃgraphiques
traversaient la paroisse en longeant la rivière de Saint-
Hilaire à Sorel, mais sans y possÃder de bureau. Ce
ne fut accordà qu’en 1873. L’Ãpouse du notaire Duro-
cher se chargeait alors de l’ofiice d'”opÃrateur”.

Le tÃlÃphone, ce compagnon aujourd’hui presque
insÃparable du tÃlÃgraphe, ne le suivit nÃanmoins qu’Ã
vingt-deux ans de distance. Encore ne fut-il posà par
la compagnie Bell qu’en 1895, après toute une annÃe
de sollicitations. Le notaire Dauray est son agent
dans la località depuis le commencement.

La succession du Dr Mignault Ãchut à Ambroise
Gaudette, cultivateur du troisième rang, devenu alors
boucher au village. A son Ãlection en 1874, il Ãtait

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIBU 453

âgà de cinquante-huit ans. Il est mort en fonction,
au mois de mars 1876.

Wilfrid Richor, quoique appartenant à une vieille
famille de la paroisse, est le premier maire nà à l’Ãtran-
ger ; il a vu le jour à Chambly, le 4 juillet 1830.
ChrÃtien profondÃment religieux, il Ãtait d’une pro-
bità exemplaire et parfaitement digne de l’estime
gÃnÃrale, acquise surtout au milieu des nombreuses
transactions de son commerce de grain. Heureux
dans son nÃgoce, il Ãtait riche à son dÃcès, le 5 mai
1897. Il a Ãtà maire, de 1877 à 1880.

Toutes les professions vont y passer. Après les
cultivateurs, les marchands ou commerçants, les hor-
logers, les tanneurs et les mÃdecins, c’est le tour des
7iotaires de s’asseoir dans le fauteuil de la mairie de
Saint-Denis. Le dernier Ãlu fut le tabellion Paul
Bonin. Ses Ãtudes terminÃes au collège de Saint-
Hyacinthe, il avait fait sa clÃricature tant chez M.
Lafontaine, de Saint-Hugaes, que chez M, Saint-
Aubin, de son village natal. Esprit conciliant, il ne
se connaissait pas d’adversaire. Son administration
dura de 1880 à 1883.

Victor Gareau, onzième maire dyonisien, a ÃtÃ
une des attachantes figures de sa paroisse. Douà d’une
haute intelligence, il s’est en quelque sorte instruit
lui-même. Laforce, Durand et Laflamme, profes-
seurs de l’Ãcole modèle de son village, ne lui
inculquèrent que sommairement les premiers rudi-
ments des sciences ; il a ensuite travaillà seul, A la
fin de sa carrière, on lui savait des connaissances peu
communes sur une foule de sujets. En matières muni-
cipales notamment, il Ãtait excellent aviseur. Au
sortir de l’Ãcole, il fut d’abord menuisier. Mais Ã
Saint-Denis il y avait peu à gagner comme tel. Par
contre, on vantait beaucoup certain s centres des Etats-

454 HISTOIRE DE

Unis, surgissant de terre comme par enchantement ;
il partit pour Saint-Louis-Missouri. Cet eldorado
n’Ãtait pas en rÃalità ce qu’on l’avait montrà à ses
yeux. Il revint six ans plus tard à Saint-Denis, où il
se transforma en boulanger et Ãpicier, de 1855 à 1866.
De l’Ãpicerie au magasin gÃnÃral, il n’y a qu’un pas, il
le franchit ; et, de 1866 à 1869, il Ha sociÃtà dans ce but
avec le marchand et prÃcÃdent maire, J.-B.-E. Maillet.
En 1875, il fonda à Saint-Denis la première fromagerie
du comtÃ. Comme tous les personnages qui prÃcèdent
leur siècle, il ne fut pas compris. On regarda son
entreprise comme tellement dÃpourvue de sens, qu’on
faillit la couler au port. Mais tenace et persuadà que
le succès ne tarderait pas à poindre, il tint bon, et la
suite ne manqua pas de lui donner raison. Il ne s’est
dÃparti de sa fabrique qu’en 1894, après l’avoir fait
fonctionner dix-neuf ans. Il Ãtait donc fromager,
quand on l’a honorà de la confiance publique ; c’est
qu’alors la gratitude avait partout remplacà dans les
cÅ“urs la critique acerbe. On le bÃnissait maintenant
comme un bienfaiteur. Sous cette douce influence, il
fut maire de 1883 à 1886. Aui)aravant, il avait ÃtÃ
secrÃtaire-trÃsorier du même conseil, de 1858 à 1866.
Outre ces charges, il a aussi occupà celles de commis-
saire de la petite cour, dÃjuge de paix et de directeur
du bureau de poste. Quand, de 1881 à 1883, le gou-
vernement essaya de placer la production du tabac
sous une loi de surveillance, il en fut l’inspecteur atti-
trà pour les trois comtÃs de Saint-Hyacinthe, de Rou-
ville et de Bagot. Il est dÃcÃdà plein de mÃrite l’an
1899, à l’âge de soixante-onze ans (1).

Jean-Baptiste Phaneuf, issu du mariage de Louis
Phaneuf et d’EmÃlie Laporte du quatrième rang, n’a

I

(i) — Le yournal, de MontrÃal, à l’occasion de son dÃcès.

SAINT-DENIS-SUR-RICIIELIEU 455

Ãtà maire qu’un au, de 1886 à 1887. Lnborieiix autant
que perspicace, il dirige simultanÃment au village une
ferme considÃrable, un moulin à scie et la fromagerie
du prÃcÃdent maire, Victor Gareau, de qui il l’a ache-
tÃe. Epoux de Malvina Charron, il est le père de dix
enfants, formÃs comme lui à bonne Ãcole.

François-Xavier Paradis, nà en 1852, fils du troi-
sième maire Pierre Paradis, n’avait qu’à suivre les
exemples paternels pour rÃussir. Ses succès actuels
proclament qu’il a Ãtà fidèle à cette sage ligne de con-
duite. Lancà dans le commerce par traditions de
famille, il a d’abord Ãtà commis à Sorel, de 1876 Ã
1880, et depuis cette dernière annÃe il est à la tète
d’un magasin gÃnÃral dans son village natal. C’est lÃ
qu’on l’a pris pour l’Ãlever à la charge de maire, qu’il
a exercÃe de 1887 à 1892.

Son administration a Ãtà marquÃe par l’installa-
tion d’un aqueduc au village. En 1886, les frères
Chenette, d’Iberville, avaient reçu du conseil, à leur
demande, une autorisation à cet effet, mais ils n’avaient
pas ensuite jugà à propos de s’en prÃvaloir. Deux
ans plus tard, en 1888, Ferdinand Fecteau, de Saint-
Antoine, saisissant mieux les avantages du privilège
accordà l’acceptait à leur place, et construisit aussitôt.
Il avait obtenu de plus exemption de taxes pour les
travaux en question (1).

En 1890, l’Union Saint-Joseph, sociÃtà de bien-
faisance de Saint-IIyacinthe implantait dans la paroisse
une de ses succursales. L’association, peu encoura-
gÃe, eut ici un dÃbut lent et, n’eût Ãtà le zèle du Dr
Richard, elle continuerait probablement de vÃgÃter.
Devenu prÃsident en 1894, il se dÃvoua si entièrement
à lui recruter des membres qu’il la plaça aussitôt sur

(l) — Regist7-ei des dÃlibÃrations de la municipalità civile de

la cam-
pagne de S.- Denis,

456 HISTOIRE DE

uu excellent pied. Afin de lui procurer une bannière
pour ses jours de dÃmonstrations publiques, il alla
jusqu’à s’imposer l’organisation d’une soirÃe musicale
et dramatique des mieux remplies. Elle eut lieu le 4
fÃvrier 1894 et fut rÃpÃtÃe le lendemain. La recette
s’Ãleva à cent-neuf piastres. Aujourd’hui, grâce à cet
Ãlan, les membres de la succursale dÃpassent la cen-
taine.

Le plus long règne à la mairie dyonisienne est
celui de Joseph Archambault ; il couvre dix annÃes,
de 1892 à 1902. Et s’il ne fût pas mort en charge,
peut-être l’occuperait-il encore. 11 est dÃcÃdà le 3
août 1902.

Le commencement de l’administration d’ Archam-
bault fut marquà par les dÃvastations d’un terrible
cyclone. Celui-ci traversa la partie mÃridionale de la
paroisse de l’ouest à l’est en balayant tout sans pitiÃ
sur une largeur d’environ dix arpents. Jamais l’on
n’avait vu pareil dÃsastre. Presque rien ne rÃsista.
Les arbres Ãtaient tordus, les moissons dÃtruites et les
bâtisses souvent ÃcrasÃes avec fracas. ÃŽTÃanmoins les
vies humaines furent gÃnÃralement respectÃes ; une
seule mort a Ãtà enregistrÃe dans la personne de l’un
des frères du maire Cordeau. Mais Ãnormes furent
les autres pertes. Se montrant compatissant pour les
malheureux ÃprouvÃs, le gouvernement leur distribua
gÃnÃreusement une indemnità totale de six mille pias-
tres.

Trois ans plus tard, à signaler un ÃvÃnement aussi
joyeux que celui-là Ãtait triste. Le 30 dÃcembre 1895,
le conseil note dans le compte-rendu de sa sÃance du
mois la fondation d’une ” sociÃtà musicale “. Plu-
sieurs y ont mis la main, la fabrique de l’Ãglise lui a
même votà vingt piastres, mais il n’y a pas de doute
que la plus forte partie du mÃrite de cette Å“uvre

L’abbà O’Dûiiiiell, 0^ curà de S.-Dciiis {V. 471

rri’sbvti-n- actuel de S. -Denis ([.. 47S).

i

i

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 457

revient au notaire Dauray. Il en a Ãtà constamment
le directeur après en avoir Ãtà le promoteur, et tou-
jours sur la brèche, c’est lui qui a menà la jeune fan-
fare à tous ses triomphes. Bien* des fois dÃjà elle a
rehaussà la beautà des fêtes tant religieuses que civiles
de la località aussi bien que celles des centres environ-
nants.

Le Dr Jean-Baptiste Richard a Ãtà le dernier
maire de toute la paroisse. Quand il quitta la posi-
tion, cette vaste et ancienne municipalità Ãtait divisÃe
en deux diftërentes, dont Tune pour le village et l’autre
pour la campagne.

Sous son règne, hÃlas trop court, il s’est accompli
des progrès sÃrieux. Fortement secondà par l’activitÃ
intelligente du secrÃtaire-trÃsorier Ephrem Chaput, il
a Ãteint une assez notable partie de la dette et baissÃ
le taux des taxes de deux pour cent. Quoi de plus
tangible !

Puis avec ce dÃsir efficace de diminuer les charges
du peuple, il avait celui de l’embellissement de son
village. Qui, eu cela encore, affirmera qu’il avait
tort ? La main de l’homirie, en eifet, fournit-elle
sa quote-part [lour. l’ornementation de ce charmant
coin de terre, quand Dieu le choie avec tant de muni-
ficence ? On n’a accordà h cet amant passionnà de la
beautà de son paj’s que le loisir d’apposer avec luxe Ã
chaque encoignure de rues les noms que les anciens
leur avaient donnÃs av^ec tant d’Ã -propos. L’amÃlio-
ration fut exÃcutÃe à son instigation, en vertu d’une
rÃsolution du conseil, au mois d’octobre 1903 (l).

Elu en septembre 1902, le Dr Richard avait dÃjÃ
fini son règne en janvier 1904.

( I ) — Registres dis dÃiibêmtioits de la innnkipalUà civile

de la cam^
pagne de S, -Denis,

458 HISTOIRE DE SAINT-DENIS

Quand fut opÃrà le dÃmembrement, eu janvier
1904, Victor Jalbert, cultivateur de Cascarinette et
frère de l’abbà PhilÃas, fut Ãlu maire pour la cam-
pagne. En même temps, le village commençait de
son côtà la lignÃe de ses maires.

M. Jalbert, gratifià d’une bonne instruction ÃlÃ-
mentaire, est un agriculteur sachant bien utiliser les
conseils. Il est du nombre de ceux qui croient que
pour rÃussir il faut sortir de l’ornière de la routine.
Aussi sa ferme lui rapporte-t-elle de plus en plus d’en-
viables bÃnÃfices. Il est marià depuis le premier
octobre 1888 avec Albina Bonin, fi^Ue de Bruno Bôniu
et de Philomène Gravel.

Les plus puissants auxiliaires du maire et de ses
conseillers ont Ãtà sans contredit les secrÃtaires-trÃso-
riers de la municipalitÃ. Peu rÃmunÃrÃs, ils n’en
ont pas moins Ãtà tous de dÃvouÃs serviteurs ; le tra-
vail ne leur a jamais coûtÃ. Ils ont Ãtà : François-
Xavier Laforce, fils, de 1855 à 1857 ; LÃvi Larue, de
1857 à 1358 ; Victor Gareau, de 1858 à 1864 ; David
Bourdages, de 1864 à 1868 ; le notaire Marin, de 1868
à 1874 ; le notaire Durocher, de 1874 à 1886 ; le
notaire Crevier, de 1886 à 1899 ; le notaire Saint-
Martin, de 1899 à 1901 ; le notaire Laflarnme, de

1901 à 1902 ; et M. Ephrem Chaput, depuis le 12 mai

1902 (1).

^\S)SX§)

(l) — Registres des dcliliÃrations de la iiiiiiiiiipalità c

vile de la caiii’
pagne de S.- Denis.

CHAPITRE XLIII

Les vicaires de M. Demers. Sa rÃgularità et sa
charitÃ. Sa mort. 1834-1862.

Pendant les vingt-luiit ans du vhgna curial de M.
Deniers, se maintint h Saint-Denis une moyenne de dix-
huit cents communiants. Il est vrai que, dans ces
jours plus ou moins reculÃs, les dÃvotions ne surchar-
geaient pas autant qu’aujourd’hui le ministère du
prêtre ; mais tout de même il y avait beaucoup à faire
et, malgrà la forte besogne à remplir, le courageux
pasteur est constamment restà seul, moins sept annÃes.

Si, au cours de cette pÃriode, il a reçu de l’aide,
ce n’Ãtait qu’à cause de dÃpressions dans sa chÃtive
santÃ. Aussitôt rÃtabli, il remettait à l’Ãvêque ses
auxiliaires. C’est ainsi qu’il a eu plusieurs vicaires, Ã
quatre reprises diverses.

Ses quarante-huit premiers mois à Saint-Denis,
mois de perturbations dans les esprits et de dÃbilitÃ
chez le curÃ, il eut continuellement besoin de secours.

Alors ses vicaires ont Ãtà les abbÃs Marchessault,
MÃnard, Lecours, Archambault et Lagorce. Circons-
tance à noter, trois de ces cinq prêtres, le premier, le
troisième et le quatrième, Ãtaient originaires de Saint-
Antoine. C’Ãtait Ãvidemment exÃcutà avec intention.

L’abbà Godfroi Marchessault dÃbutait. ArrivÃ
dans la paroisse avec M. Demers, il y demeura jusqu’Ã
la fin du temps de P.^ques, en mai 1836.

Son successeur, l’abbà Pierre MÃnard, Ãtait natif
de BelÅ“il. Grand voyageur, il n’a pris racine nulle

460 HISTOIRE DE

part, pas plus dans ses cures que dans ses vicariats.
A Saint-Denis, il n’a sÃjaurnà que de mai 1836 à sep-
tembre suivant. Il a Ãtà tuà accidentellement h
MontrÃal, en descendant d’un cbar urbain, le 22 sep-
tembre 1870 (I).

L’abbà Edouard Lecoure servit ensuite sous la
direction de M. Demers, de septembre 1836 à juin
1837. Son stage fut court, mais il suffit pour permet-
tre au jeune lÃvite d’emprunter à son maître beaucoup
de ses belles vertus sacerdotales. Plus tard, on se
plaira à remarquer souvent, dans sa conduite, des
habitudes de l’ancien curà djonisien.

L’abbà Joseph-Olivier Archambault passa encore
plus vite ; il ne sÃjourna que le mois de juillet 1837 Ã
Saint-Denis. Bientôt il devait aller prendre posses-
sion de la cure de Saint-TimothÃe, pour la garder pen-
dant près de quarante ans. Il y est dÃcÃdÃ, le 9
fÃvrier 1877 (2).

Puis arriva le vicaire de 1837, l’abbà Charles-
IrÃnÃe Lagorce ; il exerça ses fonctions dans la
paroisse do la lin de juillet 1837 à octobre 1838, juste
la pÃriode troublÃe. L’histoire ne dit pas qu’il fut
partout un brave, mais quand les dÃfaillances ne se
comptaient pas autour de lui, pourquoi n’aurait-il pas
eu le droit d’avoir les siennes ? Il n’en a pas moins
Ãtà un auxiliaire prÃcieux pour le pauvre curà en ces
jours de si dures Ãpreuves.

A son dÃpart, M. Demers se sentit assez fort pour
assumer seul tout le fardeau pastoral, ce qu’il exÃcuta
pendant près de dix ans. Il s’est ainsi rendu jusqu’Ã
1848. Mais, cette annÃe, il la passa presque toute
malade. Les vicaires Marie-Joseph-Melchior Baltha-

(i) — Moreau, Histoire de Saint-Luc, 54 et 55.

(2) — Tanguay, RÃpertoire gÃnÃral du clergà canadien, 212.

SAlNT-ÛENIS-SUR-RICIIELIlifJ 461

zard et Iluo-ues Lenoir l’assistërent alors successive-
ment, le premier de la rai-fÃvrier 18J:8 à la fin d’avril,
et l’autre, les trois mois suivants.

Le curà de Saint-Denis, qui s’imposait tous les
sacrifices pour ne pas rÃduire son Ãvê([ue à la gêne
dans sa jtÃuurie de [jrêtres, ne put ensuite tenir sous
le faix plus que sept ans. Les rhumatismes, dont il
avait tant soufi^ert à Saint-GrÃiÇf)ire (l), se rÃveillant
avec violence à l’automne de 1855, il se vit dans l’obli-
gation d’Ãcrire à son Ordinaiie, à la date du 3 dÃcem-
bre : ” Je dÃsire bien daiii ce moment-ci l’assistance
d’un prêtre” (2).

L’abbà Jean-Charles-Alfred Desnoyers, ordonnÃ
la veille, lui fut aussitôt accordÃ. Vu son tempÃra-
ment, ce n’Ãtait pas le poste que le jeune lÃvite eût
convoità pour son plaisir. Aussi -s’accommoda-t-il
mal de la tranquillità monastique du presbytère. Sa
chambre Ãtait petite et mal ÃclairÃe. Tout le monde
ne naît pas pour les douceurs de la solitude. Puis
Dlle Jeannette, l’une des mÃnagères, ne lui plaisait
pas. Dans une lettre qu’il adressait peu après h l’un
tie ses confrères, il ne laissait pas cependant de peindre
gaiement son Ãtat. Il cÃda volontiers sa place à son
condisciple de collège, l’abbà Louis-Eloi Poulin, en
septembre 1856.

L’abbà Poulin eut encore moins le temps de s’ac-
climater. Deux mois après son arrivÃe, il partait dÃjà .

Ce qui avait si tôt motivà son dÃpart, c’est l’ac-
ceptation par M. Pierre-JÃrÃmie Crevier, curà en
retraite, de venir comme assistant tenter le recouvre-
ment de ses forces perdues auprès de son ancien voi-
sin. L’invalide a ensuite prolongà son sÃjour à Saint-

(1) — M. Deniers, à la suite de ses rhumatismes de S. –

GrÃgoire,
demeura boiteux le reste de ses jours.

(2) — Archives de l’ Ãvèchà de S.- Hyacinthe.

462 HISTOIRE DE

Denis jusqn’à la fin de 1857. Ayant, quelques annÃes
après, tout-à -fiiit abandonnà l’exercice du saint minis-
tère, il est allà terminer sa carrière à Saint- Charles, où
il est dÃcÃilÃ, le 11 mai 1875.

Puis, malgrà ses soixante-cinq ans d’âge, M.
Demers a continuà à desservir sa paroisse sans secours
pendant encore quatre ans.

A la fin de ce dernier effort, il se sentit complète-
ment ÃpuisÃ. C’Ãtaient bien cette fois les indices prÃ-
curseurs de la mort. Nul mieux que lui ne le comprit.
A sa demande d’aide, on s’empressa de lui envoyer M.
François Pratte. C’est ce prêtre, rÃcemment ordonnÃ,
qui se chargera pendant quelque temps de tout le soin
de la paroisse et qui fermera les yeux au vÃnÃrable et
reojrettà M. Demers.

A voir le curà de Saint-Denis suflSre si longtemps
aux besoins de ses nombreuses ouailles, on serait portÃ
à le croire vif, passant vite d’une Å“uvre à une autre ;
toutefois il n’en est rien. Il est même difficile d’en
trouver de plus lent que lui. A chaque action
il accordait une attention telle qu’on n’eût pas soup-
çonnà qu’il en avait d’autres à accomplir après elle.
C’Ãtait la plus entière application du conseil : ” Fais
bien ce que tu fais “. Il Ãtait particulièrement long
au confessionnal. Si saint François de Sales estimait
” qu’une seule âme est un diocèse assez vaste pour
un Ãvêque “, lui h plus forte raison y dÃcouvrait-il
matière à ses plus vives sollicitudes.

Comment alors arrivait-il à ne rien laisser en souf-
france ? Le secret, c’est qu’il Ãtait d’une rÃgularità de
sÃminariste. Chaque occupation avait sa place indi-
quÃe d’avance. Jamais il ne dÃviait ou ne remettait
quoi que ce fut sans empêchement grave. Et, de
plus, il n’y avait pas dans son règlement de moments
pour le dÃlassement proprement dit. Les exercices

SAINT-DENIS-SDR-RICHELIEU 463

devaient se succôder de façon que le suivant devînt
uu repos pour le prÃcÃdent. C’est ainsi qu’il parve-
nait à accomplir ce qu’un autre aurait terminà en
moins de temps. Grâce ù sa ponctualitÃ, les gens
avaient la certitude que les offices de l’Ãglise commen-
çaient toujours à heures prÃcises.

Venait-on le rencontrer au presbytère pour affai-
res, il ne pressait rien tant que celles-ci duraient, mais
Ãtaient-elles tinies, il n’aimait pas à prolonger la cau-
serie. Poliment ils disaient à ses interlocuteurs :
” Vous devez avoir votre ouvrage, moi j’ai le mien “,
et, sur ce, on se sÃparait sans plus de perte de temps.

Rarement il s’absentait. On affirme même qu’il
ne dÃcouchait que pour les exercices annuels de la
retraite pastorale. A tort ou à raison, il ne croyait
jamais avoir ce loisir. Aussi en cas pressÃs manquait-
il un prêtre dans une des paroisses environnantes, on
s’adressait de prÃfÃrence à Saint-Denis, Ãtant toujours
sûr d’y trouver le curà sans avoir à courir plus loin,
M. Demers, fût-il fatiguà ou indisposÃ, ne refusait pas
ce surcroît de travail.

La ch.aità de ce pasteur Ãtait inÃpuisable. Elle
montait ardente vers Dieu et en descendait sanctifiÃe
pour se porter sur ses semblables, spÃcialement sur ses
paroissiens.

Quelle ferveur ne mettait-il pas dans la rÃcitation
de son brÃviaire ! Une fois la semaine même, il s’enfer-
mait et psalmodiait tout l’office du jour. A l’Ãglise (1),

(I) — Il appert, d’après un inventaire rÃdigà par l’abbÃ

Demers en
juillet 1S47, que l’Ãglise Ãtait alors très bien pourvue de tous

les objets
nÃcessaires au culte. Sous certains rapiiorts, il y avait même

luxe.
C’est ainsi que l’on note la prÃsence de 76 purificatoires, de 77

surplis
ou allumelles, de 50 lavabos et d’autant d’amicts, de 4

dalmatiques
blanches, de 2 rouges et de plusie;irs tapis de Turquie.

464 HISTOIRE DE

il aimait la solennità du culte (1). On se rappelle
surtout la peine qu’il s’imposait pour prÃparer la pro-,
cession de la Fête-Dieu. Il ne craignait pas alors de se
constituer professeur do cÃrÃmonies pendant un mois,
pour que les enfants de chœur (2) fussent capables,
d^exÃcuter avec aisance des figures, telles que certai-
nes lettres, dos Ãtoiles, des croix et des cÅ“urs par leurs
diffÃrentes positions, durant le cours de la marche
triomphale de JÃsus-Hostie. S’il chantait en dÃfiant
l’art, il rÃparait amplement ce dÃfaut par la majestÃ,
qu’il savait distribuer dans tout son être, quand il
Ãtait H l’autel.

A ses sermons il donnait beaucoup d’attention.
Ils Ãtaient toujours bien prÃparÃs, souvent même
appris mo^, à mot. On y remarquait une doctrine
aussi abondante que sûre, et ils Ãtaient dÃbitÃs avec
onction (3). Ainsi, quoiqu’il n’eût pas le feu des prÃ-
dicateurs populaires, il ne laissait pas de plaire et de
produire un bien considÃrable dans les âmes (4).

(I) — M. Deiriers a appelà les Oblats à prêcher plusieurs

i^iandes
retraites à S. -Denis. La plus importante a Ãtà sans contredit

la pre-
mière, du 20 fÃvrier 1842 au 13 mars suivant. C’Ãtait dans les

dÃbuts
de la nouvelle communautà au pays. Une croix dite de Mission qui
subsiste encore sur le place de l’Ãglise, a conservà le souvenir

de ces
anciens jours de salut. Les prÃdicateurs Ãtaient alors les quatre

fonda-
teurs de la congrÃgation au Canada. De leurs confrères sont

revenus,
le 28 fÃvrier 1844, les Pères Guigues et Brunet, le 21 juin

1847, et plu-
sieurs autres des leurs encore du temps du même curÃ. . La

tempÃrance
fut solennellement Ãtablie dans la paroisse par Chiniquy, les 13

et 14
sept. 1848, et ravivÃe parle Grand-vicaire Mailluux, les 1 et 2

fÃv. iS^S-
Archives de P Ãglise de S.- Denis.

(2) — Ces enfants de chœur agitaient ordinairement une dizaine

d’en-
censoirs (la plupart de ferblanc), et les autres, munis de

corbeilles, par-
semaient de fleurs (souvent des champs) le parcours de la

procession.
Aux premiers communiants de l’annÃe incombait la besogne de

rÃunir ia
quantità suffisante de fleui^. Alors aussi on se mettait

frÃquemment au
chÅ“ur jusqu’au jour du mariage ; c’Ãtaient de grands enfants.

(3) — Les Ursulines des Trois- Rizières, III, 277.

(4) — Il parlait souvent des faits et gestes des martyrs.

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 465

S’il n’avait pas le temps de s’amuser, par contre
il disposait de celui de lire et d’Ãtudier. A des heures
fixes, il Ãtait tout entier à ses livres, y puisant pour
son propre bÃnÃfice et pour celui des autres. C’est
ainsi que son Ãvoque pouvait le qualifier de prêtre
” très instruit, studieux et s’instruisant tous les jours “.

Malgrà les grosses dîmes qu’il percevait, il menait
le rÃgime patriarcal le plus pauvre. Rien pour ainsi
dire ne se dÃpensait au presbytère (1). Ses deux
sÅ“urs, qu’il avait pour mÃnagères (2), mÃritaient leur
nom dans son sens le plus rigoureux, et ce ne sont pas
elles qui auraient cherchà à tirer leur frère de sa vie
simple. Jamais ea rÃsidence n’a Ãtà terminÃe à l’intÃ-
rieur, l’ameublement Ãtait à l’avenant ; et à sa table
on ne voyait pas de ces plats, qui jurent avec la plus
stricte frugalitÃ. Tout s’en allait à l’Ãconomie.

Mais pour qui amassait-il ? Il ne thÃsaurisait
cependant pas autant qu’on pourrait le supposer. Ce
qu’il ne dÃpensait pas, il le distribuait pour une grande
partie en aumônes et autres bonnes œuvres ; le reste,
il le rÃservait à des fondations pieuses, pour lesquelles
il ne jugeait pas le moment arrivÃ.

A la prise de possession du nouveau siège Ãpisco-
pal de Saint-Hyacinthe par Mgr Prince en 1852, il lui
dÃposa dans sa cassette un des plus tangibles tÃmoi-
gnages de son aflection. L’Ãvêque en lui Ãcrivant
pour le remercier ne lui paijl^que de ” don extrême-
ment gÃnÃreux ” (3). tPP

(I) — A la fin de sa vie, il portait encore son vieux paletot

de
S. -GrÃgoire.

(2j — 11 a eu Ãgalement sa mère avec lui jusqu’à son dÃcès,

en
1852. Elle est morte à l’âge de 90 ans et a Ãtà inhumÃe dans le

caveau
de l’Ãglise de S. Denis, le 5 août de la susdite annÃe.

Registres des
baptêmes, maruiges et sÃpultures de S, -Denis.

(3) — Mgr lui Ãcrit : “Je vous offre.. .. mes bien vifs

remercie-
ments pour le don extrêmement gÃnÃreux dont vous m’avez gratifiÃ

dès
le premier jour de mon arrivÃe à S. -Hyacinthe “. Archives de

PÃvêchÃ
de S.- Hyacinthe.

466 HISTOIRE DE

Trois ans plus tard, dans le but de venir en aide
au jeune diocèse, qui se bâtissait un ÃvêcbÃ, il lui
souscrivit deux-raille-oinq-cents piastres payables en
dix ans, sans compter les quatre cents piastres qu’il
avait dÃjà versÃes pour le même objet, le 4 avril
1853 (1).

Et que de gÃnÃrositÃs ignorÃes ! Ce n’est pas lui
qui les publiait. Si on en connaît quelques-unes, la
faute en est à des indiscrets. Il ne cherchait qu’à en
dÃrober même le soupçon aux hommes pour en garder
plus entiëremont le mÃrite aux yeux de Dieu.

Parmi ses charitÃs quotidiennes, voici une de
celles que les paroissiens de Saint-Denis aiment le plus
à rappeler. Un jour, un vieux pauvre du village se
prÃsenta au presbytère pour obtenir un peu de pois Ã
soupe. Dlle Deniers, à qui il adressa sa supplique et
qui n’Ãtait pas aussi compatissante que son frère,
refusait avec force arguments ; elle trouvait que l’on
venait souvent. Le curÃ, entendant la bruyante rÃpli-
que, se montre et d’un mot tranche la difficultÃ.
” Père Beaunoyer, je vous donne un demi-minot de
pois ; dites à Baptiste de vous les mesurer “. Et il
retourne à son ouvrage. Un instant après, le vieillard
s’en allait avec sa charge. ” Mais, père, lui cria le
curÃ, vous n’avez pas tout pris ce que je vous ai
donnà “. — Dlle Jeannette s’est ojiposÃe à plus,
rÃpond-il. — ” Retournez au hangar et c’est un
minot que je vous donne maintenant “. Cette fois il
fut obÃi et, au grand amusement des spectateurs, le
mandiant s’Ãloigna en chancelant sous son trop lourd
fardeau. Ceci montre combien peu ce prêtre comptait
avec les dÃlaissÃs de la fortune. En toutes circons-
tances, il se conduisait ainsi à leur Ãgard.

(i) — Bernard, Mandements desÃviqiies de S.- Hyacinthe, I, 50.

{

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 46.7

Après cela, il n’est pas Ãtonnant qu’on ait attri-
buà des miracles à ce saint homme. On cite notam-
ment celui où, lors de l’incendie de la maison GuÃrout,
il fit par une courte priëre tourner le vent pour sauver
le village de sa destruction. C’Ãtait un dimanche
d’ÃtÃ, entre la messe et les vêpres.

Mgr Bourget, qui comme son prÃdÃcesseur tenait
M. Demers en haute estime, l’avait nommà chanoine
honoraire de MontrÃal à l’installation du chapitre, en
1841 (1).

Onze ans plus tard (2), le premier titulaire du
siège Ãpiscopal de Saint-Hyacinthe, peu après sa nomi-
nation, lui obtint de Rome la faveur insigne de mis-
sionnaire apostolique. Voici comment l’Ãvêque lui
communique le privilège du Saint-Siège, à la date du
premier dÃcembre 1852 : ” Je vous transmets le
diplôme de missionnaire apostolique, dont le Souve-
rain-Pontife a bien voulu vous honorer sur la mention
que je lui faisais de vos travaux. . . Ce titre est un
tÃmoignage consolant des services que vous rendez Ã
l’Eglise du Canada, et il porte avec soi les grâces de
la bÃnÃdiction apostolique ” (3).

Le vieil ouvrier de la vigne du Seigneur se rÃjouit
à la rÃception du prÃcieux parchemin, non parce qu’il
voyait ses mÃrites reconnus, car il ne croyait pas en
possÃder autant qu’on se plaisait à le lui rÃpÃter ;
mais parce qu’il eu Ãmanait une nouvelle aide pour
atteindre le ciel, but de tous ses pas et dÃmarches.
Avec sa santà constamment dÃbile, il ne pensait pas
avoir une aussi longue journÃe à remplir.

(1) — Dionne, Mgr de Forbin-Janson, 84 et 85. — MÃmoires pour
seii’ir à P histoire du chapitre de la cathÃdrale de S.-yacqites

de MontrÃal,
196.

(2) — Le 13 juin 1852. — Archives de rÃvÃchà de S, –

Hyacinthe,

(3) — Archives de PÃvÃchi de S.- Hyacinthe.

468 HISTOIRE DE

Souvent il avait Ãtà gravement malade, particu-
lièrement à Saint-GrÃgoire et en 1855 à Saint-Denis.
Mais chaque fois il Ãtait rÃservà à de nouveaux tra-
vaux. Ce n’est qu’en dÃcembre 1861 qu’il fut mor-
tellement frappÃ. Il Ãtait alors dans sa soixante-
oiiziëme annÃe. Tout l’hiver il dÃpÃrit rapidement, et
au printemps l’Å“uvre de la mort s’achevait.

M. Jean-Baptiste Dupuy, senior, curà de Saint-
Antoine et son directeur de conscience, visitait pres-
que tous les jours à la iin son cher pÃnitent. C’est lui
qui tint l’autorità diocÃsaine au courant des progrès
du mal. A. la date du 8 mai, il lui Ãcrivit : ” Hier,. . .
il y a eu une consulte entre les docteurs Ouvert et
Archambault. La maladie a Ãtà jugÃe très grave, avec
point ou très peu d’espoir de guÃrison. Le malade
n’est pourtant point dans un danger immÃdiat. Il
traînera probablement encore quelque temps. La mala-
die n’est point spÃciale ; c’est une dÃsorganisation
gÃnÃrale. La machine est usÃe. L’estomac surtout
ne fait pas ses fonctions. J’apprends pourtant, ce
matin, que certains remèdes ont fait effet, et qu’il
n’est pas plus mal qu’il ne l’Ãtait hier. Ce qui est un
assez bon signe. Le malade ne souffre point ou t